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PHILOSOPHIE DE L'HYGIÈNE

DES AGENS MODIFICATEURS DE L'ÉCONOMIE ; résultats généraux de leur action; base fondamentale de l'hygiène; par J.-H. Révercué-Panise. (Extrait d’un ouvrage inédit.)

Non sccepimus vitam brevem , sed facimns.

Senec.

Tant que la vie subsiste, il existe, entre la puissance organique et les corps qui nous entourent , une action et une réaction continuelles. Si la force de celle-ci est en rapport avec l'influence des wodificateurs , l'économie se soutient et même se fortifie ; il est même possible de dé-

quelquefois les limites ordinaires de la réaction , pourvu que la

rce vitale ait toute sa plénitude d'énergie; car tout est sain aux sains.

Au contraire, si la réaction cesse d'être en équilibre avec Les modilicuteurs, l'harmonie est troublée, intervertie.

Telle est l'origine de nos diverses maladies. Ces modificateurs sont innombrables; ils comprennent en effet tout ce ee agit sur l’homme. Le mens , ou l'être pensant, en est souvent un des plus actifs, Ainsi , agens physiques, agens mécaniques , agens chimiques , agens moraux , tous concourent à varier l'action vitale, à modifier, à altérer nos organes, quelquefois à changer presque entierement le tempérament primiüf, Par cette même raison , tout, en nous où hors de nous, peut être cause de maladie ou de guérison, selon les circonstances extérieures ou intérieures.

Bien quele moral, comme nous vepons de le dire, soit un premier agent de modification de l'économie | pourtant il subit lui-même , dans certains cas , l'influence des corps extérieurs, mais par l'intervention des organes. Ceci est un principe d'hygiène et de physiologie , une incontestable vérité : pour étre bons, soyez sobres. La médecine, com. me Ja sagesse , a depuis long-temps confirmé la justesse de cet axiome.

On doit sentir maintenant combien il importe d'imprimer une direction convenable à l'action de ces puissans agens , d'étndier l'influence particulière de chacun d'eux, de rechercher sur quels appareils d'organes leur action se porte spécialement, comment il convient d'établir une exacte balance entre leur mode d'agir et les conditions de l'organisme , c'est-à-dire apprécier les rapports des causes avec les eflets , régler les forces vitales dans l'intérêt de la conservation individuelle , jusqu'à parvenir à cette régularité de mouvemens , à cette aisance de fonctions qui caractérisent , qui constituent et maintiennent la santé. Que la vie s'exerce sans douleur , qu'on soit heureux d’être, voilà le point de perfection à atteindre, Porro unum est necessarium , la santé par-dessus tout : est-il d'autre théorie de bonheur ? Celui qui se livre à la fougue de ses appétits physiques, ou qui commet des excès dans les travaux de l'esprit, est un insensé, une victime que les maladies attendent. La nature est aussi inexorable que le destin ; elle ne remet rien ; il faut toujours acquitter la delte; et qui paie plus tard, paie souvent plus

Cette direction des moyens hygiéniques dépend à la vérité des différepces individuelles, des temperamens , des âges , du sexe, des babitudes, du genre de travail ; mais il est des préceptes fondamentaux appliquables à toute économie vivante , ce sont ceux dont il s'agit ici , el que nous alloos exposer. Ces préceptes ont une base tellement solide , a bien appuyée sur l'expérience des siècles, que nous ne craignons pas de les donner sous la forme de théorèmes. Quiconque fait cas de la vie et de la santé, doit sans cesse les méditer.

. Tuioniwe,— Les agens qui modificnt l'organisme sont conservateurs ou destructeurs de l'économie ; soit par leur nature , soit par leur mode d'action.

Je m'observe moi-même et je me dis : je vis, et bientôt je ne vivrai plus. A telle époque de mon existence , je vis plein de force et de vigueur ; à telle autre époque, les maladies que je bravais m'insultent et m'assiégent. Mon corps dépérit ; il se flévrit , il s'use et décline, et ce-

ndant les élémens restent les mêmes , rien n'a changé autour de moi. D'où viennent ces différences ? précisément de la force virtuelle organi-

dont l'exercice de nos fonctions démontre l'existence , et qui, dans es époques de ma période d'activité ou de vie, a plus ou moins de puissance ou de réaction. Donc les agens modificateurs sont tout à La fois conservateurs où destructeurs , selon Ie degré d'activité organique.

Ices agens extérieurs finissent par triomp

icules qui s'assimilent, un animal ne

Ainsi , toujours et partout la vie est aux prises avec la mort. Toutefuis *

' rs finissen er, parce que la force organique, loin de se maintenir, cède peu à peu et finit même par disparaitre dans l'individu, Voilà comment la mort est la dernière conséquence des actes de la vie, comment il se fait que chaque instant nous y conduit Hippocrate à dit : « la nature de l'homme ne peut pas résister à la puissance de l'univers,» (De diebus judicat, N° 1.)

I Tuéonime. — Plus les agens sont éloignés de la nature orga-

ms et vivante, plus ils surmontent les efforts de La Puissance vitale.

C'est pourquoi les substances inertes ne fournissent point d'alimens à l'homme et aux animaux. L'estomac ne peut avoir sur elles une action efficace, tandis qu'il s'exerce avec avantage sur les êtres organisés , et particulièrement sur ceux qui se rapprochent de sa nature, Un médecin anglais observe avec raison « que, dans les molé-

s à choisit jamais que lui-même, » Tout être vivant s'organise sans cesse , et la vie consiste dans la v.vifiçation et l'un ganisation constante de la matière. Mais plus celte matiere dif. fere : ab et ar dia cle est soumise à l'action élaboratrice de l'organisme, Ainsi les végétaux exigent un plus i de la part de l'appareil digestif — la dr des perd ie Du la raison. Les remèdes tirés du règne minéral ont, par ce motif , une

action d'autant plus forte ; c'est i à i ; Pourquoi on ne les donne qu’à petites doses, el rarement aux personnes faibles, biais

HI. Tuionème. — L'homme, forcé de s'emparer ou de rejeter cerfains agens, avait besoin d'un régulateur infaillible pour reconnaître ceux qui lui sont utiles, ceux qui lui tont nuisibles.

Sa nature l'en a généralement pourvu ; c'est le double levier du plaisir et de la douleur. En effet, ht pas en vertu d’une gran ap belle loi zounomique que chaque besoin est accompagné d'un sentiment nid La douleur est donc essentielle à notre existence ; c’est l'élan

u principe conservateur qui indique en moi ce qui manque ou ce qui blesse , ce qu'il faut ôter ou ajouter, Le besoin est-il satisfait , un sentiment de bien-être qui succède aussitôt en est l'indice le plus formel. Telle est l'unique source du plaisir et de la douleur, et, pour le dire en passant, le moule primordial de toutes les passions; car les besoins re ct leurs tristes se Msn en sont Les suites inévitables.

marquons cn outre que la nature a proportionné le plaisir qui résulte de la satisfaction des divers besoins à leur do at Lines l'alimentation , qui lient directement à l'existence , est au-dessus d'une infinité de besoins secondaires, Bien plus, comme, dans l'ordre général des choses, la conservation de l'espèce est infiniment plus imporer nd celle des re la nature à invité, a forcé ma 1e tous les êtres organisés à l'acte de leur reproduction par l'attrait irrési tible du plaisir Le plus vif dont elle ait Pnbell po pie en a C'est ainsi qu'elle marche toujours à son but.

IV. Tuionëmr. — Les forces organiques se maintiennent et même s augmentent par un exercice soutenu; elles se détériorent de

deux manières : par un repos rolongé , où par vite res Éap Pos trop prolonge , ou par une activite

Cette loi vitale est très-remarquable , puisque toutes les influences extérieures tendent à modifier et souvent à détruire l'économie. Ua moyen certain de se maintenir en santé semble d’abord de se soustraire le plus possible à l'action même de ces ageos ; mais il n'en est rien. Si la nature nous a de toutes parts environnés d'envemis , n'a-t-elle mis en nous une force qui en tempère et repousse l'énergie , qui en fait le contrepoids, au moins pendant quelques années? Ainsi, les puissances extérieures qui tendent à nous détruire, et les puissances tutélaires qui tendent à nous conserver, doivent être constamment en action pour constituer la vie et maintenir la santé, Les organes n'ont d'activité

et de forces réelles qu'autant qu'ils trou | 1: battent et ne. a vent des résistances qu'ils com-

Les mp men de cette loi physiologi i donnent la solution de diverses gli hyédiques. Es Voilà pourquoi ceux qui se livrent à la mollesse , à l'indolence, sont MOIS vigoureux, MOINS vivaces, moins longévites que l’agriculteur, le soldat, le marin ; comment la moindre fatigue les énerve, les abat ; et ue eus sa enfans de pp rencontrent précisément crehent à Cyiter avec tant de soin : les infrmités, les maladies. Toute leur sollicitude se borne à éloigner les agens Contce les.

uels la nature nous a destinés à réagir , à se soustraire à leur action. | ; RERO | Pis lors ils se dépouillent volontairement des armes qu'elle-même leur | VIT Tuéonèws. — Plus les organes sont doués d'énergie, plus ils a fournies. On ne savoure pas intuitivement la vie ; ysiolopiquement| ont besoin d'être excités ; ils sont débiles, moins ce besoin parlant , élle est uo combat , et plus La réaction est forte , plus la vic-| se fait sentir. toire est assurée. Ignavia corpus hebetat , Labor firmat ; illa maturam senéctutem , hic longam adolescentiam reddit. (Cels. , De Remedicé , cap. 1.)

Ce théorème n'a pas besoin d'explication ; quelque importantes que soient les conséquences qui en résultent. L'homme robuste et l'individu faible. dre le vieillard, le jeune homme, doivent exercer leurs organes s porportions difiérentes et toujours relatives à la puissance de réaction. Il en est de mème de chaque organe en sine , plus il y à de faiblesse, et moins l'excitation doit être forte.

V. Tuséonëme. — Toute action organique , toute excitation, doivent être cependant comprises entre certaines limites, qui varient d'aprés la constitution individuelle.

VIII Taéontse, — Toute modification organique produite subitement porte à l'économie une atteinte plus profonde, que si elle avait lieu graduellement , méme en la supposant plus forte.

Voulez-vous fortifier les organes? Exercez-les. Voulez-vous les maintenir dans un état de vigueur naturelle ? Ne les excédez pas. En un mot, employez, développez , mais n’usez pas vos forces. Îl y a en effet des limites d'excitation qu’on ne dépasse jamais impunément ; mais | comment les reconvaître, dira-t-on ? Le voici. En remarquant pe l'ob-

ors

Ce principe d'hygiène est d'une importance majeure; en effet tout excès est ennemi de la nature humaine, mais bien plus encore quand cet excès se fait brusquement et à contretemps. Pourquoi cela ? C’est qu'une excitation forte et subite, rompant tout à coup les rts de nos forces avec leurs excilatis naturels, oblige ces forces à s'élever surle-champ au-dessus de leur type naturel. La sensibilité a été saisie et [surprise , pour ainsi dire, et la contractilité se trouve hors de propor-

: D Sp ltion avec l'agent qu'elle doit modifier. Exemples : il y a des poisons et de même pour toutes nos fonctions : la sphère d'activité de chacune |des miasmes délétères qui tuent subitement et sans fièvre ; il est évident à elles est compassée d après la covstitution ou le tempérament. C'est là | qu'alors les forces organiques n'ont eu ni le temps , ni le pouvoir de réce qu'il convient d'étudier. agir. L'estomac d'un convalescent ne reprend ses forces que graduelle-

Cependant on peut poser comme principe général qu'il vaut mieux lment, Ceux qui passent sans précaution de nos climats dans les régions rester en deça des limites que de les rian.n$ que la violence et la con-! équatoriales, ne s'acclimatent qu'au prix de violentes maladies. Mais tinuité des excitations sont plus à l'économie que leur priva- on s'accoutume peu à peu à ces climats, c'est ce qu'on nomme se créotion ou leur diminution, parce qu'il est plus aisé d'activer les forces! liser. Contraignez un mdividu, habitué à une vie molle et efféminée; que de les réparer, Le renoncement absolu aux jouissances vives et ré-

La braver tout à coup de rudes travaux et les inclémences des saisons } pétées est à tout prendre la seule garantie contre les désordres organi-| forcez un homme, constamment occupé de travaux matériels, à s’en-

ques qui en sont les suites. L'oracle de Cos a dit : Labor, cibus, potus, || fermer dans un cabinet ou un atelier de peinture, ne les verrez-vous somnus, Penus, omnia mediocria sunto ;,car souvenez-vous que la | pas tous les deux languir et succomber en peu de temps. Ê puissance organique peut être augmentée, diminuée, ménagée; qu'ill Posons donc comme principe invariable d'hygiène, que pour bien est possible de prolonger la durée de son activité; mais qu'une fois | apprécier l'effet d'un agent modificateur , d'un stimulant quelconque , complétement épuisée , il n'est aucun moyen de la régénérer. De là Et be avoir autant égard à la rapidité avee laquelle il a agi, qu'à l'écette règle éternelle que la modération est la base de la morale, le prin- | nergie mème de son action. Voulez-vous obtenir les meilleurs effets cipe de la santé, la source du bonheur, qu'il faut mégager le vouloir | d'un bon régime , établissez-le de manière que ces effets soient progrespour ne pas faillir au pouvoir , et qu'après tout la sagesse n'est qu'un |sifs, mais sans interruption. C'est ainsi que l'hygiène produit d'etoncorollaire de la physiologie. nans résultats , de véritables transformations. Mais l'impatience ne veut Si pourtant il y a nécessité d'une excitation violente sur certains or- | pas toujours attendre ces résultats, ou bien elle se refus lon temps à es, une des misères de l'état social, il faut chercher à en diminuer es apercevoir. Cependant qui oserait nier la progression de l'aiguille e danger, soit par d'autres réserves dans le régime, soit par des inter-J d'une montre, parce que ce mouvement ne peut être perçu par le revalles de repos plus ou moins prolungés. | gard?

| IX. Tnéonèwe.— Pour que l'action des organes modificateurs produise quelque effet sur les tissus vivans, ils doivent étre en con-

tact avec eux, pendant un espace de temps déterminé par leur nature.

VI. Tafouëwr. — Chaque organe a une somme déterminée de force relative à ses fonctions, mais il n’en emploie habituellement qu'une partie.

Un homme renfermé dans son cabinet, lit, pense, médite, compose ; |

après quelque ax + » 1] quitte le travail ; mais sain et dispos encore, il | soit en bien, soit en mal. Un projectile, lancé avec une grande force, sent que ses facultés ne sont pas encore épuisées et qu'il pourrait , à Lane frappe la rétine d'aucune impression. Si l'on traverse un pays marigueur , continuer es rqur son esprit. Il en est de même des plai-Erécageux , dont l'atmosphère est chargée de miasmes dangereux, on sirs de l'amour, de la table, de l'exercice du we 4. quand on veut tout |n'en éprouve aucune atieinte ficheuse, Ainsi une impression momentagoûter selon la mesure du sage, en économisant le mouvement vital, en || née , quand elle n'est pas extrême , ou subitement destructive, est donc ve cherchant pas, comme les insensés , à faire du plaisir toujours une |'bientôt effacée, soit qu'une autre la remplace, soit que l'énergie de la affaire et jamais un besoin. Cette loi de l'économie a de l'analogie avec lréaction en fasse bientôt disparaitre la trace. Pour produire des effets la distinction que Barthez faisait entre les forces agissantes et Les forces fréels , il faut une proportion remarquable entre la durée de la cause radicales. l'agissante et l'action de nos organes. La prolongation d'un certain degré Qu'on ne perde donc pas jamais de vae ce principe de haute |d'excitation cérébrale est indispensable pour composer, et la sève poéphysiologie applicable à l'hygiène , que la force active départie à cha- [tique ne coule à plein bord qu à cette condition. que organe et qui se dépense habituellement, wires in actu, n'est] Ajoutons qu'en.vertu de cette loi, les bons résultats des moyens de qu'une partie d'une force plus considérable, mais dont l'existence ne se l'hygiène, bien combinés , mais adoptés pendant trop peu de temps , les manifeste que dans certaines circonstances , würes in posse. (x, quelles |inconvéniens d'erreurs passagéres de régime , n'entrainent avec eux , ni sont ces circonstances ? un surcroît extraordinaire d'excitement, des un avantage réel et marqué, ni un préjudice digne de quelque considéstimulations trop répétées , trop continues, comme dans des traraux fration. Dans ce dernier sens on a dit, que les meilleures folies sont les excessifs, des jouissances sans mesure et sans interruption. 11 y a done plus courtes. dans l’action des excitans et la réaction organique, un minimum et un | maximum d'action , entre lesquels se trouve une infinité de nuances et de mouvemens oscillatoires. Au-dessous du premier, comme au-dessus du second , l'équilibre se rompt et la santé w'existe plus.

Les sensations fugitives ne laissent pas de traces dans l’économie,

C'est donc , je le répète, la prolongation de la cause ou agent, quel qu'il soit, qui donne de la valeur on de l'importance à tel ou tel régime, lou de la gravité aux erreurs commises à cet égard; bien entendu que cette gravité est encore relative à la constitution de l'individu, où à l'action continuelle ou interrompue de la cause modifiante ; et cette der -

nière circonstance es} des plus importantes, En résumé , tout homme réfléchissant sur l'hygiène qu'il lui convient d'adopter, doit considérer dans chaque excitant contre lequel ses forces doivent s'exercer : 1° l'intensité de cet excitant ; 2° la durée de som action; 3° la continuité ou la périodicité de cette action.

l'usage des liqueurs spirituenses

ac , de l'opium, par de faibles ds et l'on finit fu d'énormes quantités. Tel homme supporte à peine une heure de méditation + qui passe cusuite des jours entiers à réfléchir et à méditer. Le même phévomène s'observe pour la douleur. Toute impression pénible, doutourense , s'efface et disparait à la longue , la cause même persistant. L'économie s'habitue , 5e conforme dans une foule de cas à un état de malaise. Elle s'arrange, elle compose , pour ainsi dire, avec le mal ; autre. ment dit. la sensibilité s'use, jusqu'à ne plus porter l'impression en moi. « L'assuéfaction endort la vue de notre jugement. Montaigne.) » Un home , ayant eu La fièvre pendant plusieurs années , se crut malade le jour où 11 fut guéri. Tel individu ressent à peine un corps étranger placé dans ses organes, dont la présence lui était d'abord insup= portable. Si un caleuleux avait tout à coup dans sa vessie une pierre cornme on en extrait tous les jours, il ne pourrait la supporter 24 beures, et néanmoins il l'endure pendant des années, Ainsi l'ame se lasse de ses plaisirs et s'endort sur des épines.

On dirait que nous naissons avec des organes sans aucun penchant détérminé , mais qui , étant aptes à toutes les impressions , EN réçaivent les dispositions qu'ils auront un jour, Toutefois les oscillations de l'échelle sensible , quelles que soient leurs variations, finissent toujours par revenir à zéro pour le moi, état désigné moralement sous le nom d'ennui, ou diminution de la vie, Ilest certain que si la sensibilité, toujours exciltée , se reproduisait sans fin, sans mesure et sans altération organique , ous aurions trouvé le souverain bien. Encue faudrait-il que Le même effet n'eût point lieu pour les sensations douloureuses. Cet état n’est point fait pour l'homme. Il n'y à pas d'impression vive, physique ou morale , qui ne s'émousse à la ongue, et cependant l'économe accoutumee à un stimulant dont elle ne perçoit l'action que confusément, ne peut plus en supporter la privation, On conçoit de là l'importance de régler ses habitudes de manière qu'elles tournent toujours au profit de la santé, Plier et enlacer sa vie dans des habitudes de tous les jours, est un des principaux points de tout esprit sage ct prévoyant. Un homme, en dernière analyse, n'est que le résultat de ses habitudes è

X. Tuéonëme. — Lorsqu'un excitant a fait une impression telle, qu'il y a réaction spl celle impression se continue quelque temps, bien que la catise ait cesse d'agir.

Ce théorème confirme le précédent. N'estil pas en effet démontté que, quand on a seati l'impression d'un corps rs qualité fortement pronoucée, celle impression est telle qu'elle subsist quelque temps après la cessation de la cause ? Les saveurs, les odeurs, qu'on appelle fortes et pénétrantes , en sont des preuves vulgaires, Si l’on fait tourner rapidement un corps ineandescent , n aperçoit un cercle de feu. 1lest évident que l'impression faite instantanément sur un des points de la rétine se contioue jusqu'à ce que l'excitation se renouvelle. Ge qui se passe dns les organes des sens à également lieu pour tons les autres. De certaines doses de médicamens données périodiquement, et souvent à des intervalles éloignés, produisent néanmoins des effects permanens et de grandes modifications dans l’économie. Maintenant il est aisé de faire l'application de ce principe à l'hygiène.

XL. Tuéonëwe. — Quand un stimulant actif est appliqué un cer. tain temps sur un tissu vivant, Le système sanguin de ce tissu accroût son énergie vitale, et recoit plus de sang que dans l'état ordinaire.

Excite-t-00 une partie extérieure du corps, soit par des frictions, soit par l'application d’us, corps brülant , ou de toute autre manière, cette partie ne tarde pas à prendre une teinte rouge plus ou moins foncée. Get effet est le même pour tous les organes de l'économie. Lors-

n'on se livre à une méditation prolongée , la tête s'échauffe , le teint s anime , comme nous l'avons déjà observé. Nous trouvons ici l'origine de toutes les congestions sanguines , soit naturelles, soit anormales.

L'abard fréquent du sang dansun organe est-il gradu-let pourtant permanent, ilse fait alors an grand afflux d'élémens nutritifs ; cet organe sc fortifie, accroît son volume et l'énergie de son action, Mais sicetteaugmcentation d'action et de nutrition est au-delà d’une juste proportion, sil'organe en même temps est toujours tenu dans une activité extrême , dans une sorte d'érection path rique , il suit nécessairement de ce mouvement fuxionnaire et congestif, ou des inflammations aiguës à disgrégations moléculaires, soudainement désorganisatrices des tissus, ou des inflammations chroniques qui les désorganisent d'une manière lente, mais irremédiable, Le ramollissement du cerveau , les maux de tête violens , l'insomnie, l'apoplexie, l'aliénation mentale , ces cruelles ennemies des penseurs profonds, n'ont pas d'autre origine, non plus qne les inflammations de poitrine, de la gorge, les crachemens de sang chez les orateurs, les chanteurs, les phlegmasies de l'estomac et du eu chez les gastronomes , etc. La balance de la circulation doit donc être mainteaue de manière que chaque organe ne reçoive , s'il est possible , que la quantité de sang nécessaire à sa outrition et à ses fonctions.

placé sur le duvet de mes habitudes , je n'ai presque pas le soin de me

ainsi que je l'ai remarqué, que la nature n'est qu'une longue habitude , ce qui est une pure exagération de termes et d'idées ; car les habitudes trouvent dans l'organisation primitive des bornes qu'elles ne franchissent pas ; cÎles peuvent modifier profondément cette organisation , mais amas la changer ab intémis, Quoi qu'il en soit, rien de plus utile ou de plus pernicieux que l'habitude. C'est une fatale iapression , c'est un puissant appui, c'est un baume salutaire , c’est un poison quitue. Ne savez-vous pas qu'on ne se défait que très-difficilement d'une habitude vicieuse ? comme la robe du centaure Nessus, o0 ne l'arrache point sans

XIII, Taéonème. — Quand la sensibilité d'un organe a été presque épuisée , elle se ranime , ou par l'augmentation du stimulant habituel, ou par de nouveaux excitans.

L'instinet et le penchant vers le plaisir n'ont Pas tardé à se servir de cette lui physiologique, et trop souvent pour en abuser.

De l’eau , du vin, du café , de l'eau-de-vie produisent sur l'estomac des effets plus continus qu'un seul et même excitant, C'est que chaque substance excite l'organe selon sa nature. Le meilleur moyen de stimuler, de prolonger l'appétit , est certainement de varier ; de méler les alimens acides , sucres , ou fortement assaisonués. Voilà en quoi consiste l'art d'un cuisinier exercé,

XII. Tuéonëme. — Toute impression nouvelle, quelle qu'elle soit, et par quelques organes qu'elle agisse, est d'abord vivement sentie ; mais , à moins que son activité ne soit extréme , elle s'af faiblit en continuant , et l'organe cesse d'y être sensible,

Voici le mème théorème, présenté d'une manière plus concise : L'application reitéree d'un stimulant tend à diminuer l'intensité des effets qu'il produit, .

Cette importante loi physiologique n’est autre que l'habitude, en doanant à ce mot la plus grande extension possible. Les applications en sont tellement nombreuses en physiologie, en pathologie, en hygiène, ||i et mème en morale, sons les rapports de la civilisation, des mœurs, de l'éducation , qu'il serait impossible d'en faire le tableau complet. Contentons-nous d'en exposer quelques-unes relatives au sujet qui nous uecupe.

Remarquons d'obord qu'en médecine on est forcé d'augmenter certaines doses de médicamens actifs et souvent encore de les suspendre, parce que leur action deviendrait nulle. Les impressions, agréables et vivement selies, ramènent bientüt à l'indifférence ; toujours du plaisir,

C'est aussi en vertu de cette loi qu'on explique l'espèce de délasse. ment qui se fait sentir en changeant d'occupation. Prises gens de

Ainsi ce désir continuel de changer, de varier; cette ardeur de sensations nouvelles , cette soif de nouveau , v'en füt-il plus au monde , qui travaille l'homme usé par une excessive civilisation , trouve dans ia loi physiologique que nous examinons sa base réelle et physique. Si

A à LA PO 0 l'on veut surexciter un organe ou un appareil d'organes , l'homme , f cas de folie , cependant assex nombreux, dans lesquels le malade sait qu'il a perdu

lout puissant qu'il se dit, n'a cependant que deux moyens pour y parvenir : où bien augmenter la dose de l'excitant , ou recourir à de nouvéaux stimulans. Mais remarquons que, dans le dernier cas, il est, comme dans le premier , des bornes qu'on ne franchit pas impnnément. Au-delà d'une certaine mesure , les forces s'épuisent aussi bien par la variété que par la continuité des excitalions ; et c'est là ce qui trompe a plupart des hommes. Îls croient échapper au danger par la variété des uupressions ; fatale erreur! Parce que Far d'uo cuisiner habile tient sans cesse l'estomac dans un état d'irritation qui simule l'appétit, croiton que les forces de ce viscère augmentent en proportion ? Non, sans doute ; car ces sensations ne se neutralisent point lave par l'autre ; il y a seulement une somme d'excitation ajoutée k une autre, Ce que nous disons s'applique aussi à l'action cérébrale, aux travaux de l'intelligence. ei nous stgaalons un des plus dangereux écueils de la volupté, « Défez-vous de la trahison de vos plasirs, » Montaigne vous en avertit.

Mais comment concilier, dira-ton, ce désir d'excitations nouvelles avec la loi des habitudes ? La nouveauté irrite nos désirs, et nous sommes enchainés par l'habitude, De là 11 arrive que nous nous trouvons faiblement tonchés par la possession e1 très-vivement contrariës par la privation. Cette contradiction n'est qu'apparente : le principe ne varie ps : celui d’éprouver le plus de sensations et d'émotions possible ; car a sensibilité est l’étoffe dant la vie est faite. Un homme s'est accoutumé à un stimulant quelconque ; il ve peut plus s'en passer : la sensibilité réclame impérieusement son excilant habituel. L'en prive-t-0n , l'orane: et par suite l'économie, ressentent une espèce de malaise, de || esoin , qui cesse aussitôt que l'excitant a été. appliqué de nouveau : | voila T'hahitude. Il n'est plus possible , où du moins 1l est très-difficile | de s'en affranchur. Mais LÀ même individu recherche cependant les! moyens capables de modifier ces impressions habituelles, de les varier, d'en augmenter la vivacité, et presque toujours malheureusement , en élevant les doses da stimulant quel qu'il soit. Ainsi l'homme , retesu par la chaîne de l'habitude et poussé par l'irritation progressive de ses désirs, tend sans cesse à moluiglier ses sensations et ses besoins ; en un mot, il veut vivre le plus passible, même aux dépens de sa vie : seraitil, en effet , comme l’a dit Pascal, ur manstre de contradiction ?

R.-Paniss.

VARIÉTÉS

— Je dernier numéro du Journal hebdomadaire ronfermait un article que le rédacteur en chef de la Garerre mébicaLE avait trouvé offensant pour lui. Des explications satisfaisantes eût eu lieu , st nous ne souvons mieux en résumer Le résultat qu'en publiant dans la Gazette | miotcaue la déclaration que MM, les rédacteurs du Journal hebdomadaire ont insérée An Lee numéro de ce jour, |

| la raison. La définition d'Heinruth est pis que cela, en méme ternps qu’elle eat fausar. |, elle est injusté ct dangereuse. La folie , dit Meinroth, consiste dans la perte de Le liberté morale; «île ne dépend jamais d'une cause physique ; elle n'est pas pe maladie du corps, mais une maladie de l'esprit | un péché. De ce principe découlent mépris et punition pour les aliénés inotilité de tout traitement physique ,

parce qu'on ne peut pas, avec des baité oyer le ver qui ronge le cœur, ni avec

# sudorifiques. faire eévaporer Le déscapoir par Les pores de ta Peuu, ant également que la fobe , de toutes les maladies la plus évidemment héréditaire , né se Uran met Jamsis par hérédité , parce que l'esprit est um agent libre dovt les opérations ne peuvent être entravées par une cause étrangère, De paréilles révenes n'aurwent pas besoin d'être réfutées si cles n'avaient pour auteur utÿ homme célèbre cn Allemagne , et chargé de diriger le traitement dun bospice d'aliénés.

La définition de M. Bronssais n'est pas moins remarquable que celle d'Heinrotb, mais sous un autre dr 4 te La lolie est pour le médecin, dit M. Bronssais la cessation durable du mode d'action du cerveau , qui, dans l'état normal , est ie régulateur de la conduite des bonvues , ct auquel lient cette faeulié que l'on sppelle raison...; elle ne peut provenir que de la surexcitation oùirritation de l'en céphale, :

M. Leuvet fait remarquer que M. Bronssais n'a pas dit en qüoltogsiste ce mode d'action du cerveau auquel tient cette facalté que l'on appellé raison, cé qu'il eût pourtant été nécessaire d'établir préalablement ; sl démootge aussi que M. Broussais qui a tenté de définir la fobe , ne croit pas que cette maladie existe, M. Leuret rapproche aussi, pour prouver cé qu'il avance, deux passeges du livre de M, Broussais, « Dire qu'on organe est sutéeplible d'irritation, c'est dire qu'il est irritable... L'irritahulité es cette faculté que les tissus possèdent dé se mouvoir par Le contact d'un corps étranger. » Or, dit M, Leuret , il n'y a pas de Gbres dans le cerveau, et ceux mème quien adeeltent, bien qu'ils ne Les sent jamais vocs, leur refusent la contractilite ; donc, si ces fibres ne sont pas contrattiles, elles ne sont pas icritables, done, elles ne sont pas susceptibles d'imitation, donc, elles ne sont jamais atleinles d'irritation, donc, l'irritation ét vertu de laquelie s'opère la cessation durable du mode d'action du cerveau auquel tient cette faculté que l'on appile raison , n'est pas possible , donc la fa ie n'est pas possihle,

En résumé , M, Leuret ei d'avis qu'il n'y 0 pas une bonne débnition de la {o- Lie, et 1 signale le danger de celles que l'an a voulu en donner, La définition d'Hesvreth, dit-il, se formule par des punitions infhigées à des malades ; celle de M. Broussais par des somgnées et une abslinence qui compromettent leur santé physique

D'ou vient que tant d'anteurs ont échoué dns leur entreprise? Dé ce que la folie n'est pas ane chose sbsulne, mais relative; qu'elle varre suivant les temps. les lieux et des personnes ; que suivant ces circonstanrés , étrangères on délire consgdéré en fui-mème, ei qui ne doivent dire qu'acceseounes , Un Mrania zut peut être rrgardé commve 00 prophète, en ihot comme on sunt, on halluciné comme

À UD fOMPÈTT, Un VIMonmaire CONMNE LE $OTCRE, TN convulsiontaire conne ue pre

tégé du ciel, ete, M, Leurét démontré énante comment besuconp d'urdivides sont rvpniés fous, seulement parce qu FE appliquent à un phénomène insolite , qui e-t our eux l'équivalent d'une sénsalion , one conception fauve, à La vérité, mais de a nature des conreptionsqui et cours parri les gens raisonnables, et mène parti les savans. F cite à ce sujet l'ircitation , be fluide nerveux , l'arche , les disbles , et beauconp d'autres théories où croyances qui ont fait long-temps et dont plnsieurs font encore partie de la raison bumaine. [! se résume en disant que notre

raison est la mestre de la folie des autres.

Cherchant alors comment on doit procdder dsns l'étude de La folie , 11 passe en revue les divisons adoptées Cle qu'a suivi son maitre , M Evpirob, fur parañr, ous le rapport thérapentique et médico-hégal , trésesacté et d'une application trésatile, Sous le rapport psychologique , dl La trouve incomplète, I cherche s'il serait possible de re porier aux facultés regardées par les phuloscghes comme forte domentales , Les phénomenrs du délire, ét Lait roir que de nouveaux phénomènes, des phénomènes qui n'ont pas d'analogue chez l'homme sain d'esprit, se dévelop pant chez les aliénés, on né saurait les reporter à la loi physiologique. U pr

u Ma pare dans le dérnier numéro du Journal hebdomadaire un article intitulé Courte reponse ä un journaliste prétendu éolectique, lequel, sprès quelques traits qui s'adressant manifestement à La Gazerre mémcase , reufermait des insinvâtions d'un autre genre , et dont M, Jukes Guérin, rédacteur en chef de la Gazerre, à cru à bou droit devoir se plaindre. Les rédacteurs du Journal hebdomadaire, après des explications franches et loyales, déclarent qu'ils désarouent complétement le contenu de cet article, reconnaissent comme fausses et sans nl ! fondement toutes les insinuations quil renlerme, et rejettent loin d'eux tout soupcon d'avoir vouln , en quoi que ce soit, attaquer l'honneur et ia probité d'un confrère pour lequel ls professent la plus entière considération»

CONPÉAENCES SUR L'ALTÉNATION MENTALE

M. Leuret à comasencé dimanche dernier des conférences sur l'aliénation mentale - mous allons donner, à nos lecteurs, un résumé de La première séance.

M. Leuret s d'abord discuté la valeur des définitions qui ont été données de la fohe depuis Higyocrate jusqu'à M. Elias Hléguvult. Aucune de ets définitions ne lui à paru cliente. Hippocrate dit que La folie est un délire sans fièvre, ce qui sigoilie qu'il n'y à pas de Gèvre dans la folie, mais ce qui n'spprend rien sur les caractères du défie, Bogrhaare , Willis , Doquin , Hoffiauer , Haslam, Spurtheir, Johnson, Georget, MM. Fodéré, Fovillé, n'ont pas été plus beureux. La définition de M. Ésquirol laisse également beaucoup à désirer, Les nnes ont trop vägues et ne différencient pas la maladie , les autres trop rrstreintes , et ne sont pas applicables à toutes sos variétés, Ainsi Ja définition de Georget est avis hiva apacable à l'hydrôcépliais chronique qu'à la folie ; celle de Sgurzheim cxchue kes

pose, en conséquence , une division enrpirique dont voici les titres,

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