VIGNOBLES
w La principale richesse de la France, immédiatement après les CÉRÉALES, est la VIGNE. Malheureusement un trouble grave est apporté, dans la récolte des vins, par l'invasion d'un petit puceron venu d'Amérique : le phylloxéra, et par la réapparition de Voïdium .
-v^^ Comparaison avec les pays étrangers. — Avant cette invasion, notre pays fournissait 60 millions d'hectolitres de vin, égaux à la production totale des autres pays de l'Europe. Il donnait deux fois plus de vin que l'Italie, quatre fois plus que VEspagne, cinq fois plus que Y Autriche-Hongrie, les trois contrées les plus favorisées après la France. La récolte moyenne est aujourd'hui réduite d'un tiers) (40 millions d'hectolitres).
Zone de la vigne. — La limite septentrionale de la culture de la vigne en France est marquée par une ligne qui part de l'embouchure de la Loire (v. la carte p. 51), passe au nord de Paris et aboutit à la Meuse, au sud de Givet (Ardennes). Toutefois la vigne réussit fort mal sur la plus grande partie du Plateau central.
Au nord est de cette limite, le vin est remplacé conmie boisson ordinaire par la bière; au nord-ouest, sur tout le littoral de la Manche, par le cidre.
vvvr Groupes de production. — On
peut distinguer cinq groupes principaux de production du vin, savoir : 1° trois groupes très importants : groupe des vins de Bordeaux, — groupe des vins de Bourgogne, — groupe des vins du Midi, — 2° deux groupes spéciaux : groupe des Charentes, et groujie de Champagne, dont les vins servent à la fabrication, les premiers, de Veau-de-vie, les seconds, des viits moussrnx.
Le groupe des vins de BORDEAUX comprend les vins du département de la
GIRONDEfl million l/2d'hectolilre5j. renommés dans le monde entier. Ces vins, sui van t la nat ure des terrains qui les ont produits, se classent en vins de Graves, de Côtes, de Palus, (ÏEntre deux mers. Les plus fins viennent du Médoc, qui s'étend sur la rive gauche du fleuve, de Bordeaux jusqu'au nord de Pauillac.
Les principaux crus de ce groupe sont, paimi les vins rouges : Cliâteau-Margaux, Château-Laffite, Château- Latour (^édoc) , — Saint- Émilion (Cotes); — parmi les vins blancs, Château-Yquem, à Sauterues (Graves).
■^.-^ Le groupe de BOURGOGNE (Haute- Bourgogne et Basse-Bourgogne) le dispute en réputation, par l'excellence de ses crus, au groupe bordelais. Il s'étend sur plusieurs départements, dont l'un porte le nom significatif de Gôte-d'Or.
Il comprend principalement les vins du Maçonnais ou de Mâcon (Saône-et-Loire), les vins du Beaujolais (Rhône), — les vins blancs de Chablis (Yonne).
Les crus les plus renommés de ce groupe, tous situés dans la Haute-Bourgogne, sont ceux de Geurey-Chambertin, Clos-Vougeot, Romaiiée-Conti, Nuits, Corton, Beaune, Pomard, Voinay, Mfiirsault, Montrachel,elc.
Le groupe du MIDI comprend principalement les vins du Roussillon et du Languedoc. — Dans le groupe du Midi, se trouvent : le département de l'HÉRAULT, qui avant l'invasion du phylloxéra produisait en moyenne 12 millions d'hectolitres par an (1) (France entière : 30 millions) — les départements de l'Aude, — des Bouches-du-Rhône.
Les gros vins de Narhonne et du Roussillon, chargés en couleur, sont destinés au coupage ; — les vins du Languedoc fournissent l'alcool dit trois-six ; — les vins de Lunel et de Frontignan (Hérault), sont des vins de liqueur.
Les départements du Midi et ceux dos Charcutes sont h s plus éprouves par le phylloxéra. La prudin'tiou annuelle de l'Hérault est descendue de 12 millions d hectolitres à 5 millions. — On lutte contre le teiribie fléau en submergeant les \igues aiti'intes, en les traitant par des insecticides, eu les remplaçant par des ceps américains. ^
.u^- Le groupe des Charentes comprend les départements de la Charente-Inférieure, (1 million d'hect.) et de la Charente (1/2 million) les plus productifs de France après le département de l'HÉRAULT. — Le vin des Charentes est destiné surtout à la fabrication d'eaux-de- vie très estimées (eaux-de-vie de Cognac et fine Champagne ).
D'après l'analyse cliiniique, le vin est un liquide fermenté composé principalement d'alcool etd'eau, dans la proportion de 10 O/o d'alcool et de 90 O/o d'eau. I our concentrer l'alcool, c'est-à-dire le sépai er de l'eau, on soumet le \in à \a distillnlion k l'aide d'appareils spéciaux.— Le produit de cette distillation additionné il'eau dans une proportion moyemie île SO O/o. donne l'eaude-vie de table, la seule dont ou puisse user modérément sans danger. Mais la plupart des eaux-de-vie sont extraites lie la betterave, des pommes de terre, des grains, et leurs effets sont, à la longue, désastreux pour la santé (alcoolisnie ).
yv.^ Le groupe de Champagne, beaucoup plus imiiorlant p;ir la qualité de ses vins que par la (juantilé, donne lieu à un commerce d'exportation remarquable.
(1) L'orge germée et dcssécliée est désignée sous le piim de malt ; d'où le nom de niuUeriet donné auj éln- Lliiieraenli ou l'orge tubil cette pré]iiirutiuu.
(1) Ce chiffre, comme tous ceux qui sont cités dans ce paragraphe des vignes, est fourni par la mujenue des dil dernières auuccs.
FRANCE. — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE (AGRICULTURE)
Les vins de Champagne ne sont pas, comme les vins rouges, le produit direct delà fermentation du jus de raisin. Fabriqués indifféremment avec du raisin blanc ou avec du raisin noir(l), ils subissent une série de manipulations délicates : mise en bouteilles avant complète fermentation, de façon à emmagasiner l'acide carbonique qui doit rendre le vin mousseux; soutirages répétés; addition d'un peu d'eau-de-vie et de sirop; toutes opérations qui modifient la nature primitive du vin.
On peut fabriquer des vins façon Champagne avec le raisin récolté dans plusieurs autres départements.
Les vins de Champagne sont plus souvent désignés par les grandes marques (veuve Cliquot, Moët, Montebello) que par les noms des vignobles.
Autres centres de production.
— Il existe d'autres centres de production d'importance moindre que les précédents. — Le Gers donne des vins que l'on convertit en bonnes eaux-de-vie (eaux-de-vie d'Armagnac).
— La vallée du Rhône fournit des vins de table très estimés (Côte-Rôtie, Saint-André, l'Ermitage, Saint-Péray). — VAuvergne, la vallée de la Loire, le département de Meurthe-
(1) Pour faire du vin blanc avec du raisin noir, il suffit d eulever les pellicules rouges avant la fermentation.
et-Moselle, fournissent des vins de ménage.
Le vin d'Orléans et des environs donne le meilleur vinaigre (1).
■vw^. Tins d'Algérie. — L'Algérie est un
pays d'avenir pour la production du vin. La culture de la vigne n'y est pas encore très étendue, mais elle y fait chaque année des progrès considérables.
■^-^ Exportation des vins français.
— La vente de nos vins et de nos eaux-de-vie à l'étranger constitue encoi'e un des éléments les plus considérables de nos exportations (300 millions de francs sur 3 500 millions). L'An-
(1) L'illustre chimiste, M. Pasteur, a découvert un procédé pour obtenir du vinaigre avec de l'eau, de l'alcool et ries moisissures de vinaigre. On obtient aussi du vinaigj e en ilistillaut du buis eu vase ulus.
gleterre, la Russie, Y Allemagne, VEgypte, les Indes, nous achètent nos vins fins ; — VA'gérie, la République argentine, — le Brésil, les États-Unis, la Belgique et la. Suisse nous prennent nos vins ordinaires.
'vw^. Importation des vins et liqueurs. - Nous sommes obligés aujourd'hui, pour maintenir ce commerce important et pour suffire à notre consommation, d'acheter à l'Espagne et à l'Italie une énorme quantité de gros vins très richesen alcool, qui suppléent à nos vins du Midi, et qu'on mélange aux vins plus légers du Centre.
Nous achetons même à la Grèce du raisin sec, avec lequel nous fabriquons du vin. — Eu outre, nous faisons venir des vins fins d'Espagne, — de Portugal, — d'Italie, — de Hongrie. On peut ajouter à ces pays la Jamaïquo (Antilles anglaises), pour le rhum, — la Suisse pour l'absinthe, — la Hollande pour le curaçao.
6o BOIS ET FORÊTS.
•^'^ Distribution des Forêts. — Les
forêts couvrent un peu plus du sixième delà superficie de la France (9 millions d'hectares sur 53). Aucune région de la Friuice n'en est dépnurvue, mais on trouve des forêts en plus grand nombre sur les flancs des montagnes et sur les parties du territoire qui se prêtent mal aux travaux de labour. La région forestièi e par excellence comprend (voir la carte des Forêts, p. 52) les riches forêts des Landes, du Var, de la Côte-d'Or, des Vosges, du Morvan, des Alpes.
■vN-v^ Comparaison avec l'étranger.
— On vient de voir que les forêts occupent le sixième du territoire français. A cet égai'd, la France est considérablement distancée par la RUSSIE et par la SUÈDE dont les forêts couvrent presque la moitié du territoire (1); par V Autriche-Hongrie et la Norvège, où les forêts occupent le quart du territoire.
Laguerrede 1870, en nous enlevant l'Afaace-jtorî-uî/iJ', nous a fait peidre une contrée riclie en forêts. — L'yl.'gérie, dont la superficie dépasse celle de la FrsjiB» a quatre fois moins de foi êls.
A qui appartiennent les forêts.
— En France, la propriété des huit millions d'hectares de forêts se répartit de la manière suivante :
A l'État 1 million d'hect.
Aux communes, hôpitaux, etc. 2 — Aux particuliers 5 —
Reboisement des montagnes. —
Les forêts sont fort utiles : elles consolident le sol des montagnes et préviennent les éboulements; elles retiennent les eaux des pluies comme une éponge qui s'imbibe juew à peu, et elles rendent les inondations moins dangereuses; elles exercent une influence considérable sur le climat en rendant les pluies plus fréquentes. Le déboisement imprévoyant des montagnes, et notamment des Pyrénées et des ^Zpes, a causé souvent d'irréparables désastres. Aussi l'État intervient-il dans l'exploitation des forêts, pour régler la coupe des arbres et entreprendre, d'après un plan d'ensemble, le reboisement et le gazonnement des régions forestières dénudées.
C'est par des plantations de pins maritimes qu'on a réussi à fixer les dunes mobiles du golfe de Gascogne, qui menaçaient d'en-
(1) 200 millions d'hectares (sur un terriloiie île 550 millions), pour l'immense Russie d'Europe ; IS inilliiiMS ■riii'i'luiTii (sur4i millions), pour b Suù.le.
FRANCE. — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE (AGRICULTURE)
PRAIRIES NIITUREUES fJPA-njRAGES.
L'emploi de la fonte de fer pour la construction des maisons, et de la houille pour le chauffage, ont diminué l'iiiiportauce commerciale des furèls.
Cafte des forêts.
(Pour la légende des a"» de déparlemenls^
vahir les terres — et à transformer les landes , qui ne seront bientôt plus qu'une immense forêt.
Les règlements sur Il'S forêts sont conteLjus dans le Code forestier. L'administration des forêts (ministère des nuances) comprend 32 arrondissements forestiers, à la tète decliacun desquels se trouve un fonctionnaire appelé conservateur. — Il y a une école forestière à Nancy.
- Arbres des forêts. Usages et
produits. — Le chêne ordinaire, Vorme, le hét7'e, le frêne, le charme croissent dans la majeure partie de nos forêts ; — le chêne-vert (yeuse) croît sur les plateaux secs du midi ; — le chêne-liège, dans les contrées chaudes (Landes, Corse, Algérie); — le peuplier, le saule, Vauine, viennent au bord des eaux; — le sapin pousse sur les monts du Jura, des Vosges (1), des Alpes et sur une certaine partie des Pyrénées; — le pin maritime croit dans les dunes et dans les landes de Gascogne ; — Veucalyptus, que l'on cherche à acclimater, en Algérie et en Corse; — le laricio, en Corse; — le thurja, le cèdre, le palmier, en Algérie.
Le tableau suivant fait connaître les usages des principaux de ces hois :
PRINCIPAUX USAGKS
/Chêne ord«.. Conslruct'on des navires, traverses 1 I des chemins de fer, parquetage, bo'S
l de chaulfage, charpente, charbon.
E 'Chênc-liège. . L'écorce sert à faire les bouchons.
"'Orme 'Roues de voitures, alFuts de canons,
s i I bois de chauffaiçe.
/ Hêtre Sahols, bois de chauffiigo.
1 Eucalyptus.. . ' Poteaux télégraphiques, assa uisse- ^. I meut des p.iys insalubres.
£ ■ Peuplier. . .
. Planches de buis blanc.
»^ ' Saule, aulne .. I piinicrs.
I Bouleau | Sabots, bois de chauffage, balais.
t iSapin Echafaudages, charpente.
S 1 Pin maritime,' Itésinc d'on l'on tire l'essence de té ^' rébenthiue, poleaui, traverses, etc.
(Ijlliiutlci Voft^es, le bi>i> lie cliuufr.iije cuu]ié nui
v.-yN. Bois importés. — Les prudentes restrictions apportées par l'État à l'exploitation des forêts, obligent a France à recourir à 'étranger pour une partie des bois de construction ou de chauffage, et des charbons de bois, dont elle a besoin. Le chiffre de l'importation des hois figure même parmi les plus élevés, puisqu'il a dépassé dans ces dernières années la somme de 200 miUions.
Dans ce chiffre, les bois de construction comptent pour la part la plus considérable ; ils nous viennent de la Suède et de la Norvège (sapins pour charpente et mats de navire), de la Suisse, de la Russie, de VAutriche, de l'Italie.
L'acajou, le palissandre, l'ébène, bois exotiques employés dans l'ébénisterie, nous viennent des pays intertropicaux et particulièrement des Antilles, de la Guyane française et du Brésil, de notre colonie africaine du Sénégal.
Principales forêts. — Les forêts les plus célèbres sont celles de Fontainebleau (22000 hectares), — deSaint-Germain-en-Laye,
— de Compiègne, — de Chantilly, — de Rambouillet, aux environs de Paris; — celle d'Orléans, la plus grande de France (45 000 hectares), — celle de la Grande-Chartreuse.
On donne le nom de ma'/uis aux taillis verts et épais de la Corse.
^/wv Arbres fruitiers. — Le noyer et le jDofrier fournissent, indépendamment de leurs fruits, unhoistrès employé dans l'ébénisterie;
— les pommiers et les poiriers, qui donnent le cidre et lepo»-^, abondent dans le nord-ouest et le Nord; — les cerisiei-s, les pêchers, les abricotiers sont nombreux dans l'Auvergne et dans le centre ; — les oliviers (p. 49), les amandiers, les figuiers, les câpriers , les orangers, les citronniers, les grenadiers, les jujubiers, les sorbiers croissent dans le midi ;
— les cédratiers , en Corse.
A cette liste, il faut ajouter le mûrier, qui occupe principalement le bassin inférieur du Uhone, de Lyon à Montpellier et à Nice, et dont les feuilles servent à la nourriture du ver à soie (voir la carte ci-d'3ssus, pour la limite septentrionale de la culture du mtlrier).
pince, rtesreuil ;i la plaine, sur des glissières ou sur des Iraineanx ou sr/ililtrs. De la les bûches sont abandonnées an courant d'une rivière (loltable jusqu'à ce qu'elles puissent être réunies pour former un tiain de bois. Ce proci'dé e»t aussi usité dans la Nièvre, où les forêts -lu \lorvuu âliuicnli nt Puri» en buis de cljauir.i|;u.
Nos fruiis, dont la qualité est très estimée, sont expédiés pour uue somme assez importante (S."» millions de francs) dans les pays du nord de l'Europe (Angleterre, Russie, etc.), et en Algérie. Nous recevons des pays du midi (Espagne, Italie, Grèce) et d'Algérie, pour uue somme à peu près égale, des oranges, des citrous, des raisins secs, etc.