GOMMENT LA GÉOGRAPHIE EST DEVENUE UNE SCIENCE EXACTE
OliserTations et croyances des anciens peuples de l'Orient. — Ce n'est que lentement elpar un long effort que l'hoirime s'est dégagé des faux semblants de l'observation superficielle pour s'élever à des notions exactes et rationnelles sur la forme, les dimensions, les mouvements de la planète qu'il habite.
Les prêtres Égyptiens, et surtout les prêtres Ch'ildéens (Babylone) étaient d'hahiles astronomes. Ceux-ci, du haut de leurs observatoires, énormes tours à sept étages de diverses couleurs, étudiant le ciel et les révolutions des astres, étaient arrivés à calculer assez exactement la marche apparente du soleil, à déterminer la durée des saisons, à prédire les éclipses de Lune. Mais ce qu'ils demandaient surtout aux. étoiles, c'était d'annoncer l'avenir, d'expliquer les songes et les prodiges.
Pour les Hébreux, la Terre était circulaire, elle reposait sur des fondements perdus dans l'abime, colonnes inébranlables, posées par la main de Dieu lui-même ; et le ciel s'élevant à l'Orient d'un foyer de lumière, descendait chaque soir, voûte mobile, dans un lieu de ténèbres. Les h3'mnes védiques des Aryas de VInde représentent de même la Terre sous la forme d'un vaste bouclier supporté par des éléphants qui reposent eux-mêmes sur une tortue.
Les Grecs. Géographie homérique. — Le inonde, d'après l'Iliade et XOdyssée, est un large disque dont un fleuve immense aux rives inconnues. l'Océan, fait le tour. Le Soleil sorti du beau lac de l'Orient, se plonge au couchant dans d'épaisses ténèbres. Hésiode se figurait de même la Terre comme a un disque dont les fondations s'enfoncent dans le Tartare et sur lequel la voûte céleste se déploie comme une immense coupole métallique que soutient l'Atlas. »
Avènement de la science. Tlial(>s et les pliilosoplies yrccs. — Le philosophe grec Thalès est le premier savant digne de ce nom. Il enseigna la sphéricité do la Terre, il connut les différentes manières de déterminer une latitude; il partagea la sphère céleste en cinq zones déterminées par les tropiques et les cercles polaires, et ces divisions furent appliquées 1.50 ans plus tard à la Terre elle-même par Pythagore.
Au VI'' siècle, Anaximandre, disciple de Thalès, représenta le premier un plan du globe terrestre. Au V% Hécatée construisit une carte qui eut une grande célébrité et l'usage des cartes se répandit pou û, peu. Platon et son maître Socrate enseignaient que la Terre est un globe suspendu au centre de l'tspace dans un équilibre parfait, que le bassin de la Miîditerranée n'occupe qu'une faible partie de sa surface et qu'elle doit être habitée par une foule do peuples inconnus, nombreux- " comme les fourmis autour d'un puits ou les grenouilles autour de la mer. » Cependant les [ihilosophes grecs, même les plus instruits, lois qu'Aristote, n'eurent pas une idée exacte dos dimensions vérilablos do noire planèlc.
'""^ t.f-.H (jéograpiic.s proprement dit.s. AntiqiiitÉ. — La géographie devenue une science à part fut surtout on honneur, durant l'antiquité, à la célèbre écolo grecque iV Alexandrin. Eratosthène, de Cyrène (271- 194 av. J.-C), reprenant une iilée de Dicéarque, disciple d'Aristolc, construisit une carte
graduée et mesura entre Syène et Alexandrie un arc du méridien. Hipparque, de Rhodes, qui enseigna trente ans après Eratosthène, est l'inventeur des projections dans le tracé des cartes, et c'est lui qui divisa le cercle en 3G0°. Strabon, contemporain de César, exposa dans un beau livre le tableau du Monde connu de son temps. Au II" siècle de l'ère chrétienne, l'alexandrin Ptolémée dirigea une sorte de bureau des longitudes et détermina, souvent avec une approximation remarquable, la situation d'un très grand nombre de lieux.
Recul des notions exactes en géographie à la fin de l'Empire. — La décadence des écoles, l'abaissement des études à la fin de l'Empire furent fatals à la géographie. Les Pères de l'Kglise combattirent les doctrines cosmographiques qui 'leur semblaient en contradiction avec les livres saints. St Augustin, ce noble et grand esprit, s'ingénie à démontrer que la doctrine des antipodes est une absurdité. La science rétrograde avec lui eu deçà de Socrate.
Les Arabes continuateurs des Grecs. — Il
était réservé aux Arabes de conserver, sans l'accroitre sensiblement, il est vrai, le trésor de connaissances géographiques amassé parles Grecs. Al Mamoun, de Bagdad (813-832) chargea quatre astronomes de calculer la grosseur de la Terre d'après la mesure d'un arc du méridien. Edrîsi, arabe d'Espagne, construisit au XII^^ siècle une sphère et un planisphère en argent pour Roger, roi de Sicile. Abovl Hasân, marocain de la fin du même siècle, entreprit de corriger les Tables de Ptolémée. Ce qui manquait aux Arabes, ce qui avait fait défaut aux Grecs et avait arrêté l'essor de leurs calculs, c'étaient des instruments exacts. L'absence de chronomètre notamment faussait toutes leurs mesures de longitude.
La renaissance géograpliique.
— L'influence des Arabes, l'étude d'Aristote retrouvée, l'ouverture d'horizon due aux croisades et aux premiers voyages lointains, l'usage de la boussole, la découverte de la gravure et de l'imprimerie, la publication des géographes anciens produisirent à l'aurore des temps modernes un véritable réveil géographique. Dès le XIII' siècle, Roger Bacon affirmait, d'après*Aristote, la sphéricité de la Terre, dont il restait, disait-il, à dévoiler d'immenses régions. Au XIV siècle furent publiées les premières cartes générales du monde. A la fm du XV° siècle, Christophe Colomb et Magellan démontrèrent pratiquement que la Terre est ronde. Au XVl"^ siècle parurent : — le premier ouvrage moderne de géographie descriptive, par le hessois Munster, en 1514, — le premier atlas moderne, le Theatrum mundi par Ortel ou Ortelius, d'Anvers, en 1570, — puis un atlas plus finement gravé, celui du flamand Kaufman ou Mercator, auteur du système de projections qui porte encore son nom.
'^■^ Fondation définitive de la gcograpliic malliématiquc. — C'est au XYll" siècle que les progrès rapides de l'astronomie, facilités par l'invention d'instruments lie haute précision, assirent sur des bases inébranlables la géographie mathématique. Le télescope est trouvé on 1606. Galilée démontre, et soutient jusque dans sa prison, que la Terre tourne autour du Soleil cl non le Soleil autour do la Terre. Picard, reprenant l'opération tentée dès l-'jSS par le médecin Fernel, mesure, en 166'J-I070, l'arc du méridien compris entre l'ariset Amiens. L'Acaiir^mio des sciences, fondée en 1060, charge, en lOS.'J, Dominique Cassini cl La Ilire de prolonger cette •mesure, d'une i)art jusc|u'à Dunkcrque, do l'autre jusqu'à Perpignan. Partout les peuples civilisés suivent l'exemple de la France. Pendant ce
temps Sanson, d'Abbeville, mort en 1607, fonde la cartographie française.
Reforme yéograpliique du dixlinitiënic siècle. — Cependant les cartes étaient encore très imparfaites et contenaient des erreurs grossières, parce qu'un très petit nombre de points du globe était déterminé scientifiquement et que d'immenses régions (intérieur de l'Afrique, de l'Australie, contrées polaires, îles du Grand Océan, etc.), restaient inconnues. Guillaume Delisle entreprit, dès 1700, la rectification de la mappemonde. D'Anville, artiste et savant tout à la fois, apporta un soin infini (1748-1782) à perfectionner le contour des continents. L'Académie des sciences envoya Clairaut et Maupertuis en Laponie, La Condamine, Godin et Bouguer au Pérou (ns.n-nyo) mesurer des degrés du méridien et vérifier le renflement de la terre à l'équateur, son aplatissement au pôle.
Le nombre des positions astronomiques dûment constatées ne cessa de s'accroître. Le suisse Scheuchzer appliqua le baromètre à la mesure des hauteurs. Buache publia en 1756 un essai de géographie physique, d'après le système des bassins et de leur séparation, premier pas vers l'hypsométrie. Cassinide Thiiry dressa (1741-1783) la grande carte topographique de France, un chef-d'œuvre, qui n"a été surpassé que de nos jours par la carte de VEtat-major.
Enfin les voyages scientifiques, qui commenmencent au milieu du XVIII' siècle et qui n'ont fait que se multiplier depuis (Niebuhr, Anson, Byron, Wallis, Bougainville, Cook, Lapérouse, d'Entrecastaux, Vancouver, de Humboldt, etc.), apportent à lagéographie un nombre prodigieux de faits dont elle s'empare pour compléter et préciser la figure de la Terre.
'^'^ Derniers progrès. Dix-neu-vième siècle. — Malgré les progrès accomplis dans les siècles précédents, on pourra dire plus tard que le di.'C-neuvième siècle a été le siècle de la géographie. Jamais les explorateurs ne furent plus nombreux ni plus intrépides. La géographie a désormais ses héros et ses martyrs. Franklin avec ses devanciers et ses continuateurs au pôle nord. Dûment d'Urville au pôle sud, l'expédition française en Égypte, Barth au Soudan, d'Abbadie en Abyssinie, Burton, Speke, Graitt, Baker, Livingstone, Cameron, Stanley, Brazza, dans l'Afrique australe et centrale, Uonall Stuart^en Australie, dans l'Amérique du Sud Ci-evaux, pour ne parler que des plus illustres, ont resserré de tous côtés le domaine de l'inconnu. La colonisation ou la conquête de l'Algérie, de la Cochinchine et du Tonkin par les Français, de l'Inde, du Cap, da l'Australie et de la Nouvelle-Zélande par les Anglais, de la moitié de l'Asie par les Russes, de la Malaisie par les Hollandais, la fondation et le développement d'États civilisés dans tout le nouveau monde, l'ouverture du Japon, l'entrée de la Chine en contact avec le monde occidental, la multiplication des rapports commerciaux, des lignes de paquebots, des voies ferrées, des fils télégraphiques et téléphoniques, les applications innombrables de la photographie, les progrès constants de la géodésie, tout concourt à donner à l'homme conscience de sa planète. La géographie peut se tromper dans le détail, elle est du moins certaine de la précision de ses données dans leur ensemble. C'est une science fondée, c'est une science exacte. Inutile d'ajouter que, comme toutes les autres sciences, elle est surtout parvenue à savoir qu'elle est encore très ignorante.