‹ Gélogie et révélationChapitre 20 sur 105 · FIG. 2C · texte numérisé non relu

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Semiophonu yelicans ( calcaire de Monte-Bolca ).

d'histoire naturelle et sont dès lors d'une étendue fort limitée. Cependant, les poissons fossiles y sont si abondants qu'on en a découvert plus de cent espèces et que des milliers d'individus

ont été distribués entre les divers musées d'Europe. Ils sont quelquefois tellement amoncelés qu'un seul bloc en contient un grand nombre.

De ces faits les géologues ont été amenés à conclure : que les couches en question furent déposées sur le lit d'une ancienne mer dans laquelle vivaient ces poissons ; que les eaux de la mer furent soudainement rendues délétères, probablement par l'éruption de quelque matière volcanique, et que, en conséquence, les poissons périrent en grand nombre et furent presque immédiatement ensevelis dans les dépôts calcaires, dont les couches sont formées. Cette supposition se trouve confirmée par un phénomène très remarquable sur lequel il est bon d'appeler, en passant, l'attention. En 1831, une île volcanique [émergea tout à coup dans laMéditeiTanée, entre la Sicile et la côte d'Afrique. On remarqua que les eaux de la mer furent en même temps chargées d'un hmon rouge sur une vaste' étendue et que des centaines de cadavres de poissons flottèrent à la surface. N'egt-il pas évident que le limon, en se déposant, dut envelopper un grand nombre de poissons et les conserver ainsi pour les âges futurs ? Nous avons dans ce phénomène la reproduction exacte de ce qui a dû se passer autrefois au Monte-Bolca. Mais, pour le moment, nous avons à décrire des faits plutôt qu'à déveloK)er des théories (1).

Près de la ville d'Aix, ancienne capitale de la Provence, dans la France méridionale, il y a un groupe de couches consistant principalement en conglomérat, marne, gypse et calcaire, qui est resté célèbre dans les annales de la géologie. Outre de cu-

(1) Buckland, Traité de Bridgewater^ trad. par M. Doyère, 1. 1, p. lOTj Mantell, Wonders o/Geology,]^. 269; LyeU, Éléments de Géologie j t. II, p. 421.

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rieux restes d'une végétation éteinte, ces couches contiennent encore d'abondants insectes fossiles qui émergent du lit rocheux, où ils ont si longtemps dormi, dans un état de fraîcheur surprenante. Mais les carrières d'Aix, comme celles de Monte-Bolca, sont surtout célèbres pour leurs poissons fossiles. Dans ce cas, comme précédemment, il semble que les poissons ont dû périr subitement, pour quelque cause mystérieuse, et être aussitôt ensevelis dans un nouveau dépôt. Ils ne montrent aucune trace

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Poissons fossiles d'Aix.

de violence mécanique, et là encore ils sont parfois si pressés les uns contre les autres, que chaque bloc de calcaire en renferme un grand nombre dans diverses situations. Notre gravure donne un bel exemple d'un pareil bloc.

La craie blanche de Sussex est devenue classique parmi les étudiants en géologie , depuis les habiles et laborieuses recherches du docteur Mantell. Avant lui, les poissons de la craie n'étaient connus que par leurs dents et leurs os qui abondaient dans toutes

les carrières. Mais il réussit à découvrir' des squelettes entiers et à les dégager intacts de leur enveloppe crayeuse. En plusieurs cas, ces poissons fossiles paraissent avoir peu souffert de la compression: leur corps conserve encore la forme ronde; les nageoires elles-mêmes et les écailles les plus délicates ne sont pas

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Beryx Lewesiensis, extrait de la craie, près de Lewes (Sussex).

plus endommagées que si elles avaient été entourées du gypse tendre de Paris pendant qu'elles flottaient dans Teau. Pendant bien des années, le docteur Mantell se dévoua avec un zèle infatigable à la recherche de ces restes intéressants, et sa magnifique collection orne maintenant les galeries du British Muséum. La gravure ci-jointe représente un spécimen qui appartient à Tune des espèces les plus abondantes : c'est un poisson voisin de la perche commune. Les carriers de Sussex l'appellent vulgairement dorée : mais les savants lui ont donné le nom de Beryx Lewesiensis.

Des poissons fossiles passons aux reptiles fossiles. Plusieurs de nos lecteurs ont peut-être entendu ou lu quelque chose au sujet

d'un groupe de roches remarquables, connu sous le nom de lias. Cette formation est très déyeloppée en Angleterre, où elle a été l'objet d'une attention spéciale de la part des géologues. Elle s'étend sur une ceinture de largeur diverse, depuis Whitby, sur la côte du Yorkshire, jusqu'à Lyme-Regis, sur la côte du Dorsetshire, en passant par les comtés de Leicester, de Warwick, de Glocester et de Somerset. Elle est composée principalement de calcaire, de marne et d'argile ; mais elle doit sa célébrité au nombre et aux dimensions de ses grands reptiles fossiles. Le plus remarquable de ces reptiles est Vichtyosaure ou poisson-lézard. Ce monstre des mers* anciennes unissait, comme son nom l'indique, les caractères essentiels j du^ reptile à la forme et aux mœurs du poisson. Aucune créature pareille n'a existé dans les temps historiques; néanmoins, chaque partie de sa structure compliquée a ses analogues, plus ou moins parfaits, dans la création actuelle. Il avait la tête du lézard, le museau du marsouin, les dents du crocodile, les vertèbres du poisson et les nageoires de la baleine. Il atteignait quelquefois jusqu'à 30 pieds. , Il avait le cou raide et court, l'estomac énorme, la queue longue et puissante. Cette queue constituait, avec quatre rames ou nageoires, les principaux organes de locomotion. Mais, de toutes ses parties, la tête était peut-être la plus merveilleuse et la plus caractéristique. Dans les plus grandes espèces, les mâchoires avaient 6 pieds de long et étaient armées de deux rangées de dents coniques et aiguës, au nombre de 100 au-dessous et de 110 au-dessus. Les cavités orbitaires où les yeux étaient logés mesuraient souvent 14 pouces de diamètre, et les prunelles devaient être elles-mêmes plus grosses que la tête d'un homme (1).

(1) y. note C fin du volume.

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Mais ce qu'il nous faut surtout faire remarquer à nos lecteurs, c'est que les restes de ce singulier reptile aquatique abondent dans toute l'étendue de la formation du trias, en Angleterre. Bien au-dessous de la surface du sol, on les trouve enfouis dans les marnes, dans les argiles et dans les calcaires des comtés de Dorset, de Glocester, de Warwick, de Leicester et d'York. Quelquefois les squelettes sont trouvés entiers, sans qu'un seul os soit dérangé de la place qu'il occupait pendant la vie de l'animal ; mais, le plus souvent, les fragments gisent épars et sans ordre : crânes, os des mâchoires, dents, nageoires, vertèbres caudales et dorsales, tout est confondu. Le voisinage de Lyme- Régis est rempli de ces débris fossiles. On a observé dans quelques-uns des échantillons exhumés une circonstance singuhère qui mérite d'être notée. Sî l'on réfléchit à la force prodigieuse de cet animal, à l'étendue de ses mâchoires et à l'immense capacité de son estomac, on ne doute guère /qu'il n'ait fait sa proie des autres poissons et reptiles qui avaient le malheur d'habiter les mêmes eaux que lui. C'est là, en effet, ce qui est arrivé : car on retrouve encore, en-, fermés entre ses vastes côtes, à l'endroit occupé autrefois par son estomac, les restes à moitié digérés de sa nourriture ; et, parmi ces débris , l'on peut distinguer les os et les écailles de ses victimes. On peut même reconnaître, dans quelques-uns des plus gigantesques spécimens que norife ayons, les restes de leurs frères plus petits. Ces débris, quoique moins nombreux que les os de poissons, suffisent cependant pour montrer que cet animal, lorsqu'il avait besoin d'apaiser sa faim, n'épargnait pas même les individus moins puissants que lui de sa propre espèce (1).

(1) Owen, Palasontology, p. 200-209 j Buckland, Traité de BridgewaUr^ t. I , p. 146-176; ManteU, Wondera ofCreology, p. 676-681; LyeU, Éléments de Géologie, t. Il, p. 10-12; Jukes, Manual of Geology, p. 698-599.

C'est a des faits semblables, faits révélés par Técorce terrestre dans le monde entier, que les géologues ont affaire. Lorsqu'ils se trouvent en présence de squelettes et d'ossements tels que ceux que nous avons décrits, ensevelis dans l'épaisseur de la roche compacte à des centaines de pieds au-dessous de nos prairies et de iios champs de blé, ils ne peuvent pas s'empêcher de se poser ces questions : D'où vinrent ces créatures ? Quand vécurent-elles? Par suite de quelles révolutions fiirent-elles ensevelies en ce lieu et soulevées ensuite du fond des mers ?

On trouve dans la même formation les débris fossiles d'un autre reptile Si^^lé plésiosaure, c'est-à-dire voisin du lézard. Cuvier observa que la structure de ce monstre extraordinaire était la plus singulière et la plus anormale qui ait encore été trouvée parmi les ruines de l'ancien monde. Il se distingue de l'ichtyosaure, avec lequel il a beaucoup d'affinité, principalement par l'énorme longueur de son cou, qui, dans quelques espèces, ressemble au corps du serpent. Le docteur Bukland nous rapporte que, dans le plesiosaurus dolichodeirus , le cou est plus long que le tronc, l'un ayant cinq fois et l'autre seulement quatre fois la longueur de la tête. Notre dessin, que nous devons à l'obligeance du docteur Haughton, représente uti bel échantillon du plésiosaure Cramptonii, qui fiit trouvé dans les couches du lias de Kettleness, près de Whitby, dans le Torkshire, et qui sont maintenant l'un des principaux objets du musée de la Société royale de Dublin. C'est peut-être, à tout prendre, le plus splendide fossile que l'on ait découvert jusqu'ici dans le monde entier.

Le caractère et les habitudes du plésiosaure ont été décrits de la manière suivante par M. Conybeare : « C'était un animal aquatique : l'état de ses pattes le prouve jusqu'à l'évidence ; il

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Plesiosaurns Cramptonii.

était marin : les restes auxquels on le trouve constamment associé ne sont à cet égard guère moins concluants. La ressemblance de ses extrémités avec celles de la tortue conduit à penser que, comme cette dernière, il venait de temps à autre sur le rivage ; mais ses mouvements sur la terre ferme ne pouvaient qu'être dépourvus d'agilité, et la longueur de son cou était un obstacle à la rapidité de sa progression à travers les eaux, ce qui contraste d'une manière frappante avec l'ichtyosaure, si admirablement organisé pour fendre les vagues. Et, comme à ces diverses circonstances il vient se joindre, en vertu du mode de respiration de Tanimal, un besoin de communications fréquentes avec l'atmosphère, ne sommes-nous pas autorisé à prononcer qu'il nageait à la surface même des eaux, ou s'en éloignait peu, recourbant en arrière son cou long et flexible, à la manière du cygne, et le dardant de temps à autre pour saisir les poissons qui s'approchaient de lui ? Peut-être aussi se tenait-il près du rivage, dans des eaux peu profondes, caché au milieu des végétaux marins, et por^tant, à l'aide de son long cou, ses narines jusqu'à la surface des eaux ; c'eût été là pour lui une retraite assurée contre les attaques de ses plus dangereux ennemis. D'un autre Côté, cette longueur et cette flexibilité du cou, par la promptitude et la soudaineté d'attaque qu'elles lui permettaient de déployer contre tout ce qui passait à sa portée, compensaient la faiblesse de ses mâchoires et l'impossibilité d'une progression rapide au sein des eaux (1) ».

Le cétiosaure ou lèzard-laleine n'est pas moins merveilleux. C'est le plus grand animal connu qui ait vécu sur la terre. On n'a encore découvert aucun squelette complet de cet être] mons-

(1) Buckland, Traité de Bridgewater, t. I, p. 186; Owen, Paîœontologyy p. 223-232.

trueux. On ne possède de toute sa tête qu'une simple dent. Mais nous avons les os de la poitrine, de Tavant-bras et de la cuisse, les côtes, des os des épaules et des hanches ; en un mot, tout ce qui est nécessaire pour la constraction d'un squelette complet , moins la tête. Ces intéressantes reliques ont été extraites, à divers intervalles, dans les cinquante dernières années, des roches et argiles de l'Oxfordshire et de Northaînpton. On les a transportées au muséum de l'université d'Oxfôrd, où elles attirent surtout l'attention du visiteur. Les os avaient 6té parfois tellement écrasés par le poids des couches supérieures, qu'ils tombaient en pièces au simple toucher et n'arrivaient au muséum qu'à l'état de fragments. Mais ces fragments ont été réunis et les os ont été rétablis dans leur état primitif, avec une patience infatigable et un vrai talent, sous la direction éclairée du professeur Philips.

Les couches où nous trouvons ces restes sont connues des géologues sous le nom d'ooïitè. Quoique distinctes du lias, elles lui sont intimement associées et viennent immédiatement au-dessus dans l'ordre de superposition. La première découverte eut lieu en 1825, dans les carrières de Chipping Norton, à 32 kilomètres au nord-est d'Oxford. La suivante eut lieu en 1840, dans une tranchée du chemin de fer, près de Blisworth (comté de Northampton), où l'on découvrit un nombre considérable d'os gigantesques sur un espace de douze pieds de long sur huit de large. Mais les plus riches gisements de ces remarquables fossiles sont les carrières de Gibraltar, près la station du chemin de fer de Kirtlington, à 13 kilomètres environ au nord d'Oxford. On y a découvert, à divers intervalles, depuis 1847, un nombre considérable d'os appartenant au cétiosaure, dont l'un nous semble mériter une mention spéciale.

En 1868, on apprit à Funiversité d* Oxford que les carriers de Gibraltar avaient rencontré un os énorme , « de la grosseur d'un homme ordinaire ». Le professeur Philips se rendit aussitôt sur lea lieux et reconnut que c'était la cuisse (fémur ) d'un cétiosaure- La description des ouvriers était à peine esagéréa ; on trouva , en effet, que cet os mesurait l^jGS de long sur l^'jHî de circonierence, et 0"'j50 de diamètre dans sa partie la plue large- Il est représenté dans la gravure ci- jointe à Tech elle d'un pouce par pied ou d'un douzième. Le lecteor remurquera aussi avec quel aoîn ont été réunis lea divora fragmenta dans lesquels il s'était réduit avant d'atteindre îc laboratoire du muséum.

L'humérus , représenté dans notre gravure h côté du fémur, a été trouvé vers le même temps et dans la même localité. Il a 1™^30 de long ; son diamètre est, à rextrémite, de 0",50, et de O^'^Sâ au milieu. Si après cela nous tenons compte de la grandeur des côte3j dont quelques-unes furent certainement longues de l'",50 et peut-être beaucoup plus, — car les plus longues que Ton gît découvertes ne sont pas complètes et mantjuent de quelques pièces à leurs deux extrémités , — nous pourrons nous faire une grossière idée des dimensions colossales de cet ancien monstre. Evidemment, il est impossible d'arriver à un calcul exact jusqu'à ce que ie squelette ait été complété par des découvertes ultérieures; mais, à eu juger d'après ce que Ton sait déjà, ranimai ne devait pas mesurer moins de trois mètres de haut sur quinze de long.

Quant à son genre de \1ej il est impossible de bien savoir ce qu'il fat» puisque sa tête noue manque. D'après la forme et le caractère de ses membres ^ il semblerait que ses habitudes furent en partie terrestres en partie aquatiques, et l'unique dent qui a été trouvée indique que son alimentation était végétale*

Os dn cétiosanre (douzième de la grandeur naturelle). Humérus, loçgueur 1"",80.

Fémur, longueur l'",62.

On suppose donc qu'il habitait les marais et le bord des rivières, qu'il se nourrissait aux dépens de l'abondante végétation qui se développe habituellement dans ces lieux, et que, en conséquence, il n'était point obligé de courir bien loin pour la recherche de sa nourriture, ni de disputer l'empire de la mer aux rapaces ichtyosaures et plésiosaures. Un rapport détaillé sur ce lézard monstrueux a été publié récemment par le professeiu: Philips dans son splendide ouvrage sur la Géologie cF Oxford, ouvrage auquel nous avons emprunté la présente description ainsi que les dessins qui l'accompagnent.

Les pampas de l'Amérique du Sud ne sont pas moins fameuses par leurs restes de quadrupèdes gigantesques que le lias d'Angleterre par ses énormes reptiles marins. Ces vastes plaines, qui oflPrent à l'œil, sur un espace de 1,400 kilomètres, une vraie mer ondoyante de hautes herbes, consistent principalement en couches stratifiées de gravier et de limon rougeâtre : c'est dans ces couches que l'on retrouve enfouis un grand nombre d'animaux terrestres, informes et disgracieux, mais puissants. Ils y 6ont en telle abondance qu'il est impossible, dit-on, de tracer une ligne dans une direction quelconque à travers le pays, sans qu'elle vieime à rencontrer quelque squelette ou ossement. Aussi M. Darwin regarde-t-il toute la région des pampas comme un vastç sépulcre de ces animaux éteints. Il nous suflSra de décrire l'un de ces animaux qui, pour sa masse prodigieuse, a reçu le nom de mègathérium (grande bête sauvage) •

Le mègathérium, comme l'ichtyosaure et le plésiosaure, avait de nombreux rapports avec la création actuelle. Par sa tête et ses épaules, il ressemblait au paresseux qui vit encore au milieu du vert feuillage des arbres dans les épaisses forêts de l'Amérique

du Sad^ pendant que par ses jambes et ses pieds il combinait les caractères du fourmilier et du tatou. Mais ses proportions colossales en faisaient un animal complètement distinct de tous les représentants modernes de la famille à laquelle il appartenait. Il avait souvent jusqu'à 3"*,60 de long sur 2°',40 de haut. Ses pieds antérieurs avaient près d'un mètre de long sur 0"»,30 de large et se terminaient par des ongles gigantesques ; ses hanches mesuraient 1",50 de large, et son fémur était trois fois plus épais que dans les plus grands éléphants. « Toute son organisation, » comme l'a admirablement observé et soigneusement démontré le docteur Buckland, € était un mécanisme colossal en rapport exact avec le travail pour lequel il avait été construit ; massive et puissante, comme cette besogne était lourde et pénible, elle avait été coordonnée pour être un instrument de vie et de jouissances à toute une race de quadrupèdes, laquelle, bien qu'elle ait disparu de la surface de notre planète, a laissé derrière elle d'impérissables monuments de l'habileté consommée qui avait présidé à son édification. Chaque membre, chaque fragment d'un membre est une pièce bien proportionnée, d'un tout parfaitement coordonné ; et, si loin qu'ils semblent s'écarter, par leurs formes et leurs proportions, de ce que sont les membres chez les autres mammifères, nous y trouvons des preuves de plus de tout ce qu'il y a eu d'inépui^ble et infinie variété dans les plans de la sagesse créatrice. » Le léviathan des pampas, comme on l'a justement appelé, fut connu, pour la première fois, vers la fin du siècle dernier. En 1785, on découvrit un squelette presque complet, à trois milles environ au sud-ouest de Buenos- Ayres. Le marquis de Loreto l'oflPrit au musée royal de Madrid où on le voit encore. Depuis ce temps, d'autres échantillons, sans compter de nombreux fragments, ont été découverts, grâce surtout au zèle et à l'énergie

de sir Woodbine Parish, qui a le plus contribué à nous donner des notions certaines sur la forme, la structure et, conséquemment, les habitudes de ce grossier et monstrueux animal. Le squelette complet qui attire tant Tattention au British Mvseuniy et dont nous donnons ici la figure, n'en est qu'ime représentation artificielle ; mais il a été construit avec beaucoup de soin d'après les os originaux, dont quelques-uns sont exposés dans les cases latérales de la même salle, et d'autres au Muséum du collège royal des chirurgiens (1).

Le mylodon se rapproche beaucoup du mégathérium, mais en diffère par des dimensions moins colossales. Ses restes sont trouvés associés à ceux du mégathérium et d'autres grands animaux de la même famille, dans les graviers superficiels de l'Amérique du Sud. Un splendide échantillon qui mesure onze pieds de la partie antérieure du crâne à l'extrémité de la queue, fut trouvé, en 1841, à quelques milles au nord de Buenos- Ayres. Il est bien figuré dans la gravure ci-contre, que nous empruntons, avec la permission de l'auteur, à l'admirable Manuel de Géologie du D' Haughton.

Mais quittons les poissons, les reptiles et les quadrupèdes pétrifiés qui sortent, pour ainsi dire, de leurs tombes pour nous donner des nouvelles d'une création éteinte, et reportons, pour un moment, notre attention sm* les coquilles fossiles. Ces reliques d'un ancien monde, qui sont répandues avec une abondante profusion dans toutes les strates de Técorce terrestre, peuvent paraître, il est vrai, de peu d'importance à l'observateur indifférent ; mais, pour l'œil exercé du savant, elles sont très instructives.

(1) Buckland, Traité de Bridgewater, t. I, p. 124; Owen, Palœontology, p. 890-892,- ManteU, Wondera of Geology, p. 166-169j Fossils of the British Muséum^ p. 465-480.

CHAP. XI

On les a appelées avec raison les médailles de la création ; elles portent, en effet, gravée à leur surface, l'empreinte de l'âge auquel elles appartiennent, et elles constituent la plus grande, nous pourrions peut-être dire la plus importante partie de ces annales non écrites dans lesquelles le géologue cherche à puiser l'histoire ancienne du globe.

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