‹ Gélogie et révélationChapitre 38 sur 105 · AGE PALÉOZOÏQUE · texte numérisé non relu

AGE PALÉOZOÏQUE

approximative entre les différentes divisions des temps géologiques. Les trois grandes èpoques.se distinguent l'une de l'autre en raison des différences très marquées qu'on a observées dans le caractère des fossiles. Quant à la multiplication des périodes à chaque époque, elle paraît dépendre plutôt du degré de perfection avec laquelle les couches de cet âge ont été examinées que d'au-

cune conjecture touchant la longueur probable de sa durée. Ainsi, d'après sir Charles Lyell, autant que l'état actuel de la science permet de se former une opinion à ce sujet, chacune des périodes de l'âge palébzoïque aurait été aussi longue que toutes les périodes de l'âge tertiaire réunies (1).

Mais il y a une autre objection plus sérieuse contre notre hypothèse. Il a été observé plus d'une fois que les périodes géologiques ne peuvent se concilier avec les jours de la Genèse, même en ce qui regarde l'histoire de la vie organique. Selon le récit biblique, en effet, nulle vie organique n'apparut sur la terre avant le troisième jour. Or, le troisième jour de l'Écriture correspond dans notre plan à la période géologique carbonifère, et il est abondamment prouvé par les fossiles des formations dévonienne, silurienne et cambrienne, que la vie organique végétale et animale exista sur la terre pendant de longs siècles avant le commencement de la période carbonifère. On prétend même communément maintenant, depuis la découverte du fameux eozoon canadense (2), le plus vieux fossile connu, que la vie existait déjà pendant le dépôt des terrains laurentiens, la plus ancienne de toutes les formations stratiÇées. De plus, dans le récit mosaïque, les poissons sont représentés comme ayant été créés seulement le cinquième jour, lequel, selon nous, correspond à l'époque secondaire de la géologie ; or, les archives géologiques nous montrent les poissons jusque dans la période silurienne, qui est une des premières de l'époque primaire. Ces considérations et diverses autres de même nature ont été regardées par d'éminents (écrivains comme tout à fait fatales pour l'hypothèse que nous défendons.

(1) Éléments de Géologie,

(2) Nous avons déjà dit que l'existence de ce fossUe était plus que Gont^^iA- \AQ.{Note dutrad,)

402 GÉOLOaiE ET RÉVÉLATION.

Pour nous, des différences de ce genre ne constituent point une contradiction entre les deux relations. L'écrivain sacré dit bien, sans doute, que le troisième jour Dieu créa les plantes et les arbres, mais il ne nous dit point, ni expressément ni autrement, que, avant le troisième jour, la terre fut privée de végétation. Nous lisons encore que les reptiles, les poissons et les oiseaux furent créés le cinquième jour. Mais il n'y a rien dans le langage de l'écrivain inspiré qui conduise à croire que ces diverses classes d'animaux ne furent pas représentées avant ce temps par des espèces nombreuses et variées, bien que ce ne fiit probablement que le cinquième jour qu'elles se développèrent en nombre d'une façon aussi extraordinaire et qu'elles prirent des proportions aussi gigantesques, de manière à devenir l'objet le plus remarquable de la création.

Le premier chapitre de la Genèse n'est qu'un exposé sommaire d'une série extraordinairement vaste d'événements. Ce n'est rien de plus qu'une rapide esquisse dans laquelle on découvre, comme à vol d'oiseau, les principaux faits de l'histoire de la création. Rappelons-nous aussi qu'il fat écrit dans un but particulier. Le dessein de l'écrivain sacré était manifestement de graver dans les esprits du peuple juif, naturellement enclin à l'idolâtrie, l'existence d'un Être suprême qui a fait toutes choses. On s'attend dès lors naturellement à ce que, parmi la variété infinie des œuvres de Dieu, il fasse choix de celles qui pouvaient le plus frapper l'esprit d'étonnement et de crainte et inspirer à un peuple inculte et grossier une idée de la souveraine puissance du grand Créateur. Or, les zoophytes, les grapholites et les trilobites des périodes dévonienne et silurienne, quelque curieux et intéressants qu'ils soient pour des hommes de science, n'auraient eu qu'une bien petite signification pour le peuple juif.

Supposons que ces humbles formes de la vie animale aient de fait existé pendant le premier et le second jour du récit mosaïque, est-il étonnant que Técrivain inspiré, guidé par le Saint-Esprit, les ait passées sous silence et ait préféré rapporter d'autres faits plus frappants : par exemple, que sur l'ordre de Dieu, la lumière jaillit du sein des ténèbres et que le bleu firmament du ciel fut étendu sur la vaste solitude des eaux ?

Nous disons donc que les événements qui sont simplement laissés de côté par l'écrivain sacré peuvent pourtant être vrais (1) ; qu'il nous décrit non toutes les œuvres de la création, ce qui eût été une tâche sans fin, mais seulement les objets les plus remarquables de chaque période successive, et qu'il les esquisse très probablement tels qu'ils eussent apparu à l'œil de l'observateur, s'il y avait eu alors sur la terre quelqu'un pour les observer. Cette idée admise, on peut parfaitement, tout en restant d'accord avec l'Écriture, supposer que les plantes ont pu exister avant le troisième jour et les poissons avant le cinquième. Seulement, chaque jour se fût successivement fait remarquer de l'observateur par les événements rapportés dans le récit mosaïque. Mais chaque jour, aussi, aurait été témoin de beaucoup d'autres événements non mentionnés par Moïse et dont les vestiges se seraient conservés jusqu'à nous dans l'écorce terrestre.

Avouons-le, cependant, cette façon d'adapter et de concilier les périodes géologiques avec les jours mosaïques peut se défendre comme une hypothèse légitime, Tnais on ne peut la donner comme une vérité établie. Tous les travaux géologiques qui ont paru jusqu'ici ne représentent qu'un tout petit fragment de

(1) <ï Aliquid esse a Deo conditum, de quo sUeat liber Genesis, nihil répugnât. J> (Saint Augustin, Con/ess., lib. XII, cap. XXii.)

404 GÉOLOGIE ET EéVÉLATION.

rhistoire de la terre. Chaque année ajoute à la série des faits déjà accumulés. Et il n'est pas besoin de beaucoup réfléchir pour comprendre qu'une hypothèse peut très bien être d'accord avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui et se trouver en désaccord avec celles que nous posséderons demain. Ce que nous avons donc à faire, c'est de suspendre notre jugement et d'attendre la suite des événements. Il peut se faire que les découvertes géologiques portent à la lumière de nouveaux points d'harmonie entre les jours de la Genèse et les périodes géologiques; il se peut aussi qu'elles démontrent qu'une telle harmonie n'existe pas. Il nous sufl&t à nous d'avoir montré que cette hypothèse est compatible, "d'un côté, avec l'histoire delà Genèse, de l'autre, avec les découvertes actuelles de la géologie ; et que, dès lors, on peut l'adopter, dans l'état actuel de nos connaissances, comme un moyen légitime de concilier les conclusions certaines de cette science avec les vérités révélées.

Nous avons ainsi deux systèmes distincts d'interprétation, selon lesquels la prodigieuse ancienneté de la terre, aflSrmée par la géologie, peut très bien se mettre en harmonie avec l'histoire de la création, rapportée dans l'Écriture. L'un place un intervalle d'une durée incalculable entre la création du ciel et de la terre et l'œuvre des six jours; l'autre suppose que chacun de ces six jours a été lui-même une période d'une longueur indéterminée. Kous ne pouvons, il est vrai, établir la vérité de l'un ou l'autre de ces systèmes ; mais nous avons essayé de montrer que ni l'un ni l'autre n'est en opposition avec le langage du texte sacré. D'un autre côté, lorsque nous examinons les faits géolo-

giques, nous ne voyons pas de raison décisive de préférer Ttin à Tautre. Chaque mode d'interprétation semble en lai-même parfaitement suffisant pour satisfaire aux exigences actuelles de la géologie; car, d'après Tune et Tautre interprétation, le récit biblique permet de supposer un temps sans limite dans rhistoire du globe; or, ce temps sans limite, c'est précisément ce que demande la géologie. Nous pouvons donc dire à ce sujet ce que disait autrefois saint Augustin, en parlant des diverses interprétations que permet le texte de la Genèse : « Que chacun choisisse de son mieux; seulement qu'il n'affirme point témérairement comme connu ce qui est inconnu, et qu'il se souvienne qu'il n'est qu'un homme essayant de pénétrer, dans la mesure de son pouvoir, les œuvres de Dieu (1). d

Il ne faut pas supposer que, d'après nous, l'écrivain sacré, en composant son récit de la création, ait eu présentes à l'esprit ces vastes périodes géologiques dont nous avons tant parlé dans le cours de ce volume (2). Une telle opinion n'entre pas dans notre système. Nous ne voyons aucune bonne raison de croire que l'auteur de la Genèse a été spécialement éclairé du ciel au

(1) Appendice XLVII.

(2) Sans doute, nous ne voyons pas de nécessité à ce que Moïse ait eu une idée exacte ^es faits qu'il rapporte. Nous croyons cependant qu'il eut connaissance de la longue durée des jours génésiaques. Nous dirons ailleurs pour

' quelle raison (note J). H est probable, du reste, que les connaissances de Moïse étaient beaucoup plus étendues, et qu'il y a dans la Bible beaucoup plus de science qu'on ne l'a cru jusqu'ici. C'est l'opinion que M. l'abbé Choyer émet et soutient dans son savant opuscule intitulé la Théorie géogénique et la science des anciens. Cest aussi, — nous sommes autorisé à le dire, — l'idée que M. l'abbé Moigno se propose de faire ressortir dans son ouvrage impatiemment attendu, les Splendeurs de la Foi. Ajoutons que les progrès des sciences humaines et de Texégèse biblique ne font que confirmer de plus en plus cette manière de voir. (Note du trad.)

sujet des terrains stratifiés et des restes fossiles, des soulèvements et des dénudations, de l'action volcanique et de la chaleur souterraine. Ce sont là des matières des sciences physiques et non des sciences religieuses, et il nous semble plus dans Tordre de la Providence d'abandonner la découverte de ces sortes de choses à Findustrie et au génie de Thomme : « Guncta fecit hona in tempore stw, et mundum tradiâit disputationi eorum (1). »

Nous maintenons donc simplement que Téicrivain sacré rapporta fidèlement, en un langage approprié aux idées de son temps, cette portion de révélation qui lui fut confiée, et que dans Taccomplissement de sa tâche, il fit un tel choix de mots et de phrases, sous la direction du Saint-Esprit à qui toute vérité est présente, qu'il exposa clairement les faits qui lui fiirent révélés sans commettre d'erreur au sujet de ceux qu'il ignorait. Le langage est le langage des hommes, mais la voix qui parle est la voix de Dieu. Et c'est ainsi qu'il arrive que cette histoire mosaïque, lorsqu'on l'examine de près et suivant les règles ordinaires du langage, se trouve à tous les âges s'accommoder, avec une simplicité tout à fait inattendue, à ces nouvelles et merveilleuses manifestations de la toute-puissance divine que chaque science humaine met à son tour en lumière.

Avant de quitter notre sujet, nous voulons faire part à nos lecteurs d'une simple réflexion que l'on perd quelquefois de vue dans le cours de la discussion. Le récit mosaïque de la création est seul resté debout. Il n'a ni rivaux ni compétiteurs. Tout autre essai relatif à l'explication de l'origine du monde et de la race humaine se trouve réfuté par son extravagance intrinsèque et son absurdité. Les nations les plus sages de l'antiquité ne purent

(1) Ecclésiaste, III, 11.

découvrir cette grande vérité fondamentale que Ton remarque en tête du premier chapitre de la Genèse, qu'il y a un Dieu qui a fait toutes choses. Les philosophes de la Chaldée furent familiers avec le cours des astres et purent prédire les éclipses de soleil (1) et de lune. Mais les philosophes de la Chaldée ne surent pas s'élever de la contemplation des créatures à la connaissance du Créateur : les créatures elles-mêmes furent les dieux auxquels la Chaldée rendit un culte. L'Egypte eut assez de grandeur ' d'esprit pour concevoir l'idée des pyramides, d'habileté pour former le plan de leur construction, et de force de bras pour élever en piles immenses d'énormes blocs. Mais l'Egypte éleva des temples à la rivière qui arrose sa plaine et offrit des sacrifices à l'animal qui rampe sur la terre et à la bête qui paît dans les champs. En Grèce, l'esprit humain prit son vol le plus haut et domina les plus beaux et les plus larges champs de la pensée. Sans égale parmi les nations, la Grèce fut la maîtresse des arts, la source du goût le plus raffiné, le centre de la puissance intellectuelle, la grande nourrice du génie humain. Ses écoles de philosophie ont influencé et conduit à une merveilleuse extension les pensées et les spéculations de tous les tçmps postérieurs. Le cliant de son immortel barde a enflammé l'imagination du poète à chaque génération et enrichi son esprit d'éclatantes images. Les orateurs et les hommes d'État aiment encore à copier les sentiments élevés, la gracieuse diction, les périodes coulantes de sa riche éloquence. Les artistes de tout climat s'extasient de-

(1) C'est une erreur. La science des Chaldéens n'alla point jusqu'à prédire les éclipses de soleil. M. Th. H. Martin l'a démontré dans l'un de ses savants mémoires qui lui ont ouvert les portes de l'Institut. — Voir spécialement son Mémoire sur la Précession des équinoxes dans l'antiquité. (Acad. des se. mor., 1869.)

vant 1b, beauté et la majesté de ses marbres sculptés. Mais la Grèce, la noble Gjjèce ne connaissait pas le Dieu qui lui donnait tous les biens dont elle était si hautement favorisée. Elle se forma des dieux et des déesses à sa fantaisie et leur partagea Tunivers. Jupiter lança ses foudres du sein des nuages : Neptune gouverna la mer ; Pluton brandit le sceptre des régions infernales ; Minerve fut la déesse de la sagesse; Vulcain fut le dieu du feu; Apollon, le Dieu de la musique. Bien plus, les infirmités et les vices de la nature humaine furent personnifiés sous des noms de divinités et honorés d'un culte dans le panthéon des dieux. Eome aussi, la dominatrice du monde, eut ses philosophes, ses orateurs, ses poètes et ses sculpteurs, dont les œuvi^es charment et instruisent encore l'humanité. Rome , pourtant, ne fit pas exception à l'état général du monde païen. Comme la Grèce, elle eut sa longue série de dieux et de déesses, avec leurs mesquines jalousies, leur humeur vindicative, leurs passions abjectes. Seule, parmi toutes les mythologies et toutes les cosmogonies des nations anciennes, l'histoire du législateur hébreu s'élève au-dessus des sottes et grossières spéculations des hommes. Elle i^ule proclame à l'humanité ce que la philosophie et la science, abandonnées à elles-mêmes, n'ont jamais pu enseigner ; que, au commencement. Dieu créa le ciel et la terre ; que Içs plantes et les animaux, l'océan et les éléments, le soleil, la lune et les étoiles, l'homme lui-même et tout ce qui réjouit l'œil, charme l'oreille et remplit l'esprit, sont ses créatures, et qu'il n'est point d'autre Dieu que lui. Comment supposer, dès lors, que ce récit sacré, si évidemment marqué au coin de son divin auteur, puisse se trouver en contradiction avec les vérités de la science, ou plutôt, disons-le, avec ces minces fragments de vérité, ces miettes de connaissance tombées de la table de notre Père céleste, qu'il est

donné à Thomme de recueillir ici-bas avec beaucoup de peine et qui excitent ses désirs sans satisfaire sa faim ?

Nous devons nous arrêter ici , pour le moment. Une autre fois, peut-être, si les circonstances le permettent, nous reviendrons sur ce sujet, et reprenant la seconde branche de la controverse, nous examinerons les découvertes récentes de la géologie dans leur rapport avec renseignement de la Bible en ce qui regarde l'ancienneté de la race humaine.

Note A. — p. 17.

La pression exercée par les couches supérieures sur la masse interne ne nous semble pas constituer une objection sérieuse à l'hypothèse du feu central. Cette pression peut bien, il est vrai, hâter la solidification de la matière incandescente en élevant , dans une certaine limite , son point de fusion , mais elle ne saurait lutter longtemps contre la température qui, à une profondeur de 60 kilomètres, doit être déjà de 2,000°, en supposant qu'elle s'accroisse constamment d'un degré par 30 mètres. Or, cette température est plus que suffisante pour opérer la fusion de toutes les roches connues, même en tenant compte de la pression. On a calculé, en effet, que le point de fusion s'élève de 4° environ par pression de cent atmosphères. On sait, d'autre part, que le granité se liquéfie à la surface du sol à une température qui ne dépasse pas 1,300°. Il suffit dès lors d'un calcul bien simple pour démontrer que le granité doit entrer en fusion vers 60 kilomètres de profondeur, en supposant que la densité moyenne des roches qui composent l'écorce terrestre soit trois fois celle de l'eau.

Il est une autre difficulté plus spécieuse, sinon plus sérieuse. On objecte que la lune et le soleil devraient agir sur la masse fluide qui constitue le noyau terrestre , comme ils agissent sur les eaux de nos mers ; qu'ils devraient y déterminer des marées, et que ces marées ne pourraient manquer de briser l'écorce du globe. — Nous avouons qu'il y a des marées à l'intérieur de la terre. La coïncidence fréquente (est-ce assez dire?) des tremblements de terre avec les syzygies vient confirmer cette hjrpothèse. Mais nous nions qu'elles puissent produire l'effet qu'on leur attribue. On a calculé que l'attraction combinée du soleil et de la lune peut déterminer dans la masse en fusion une élévation ou un déplacement d'un mètre au plus. Or, la densité moyenne du liquide étant évaluée à 5 1/2, c'est une pression de 5,500 kilogrammes par mètre carré qui est ainsi exercée sur l'écorce solide , pression tout à fait insuffisante pour briser l'enveloppe terrestre. Il est vrai que cette enveloppe n'a pas toujours eu son épaisseur actuelle ; mais si elle était

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à l'origine moins épaisse et moins solide , elle était aussi plus souple et plus flexible. Elle pouvait se plier plus aisément , sans se rompre tout à fait, aux ondulations de la masse interne. L'irrégularité que ron observe dans les terrains primitifs nous dit assez cependant que les brisements et les ruptures de la croûte solide durent être alors extrêmement fréquents.

L'hypothèse du feu central ou de l'incandescence du noyau terrestre rend compte de tous les faits et répond à toutes les objections. L'auteur a eu raison, néanmoins , de faire ses restrictions et de ne pas la donner comme une vérité établie. Il est, en effet, une autre théorie, bien moins connue, il est vrai, et bien moins communément adoptée, quoiqu'elle ait pour elle toute l'autorité de Davy et d'Ampère : c'est celle qui attribue les phénoijciènes cosmologiques des volcans et des tremblements dô terre à l'action des forces chimiques, à un grand travail d'oxydation qui se ferait lentement à l'intérieur du globe. Nous ne voulons ni exposer, ni apprécier cette hypothèse. Disons seulement que si elle explique admirablement les éruptions volcaniques, elle ne rend pas facilement raison des grands soulèvements.

Note B. — p. 76.

L" existence de la période glaciaire étant aujourd'hui un /ai< universellement admis, il est intéressant de rechercher quelle a pu en être la cause.

Quelques géologues Font attribuée à de simples modifications dans l'état hygrométrique de l'air, à l'abondance de la vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère , et ils ont expliqué cet excès d'humidité par la présence d'une vaste mer qui eût recouvert en grande partie l'Afrique septentrionale. Dans cette supposition, en effet, les vents qui nous arrivent aujourd'hui de cette région pjus ou moins desséchés nous seraient alors parvenus chargés d'humidité : délaies neiges et les glaces de l'époque quaternaire. Mais cette cause, suflBsante peut-être pour expliquer le développement des glaciers dans une contrée restreinte, ne saurait rendre compte de l'immense extension qu'ont acquise ceux qui ont donné leur nom à la dernière période de l'histoire du globe. Ici, en effet, ce n'est pas une seule contrée qui est envahie par les glaces

c'est r Europe septentrionale tout entière, c'est T Amérique du Nord elle-même, ou, pour mieux dire, c'est tout l'hémisphère boréal. Or il est difficile d'admettre qu'une aussi faible cause puisse produire des effets aussi étendus. C'est l'avis de M. de Quatrefages. « Elle ne rend nullement compte, dit le savant naturaliste, de la présence dans les anciennes mers de l'Angleterre et de la Suède méridionale de mollusques qui ne vivent actuellement que dans les mers polaires (1). n II faut donc chercher ailleurs une cause plus générale. Or cette cause ne saurait consister que dans un abaissement réel de la température.

Il n'est pas besoin du reste pour expliquer les phénomènes de l'époque glaciaire de recourir à un refroidissement bien considérable. La prodigieuse extension des anciens glaciers semble accuser au premier abord un climat extraordinairement rigoureux, une période de froid extrêmement intense. Il n'en est rien cependant. S'il faut en croire un savant météorologiste français, M. Charles Martins , un abaissement de quatre degrés dans la température moyenne suffirait pour expliquer tous les phénomènes glaciaires des Alpes. Dans ces conditions , en effet , les glaciers qui descendent aujourd'hui à 1,150 mètres d'altitude aux environs de Chamounix recouvriraient toute la plaine suisse, de façon à venir butter contre le Jura et à dépose^ sur ses flancs les blocs et détritus de toute nature qui constituent les moraines. Il n'est donc nullement besoin, on le voit, pour expliquer le transport des hhcs erratiques du Jura, d'avoir recours, comme l'ont fait quelques géologues, à l'action des glaces flottantes. Il s'explique par un léger abaissement de la température. Mais si léger qu'il soit, ce refroidissement , qui s'est étendu atout un hémisphère, a eu sa cause qu'il n'est peut-être pas impo^ble de retrouver.

Sans entrer ici dans tous les détails que comporte cette question , nous dirons cependant que cet abaissement de la température nous semble devoir être attribué à un phénomène astronomique , au déplacement lent du périhélie de la terre, déplacement qui a pour cause principale la précession des équinoxes et pour résultat l'inégalité dans la durée des saisons. Actuellement, en effet, leg étés (2) de notre hémisphère septentrional, coïncidant avec la plus grande distance du soleil

(1) Journal des savants y\%l\.

(2) Par ce mot nous entendons ici la saison chaude ^ c'est-à-dire le printemps et Vété proprement dit, de même que par le mot hiver nous entendons toute la saison froide ^ c'està-dire l'espace de temps qui sépare l'équinoxe d'automne de l'équinoxe du printemps. Ainsi compris, l'été de notre. hémisphère est aujourd'hui plus long de 7 jours et 8 heures que l'hiver. Il l'était davantage encore en l'an 1248 de notre ère, époque où le périhélie de la terre coïncidait avec le solstice d'hiver.

414 GÉOLOGIE ET KÉVÉLATION.

OU l'aphélie , sont de quelques jours plus longs que hos hivers ; — car la terre est animée d'un mouvement d'autant plus rapide qu'elle est plus rapprochée du soleil. — Il en résulte que la chaleur s'accumulant pour ainsi dire d'année en année dans nos régions, la température y est beaucoup plus élevée, indépendamment de toute autre cause, qu'elle ne l'est à la même latitude de l'hémisphère méridional. Mais il y a quelque dix mille ans, c'était tout le contraire qui avait lieu. Le périhélie de la terre coïncidait alors avec notre été ; la saison des chaleurs avait en conséquence moins de durée : de là un abaissement notable de la température qui eut pour résultat l'accumulation des neiges et des glaces. Cet immense hiver, que l'on pourrait appeler équinoxial^ par allusion à sa cause , et qui n'est autre , selon nous , que la période glaciaire, a dû se terminer par la fusion lente des glaces dans les siècles qui ont précédé notre ère. C'est du moins à cette date que l'on est conduit si l'on assimile , d'une part, l'immense révolution causée par le déplacement du périhélie de la terre à notre année ordinaire , et , de l'autre , la fonte des neiges de la période glaciaire à la fonte annuelle des neiges de nos montagnes.

— Les lignes qui précèdent , insérées dans la première édition de ce livre, nous ont valu d'honorables critiques. L'un de nos contradicteurs, — savant bien connu, membre éminentde L'Institut, — s'appuie pour combattre notre explication de la période glaciaire par le déplacement du périhélie de la terre , sur les deux raisons qui suivent et que nous reproduisons in extenso^ telles qu'il -a bien voulu nous les communiquer : ^

(C 1. Lorsque la terre passait à son périhélie pendant notre été et à son aphélie pendant notre hiver, la température moyenne en nos contrées ne devait pas être plus basse que maintenant, du moins pour cette raison; car si nos hivers plus longs de très peu de jours seulement que nos étés à cette époque devaient en même temps être plus rigoureux qu'aujourd'lyii à cause de la distance du soleil plus grande alors en cette saison , en revanche , nos étés, plus courts alors de très peu de jours seulement que nos hivers, auraient dû être plus chauds que maintenant, à cause de la distance moindre du soleil, dont la puissance calorifique sur une surface donnée est en raison inverse du carré de sa distance. Ainsi les chaleurs plus fortes des étés auraient dû fondre l'excès de glace produit par la rigueur plus grande des hivers. — 2. Si l'explication proposée était vraie , au lieu d'une époque glaciaire pour nos contrées , il aurait dû y en avoir autant que de périodes de 20,900 ans en-

viron, périodes très courtes par rapport à rimmense durée du dernier seulement des âges géologiques, de l'âge tertiaire, physiquement analogue à rage actuel. Si cette même explication était vraie, elle donnerait pour les âges géologiques un chronomètre exact. Mais ce chronomètre me paraît aussi chimérique que ceux qu'on a demandés à l'hypothèse d'après laquelle les causes actuelles et leurs effets auraient agi avec une intensité toujours constante et uniforme pendant les âges géologiques comme pendant les époques historiques (hypothèse si bien réfutée dans la note D du traducteur). »

Telles sont les considérations que fait valoir notre éminent contradicteur pour rejeter notre explication de la période glaciaire. Elles peuvent au premier abord paraître assez convaincantes. Cependant, si on les examine de près , l'on s'aperçoit bientôt que loin de rien ôter à la valeur de notre explication , elles ne font que la confirmer. Aussi persistons-nous à la maintenir, sinon comme vraie, du moins comme plus acceptable que toutes celles qui ont été proposées jusqu'ici pour rendre compte de l'extension des anciens glaciers. •

Nous répondrons d'abord à la première objection, la seule sérieuse.

Pour établir que le déplacement du périhélie de la terre et sa conséquence , la variation dans la durée des saisons , ne sont point sans influence sur la température moyenne d'une contrée , il suffirait de citer l'état actuel de la température dans l'hémisphère méridional. Là, en effet, les conditions sont celles qui existaient pour nos contrées il y a dix mille ans. L'été est la saison la plus courte et il coïncide avec le périhélie de la terre, c'est-à-dire avec le moment où le soleil est le plus rapproché de notre planète. Aussi trouvons-nous dans cet hémisphère une température moyenne généralement fort inférieure à celle que nous constatons dans le nôtre aux mêmes latitudes. Nous pouvons citer comme exemple, dans l'Amérique méridionale, la Patagonie qui, quoique située à la même latitude moyenne que la France , est renommée pour son climat extraordinairement plus froid. Personne n'ignore en outre que le pôle sud est environné par les glaces à une distance beaucoup plus grande que le pôle nord ; c'est même à cette circonstance qu'il doit d'être tout spécialement inaccessible. N'y a-t-il là qu'une coïncidence fortuite, ou bien faut-il voir dans ce froid relatif, particulier à l'hémisphère méridional , un effet de la moindre durée de l'été dans cette moitié du globe ? C'est une question que nous n'essayerons pas de résoudre. Nous préférons passer immédiatement à une réfutation plus directe de l'objection posée.

A l'époque où, contrairement à ce qui a lieu aujourd'hui, l'aphélie

416 GÉOLOaiB ET RÉVÉLATION.

de la terre coïncidait avec notre hiver et le périhélie avec notre été , la quantité de chaleur (si Ton peut parler ainsi) versée journellement sur nos contrées, pendant cette dernière saison , était, il est vrai , plus considérable qu'elle ne l'est actuellement, en raison de la proximité alors plus grande du soleil . Mais cette élévation de la température se trouvait contrebalancée , au moins en partie , par la moindre durée de la saison chaude ; de sorte que la somme totale de chaleur reçue par notre hémis< phère pendant un été devait être , à cette époque , à peu près ce qu'elle est de nos jours. Quant à l'hiver. Il y avait entre sa température moyenne à cette époque et sa température actuelle une différence considérable que notre contradicteur reconnaît lui-même. Il était beaucoup plus froid qu'il ne l'est actuellement et cela pour deux raisons : 1° parce qu'il était plus long de quelques jours ; 2<> parce que le soleil était en cette saison plus éloigné de notre globe. H devait évidemment en résulter une différence notable dans la température moyenne de l'année. Or cette différence, se reproduisant tous les ans pendant des milliers d'années, n'a pu manquer *de produire, à la longue, un refroidissement considérable qui a eu pour conséquence , selon nous , l'immense extension des glaciers de l'époque quaternaire.

Loin d'être une difficulté pour notre théorie , la proximité du soleil pendant l'été de la période glaciaire ne tend au contraire qu'à la confirmer. La chaleur , en effet , n'est pas moins indispensable que le froid pour la formation des glaciers. C'est elle qui fournit la vapeur d'eau nécessaire pour les alimenter. « Pour se produire, a dit Tyndall, la neige a besoin de sa matière première , et cette matière première , la vapeur aqueuse de l'air, est le produit direct de la chaleur (1) d. Sans chaleur il n'y aurait donc pas de vapeur d'eau , et sans vapeur d'eau il n'y aurait pas de neige et, par suite, pas de glacier. On voit comment l'objection faite à notre hypothèse tourne à son avantage.

L'élévation de la température pendant les étés de la période glaciaire dut, il est vrai, amener la fusion annuelle d'une partie des glaces. Mais cette conséquence , loin de constituer une difficulté , nous est encore favorable ; car nous savons que la période glaciaire n'a pas été caractérisée seulement par l'abaissement de la température; elle l'a été auèsi et surtout peut-être par l'abondance de ses eaux et la fréquence de ses inondations. C'est de cette époque , en effet , que datent nos dépôts diluviens et nul doute qu'ils ne doivent être attribués en grande partie

(1) La chaleur considérée comme mode de mouvement y traduction française de M. l'abbé Moigno.

aux inondations provoquées par la fusion annuelle des glaces qui recouvraient alors les régions montagneuses. Or ces phénomènes de l'époque quaternaire s'expliquent admirablement par les conditions climatériques que suppose le déplacement du périhélie de la terre. Des hivers très froids, des étés relativement chauds : telles sont au dire des météorologistes les conditions requises pour la production rapide des glaciers. Or, ces conditions, elles ont dû exister pendant les quelques milliers d'années qui ont précédé notre ère, comme conséquence du phénomène astronomique sur lequel nous avons attiré l'attention.

Les considérations qui précèdent devraient suffire , semble-t-il , pour établir la légitimité de notre hypothèse. Qu'on nous permette cependant d'y ajouter deux mots qui feront sentir d'une façon plus saisissante peut-être la faiblesse de l'objection que l'on y fait.

Quatre raisons devaient contribuer à modifier à peu près dans un égal degré la température moyenne de nos contrées à l'époque dont il est question : !<> la durée plus considérable des hivers ; 2® la distance plus grande du soleil pendant cette saison; 3® la moindre durée des étés ; 4° la proximité relative du soleil pendant cette dernière partie de l'année. Or de ces quatre raisons, les trois premières concouraient à abaisser la température ; la quatrième seule tendait à l'élever. Est-il admissible qu'elle ait pu contrebalancer les trois autres? Elle a dû en contrebalancer une, il est vrai, mais une seule, la seconde; car ces deux causes sont corrélatives. Kestent donc les deux autres.

Comme la précédente , la seconde objection que l'on nous fait vient confirmer notre théorie au lieu de l'ébranler. <r Si l'e^lication proposée était vraie, nous dit-on, au lieu d'une époque glaciaire pour nos contrées il aurait dû y en avoir autant que de périodes de 20,900 ans. y> C'est en effet ce que les découvertes récentes de la géologie, tendent à établir. On a signalé dans ces derniers temps les traces de deux périodes glaciaires contemporaines de l'époque quaternaire. On a cru reconnaître des vestiges semblables dans les dépôts plus anciens des temps éocènes et miocènes et même antérieurs à l'époque tertiaire. Sans vouloir attacher trop d'importance à de telles découvertes dont la signification et la véritable valeur sont difficiles à établir, on ne peut nier qu'elles ne soient favorables à l'hypothèse des périodes glaciaires périodiques. On comprend , du reste , combien doivent être obscures les traces laissées par de semblables phénomènes aux époques géologiques. Les roches sur lesquelles les glaciers auraient pu laisser leur empreinte sont presque

418 GÉOLOGIE ET REYELATIOK.

toujours enfonîes à une grande prof ondeur, on, si on les rencontre an niyeaa dn sol, elles ont été tellement altérées à lenr snrÊice , soit par les agents atmosphériques, soit par Faction des eanx, qne les stries, sillons et antres marques yraiment caiactéristiqnes des glaciers ont dû {oesqne toujours disparaître.

n c<Hiyient d'ajouter qne la cause à laquelle nous attribuons notre période ^adaire n*a pas dû produire dans tous les temps des effets aussi marqués, des phénomènes aussi sensibles qu'à l'époque quat^naire. Plus on remonte en effet la série des âges géologiques et plus faible devient Faction du soleil sur notre planète. Il est probable, par exemple, que jusqu'à la fin de l'époque secondaire la température, alors fort éleyée, qui régnait sur la terre dut avoir sa source principale dans le globe lui-même. H ne faudrait donc pas chercher dans les terrains de cet âge, et moins encore dans ceux de l'âge antérieur, des traces d'une période glaciaire due au déplacement du soleiL L'action calorifique exercée par cet astre sur la terre était alors trop &ible pour qu'il pût, par ses diverses positions, y déterminer des modifications notables dans la température moyenne.

Telles sont les principales raisons qne l'on peut alléguer pour la défense de notre hypothèse. Nous espérons qu'elles convsûncront nos contradicteurs comme elles nous ont convaincu nous-même.

Pour nous résumer et conclure, nous dirons : !• que la moindre distance du soleil pendant l'été de la période astronomique en question dut se trouver exactement contrebalancée dans ses effets calorifiques par la distance plus grande de cet astre en hiver, et, conséquemment , qu'il ne résulta de* ce fait aucune modification dans la température moyenne de l'année; 2<* qne, dès lors, il nous était loisible de négliger cette distance, conmie nous l'avions fait tout d'abord, pour arriver à connaître le climat de nos contrées pendant cette période ; ^ que pour atteindre ce but la durée seule des saisons devait être prise en considération ; 4^ que cette durée moindre pour l'été , plus grande pour l'hiver^ dut amener un refroidissement progressif; 5® que la température relativement élevée des étés, loin d'être une difficulté pour notre théorie, ne fait au contraire que la confirmer, puisque, au dire des météorologistes, les alternatives de chaud et de froid sont des conditions indispensables pour la formation rapide des glaciers; 6® enfin, que la périodicité des époques glaciaires, difficile à établir par la géologie, est néanmoins confirmée autant qu'elle peut l'être par un certain nombre de découvertes récentes.

En terminant cette trop longue note , qu'il nous soit permis de remer-

cîer notre illustre contradicteur aussi bien de ses observations critiques que des éloges flatteurs qu'il a bien touIu donner à notre travail.

Note C. — p. 192.

Ne pourrait-on pas déduire de ces dimensions considérables des yeux de l'ichtyosaure que la lumière n'avait pas , à l'époque jurassique , l'intensité qu'elle a maintenant à la surface de la terre ? Dans cette hypothèse, à quoi tenait cet obscurcissement? Sans doute à ce que l'air n'était pas encore purifié , à ce que l'atmosphère était chargée de nuages épais qui, peut-être, ne permettaient le plus généralement aux rayons solaires d'arriver sur la terre qu'à l'état dé lumière diffuse. Il est fort probable, du moins, que notre planète ne fut pas éclairée autrement pendant toute la période carbonifère. La haute température qui régnait alors retenait, sans doute, à l'état gazeux beaucoup de matières actuellement condensées. Il en résultait des nuages extrêmement épais qui enveloppaient tout le globe- sans permettre jamais à ses habitants de jouir directement de la vue du soleil. Cet état de choses , dont nos plus sombres journées d'hiver peuvent nous donner une faible idée, dut se prolonger jusqu'à la fin de la périçde carbonifère, c'est-à-dire jusqu'à ce que la luxuriante végétation qui caractérise cette époque eût épuré l'air atmosphérique en lui enlevant tout l'acide carbonique dont elle avait besoin pour se développer. Ce ne fut qu'alors que le disque solaire devint visible pour la terre , et c'est en ce sens , croyons-nous , que la Bible place au quatrième jowr seulement, c'est-à-dire à la quatrième période de la création, Vajpparition du soleil^ à la voûte du firmament. Cet astre existait auparavant , et c'est de lui , sans doute , que venait cette lumière pâle et tamisée qui présida au développement de la faune et de la flore des premiers âges. Mais son disque ne se montra que dans la période suivante , et probablement à de rares intervalles , jusqu'à ce que l'épais nuage qui le masquait se fût lentement dissipé. On conçoit dès lors que les yeux des animaux qui , comme l'ichtyosaure et le plésiosaure, vécurent à cette époque, aient été disposés de façon à absorber la plus grande quantité possible de cette lumière diffuse.

420 GÉOLOGIE ET EÉVÉLATION.

Note D. — p. 244.

La vieille théorie relative aux sonlèyements est loin d^être aussi complètement abandonnée que l'auteur le suppose. Sans doute, on n'admet plus avec d'Orbigny et l'ancienne école géologique que chaque formation a été précédée et suivie d'un cataclysme tellement brusque et universel que toutes les espèces animales ont été détruites sans qu'aucune ait pu passer à la période suivante. Mais en réagissant contre cette exagération , on est tombé dans un excès opposé. On est allé jusqu'à nier toute déformation instantanée, toute dislocation subite de l'écorce terrestre. Le soulèvement des montagnes ne serait plus alors que le résultat d'un mouvement lent et continu, analogue à celui qui produit l'exhaussement de la côte de Suède.

Cette théorie , qui est celle de Lyell et de l'école géologique moderne , nous semble absolument en opposition avec les faits. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer la disposition des couches au pied des montagnes. Si le soulèvement avait été aussi lent qu'on le prétend, les couches passeraient insensiblement de l'état horizontal à une inclinaison plus ou moins prononcée. Or, il n'en est rien. On remarque, en effet, qu'elles sont en stratification discordante^ c'est-à-dire qu'elles sont inclinées brusquement les unes sur les autres de manière à former un angle entre elles. On répond, il est vrai, à cette objection qu'il a pu y avoir interruption dans la formation des couches , de sorte qu'aucune strate ne se fût déposée pendant le soulèvement de la montagne. Mais il n'est pas toujours possible de résoudre ainsi la difficulté ; car il y a des cas où les couches en stratification discordante se succèdent immédiatement dans l'ordre chronologique. Pour s'en convaincre , il suffit de les suivre jusqu'à une certaine distance du point où elles ont été dérangées de leur position primitive; on verra bientôt la concordance de stratification se rétablir complètement et souvent même l'on trouvera ces couches tellement unies entre elles par des passages graduels qu'il sera impossible d'en nier la succession immédiate. C'est ce que l'on observe notamment dans les Vosges. Le système du Rhin qui a eu pour effet de redresser le grès vosgien, dernier étage de la formation ^ermiennCj n'a aucunement affecté le grès bigarré qui ouvre la période triasique; et pourtant, à une faible distance, ces dépôts sont si étroitement liés ensemble que l'on ne sait ni où l'un commence ni où l'autre finit.

La théorie des cames actuelles se heurte encore à d'autres difficultés. Comment expliquer, p^ exemple , dans cette hypothèse , nos immenses et universels dépôts d*alluvions et de cailloux roulés? Ils ne peuvent résulter que de courants impétueux causés eux-mêmes par un brusque soulèvement.

Un simple coup d'œil jeté sur la carte géologique de France devrait achever de convaincre le lecteur de la fausseté de cette théorie. Si l'exhaussement et la formation des continents avaient eu la lenteur qu'on leur attribue, il n'y aurait pas entre les terrains du bassin parisien et ceux du massif breton, par exemple, la brusque transition qu'on y remarque. La mer ne se fût pas retirée avec cette soudaineté des pays primitivement occupés par elle et les périodes qui séparent la formation silurienne de la formation jurassique seraient sans doute représentées.

La théorie des causes actuelles ne repose du reste sur aucun argument sérieux. On invoque pour l'appuyer des raisons de vraisemblance fondées sur l'invariabilité des lois de la nature; on prétend, en vertu de cette invariabilité, que les phénomènes dont notre globe est aujourd'hui le théâtre s'y sont manifestés à toutes les époques de son histoire et dans un égal degré. C'est là, selon nous, un faux raisonnement. Que la nature soit régie par des lois immuables, que notre globe ait été soumis depuis son origine à des forces constantes, nous Tadmettons volontiers. Mais ce qu'il nous répugne d'admettre, c'est que ces forces aient agi dans tous les temps avec une égale intensité, un même degré d'énergie.

Le globe, en effet, peut être assimilé dans une certaine mesure à un être vivant. S'il n'est pas doué d'une vie réelle il est du moins, comme lui, soumis à des lois qui tendent constamment à le modifier, le renouvellent pour ainsi dire sans cesse, le font passer par des états divers et finalement, sans doute, amèneront sa destruction. On a dit, en effet, des forces inorganiques auxquelles il est assujetti, qu'après avoir produit le globe en groupant les matériaux hétérogènes qui le composent, elles finiraient par le dissoudre en isolant et dispersant dans l'espace ces mêmes matériaux, absolument comme la mort désunit dans l'être organisé les éléments qui s'y étaient condensés sous l'influence vitale. Sans aller jusque-là, l'on doit au moins reconnaître que la terre, en vertu des lois qui régissent le monde inorganique, a parcouru des phases diverses correspondant aux divers âges de son histoire, en un mot qu'elle a son évolution propre. Or chez l'être vivant les phénomènes diffèrent avec l'âge. Ceux de la vieillesse ne sont pas ceux de

l'enfance. Quoique soumis à des lois constantes, Tanîmal et le végétal traversent des phases différentes, et les mêmes forces organiques qui font la vie se développer et s'épanouir en provoquent plus tard Textinction. Pourquoi en serait-il autrement dans le monde inorganique ? Pourquoi les lois qui le régissent seraient-elles plus uniformes dans leurs effets? Ce qui se passe dans un cas doit se passer aussi dans l'autre. A des âges distincts doivent correspondre des phénomènes distincts, et, vouloir juger du passé du globe par son état actuel, ce serait vouloir juger de l'enfance de l'homme par son âge mûr, ce serait vouloir assimiler l'une à l'autre ces deux périodes de la vie humaine. Or nous savons combien elles diffèrent ; nous savons que chez l'animal les débuts de l'existence en sont aussi les moments les plus critiques. Est-ce donc aller trop loin que de prétendre, en raisonnant par analogie, que la terre, elle aussi, a été soumise, dans ses commencements, à des crises plus nombreuses et plus redoutables que 'celles qu'elle subit aujourd'hui? La constance et l'invariabilité des lois de la vie n'entraînent ni la constance ni l'invariabilité des pTiénomènes vitaux. Il doit en être de même pour les lois naturelles qui régissent le monde inorganique , et puisque nos adversaires invoquent à l'appui de leur thèse des raisons de vraisemblance il nous est bien permis de faire observer que la vraisemblance est ici pour nous.

Nous ajouterons que les phénomènes violents, que les perturbations soudaines qui ont dû caractériser les premiers âges du globe, n'ont pas encore totalement disparu. Les tremblements de terre, si fréquents dans certaines contrées, ne nous rappellent-ils pas les grandes catastrophes des âges antérieurs ? Il n'est pas nécessaire de remonter bien haut dans l'histoire pour y constater de ces phénomènes hrusques dont le résultat a été de modifier dans une certaine mes^re le relief du globe. Les chapitres XV® et X VI« de cet ouvrage en contiennent d'assez nombreux exemples. Une colline de plus 130 mètres de haut, le Monte- Nuovo, a été formée en une seule nuit dans le voisinage de Naples. Le Jorullo^ autre colline volcanique plus élevée encore, a surgi au Mexique dans le même laps de temps, en 1757. En une seule éruption, le volcan de l'île de Sumbawa, dans l'archipel Indien, a vomi, au dire d'Herschel , une quantité de matière suffisante pour constituer trois montagnes comme celle du Mont-Blanc, en même temps qu'il a déterminé l'affaissement soudain d'une portion considérable de la côte. En 1783, l'île Nyoë surgit brusquement dans le voisinage de l'Islande. Une autre apparut de la même façon, en 1811 au milieu des Açores. Une troisième plus connue, l'île Juîiaj.qm fit son apparition non loin

de la Sicile, en 1831, atteignît en moins d'un mois une hauteur totale de 250 mètres. Le groupe des îles Santorin a été à diverses reprises le théâtre de phénomènes semblables. Le fond de la mer, dans le voisinage du Chili , a été exhaussé plus d'une fois : il Ta été spécialement en 1822 sur une surface égale à la moitié de la France. Il a été relevé encore de quelques mètres en 1837. Un double mouvement d'exhaussement et d'affaissement, s'est produit aussi à l'embouchure de l'Indus, en juin 1819, sur une étendue de 5,000 kilomètres carrés. Le tremblement de terre de Lisbonne eut pour effet des changements de niveau non moins remarquables ni moins subits : l'un des quais de cette ville s'enfonça tout à coup sous la mer qui mesure aujourd'hui plus de 150 mètres de profondeur en cet endroit.

Tous ces faits, rapidement énumérés, montrent assez que le temps des convulsions subites, entraînant à la surface du sol des modifications considérables, n'est pas encore tout à fait passé pour le globe. Les géologues de la nouvelle école auraient donc tort de s'appuyer sur les faits actuels pour nier les cataclysmes des âges géologiques. C'est à une conclusion toute contraire que l'étude de ces faits devrait les conduire. Les phénomènes violents, observés dans l'espace de moins d'un siècle , devraient leur donner ime idée de ceux qui ont dû se produire pendant les milliers de siècles qui nous ont précédés, alors que la terre, en voie de formation, n'avait pas pour résister à l'action des feux internes la force qu'elle possède aujourd'hui.

Ne serait-ce pas, du reste, sous l'empire de préoccupations un peu étrangères à la science que les auteurs de cette théorie auraient conçu et défendu leur système? On sait, en effet, que Lyell est l'un des partisans les plus décidés de l'extrême ancienneté de l'homme , et les raisons qu'il apporte à l'appui de sa thèse reposent toutes, au fond, sur l'hypothèse des soulèvements lents de l'écorce terrestre.

Ces quelques considérations nous semblent sufi&re pour prouver qu'il y a eu de véritables cataclysmes dans les âges géologiques, et que, par conséquent, il a pu y avoir parfois destruction subite d'un grand nombre d'espèces. Du reste, l'auteur semble le reconnaître lui-même en divers endroits de son livre.

Note E. — p. 275.

L'auteur n'expose pas la théorie des phénomènes volcaniques. Quelques mots combleront cette lacune.

On a longtemps admis, et nous lisons encore dans quelques ouvrages contemporains , que les volcans sont en communication directe et immédiate avec les matières liquides vraisemblablement contenues dans rintérieur du globe. Mais c'est , selon nous , expliquer un bien petit effet par une grande cause. Qu'est-ce, par exemple, que la faible quantité de matières volcaniques vomies par un cratère, auprès de l'immense étendue du noyau central ? Et pourtant, sous la pression exercée sur elles par l'écorce solide du globe, les matières liquides qui composent ce noyau devraient, semble-t-il , jaillir sans discontinuer par l'orifice qui les met en communication avec la surf ac^ , jusqu'à ce que le vide se fût produit à l'intérieur. La théorie vulgaire des volcans ne saurait, croyons-nous, résister à cette simple objection.

Mais il est, dans l'hypothèse du feu central, une autre théorie qui permet d'expliquer les phénomènes volcaniques sans avoir recours à une communication directe du cratère avec le noyau liquide incandescent . La partie inférieure de l'écorce terrestre se contracte en se solidifiant : on croit qu'elle perd environ un dixième de son volume. Il en résulte, naturellement, de longues et profondes fissures que vient remplir aussitôt la matière pâteuse. Que les eaux supérieures, pénétrant par des fissures correspondantes, viennent à se mettre en contact avec cette pâte incandescente, elles seront aussitôt transformées en vapeur, peut-être décomposées. Il est facile de se faire une idée de la force d'expansion que doit provoquer une explosion aussi soudaine. Le sol en est ébranlé, et si les roches supérieures ne présentent qu'une faible résistance, elles sont violemment brisées. On a alors le spectacle d'une éruption volcanique.

Plusieurs faits semblent confirmer cette hypothèse : 1^ La plupart des volcans sont situés dans le voisinage des mers, sinon au sein même des eaux ; 2<* les matières gazeuses vomies par les volcans contiennent tous les éléments de l'eau de mer et en contiennent peu d'autres ; S^ il arrive souvent que de deux volcans rapprochés, l'un est en repos pendant que l'autre est en éruption ; cette circonstance ne doit pas surprendre, si l'on admet que les deux cratères sont en communicatioii

NOTES DU TRADUCTBUE. 425

avec deux fissures ou filons distincts ; elle ne se comprendrait pas s'ils communiquaient directement avec la masse fluide interne ; 4<> il est remarquable que les volcans sont pour la plupart situés dans le voisinage de chaînes de montagnes et de continents récemment soulevés ; or, c'est là précisément ce qui devrait arriver dans notre théorie ; un soulèvement doit, en effet, être accompagné de déchirures ou de failles dans lesquelles s'injecte la matière fluide.

C'est à des causes semblables que nous devons nos minerais et nos eaux minérales. L'eau pénètre dans les profondeurs de la terre , atteint quelque filon , décompose sous l'influence de la chaleur quelques-unes des matières qu'il recèle , s'en imprègne et vient les déposer à la surface du sol ou le long de son parcours à mesure qu'elle se refroidit.

Note F. — p. 292.

Les tremblements de terre purement locaux ont sans doute la même cause que les phénomènes volcaniques. Quant aux grands soulèvements qui aux divers âges géologiques ont considérablement modifié la distribution des terres et des mers et donné au globe son relief actuel , on leur attribue une autre origine dans la théorie du feu central. On les explique par un plissement de l'écorce terrestre. La masse liquide incandescente diminue de volume en se solidifiant ; il en résulte que le vide tend à se faire entre elle et la croûte solide. Mais on démontre mathématiquement que ce vide ne peut pas exister. Il est impossible que l'écorce du globe se soutienne par elle-même , sans nul appui. Le porphyre , la roche qui présente le plus de résistance, s'écrase sous une pression de 24 kilogrammes par millimètre carré. Or, dans le cas en question, la pression serait de 6,360 kilogrammes , c'est-à-dire que la roche, pour ne pas s'écraser, devrait avoir une résistance 265 fois supérieure à celle du porphyre. L'écorce terrestre repose donc partout et toujours sur le noyau liquide. Mais elle ne peut le faire, elle ne peut continuer d'adhérer à la masse incandescente qui sans cesse diminue de volume , sans se plisser. Ces plissements ne sont autre chose que nos chaînes de montagnes.

Il est un fait d'observation qui vient confirmer cette théorie , c'est que les montagnes les plus élevées , l'Hymalaya , les Andes, les Alpes,

par exemple, sont aussi les plus récentes. On devait s'y attendre dans notre hypothèse. L'épaisseur de la croûte solide va, en effet, toujours en augmentant ; ses plissements doivent donc aussi devenir de plus en plus sensibles.

Note G. — p. 305.

Des représentants autorisés de la science géologique en France ont reproché à l'auteur de ce livre son silence sur les travaux d'Élie de Beaumont concernant le soulèvement des montagnes. Nous essayerons de combler 'cette lacune par quelques mots qui compléteront la note précédente déjà relative au même objet.

Notre globe , il est à peine besoin de le dire, n'avait pas, au sortir des mains du Créateur, son relief actuel. Les montaghes qui le sillonnent ont surgi du sein des eaux aux diverses périodes de son histoire. Pour s'en convaincre, il suffit d'étudier, comme l'a fait É. de Beaumont , les couches qui les revêtent ou constituent une partie de leur masse. La présence de coquilles marines au sein de ces couches prouve assez qu'elles ont été, comme celles de la plaine, déposées primitivement au fond des mers. L'on est tout surpris d'apprendre aujourd'hui qu'une vérité aussi peu contestable ait eu tant de peine à s'établir. Les esprits en apparence les moins accessibles aux préjugés en doutaient encore au siècle dernier. Il est vrai qu'ils avaient leurs raisons pour cela. Voltaire , par exemple , craignait qu'on ne vît dans ces coquilles une preuve du déluge mosaïque , et, plutôt que de s'incliner devant un témoignage favorable aux idées traditionnelles , il préféra rejeter la géologie dans ce qu'elle a de plus fondé. Il prétendit sénemement , au mépris de toute vraisemblance, que les coquilles marines recueillies sur le mont Cénis, étaient tombées du chapeau des pèlerins se rendant à Rome (1).

Cette explication , on le conçoit , ne dut satisfaire personne , pas même son auteur. L'union intime des coquilles avec les couches qui les recèlent et la profondeur de ces couches ne permettent guère, en effet, d'élever des doutes sur la contemporanéité des unes et des autres.

L'étude des terrains constitutifs des montagnes n'établit pas seule-

(1) Physique : Des singularités de la nature, cb, XV.

NOTES DU TRADUCTBUB. 427

ment leur origine marine, au même titre que ceux des plaines, elle nous montre de plus que primitivement déposés au sein des eaux sur une surface horizontale , ou voisine de Thorizontale , ces terrains ont été redressés plus tard , par suite de Texhaussement du fond de la mer. On rencontre , en effet , dans les régions montagneuses , des couches qui affectent une inclinaison extrêmement prononcée ; parfois même elles sont complètement verticales. Or, il est de toute impossibilité qu'elles se soient formées dans dételles conditions. Pour prétendre le contraire, on ne saurait effectivement s*appuyer sur ce fjix^ qie les parois entièrement verticales des vases contenant certamfe Butstanices en dissolution se couvrent parfois de couches assez épaûreesâie ni&tière solide ; car il s'agit ici d'une précipitation chimique , tandis (|ue les couches de nos montagnes résultent le plus souvent , nqjif ^'itne précipitation analogue , mais du simple dépôt des éléments diyera^ argflés, sables ou graviers, tenus en suspension dans l'eau. Or, çehcoit-on que ces matériaux , d'une densité souvent considérable, ptiisgent pe maintenir dans des conditions d'un équilibre aussi instable, que des galets roulés , par exemple , puissent reposer sur leurs petites extrémités comme le ferait un œuf sur sa pointe ?

Il n'est pas besoin, pensons-nous, de recourir à d'autres arguments. Cette seule observation doit suffire pour convaincre les plus incrédules de la réalité du soulèvement des montagnes.

Voilà donc déjà deux faits acquis : 1^ la formation au sein des eaux marines, et à l'état de -couche^ horizontales ^ des terrains qui constituent, sinon la masse, du mbîns la partie superficielle de nos monta^gnes; 2° le redressement ultérieur de cep terrains par suite du soulèvement [de la portion sous-jacente de l'écorce terrestre. Mais ce n'est pas tout. Lîétude des ^montagnes est une mine' féconde qui nous a livré d'importants documents sur les principaux épisodes de l'histoire du globe. Élie de Beaumont , qui compare l'écorce terrestre à un vaste manuscrit , considère le» 'montagnes comme les majuscules de cet immense ouvrage. Aussi en st-t-il fait l'étude de toute sa vie , étude fructueuse à laquelle nous devons les beaux travaux dont nous analysons en ce moment les conclusions.

Le troisième document que nous ait livré Fétude des montagnes est leur âge relatif. Toutes ces rides immenses , qui accidentent le globe , ne sont pas le fait d'un même jour. Elles se sont produites successivement et à des dates généralement fort distantes les unes des autres. N'est-ce pas là encore, pour le dire en passant, une nouvelle preuve de l'extrême ancienneté de la terre et une terrible difficulté pour ceux qui

voudraient toujours renfermer l'histoire du globe dans les six ou huit mille ans de la tradition?

Mais il faut s'expliquer sur ce que nous entendons ici par âge reUxdf des montagnes. Il ne s'agit pas seulement , en effet, de Tordre chronO' logique dans lequel elles ont apparu ; il s'agit de plus de leur âge par rapport aux principales périodes de l'histoire du globe. Nous ne savons pas seulement, par exemple, que le soulèvement de la Côte-d'Or a précédé celui des Pyrénées, et celui-ci, le soulèvement de la chaîne principale des Alpes ; nous savons encore que le premier a clos la ^^k- Tioàiè jurassique et ouvert la période crétacée^ que le second s'est produit aux débuts de l'époque ter^ire et que le troisième l'a terminée.

Il est facile de se rendre compte de la façon dont on peut acquérir des connaissances si précieuses pour l'histoire de la terre. Si l'on pratique une tranchée suffisamment profonde dans les terrains de sédiment situés au pied des montagnes , on observera que les couches y sont en straii-' ficaUon discordante^ c'est-à-dire qu'au lieu d'être parallèles entre elles, elles viennent se rencontrer sous un angle quelconque. Les unes, les inférieures, seront inclinées, sinon verticales; les couches supérieures, au contraire, auront conservé leur horizontalité primitive. Que faudra-t-il conclure de là ? Évidemment que la montagne a surgi dans l'intervalle compris entre la formation des deux groupes de strates. Les premières existaient déjà lorsque le sol sur lequel elles reposaient s'est exhaussé et, naturellement, elles ont participé à cet exhaussement. Les autres n'ont été formées qu'après le soulèvement de la montagne, et, dès lors, elles ont pu conserver leur position» horizontale primitive.

Pour savoir à quelle date géologique se rapporte la formation d'une montagne, il suffit donc de connaître et de comparer, d'une part, l'âge des dernières couches qu'elle a relevées , et, de l'autre, celui des premiers et des plus anciens dépôts dont elle n'a pas modifié la position. C'est entre ces deux âges que se sera produit le soulèvement en question. Au pied de la Côte-d'Or, par exemple, on trouvera relevés les calcaires du Jura, tandis que les' plus anciens dépôts crétacés auront conservé leur première positioh ; ce qui veut dire que ces monts ont été soulevés à la fin de la période jurassique. Au pied des Pyrénées, ce ne seront plus seulement les terrains appartenant à cette période qui seront redressés ; les terrains crétacés eux-mêmes auront pris part au mouvement du sol. L'on en conclura que le soulèvement des Pyrénées est postérieur à l'époque secondaire. Enfin si l'on observe les formations situées à la base de la chaîne principale des Alpes , du Saint-Gothard , par exemple, on les y trouvera toutes redressées; seules les alluvions

quaternaires seront restées dans leur situation primitive. La conséquence sera que ces montagnes ont surgi entre Tépoque tertiaire et la suivante.

Ces exemples suffiront pour montrer comment É. de Beaumont est arrivé à déterminer Tâge géologique de la plupart des montagnes de l'Europe. Mais, en poursuivant ses études, Téminent géologue a été conduit à d'autres résultats n^n moins importants , s'ils étaient également incontestables. Il s'est aperçu tout d'abord qu'il y avait accord constant entre l'âge des montagnes et leur direction , en ce sens que toutes celles qui remontent à une même période sont parallèles entre elles; puis, basant sur ce parallélisme sa classification des chaînes de montagne, il a réuni en un même groupe toutes celles don* rage et conséquemment la direction étaient identiques , et il en a fait un système, A chacun de ses systèmes il a donné le nom de l'un des accidents orographiques les plus importants qui le constituent. C'est ainsi que le système des Pyrénées comprend , outre les Pjrrénées elles-mêmes , les Apennins, en Italie, les Karpathes, en Hoijgrie, les Alleghanis, dans l'Amérique du Nord , le Zagros de Perse et les Ghates de Malabar, montagnes qui ont toutes une même direction (0.-18° S.).

Élie de Beaumont est ainsi arrivé à constituer un certain nombre de systèmes qui partagent la sphère parallèlement à divers grands cercles, de même que , dans l'ordre du temps , ils partagent en des périodes distinctes l'histoire du globe depuis la première formation de l'écorce terrestre jusqu'à nos jours. Or, tous ces systèmes ne s'entre-croisent pas irrégulièrement et sans ordre. S'il faut en croire É. de Beaumont, les positions relatives qu'ils occupent sur la sphère divisent celle-ci en un certain nombre de zones , qui affectent la forme de figures géométriques régulières. La terre serait ainsi comme un immense cristal dont chaque facette serait limitée par un accident orographique quelconque.

En se contractant, nous dit-on , le globe a dû, conformément aux lois générales de la cristallisation, affecter de préférence certaines formes. Or il n'est pas sans intérêt de rechercher quelles ont pu être ces formes.

Un principe généralement admis dans les sciences de la nature, c'est que, dans leur domaine, tout s'accomplit avec la plus grande économie possible de force mécanique. C'est pour cela , par exemple , que le basalte, en se solidifiant, se fractionne en prismes hexagonaux; car l'hexagone est de toutes les figures géométriques celle qui, tout en épuisant entièrement l'espace sur un plan donné , se rapproche le plus du cercle et, par conséquent , embrasse la plus grande surface avec le moindre périmètre. Sur une sphère, ce n'est plus l'hexagone qui réalise ces condi-

tions , ce rôle est réservé au triangle équilatéral et au pentagone régulier. Cette dernière figure étant la plus voisine du cercle, et, par conséquent, celle qui nécessite la moindre dépense de force, il semble que la nature ait dû la copier, de préférence , dans la production des fissures qui divisent Técorce terrestre. Aussi a-t-elle été tout spécialement Tobjet de Tattention de M. É. de Beaumont

A Faide de 15 grands cercles convenablement disposés et se coupant sous des angles de 36<*, le savant géologue a constitué un réseau de douze pentagones enveloppant la sphère terrestre de façon à en faire une sorte de dodécaèdre régulier. Tel est en résumé le réseau perUagonal.

Si le système d'É. de Beaumdht est vraiment fondé , nous devons en trouver Tapplication dans Forographie du globe. Les mailles de son immense réseau doivent y être représentées, sinon toujours par des chaînes de montagnes, du moins par des failles ou des fissures , sous quelque forme qu'elles se manifestent. En est-il réellement ainsi ? Le réseau pentagonal est-il vraiment Fexpression d^une loi naturelle ?

Il serait difficile aujourd'hui encore de se prononcer absolument sur cette question. Cependant si Fon s'en tient aux grandes lignes du réseau, aux cercles primitifs, par exemple, Fon constate entre l'hypothèse et les faits une harmonie vraiment frappante. Il faudrait, selon Fexpression d'É. de Beaumont lui-même, une bien étrange conspiration des causes fortuites pour produire une semblable coïncidence. Peut-être même cette coïncidence s'étend-elle plus loin, peut-être arrivera-t-on à la constater jusque dans les détails de la théorie, lorsque Fon aura davantage exploré le globe ; mais il serait téméraire de rien affirmer aujourd'hui à ce sujet. Si le réseau pentagonal a été accueilli par quelques-uns avec un enthousiasme peut-être exagéré, il est surtout vrai de dire qu'il a été Fobjet d'attaques passionnées et de critiques fort injustes. Les services rendus à la science par son auteur auraient dû lui assurer, du reste, un accueil plus respectueux.

Nous ne voulons point insister sur cette partie purement spéculative des travaux d'Élie de Beaumont. Quoi qu'il en soit des lois plus ou moins fixes qui ont présidé à la formation du relief du globe, et de la régularité plus ou moins réelle qu'il est permis de constater dans son orographie, il reste établi du moins : !<> que les terrains de sédiment qm recouvrent les flancs des montagnes ont été déposés primitivement en couches horizontales au fond des mers ; 2^ que ces couches ont été redressées dans des temps postérieurs par suite du soulèvement de la portion de Fécorce terrestre sur laquelle elles reposaient ; S*» que le sou-

lèvement des montagnes n'a pas été simultané, qu'il s'est produit successivement pour chaque système et à des époques que l'étude des terrains affectés par chaque soulèvement a permis de fixer.

On trouvera dans le Tableau des terrains de sédiment que nous donnons plus loin les résultats de ces inagnifiques travaux de notre grand géologue français. On y verra, rapportés à l'époque où ils se sont produits, les soulèvements des principaux systèmes qui sont venus accidenter le globe depuis son origine. Est-ce à dire qu^il n'y ait aucun doute sur l'âge relatif soit des étages composant la série des terrains, soit des soulèvements qui de temps à autre en ont interrompu la formation? Loin de le prétendre, nous sommes convaincu, au contraire, qu'il y aura lieu dans la suite de modifier ce tableau. Toute classification détaillée des terrains est évidemment sujette à erreur. Si l'on peut affirmer, en effet , sans trop de chance de se tromper, que les grandes formations géologiques se sont vraiment succédé dans l'ordre indiqué, l'on ne saurait en dire autant des étages ou sous-étages que chaque auteur classe un peu à sa guise , d'après les fossiles qu'ils renferment. Poussée jusqu'à ce point, la répartition des terrains w'a plus^ pour ainsi dire, de valeur chronologique. On ne saurait trop le répéter, en effet, toute classification appuyée uniquement sur les fossiles doit être considérée comme destinée plutôt à mettre de l'ordre dans les idées, qu'à renseigner sur l'âge réel d'un terrain. Tel est aussi le but que nous nous sommes proposé lorsque, par exemple, nous avons réuni dans un même étage deux lambeaux de terrains séparés par des distances considérables.

Si imparfait qu'il soit, nous espérons cependant que notre tableau aura quelque utilité. Il sera pour le lecteur comme le résumé des <;onnaissances géologiques de notre temps, il lui fera saisir d'un seul coup d'œil l'ensemble et l'ordre de succession des terrains qui se sont formés aux diverses époques de l'histoire du globe, il lui montrera les animaux qui ont caractérisé chacune de ces époques ; enfin, à celui qui ne serait pas déjà initié aux connaissances géologiques, il facilitera par sa synonymie l'intelligence des travaux publiés sur cette matière.

Nous avons consigné dans les notes qui suivent certaines observations destinées soit à compléter, soit à justifier notre classification sur quelques points principaux.

1. On appela d'abord terrains primaires ceux que l'on appelle aujourd'hui primitifs, c'est-à-dire les roches granitiques et métamorphiques. Les terrains secondaires comprenaient alors toutes les couches f os-

432 GÉOLOGIE ET EÉVÉLATION.

silifères. Wemer le premier admit un troisième terme, celui de terrains de transition qu'il appliqua aux dépôts antérieurs à la formation carbonifère. Enfin rétude géologique du bassin de Paris, où Ton découvrit des dépôts plus récents que tous ceux observés jusque-là, fit passer un quatrième terme, celui de terrains tertiaires. Cette dénomination seule a conservé son sens primitif. La signification des trois autres s*est trouvée considérablement modifiée. Les terrains primaires sont devenus nos terrains ^mt^a / les terrains de transition, appelés également aujourd'hui terrains primaires , |e sont étendus aux formations carbonifère etpermienne, qui ont été ainsi enlevées aux terrains secondaires.

2. Un célèbre géologue anglais, M. Sedgwich, s'est le premier servi du terme cambrien en mémoire des Cambres, peuplade celtique qui habita jadis une partie du pays de Galles. Plus tard Élie de Beaumont remplaça ce terme par celui de cumbrien , qu'il faisait dériver de Cumberîand, province anglaise où le terrain ainsi désigné se montre sur une grande étendue. Le premier terme n'en est pas moins resté le plus en usage. — Sous ce nom nous comprenons, il est bon de le dire, tous les terrains de sédiment antérieurs à l'étage silurien , aussi bien les gneiss , talcschistes , micaschistes et autres terrains métamxyrpMques que ceux qui n'ont été aucunement modifiés. Les terrains métamorphiques ne constituent pas , en effet, un étage isolé et distinct dans la série chronologique. Quoique rentrant plus généralement dans la première et la plus ancienne formation, ils peuvent appartenir à tous les âges. Nous ne voyons donc pas de raison pour en faire , comme le plus grand nombre des auteurs , un groupe à part , antérieur à la formation cambrienne.

3. Nous réunissons les quatre premiers soulèvements immédiatement avant la formation silurienne parce qu'ils sont tous les quatre antérieurs à cette formation. Ils ont dû se produire dans l'ordre indiqué à diverses époques de la période cambrienne ; mais l'obscurité qui enveloppe encore cette période ne nous permet pas de préciser davantage.

4. Murchison , qui le premier a étudié les terrains siluriens , a fait dériver leur nom d'une ancienne peuplade, les Silures, c^ï habitaient autrefois le pays de Galles , contrée où ces terrains sont le mieux repré-

5. L'étage dévonien doit son nom au Devonshire (Angl.) , où Murchison l'a spécialement étudié.

6. Avec M. de Vemeuil (1) , qui voyait dans les calcaires et schistes de Néhou (Manche) , de Gahard (près Rennes) , d'Izé (près Vitré) , de

(1) BulleHn dé la Soc. géoîog.y 11« série, t. IV, 1846.

la Baconnière (Mayenne) , etc., les représentants du calcaire de l'Eifel (Belgique) et du groupe Hamilton (Amer.) , nous rangeons ces terrains dans le dévonien moyen. Ce n'est pas cependant sans quelque hésitation. Si quelques fossiles, par exemple, la Calceola sandalina trouvée à Néhou, les rapprochent de cet étage, d'autres au contraire les en éloignent ; tels sontle Spirifer macropteniSj la Terebratula -4 replace recueillis dans la même localité. Peut-être , du reste , ces terrains représentent-ils dans l'ouest de la France la série dévonienne tout entière.

7. Nous rattachons au dévonien supérieur les deux groupes de la Famenne et du Condros , parce qu'ils contiennent en grande abondance deux espèces caractéristiques de cet étage en Angleteri^e, le Spirifer disjunctus et le Phacops laUfrons.

8. Les trois étages du groupe carbonifère sont vraisemblablement synchroniques. Ce n'est qtffe pour nous conformer à l'usage que nous les avons distingués dans notre tableau.

9. Contrairement à un certain nombre de géologues contemporains qui confondent le grès vosgien avec le grès bigarré de la période triasique , nous persistons avec E. de Beaumont à rapporter cet étage à la formation permienne. Il est , en effet j à peine distinct du grès rouge qui constitue le premier étage permien dans les Vosges ; tandis qu'une discordance de stratification caractérisant le système du Rhin le sépare nettement de la fprmation supérieure. Si donc il devait être confondu avec un autre étage, ce devrait être plutôt avec le grès rouge, situé immédiatement au-dessous, qu'avec le grès bigarré qui le surmonte. Il est possible encore qu'il représente dans les Vosges le zechstdn d'Angleterre ; ce qui réduirait à deux les divisions principales du groupe permien et justifierait ainsi le nom de dyas qu'un géologue français lui a donné.

10. Le X« système n'est pas nettement distinct du précédent au point de vue chronologique. Il se confondrait même tout à fait avec lui, si, comme nous l'avons observé , le grès vosgien était vraiment synchronique du zechstein des Anglais.

11. Le trias doit son nom aux trois étages qui le composent. Le terme muschelhalk qui désigne l'un de ces étages est dérivé de deux mots allemands (mmchel^ coquille, et halh, chaux) qui rappellent sa composition mînéralogique et l'abondance de ses fossiles.

12. L'existence de ce mammifère (le Microlestes) , le plus ancien que l'on connaisse , repose sur la découverte de queliques dents recueillies dans le Wurtemberg d'une part et de l'autre en Angleterre dans le comté de Somerset. Il est bien permis de concevoir des doutes au

4M GiOUXrO. ET RÉTELATIOÏ.

■jn;>t de la rérîiai, It nasire <^ rar.7T.AT a:i';^eî ::it a^rp^r^iLii ces rares ^hrA. Les asierrs ne a'eniendcîiî- dr reste, =i «ir T jrdre de TraniTirif/î^w dcM u £r parî5e. ci siir Tlj»^ *ri terrain dans le»tTiei il a été trc cvé. Ljell rat dacâ ctt arifrrA] "si ia'îwrcr? de Tzrdre des marsn^-iâiix et le fait remettes à la période triaai .iie ; d'ArcLfac an ciintraire, d'accord avec le profeaBear Plier. fr. rer ^tî Iti a donné son acm , y voit m petit ar.JTïtal de proie rjuof/iç, Ârrrr^^). m ifl^i&irftVor?. « rapporte à la période scirante, a !a fonaadoii Iia;â^-ie. la Ir^cbe c-ri il a été déos^rv^t.

13. Les idkbiiei de Stcmer/UId demeîU le niiZiec ertre Tétage de la tare àfonl/m et le snirant. On p-:cirait dcne les rattacher indr^érerameot à Tini oc â Tactre- yLaâ& . q^Loi ^u'en pensent e«tainâ géologues •^ les rangent dans la gr^uLde ooîfrhe, il n^jcs fcsible qullâ se rapprodïent darantage par leurs foedlea de l'étage aocâ-jacent. Dem de ces fcâêiles surtcct^ FOs^rea acvnÛAoia et le Aieauuf» amalùridatHê , sont considérés comme caractéristî^iïes de ce demi«^ étage, — Les sdûstes de Sconesâeld sont ttst^ célèbres par la déconr^te qu'on t a faite de débris de mammifères, les preaûeis qui aient été trouvés dans les terrains secondaires. Longtemps la namre réelle des animaux représoités par ces débris a été contestée. Anj^^ardlici cependant les géologues sont assez cnanfrm^ à reconnaître qu'ils ont appartenu à de petits mammifères didelpbes et qu'ils représentent les trois genres ^atpAttherium, PhasKolrAherimm et Sierto^witkiis (1),

14. Le groTipe séqHomen, comprenant ks marnes et calcaires à astartes, est rangé par quelques autems dans le terrain oolitbique gttpériewr. L'on j trooe, en effet, la ^ryphée rirguU qui s^ipartient spécialement à ce terrain. Mais Ton j trouve, en plus grande abondance encoe, Y Astarte mimma qui semble caractéristique de l'étage eorallie». Cest pour cette raison que nous Tarons rattadié de préférence à ce demis étage. En réalité , le groupe séquanien peut être considéré comme intermédiaire entre Toolithe inférieur et l'oolitbe supérieur. H prouve une fois de plus qu il ne faut pas s'attendre à rencontrer toujours une transitHHi bnis^me entre deux étages consécutifs.

15. L'étage/mr&eciioi tire son nom de la pre&iu'île de Purbe<i(AngL) où O est ^ïécialement représenté. Il comprend les formatûms lacustres ou fluvio-marines qui terminent presque partout la série jurassique.

16. Cest pour nous aHi&>rmer à l'usage le plus général que nous avons séparé le groupe weajdim du groupe néocomien prc^yrement dit. Au point de vue chronologique cette formation exclusivement d'eau douce

n, Lyefl, ÉUmaiti de GMcgit, 1, 6».

peut être considérée comme Téquivalent de l'étage suivant ou valengien. Pendant que Fun se formait dans les lacs, l'autre sans doute s'effectuait lentement au sein des mers de la même période.

17. Les rudistea constituent une famille de brachiopodes spéciale à la période crétacée et répartie en cinq genres : BJippurites, Caprina ou Chamay Caprinula, MadioUtes et Caprotina, Xes rudistes sont représentés presque à chaque étage de la période crétacée , mais par des espèces diverses : de là des niveaux ou des horizons distincts qui , fixés à quatre par d'Orbigny, ont été portés à huit par M. Coquand.

18. La plupart des géologues contemporains réunissent et confondent la craie iuffeau et la craie marneuse. Si , dans notre classification , nous en avons fait deux étages à part, ce n'est pas que nous considérions ces deux assises comme nettement distinctes tant au point de vue paléontologique qu'au point de vue chronologique. Elles se confondent le plus souvent. Sur quelques points cependant , dans le Dauphiné par exemple , on les a trouvées en stratification discordante. Or, cette discordance de stratification résulte, suivant Élie de Beaumont, du soulèvement du mont Viso, soulèvement qui, au dire du même géologue, eût séparé la formation des terrains crétacés inférieurs de celle des terrains crétacés supérieurs. Il nous a semblé que nous devions tenir compte dans notre classification d'un phénomène aussi remarquable. C'est pour cela que, tout en réunissant» sous le même titre général la craie tuffeau et la craie marneuse , nous n'avons pas cru pouvoir confondre entièrement ces deux groupes.

19. La craie de Maëstricht est rattachée par d'Orbigny à l'étage de la craie blanche (sénonien). Elle s'en rapproche, en effet, au point de* vue paléontologique ; de même que le calcaire pisolithique des environs de Paris tend à se confondre , au même point de vue , avec les terrains tertiaires. Ce dernier rapprochement est devenu plus sensible encore depuis la découverte du calcaire de Mons , que les géologues sont unanimes à considérer comme tertiaire, quoique, sous le rapport des fossiles, il s'éloigne fort peu du calcaire pisolithique. Il n'y a pas lieu d'être surpris de cette absence de ligne de démarcation bien précise entre la formation crétacée et les assises supérieures , s'il est vrai , comme on l'enseigne aujourd'hui, que le soulèvement des Pyrénées, au lieu de remonter à cette époque , s'est produit seulement pendant le cours et vers la fin de la période éocène.

20. En i-apportant à V éocène moyen le terrain nummulitique supérieur, nous avons suivi la classification des géologues contemporains, spécialement celle de M. Hébert. Il y a lieu cependant de faire quelques ré-

serves à ce sujet. M. Hébert, en agissant ainsi, s'est appuyé sur l'analogie que présente la faune de ce terrain avec celle des sables de Beauchamps. I^ous sommes, loin de nier l'importance du caractère paléontologique au point de vue de la classification des terrains ; c'est même ce seul caractère qui nous a fait considérer l'étage nummulitique inférieur des Corbières comme l'équivalent des sables supérieurs du Soissonnais. Cependant l'étude des fossiles ne doit pas faire oublier celle de la stratigraphie. Or, c'est en se basant sur ce dernier caractère , celui de la superposition des terrains, que Dufrénoy et É. de Beaumont ont été portés à rattacher à l'époque secondaire le terrain nummulitique-JUs l'ont trouvé, en effet, recouvert en stratification discordante par un terrain qu'ils considèrent comme l'équivalent du calcaire grpssier de Paris. S'il en était ainsi , le terrain nummulitique serait évidemment antérieur à l'étage parisien, La nature de sa faune ne doit pas du reste empêcher d'admettre cette conclusion. Les mêmes fossiles peuvent caractériser des terrains chronologiquement fort distincts. M. Vogt va même plus loin. Pour lui la présence d'une même faune dans deux terraii^s séparés par des distances considérables prouve le non-synchronisme de ces terrains. C'est répondre à une exagération par une autre exagération. Le caractère paléontologique a sa valeur, bien qu'il ne vienne qu'après le caractère s trati graphique. Nous n'avons, dans la circonstance présente, aucune raison de préférer l'un à l'autre, vu que l'âge des terrains superposés à l'étage nummulitique n'est pas nettement déterminé. Nous laisserons donc cet étage dans l'éocène moyen où M. Hébert Ta placé et, conséquemment, nous renverrons à la fin de la sous-période correspondante le soulèvement des Pyrénées considéré universellement comme postérieur à la formation nummulitique.

21. On partage communément le terrain miocène en deux étages, dont l'un, le miocène inférieur, se termine avec le calcaire de Beauce, et l'autre, le miocène supérieur, comprend la molasse marine de Suisse et Jes f aluns de la Touraine. Notre division nous semble plus en rapport avec les trois principales assises qui constituent le groupe miocène, grès de Fontainebleau, calcaire de Beauce et faluns. Elle a de plus l'avantage de correspondre avec la série des soulèvements rapportés à cette époque par Elie de Beaumont. Cependant si, avec un certain nombre de géologues, on plaçait les grès de Fontainebleau au sommet de l'éocène, il n'y aurait plus de raison de partager en trois assises la formation suivante. '

22. La formation pliocène n'est représentée que par de rares lambeaux de terrains, d'origine diverse, dispersés sur la surface du globe ; encore

n'est-il pas absolument certain que ces lambeaux isolés ne puissent, dans tous les cas, être rapportés soit à l'étage miocène, soit à la formation suivante ou quaternaire. Le caractère paléontologique, le seul sur lequel repose la réunion en un groupe distinct des terrains pliocènes, ne saurait suffire, nous l'avons déjà observé, pour fixer d'une façon certaine l'âge d'un terrain. Le caractère stratigraphique est indispensable. Or il ne semble pas qu'il puisse être invoqué dans le cas présent, car nulle part, croyons-nous, l'on n'a rencontré le terrain pliocène nettement interposé entre les formations miocène et quaternaire bien caractérisées. Il est donc permis de concevoir quelque doute sur V existence même d'une période pliocène.

23. L'âge géologique des sables et graviers de Saint-Prest (près Chartres) est fort difficile à déterminer. Stratigraphiquemsnt ils pourraient appartenir indifféremment aux époques tertiaire et quaternaire. Miné^ rahgiquement, ils se rapportent davantage par leur nature sablonneuse aux terrains de transport de la dernière de ces époques. Mais c'est au point de vue paléontologique qu'ils s'en rapprochent le plus. Ils ne contiennent en effet aucune espèce caractéristique des terrains tertiaires ; on y trouve, au contraire, im genre essentiellement quaternaire, semblet-il, le genre éléphant,

24. Avec le dernier soulèvement, celui du Ténare (et probablement des Andes), se termine selon nous l'époque quaternaire ainsi que la série des terrains géologiques ; car nous n'appelons pas de ce nom les dépôts de l'époque actuelle. Est-ce à dire que tous les terrains réputés quaternaires soient vraiment antérieurs à ce dernier soulèvement ? Nous avons peine à le croire. Il nous semble , par exemple , que les dépôts d'eau douce connus sous le nom de lehm ou de loess^ sont généralement postérieurs à ce soulèvement, appartiennent par conséquent à l'époque actuelle et dès lors sont étrangers à la série géologique.

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