ÉTAT DE LA QUESTION ET EXPOSÉ DES VUES DE L'AUTEUR
PRINCIPES GlÈNÉBAt^X DE LA THÉOUIE GÉOJLOGIQUE AOTEFTÉS l'An L'ALîTEUB. — CES PRINCIFUS IMPLIQDEKT MANïrESTKMENT l'eXTRÈSLE AJJCTENÎTETi DE I^ TERRE, — DÉMON^RATION TIRÉE DE LA HOîrTLLE, DE LA CRArE ET DES ABU ILES A BLOCS, — CETTE COSCLDSIOy X^EEiT POINT E^" DjéSAH- CORD AVEC I/HISTOIBE IN S PI BÉE HE LA CBBATlO:ïf. — OïïlOifOLOGIE DE LJ. BiBtB. — GÉNÉALOGIES DE LA GENÈSE. — DATE DE LA CaÉATIOÎS^ NOif FIXÉE PAR THÛÏàE. — PROGRÈS DE L' OPINION SUB CE POINT. — LE CARDINAL WlSEStANj LE PÈRE PEBRONE , LE PÈRE PIAXCUNI. — LE DOCTEUR BDCKLAND^ LE DOCTEUR CIIALMERS^ LE DOCTEUK PIE SMITH, HUGUES MILLER. ^ EX?OSÈ DES VUES DE L'ArTBtîR. — BÉPOKSE A l'accusation de TÉMÉRITÉ ET D'IMPBUDENCE. — SENTIMENTS DE SAINT AUGUSTIN ET DE SAINT THOMAS,
Le lecteur a maintenant eona les yeux une esquîssB générale de là théorie géologique en même tçm]>3 que quelques-un ea des j]rt!UYes sur lesquelles on a coutume de T appuyer* I^ons n'essayerons paa d'ajouter à ces preuves par de plus amples commentaires. La logique et la rhétorique ne pourraient être que d'un faible secout's poiu* la démonstration d'une théorie qui au fond n'a besoin que d'être bien comprise. Si elle ne force pas
notre assentiment d'une manière absolue, elle se présente du moins avec un tel degré de probabilité que le doute est à peine possible.
Il n'est personne, croyons-nous, qui ait jamais hésité à admettre que les Tours-Rondes d'Irlande soient l'œuvre de la main des hommes. Si pourtant quelque sceptique venait à s'élever contre cette opinion commune, à n'y voir qu'une simple hypothèse et à demander des preuves, nous serions fort embarrassé pour lui répondre. Nous dirions seulement que ces monuments ont tous les caractères des ouvrages humains, et qu'il n'est à la connaissance de personne que des constructions semblables aient jamais existé autrement que par la main de l'homme. Si néanmoins notre incrédule prétendait qu'elles peuvent n'être qu'un jeu de la nature ou qu'elles ont pu être bâties au commencement par le Créateur du monde, qui pouvait certainement le faire s'il l'avait voulu, nous trouverions que cet homme est déraisonnable, et nous nous sentirions probablement peu disposé à poursuivre la discussion. Il en est de même de la théorie géologique que nous défendons. Elle ne peut être établie par une démonstration rigoureuse; cependant, nous ne croyons pas qu'aucun homme de sens et de jugement puisse hésiter à l'accepter, au moins dans son ensemble, lorsqu'il aura connaissance des preiives sur lesquelles elle repose. Sans doute, il s'est trouvé des hommes éminents .qui se sont élevés contre la géologie, mais il serait facile de montrer par leurs écrits qu'ils n'ont jamais examiné sérieusement les faits qui l'établissent et que, dans leur ignorance, ils essayent en vain d'expliquer d'une autre manière ou qu'ils osent nier si légèrement.
Nous avouons franchement, quant à nous, que tout en n'attachant qu'une importance médiocre aux simples conjectures et
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aux spéculations de certains géologues, tout en n'acceptant qu'avec défiance et soupçon maintes théories assez plausibles pourtant et aujourd'hui assez communément adoptées, tout en considérant que les découvertes des temps modernes, si merveilleuses qu'elles soient, ont donné lieu à beaucoup plus de problèmes qu'elles ne sont encore capables d'en résoudre, nous donnons néanmoins une pleine adhésion aux principes généraux que nous savons essayé de développer et de démontrer dans ce volume. Nous n'avons point, à ce sujet, de certitude métaphysique , mais nous avons une conviction ferme et raisonnable. Nous sommes bien persuadé que le grand Créateur de l'univers n'a point appelé subitement à l'existence des restes desséchés et des fragments brisés d'animaux qui n'auraient jamais vécu; qu'il n'a point gravé sur des roches massives, enfouies dans les profondeurs de la terre, l'empreinte d'une végétation luxuriante qui n'aurait jamais existé ; enfin, qu'il n'a point créé, sous des millions de formes, des apparences trompeuses de choses qui n'auraient jamais été, et qu'il aurait répandues par le monde avec une folle profusion, sachant bien qu'après un certain nombre de siècles, elles apparaîtraient à la lumière pour égarer la raison humaine et l'induire en erreur. Cette conclusion, nous sommes évidemment tout prêt à l'abandonner dès qu'elle se heurtera contre une vérité certaine ou contre un fait bien démontré. Mais en attendant, elle nous paraît aussi bien fondée et aussi soUdement établie que celles que nous sommes habitués à accepter, sans hésitation, en matière d'autres sciences ou dans la conduite ordinaire de la vie.
On nous objecte que la théorie géologique est en désaccord avec l'ordre le plus élevé de vérités, avec cette vérité qui se présente ^ nous appuyée sur l'autorité de Dieu lui-même. La
320 GÉOLOGIE ET BÉVÉLATION.
Bible nous dit que le monde a été créé il y a environ six ou huit mille ans ; la géologie, au contraire, prétend que six ou huit mille ans sont comme un seul joui* dans l'histoire des révolutions par lesquelles la terre a passé. Tel est l'argument auquel nous avons maintenant à répondre. Et il mérite toute notre attention, non pas seulement pour son importance intrinsèque, mais en raison de la nature intéressante de la discussion à laquelle il a donné lieu.
Et d'abord nous admettons pleinement que l'extrême ancienneté de la terre est une conséquence nécessaire de notre théorie. Partant de l'époque actuelle de l'existence du monde, la géologie nous porte en arrière d'âge en âge, à travers une longue succession de périodes, dont chacune s'étend au delà de plusiem's milliers d'années, jusqu'à ce que l'esprit se perde dans un passé en quelque sorte infini. On se demandera peut-être comment la géologie peut témoigner de la grande longueur de chaque période successive dans l'histoire du globe. Un exemple bien simple fournira la meillem^e réponse à cette question.
Que le lecteur se rappelle ce que nous avons dit au sujet de l'origine et de la formation de la houille, et qu'il examine la structure des terrains carbonifères. Dans la grande houillère du pays de Galles, par exemple, il trouvera, dans une profondeur de 3,600 mètres, de cinquante à cent lits distincts de houille, se surmontant les uns les autres et entremêlés de couches d'argile de plusieurs pieds d'épaisseur. Or, chacun de ces lits représente une ancienne forêt qui a dû croître, végéter et dépérir dans l'endroit, ou, du moins, une masse énorme et variée de bois flottant, transporté à distance par l'action des cours d'eau et déposé à l'embouchure de quelque grande rivière. Dans l'un comme dans l'autre cas, un laps de temps considérable
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a été nécessaire pour une accumulation de matière végétale telle qu'elle pût fournir les éléments d'une simple couche de charbon. Et lorsque cette période s'est terminée, il n'y avait encore de formé qu'un seul petit étage de cette longue série : un dépôt de quelques pieds d'épaisseur s'était effectué dans cette grande formation qui, avec le^temps, devait atteindre une hauteur de plus de trois kilomètres. Un nouvel ordre de choses succéda au précédent. Ce lit de matière végétale, enfoui sous les eaux, se couvrit graduellement d'un épais dépôt d'argile qui finit par émerger, devint terre ferme et donna naissance à une nouvelle forêt destinée, à son tour, à disparaître; ou bien, lorsque la couche d'argile se fut déposée, elle fut recouverte, d'une manière quelconque, d'un second lit de matière végétale suffisant pour la formation d'une seconde couche de charbon. Les choses durent continuer ainsi, sans doute, avec de nombreuses et longues* interruptions, au moins une centaine de fois (1).
Or, il faut se rappeler que les couches carbonifères représentent une seule des nombreuses périodes du calendrier géolo-. gique, et non pas la plus longue. Avant l'époque carbonifère, l'Angleterre fut pendant des siècles au sein de la mer, pendant
(1) Sans doute, la formation des différentes couches de houille qui caractéri- • sent l'étage carbonifère a dû exiger un temps considérable. H nous semble cependant que l'on s'exagère généralement cette durée. Lorsque l'on sait, en efîet, d qu'un siècle suffit pour que des plantes aussi humbles que les mousses produisent un banc de tourbe ayant trois mètres' de puissance D (Yézian) , comment peut-on sentir le besoin de recourir à des centaines, sinon à des milliers de siècles, pour expliquer la formation d'une couche de houille de même épaisseur, à une époque où les conditions climatériques, fort différentes des conditions actuelles, favorisaient le développement des plantes, où la température plus élevée et la présence d'une quantité considérable de vapeur d'eau et d'acide carbonique dans l'atmosphère donnaient à la végétation une activité exceptionnelle ? [Kote du trad,)
que le vieux grès rouge se déposait lentement au fond de ses eaux. A la suite de Tâge houiller, TAngleterre fut de nouveau submergée, et les gigantesques ichtyosaures, ainsi que leurs compagnons marins, se donnèrent leurs ébats dans les eaux qui roulaient sur ses plaines et recouvraient les sommets de ses montagnes actuelles, jusqu'à ce que, leurs courses terminées, le moment fut venu de laisser leurs restes ensevelis dans les argiles des comtés d'Oxford, de Warwick et de Dorset.
Les lits dans lesquels sont enterrés ces gigantesques fossiles furent eux-mêmes recouverts d'une couche de limon mêlé de calcaire, formant actuellement- une masse solide de terrains crayeux qui atteignent souvent mille pieds d'épaisseur. Cette craie, conune nous l'avons vu, u'est pas autre chose qu'une énorme accumulation de coquilles si petites qu'on pourrait en faire tenir des millions sur la lame d'un canif et que chaque charpentier en transporte des centaines de millions dans la poche de son habit. La science ne peut pas calculer, l'imagination peut à peine concevoir combien il a fallu de générations de ces animalcules pour entasser, par l'action de leurs forces vitales, de pareilles masses de craie et combien de temps a été employé à cette œuvre gigantesque. Mais ce n'est pas tout. La • craie elle-même fut suivie des diverses formations de l'époque tertiaire, et la dernière de ces formations est encore séparée de la période historique, appelée aussi époque actuelle, par le drift et les argiles à blocs {houlder clay) (1).
(1) Les Anglais appeUent bovldei'- clay des dépôts argilo-graveleux attribués à la période glaciaire et dans lesquels se rencontrent les blocs erratiques. Cette formation ne se trouve guère qu'au delà du 60® parallèle dans l'hémisphère boréal et du 40« dans l'hémisphère austral.
Nous avons dit ailleurs qu'on appelle dr\ft d'autres dépôts résultant de l'ac-
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Ce sujet a été développé d'une façon vive et frappante par le professeur Huxley, dans une conférence récente aux ouvriers de Norwich. « A Cromer, dit-il, Tun des points les plus gracieux de la côte de Norfolk, vous verrez les argiles à blocs' former une vaste couche qui repose sur la craie et qui, par conséquent, doit lui être postérieure en existence. D'énormes masses de craie sont, en réalité, renfermées dans l'argile et ont évidemment été amenées à occuper cette position de la même façon que les blocs de syénite qui y ont été amenés de Norwège.
« La craie est donc certainement plus ancienne que les argiles à blocs. Si vous me demandez de combien de temps elle leur est antérieure, je vous le dirai en vous reportant au même endroit de vos côtes. J'ai dit que les argiles à blocs et le drift reposaient sur la craie. Cela n'est pas strictement exact. Entre la craie et le drift, il y a un lit relativement insignifiant qui contient de la matière végétale. Mais ce lit est pour nous toute une histoire merveilleuse. H est plein de troncs d'arbres conservés dans la position où ils ont vécu. On y trouve des sapins avec leurs cônes, des coudriers avec leurs noix ; on y voit encore debout des chênes et des ifs, des hêtres et des aunes. De là le nom de foresUled ou lit de la forêt qu'on a donné à cette couche.
« Il est évident que la craie a dû être soulevée et transformée en terre sèche avant que les arbres aient pu y croître. Comme les troncs de quelques-uns de ces arbres ont jusqu'à un mètre de diamètre , il n'est pas moins clair que la terre sèche ainsi formée est restée dans la même condition pendant de longues périodes. Et ce ne sont pas seulement les restes de chênes élevés et de sapins gigantesques qui témoignent de la durée de cet
tion des courants et appartenant comme le boulder clay (argUes à blocs) à la période quaternaire ou post-tertiaire. (iV. du trad.)
état de choses : le même fait se trouve confirmé par des restes abondants d'éléphants, de rhinocéros, d'hippopotames et autres grands représentants du règne animal dont nous devons la découverte aux actives recherches de savants tels que le révérend M. Gunn.
« Si Ton jette les yeux sur une collection telle que la sienne, et si Ton songe que ces restes d'éléphants ont réellement eu vie et que ces terribles molaires ont vraiment appartenu aux antiques hôtes des bois ténébreux dont le forest-hed est maintenant la seule trace, il est impossible de ne pas y voir une preuve manifeste de l'immense durée des âges-antérieurs.
« Ces falaises de Oromer sont comme un livre que chacun peut lire sans difficulté. Elles nous racontent avec une autorité incontestable que l'ancien lit crayeux de la mer fut soulevé, qu'il se transforma en terre ferme et fut de nouveau recouvert d'une forêt que peupla l'énorme gibier dont les dépouilles réjouissent aujourd'hui nos géologues. Nous ne pouvons dire pendant comr bien de temps il resta dans cet état ; mais alors comme aujourd'hui, « le tourbillon du temps apporta sa revanche ». Cette terre ferme disparut aussi, avec les os et les dents des générations éteintes, mêlés aux racines noueuses et aux feuilles desséchées de ses anciens arbres. Elle s'enfonça graduellement sous une mer de glace qui là, recouvrit d'épaisses masses de drift. Des animaux marins, tels que le morse, vécurent là où jadis les oiseaux avaient fait entendre leur ramage parmi les plus hautes branches des sapins. Combien de temps cet état de choses durat-il ? Nous l'ignorons. Quoi qu'il en soit, il eut une fin, et le sol fangeux de cette mer glaciale, soulevé et durci, devint l'emplacement actuel de Norfolk. De nouvelles forêts prirent naissance, le loup et le castor remplacèrent le renne et l'éléphant,
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et â la longue, F Angleterre entra dans sa période historique. • c Je pourrais ajouter d'autres exemples en nombre en quelque sorte infini, si le temps me le permettait; mais celui que j'ai donné suffit pour prouver que la terre, depuis l'époque crétacée jusqu'à la période actuelle, a été le théâtre d'une série de transformations aussi nombreuses que lentes à s'effectuer. Le sol sur lequel nous nous trouvons a été successivement terre et mer au moins à quatre reprises différentes, et il est resté dans chacun de ces états pendant une période de longue durée.
« Et ne croyez pas que ces merveilleuses transformations de la terre en mer, et réciproquement, aient été particulières à un coin de l'Angleterre. Pendant la période crétacée, le globe n'offrait encore aucun des grands traits qu'il représente actuellement. Nos grandes chaînes de montagne, les Pyrénées, les ,Alpes, l'Himalaya et les Andes, ont toutes été soulevées depuis le dépôt de la craie, et la mer crétacée, recouvrit autrefois l'espace qu'occupent actuellement le Sinaï et l'Ararat.
« Tout cela est certain; car les terrains crétacés ou de date encore plus récente ont participé aux mouvements ascensionnels qui donnèrent lieu à la formation de ces chaînes de montagne, et ils se trouvent, dans bien des cas, en quelque sorte perchés sur leurs flancs, à des milliers de pieds de hauteur. Une raison d'une même force prouve que si, à Norfolk, le forest-bed repose directement sur la craie, cela a Heu, non parce que la période à laquelle il appartient a succédé immédiatement au dépôt de la craie, mais bien parce qu'un immense laps de temps, représenté ailleurs par des couches de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur, n'est pas indiqué à Cromer.
« Et, croyez-le bien, il n'est pas moins prouvé qu'une succession encore plus prolongée de changements semblables eut
lieu avant le dépôt de la craie, et nous n'avons aucune raison de penser que nous connaissions le terme de la série de ces changements. Les lits marins les plus anciens qui nous aient été conservés se composent de sables, d'argile et de cailloux empruntés à des terrains préexistants^ formés dans des océans plus anciens encore (1). ^
Il serait inutile de poursuivre davantage ce sujet et de multiplier les exemples. Nous pouvons rejeter la géologie si nous le voulons; mais, si nous accordons quelque créance à ses principes, nous devons croire que Fécorce terrestre a traversé des révolutions sans nombre, pendant lesquelles les terrains stratifiés se déposèrent lentement par l'action de causes naturelles. Et il serait souverainement ridicule de supposer que l'histoire de ces révolutions puisse être renfermée dans l'étroit espace de six mille ans.
Nous reportant maintenant à l'autre côté de la question, nous soutenons que l'extrême ancienneté de la terre, que nous apprend la géologie, est parfaitement d'accord avec le récit historique de la Bible. La Bible, il est vrai, fixe à une époque relativement récente l'origine de la race humaine ; mais quant à la chronologie du monde Jui-méme, elle nous dit simplement que « au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Il se peut donc que la terre ait existé des millions d'années avant que l'homme fit introduit sur la scène; il se peut que, pendant ce temps elle ait été peuplée de ces innombrables tribus de plantes et d'animaux qui jouent un rôle si important dans les annales de la géologie. Cette manière de voir, loin d'être proscrite par l'Église,
(I) Sur un morceau de craie, conférence à des ouvriers.
CHAr, xvHT. — l'asciekxetè de la tehee. 327
e&È an coBtrairc défendue actuellement par ses théologiens et ses exégètes, Noos espérons ég"alenietit la faire accepter de nos lecteurs dans les pages sni vantes, et les convaincre ainsi qnej en ce qui concerne Tancienneté de la terre, les découTertes de la géologie ne peuvent porter aucun préjudice à nos croyances religieuses.
Et d abord, il est de quelque importance de connaître la nature de ce système de chronologie extrait de la Bible. Niille part dans le teste sacré, Tâge de la race humaine ne sti trouve clairement indiqué* Mais différentes dates, dispersées çii et là il travers le récit historique , noua fournissent des matériaux suffisants pour supputer le nombre d'années écoulées depuis ^a création d*Adam, jusqu'à la naissance du Christ. Malheureusement, ces dates sont, sons quelques rapports, obscures et inœitaînes. Il en est résulté que différents systèmes de chronologie se sont établis même parmi ceux qui font profession de se laisser guider entièrement par l'autorité de la Bible- Toute cette période peut se diviser en deux parties : Tune qtii s'étend de la création d*Adam à la vocation d'Abraham, et l'autre, de la vocation d'Abraham à la naissance au Chi'iat EclatiTemeut à ce dernier intervalle, les cbronolo^ifistes s'entendent assez : ils Tévaluent approximativement à deux mille ans. 11 n'en est pas de même de la première période, au sujet de lariuelle on rencontre une étonnante variété de chiffres, résultant de ce qu'on a In différemment les premières vereiona du Pentateuqiie.
Les éléments du calcul sont tirée de deux listes généalogiques qui s'étendent, Vune, d*Adam à Noe (1), et Fautre^ de Not^
à Abraham (1). Dans ces listes, nous n'avons pas seulement la ligne directe de descendance du père au fils, s'étendant à travers toute la période en question ; nous avons de plus l'âge de chaque membre de la généalogie au temps de la naissance de son successeur immédiat dans la série. Par exemple : c: Adam ayant vécu cent trente ans, engendra un fils à son image et à sa ressemblance, et il le nomma Seth. Et après qu'Adam eut engendré Seth, il vécut huit cents ans, et il engendra des fils et des filles. Et tout le temps de la vie d'Adam fut de neuf cent trente ans, et il mourut, Seth aussi, ayant vécu cent cinq ans, engendra Enos. Et après que Seth eut engendré Enos, il vécut huit cent sept ans, et il engendra des fils et des filles. Et tout le temps de la vie de Seth ayant été de neuf cent douze ans, il mourut. Et Enos, ayant vécu quatre-vingt-dix ans , engendra Gàinan (2) », et ainsi de suite. On voit par cette citation que de la création d'Adam à la naissance de Seth, il s'écoula cent trente ans; à la naissance d'Enos, cent trente ans, plus cent cinq; à la naissance de Caïnan, cent trente ans, plus cent cinq, plus quatre-vingt dix. De cette manière, en poursuivant la généalogie du livre de la Grenèse, nous pouvons aisément ^ connaître le temps qui s'écoula de la création d'Adam à la naissance d'Abraham, Si, à cette période, nous ajoutons soixante-quinze ans, nous arrivons à l'époque de la vocation d'Abraham, car on rapporte qu' « Abraham avait soixantequinze ans lorsqu'il sortit d'Haran » (3),
Maintenant, chacun sait que lorsqu'une longue liste de noms et de chiflFres vient à être copiée et recopiée d'âge en âge, des
(1) Genèse, XI, 10-26.
(2) lUd., V, 3-9.
(3) lUd., XII, 4.
CHAP. XVIII. — l'ancienneté DE LA TEEEE. 329
erreurs s'y gUssent et s'y perpétuent facilement. C'est ce qui est arrivé dans le cas présent. Les trois premiers textes du Pentateuque sont le texte hébreu, le texte samaritain et la version grecque des Septante : or, il y a entre ces trois textes une telle variété, relativement à l'âge des patriarches bibliques, qu'elle constitue une diflFérence de 1500 ans ou plus dans l'âge de la race humaine. Nous plaçons à la page suivante un tableau que nous devons principalement à l'œuvre d'un écrivain moderne (1), et qui présente sous une forme simple et très intelligible cette diversité de leçon.
Il est évident que de ces trois textes il n'en est qu'un qui puisse représenter l'âge véritable de la race humaine à l'époque où Abraham quitta, sur l'ordre de Dieu, son pays et la maison paternelle pour se rendre dans la terre de Chanaan ; mais ces temps sont si éloignés de nous qu'il est impossible de déterminer avec quelque certitude laquelle des trois leçons a le plus de droit à se faire accepter. L'Église ne s'est pas prononcée sur cette question, qui reste ainsi abandonnée aux libres discussions des exégètes. Nous n'avons point à entrer dans les détails de cette controverse ; il nous suffit de savoir que, de la création d'Adam à la naissance du Christ , il n'a pu s'écouler plus de six mille ans, d'après le calcul le plus élevé, ni moins de quatre mille, en se fondant sur les chiffres les plus bas. Si l'on y ajoute les années de l'ère chrétienne, la ra,ce humaine se trouverait actuellement âgée, d'après les données de la Bible, de six à huit mille ans.
Rappelons- nous, cependant, que l'âge de la race humaine
(1) The Genesis oftheEarth and Man, par Reginald Stuart Poole : Londres, Williams et Norgate, 1860.
GÉNÉALOaiE DE LA GENÈSE.
LISTB AGB DE CHACUN A LA KAISSANCE
DES PATRiABCHEs. de soii SDwejseBr imnédiat
D*APBiS LE TEXTE
Grec. Hébreu. Samaritain.
Adam 230 130 130
Seth 205 105 105
Enos 190 90 90
Cainan 170 70 70
Malaleel 165 65 65
Jared 162 162 62
Henoch 165 65 65
Mathusalem (1) 167 187 67
Lamech 188 182 53
NoÉ 500 500 500
Sem 100 100 100
De la création d'Adam à la naissance d'Arphaxad, deux ans
après le Déluge (2) 2242 1656 1307
Arphaxad 135 35 135
Cainan (3) 130 — —
Salé 130 30 130