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MERS ET COTES

Garonne et du Rhône, qui pourtant séparent le Massif central des Pyrénées et des Alpes, et recueillent ainsi les eaux des régions où la condensation des nuages est le plus abondante.

La Garonne, dans la partie supérieure de son cours, est un fleuve exclusivement pyrénéen. A partir de Toulouse, elle adopte la grande vallée qui sépare les Causses des dernières terrasses des Pyrénées. Le Tarn, le Lot et la Dordogne lui apportent les eaux du Massif central ; puis, par VAriège, le Gers et la Baise, elle reçoit toutes celles que déversent au nord les Pyrénées centrales : de là un apport très considérable de sables et de galets, débris enlevés à la grande montagne; de là aussi des a-ues comme celle qui a détruit, en 1875, le faubourg Saint-Cyprien à Toulouse.

•^'w,, i,e Rhône. — Outre les courtes rivières du versant oriental des Cévennes, le lihône reçoit presque toutes les eaux du Jura par la Saône, grossie du Doubs; de plus, comme il borde, à partir de Lyon, l'extrémité occidentale des Alpes, il recueille par VIsère et la Durance tous les torrents descendus du Pelvoux. Alimenté par de nombreux glaciers pendant la saison sèche, il roule beaucoup plus d'eau que la Garonne et ne cesse jamais d'être navigable; mais, nulle part, les cailloux roulés et les sables ne se réunissent en masses plus considérables, et, comme il n'y a pas de flux dans la Méditerranée pour débarrasser l'embouchure du fleuve, tous ces débris y ont formé un grand delta qui croît tous les jours, comme ceux du Pô, du Danube (carte, p. 111) ou du Nil (carte, p. 190).

Ainsi le Rhône et la Garonne reçoivent à la fois les eaux du Massif central et des grands systèmes montagneux des Alpes et des Pyrénées : ils ont un régime irrégulier et leurs crues rapides surprennent les riverains; mais, dans la saison sèche, la fonte des glaciers maintient, surtout dans le Rhône, un niveau qui permet la navigation.

La Loire. — Une fois réunie kV Allier, au sortir du Massif central, la Loire n'a pas, comme le Rhône ou la Garonne, à recevoir les pluies de régions très élevées. Elle entre d'abord dans la plaine parisienne, dominant la Seine de 63 mètres à Orléans, et semblant pi-éte à la rejoindre, puis elle tourne au sud-ouest. Jusqu'à Saumur, toutes les rivières qu'elle reçoit sur sa rive gauche (Cher, Indre, Vienne) lui arrivent du Massif central. Entre Saumur et Nantes, elle recueille, par la Maine, les eaux du Perche et d'une partie partie de la Normandie.

Pendant la saison sèche, la Loire est réduite à de maigres ruisseaux, épandus sur une large surface sablonneuse qui ne lui suffit point peudant les crues.

Ainsi la Loire s'alimente presque uniquement aux sources du Massif central, et comme les forêts y sont rares, comme aucun glacier n'y supplée à Tinsuffisance des pluies, elle n'est presque jamais navigable l'été, et elle est également sujette à de brusques inondations.

La Neine. — Plus modeste que les trois fleuves précédents, la Seine a un débit plus régulier et elle se prête plus docilement à la navigation.

Elle offre ce précieux avantage, qui est son caractère distinctif, de couler dans une seule région, très homogène, parfaitement limitée, d'avoir ainsi un domaine qui lui appartient en propre.

Son cours suvérieur et celui de ses affluents

de droite, VAube, la Marne, VAisne et l'Oise, décrivent autant de courbes concentrique eaux de son bassin, retardées dans leur cours supérieur par une large ceinture boisée et partiellement absorbées par les terrains perméables qu'elles arrosent, s'écoulent régulièrement dans une artère presque rectiligne, orientée du sud-est au nord-ouest. Ce fossé naturel est formé de l'Armançon, de l'Yonne depuis Joigny, et de la Seine elle-même à partir de Montereau.

Le régime du fleuve n'oscille pas entre deux extrêmes, l'abondance et la rareté excessive des eaux; son niveau ne varie guère; son lit, presque toujours plein, porte aisément bateau.

Aussi la Seine, quoique l'un des plus petits, est-elle le plus commode et le plus important de tous les fleuves français.

La Garonne, navigable à partir de Cazères, ne l'est réellement qu'à Toulouse ; durant la saison des basses eaux, qui est d'environ cinq mois, la profondeur de son lit est de SO centimètres à 1 mètre. La crue de 1875 a été jusqu'à 13 mètres au-dessus de l'étiage.

Le Bhône, le fleuve le plus rapide do l'Europe, a une vitesse de un à deux, mètres de Lyon à Avignon. Il débite à Lyon 50 m. c. en eaux maigres, 650 en eaux moyennes, 6 000 lors des crues extrêmes.

Les crues de la Loire peuvent atteindre 1 m. Elle débite, au bec d'Allier, 30 m. c. en été, et jusqu'à 10 000, dans ses crues extrêmes.

La pente moyenne de la Seine est de 15 centimètres par kilomètre. Malgré la régularité ordinaire de son cours, elle a eu en 1876 une crue exceptionnelle ; elle roulait alors à Pai is 1 650 m. c. à la seconde, au lieu de 33, qui est son débit minimum.

Les gorges du Tarn et Montpellier-le-Vieux. Les gorges du Tarn, longtemps méconnues par les touristes, ont été explorées en détail par M. A. Martel (1884-85).

Dans le département de la Lozère, au milieu des Causses du Gévaudan, le Tarn s'est ouvert un chemin grandiose, l'une des plus grandes curiosités de l'Europe et l'on peut dire même du monde entier. « Sur une longueur d'environ 100 kilomètres, entre Florac et Milhau, il coule entre deux murailles calcaires presque partout perpendiculaires, hautes de 400 à 600 mètres, rouges et jaunes comme un soleil couchant, découpées en pointes de lance et taillées en bastions formidables ; il coule au fond d'une gorge large à son sommet 1 à 2 kilomètres et où la lumière tombe à pic comme dans un puits ensoleillé. Au point de vue de l'impression de grandeur et d'étrangeté produite sur le voyageur, il n'y a que trois sites au inonde plus particuliers que les gorges du Tarn : les Alpes dolmitiques en Tyrol, le versant espagnol du mont Perdu (vallée d'Arrasas) et le grand caiion du Colorado (Arizona). Nulle part ailleurs on ne trouve des roches aussi flamboyantes et surnaturelles. »

A quelques heures de ces gorges magnifiques, à 15 kilomètres est de Milhau, dans le département de l'Aveyron, M. Louis de Malafosse a découvert en 1883 un site extraordinaire qui complète le précédent, c'est Montpellier-le-Vieux, qui se dresse entre la gorge d'un affluent du Tarn, la Doiirbie, et les ravines profondes de deux de ses tributaires. Cette ruine immense, qui rappelle Paimyre ou Thèbes, « est une ruine naturelle toutefois et faite de rockers. Les habitants des vallées n'osaient s'aventurer dans ce chaos qu'ils appelaient la cité du Diable. Cinq cirques de formes diverses, profonds de 100 à 124 mètres, sont entourés d'une circonvallation rocheuse coupée de brèches et renfermant des forêts d'obélisques et de portes ogivales, des tours de défense et des murailles crénelées, des rues, des places et des amphithéâtres, une Pompéi géante, en un mot, couvrant 120 hectares. A l'intérieur, les monuments naturels et les cascades de pierre s'écroulent sur des précipices de 300 mètres et sur une surface de 600 liectares ; au-delà des ravins, une ceinture de forts détaches, tous monolithes rocheux, hauts parfois de 60 mètres, forme la défense extérieure et porte à 1000 hectares la superficie da Montpellier-le-Vieux. »

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