MERS ET COTES
Au delà, s'ouvre la baie de la Seine ou golfe du Calvados, dont les rives longues de 200 kilomètres offrent successivement des plages, des falaises calcaires peu élevées, et des roches granitiques.
Ici encore, on n'a pu créer aucun grand port, tandis qu'en face, l'Angleterre en possède un grand nombre : c'est que la baie de la Seine est battue par tous les vents du nord qui l'ont façonnée à leur gré : les sables se déposant sur tout son pourtour en gradins sous-marins, ont exhaussé le lit des rivières à leur embouchure et empêchent ainsi que les grands navires puissent aborder à marée basse.
Cotes da Cotentin et de Bretagne. — Le Cotentin et la Bretagne sont les débris d'une grande région granitique qui allait rejoindre les Cornouailles(Angleterre) (p 115). Nulle part l'action destructive du Gulf-Stream n'a été plus énergique : il a rasé et emporté toute la partie du continent qui occupait autrefois le golfe de Saint-Malo, ne laissant subsister qu'un plateau sous-marin, dont les îles anglaises de Guernesey, Jersey, et Aia-igny sont les sommets toujours émergés.
11 a rongé et il ronge encore le Cotentin qui a mieux résisté ; cette presqu'île barre la moitié de la Manche, et semble une jetée dirigée contre l'Angleterre, avec Cherbourg à son extrémité. Il a déchiqueté l'extrémité occidentale de la Bretagne en une série d'échancrures profondes dont la plus belle est la rade de Brest ; il a détaché des rivages méridionaux les îles de Groix et de Belle-Isle. Plus récemment un affaissement du sol a formé le golfe du Morbihan.
■^'^ Côtes entre I.oîre et Oîronde. — La /)/a!>ie qui se dérouleau pied des monts de de Bretagne et du Massif central entre la Loire et la Gironde, s'ouvre sur l'Océan comme s'ouvrent sur la mer du Nord les plaines de Flandre et de Belgique. Les rivages vendéens semblentbien encore appartenir à la Bretagne, mais entre la Sèvre Niortaise et la Gironde, la côte du département de la Charente-Inférieure ressemble tout à fait à celle des Pays-Bas. Dans l'intérieur des terres, la mer a autrefois formé jusqu'à Niort un golfe semblable à celui de Saint-Omer. Le pays est aussi plat que dans la Flandre. On y voit des marais salants, (fig. 58), d'innombrables petits canaux et des levées contre le flux.
Fig. 58. — Marais salant.
I^es* Landen. — Après le grand estuaire de la Gironde, au fond duquel liordenux a élabli son port, comme Nantes a plafé le sien au fond de l'i^stuain; de la Loin;, commencent les dunes des Landes dirigées en ligne droite vers le sud, et qui forment la c,t>\i: la plus triste de France. La mer, îiidée du vent, rejette sur le conlincnt les sables (ju'elle
enlève à sa bordure sous-marine ; les dums amoncelées, et presque entièrement fixées depuis qu'on y a planté des pins, retiennent derrière elles en de vastes étangs les eaux venues de l'intérieur, qui ne s'écoulent que par des courants étroits, tortueux et temporaires ; elles ne se sont frayé un passage permanent vers la mer qu'à Arcachon. Les dunes landaises se terminent à ÏAdour, dont l'embouchure abrite Bayonne. Aussitôt après, commence la côte rocheuse des Pyrénées.
Côtes méditerranéennes. — Comme celles de l'Océan, les côtes françaises de la Méditerranée correspondent à la nature même du relief. Aux deux Extrémités, les Pyrénées et les Alpes baignent leur pied dans la mer, les Pyrénées avec la pointe isolée qui s'étend de Port-Vendres au cap Creus, les Alpes tout le long des rivages provençaux, de Marseille à. Nice. Ce sont là comme deux quais rocheux qui s'avancent dans la Méditerranée, avec des caps aigus, le Cerbère dans les Pyrénées, le Sicié en Provence, et des anses à eau profonde, où les plus grands navires peuvent quelquefois accoster le rivage : à l'ouestPor/- Venilres, à l'est Marseille, Toulon, les rades d'Hyères et de Villefranche. Entre les deux môles de granit formés par les Pyrénées et les Alpes, s'ouvre le golfe du Lion, qui baigne la plaine étroite du bas Languedoc.
Comme il n'y a ^s de marée dans la Méditerranée, qui est une mer presque fermée, les alluvions apportées par les rivières, grandes et petites, depuis laTèt jusqu'auRhône, n'étant pas dispersées par le flux, se sont déposées et ont formé sur le rivage une longue région deltaïque, bordée de lagunes (étangs de Leucate, de Sigean, de Thau, de Valcarès); la rive intérieure de ces étangs marque l'ancienne côte de la Méditerranée.
Conclusion. — En résumé, la nature des côtes de France est loin de lui être aussi favorable que sa situation môme. Le long des colli?ies du 7iord-ouest (Cotentin et Bretagne), l'action destructive de la mer a laissé tant d'écueils ou jeté tant de sables qu'on n'a pu créer que trois grands ports, le Havre Cherbourg et Brest. Le long des pays bas du nord et de l'ouest, la profondeur du rivage est trop faible : Dunkerque, Boulogne, sont des ports artificiels; la Rochelle est perdue derrière l'île de Ré ; Nantes, Rochefort et Bordeaux sont établis sur des fleuves. De même sur les rivages plats du Languedoc, Cette côte, exposée auxvents, est d'un accès difficile. Seules les côtes Alpestres et Pyi'ënécnnes offrent des abris naturels, sûrs et profonds : les Phéniciens en ont profité les premiers, les Grecs ont hérité des Phéniciens, et nous, des Grecs : l'une de leurs colonies, Marseille, est aujourd'hui notre principal port.
L'ancien golfe du Poitou. — C'est l'exemple le plus curiftux à>'S changements survenus dans la conliguration des rivages de France. Il y a 2 OUO ans, r()céan s'avançait jusqu'au cœur du Poitou et le cours de la Sevro finissait en aval de Niort. Tout le pays compris entre Luçon et Fontenay-le-Camte, au nord, Niort A l'om-st, les hauteurs de Courçoii au sud, n'était qu'un vaste golfe de :10 kilomètres d'ouverture. Marans et beaucoup d'autr(^s bourps et villages de la contr(''e étaient encore des iles au treizième siècle. Mais le golCe s'est comblé peu à peu par un recul do la mer, qui ne peut guère s'expliquer que par un lentsoulévement de tout lo littoral. On aperçoit en eiret dans la plaine et à une hauteur de 10 et 1.1 mètres, des bancs de coquilles déposés jadis par les (lots, l't ailliMirs des iiilotis avec des anneaux de fer, qui servaient à amarrer les na-
vires. Le retrait de l'Océan continue sous nos yeuz il abandonne environ 30 hectares de terre par an.
A la place de l'ancien golfe du Poitou s'étendent aujourd'hui des prairies humides et grasses, sillonnées de canaux de dessèchement, des plaines d'une horizontalité presque parfaite. On y voit aussi, à Saint-Mic/iel-en-t Herm et près de l'anse de l'Â;guillon, qui se comble peu à peu, des marais salants; mais la baisse du prix du sel tend à les faire abandonner; aussitôt qu'on en cesse l'exploitation, il faut éviter avec grand soin que l'eau douce ne vienne s'y mêler à l'eau salée, et y donner naissance à des fièvres paludéennes.
Les habitants des marais de Marans qu'on nomme les Huttiers, n'ayant point d'autre combustible, brillent les excréments de leurs bestiaux.
Ceux de Villedoux se livrent à l'élevage très curieux et très lucratif des moules.
I es côtes de Corse. — Sur une superficie inférieure à celle de nos trois départements les plus étendus, la Corse, dont la longueur extrême n'atteint pas plus de 183 kilomètres, et dont la plus grande largeur n'en mesure pas 83, dresse vers le ciel des montagnes abruptes dont la hauteur est énorme, si on la compare à l'étroitesse du socle sur lequel repose leur base. Une dizaine de cimes au moins dépassent 2000 mètres, et plusieurs s'élèvent jusqu'il 2600, 2700 et 2800 ; cette dernière altitude, qui est celle du monte Ginto, est comparable à celle du Pic du midi de Bigorre. dans les Pyrénées. Cette élévation considérable des monts de la Corse explique l'ampleur grandiose des golfes, l'âpreté sauvage des caps qui découpent ses rivages. Elle est, à proprement parler,un massif montagneux à demi-submergé, une région alpine détachée, des Alpes et dont les vallées inférieures sont des vallées sous-marines. Des eaux claires et profondes baignent ses flancs de granit et les étroites plages formées par les alluvions des torrents ne s'étendent guère qu'au creux extrême des baies qui pénètrent à l'intérieur des teries. Cependant sur la cote orientale l'éloignement relatif des montagnes, l'ampleur relative aussi des cours d'eau qui charrient un épais limon à l'époque des pluies, la nature plus friable des roches où dominent le talc et le schiste, la profondeur moindre de la mer ont donné naissance à une bordure de rivages plats et de marécages malsains semblables à notre bas Languedoc et qui s'étalent en ligne presque droite du nord au sud, depuis les hauteurs grises et ternes qui dominent Bastia jusqu'aux vastes forêts de chênes lièges qui bordent la petite mer inférieure de Porto-Vecchio. Tout le reste du pourtour de l'ile est rocheux et rappelle les côtes de Provence, avec des formes plus hautes, plus majestueuses, plus farouches.
Les golfes sont encadrés de montagnes puissantes, tigrées de verdure et dont les flancs s'entr ouvrent sur des vallées profondes, laissant apercevoir au loin, à travers une brume dorée, derrière les forêts d'oliviers, de chênes verts, de châtaigniers et de sapins, des cimes couvertes de neige. Autour des criques, s'étagent tantôt des landes uniformes où fle\irit l'asphodèle, tantôt des maquis mélancoliques, tantôt des villages riants entourés d'orangers, de vignes et d'arbre.^ fruitiers. Des senteurs capiteuses descendent des taillis de cistes et de bois résineux. I.es caps déchiquetés se prolongent par des traînées d'écueils pointus, par des roches roussâtres qui semblent, comme les iles Sanguinaires, des taches de sang figé flottant sur la mer. Des murailles vertes, noires, jaunes, rouges, découpées en pyramides ou en bastions crénelés plongent directement leur pied dans les flots. Dans la presqu'île du Cap Corse, les escarpements de la montagne sont coupés à chaque pas de ravins délicieux, où les ruisseaux descendent en fraîches cascades sous dos berceaux de verdur.i pour arroser les jardins en terrasses, les plantations de cédratiers, puis vont se perdre au fond d'uue marine, sur une plagette de sable lin.
Près do Bonifacio, sous les falaises blanches, s'ouvrent des grottes accessibles seulement en barque, où l'eau bleue et translucide clapote sur les galets brillants et les blocs de rochers violets, où les veaux marins viennent prendre leurs ébats, La variété des sites est infinie et l'intérieur do l'ile n'est pas moins beau ni moius digne do visite que ses rivages.