ACTE D'INTRÉPIDITÉ D'URBAIN TESSIER
‘ Le 18 juin 1651 (environ un mois avant la mort du brave Denis Archambault), jour de dimanche, à l'issue de la messe, un très grand nombre d'Iroquois attaquèrent quatre Français entre le fort et la Pointe St-Charles ; c’étaient probablement des habitants qui, après l'office du matin, retournaient en armes dans leurs maisons. nouvellement construites. Surpris ainsi à l’improviste, ces quatre hommes se jetèrent dans un petit taudis, appelé assez improprement redoute, qui se trouvait au milieu d’une quantité de bois abattu ; et là, résolus de vendre chèrement leur vie, ils commencent à faire de vives décharges de fusils sur les assaïllants. A ce bruit, un des plus anciens colons, Urbain Tessier dit Lavigne, dont les sauvages avaient brülé la maison, le 6 mai précédent, était le plus proche du lieu où se faisait l'attaque. Il y court en toute
hâte avec tant d'andace et de bonheur qu'il passe sans accident avec une légèreté et une vitesse non pareille pardessus tous ces bois abattus ; et quoique pour parvenir jusqu'à ses camarades, il donna dans quatre embuscades d’Iroquois les unes après les autres et essuya soixante à quatre-vingt coups de fusils, il arriva sans être blessé et arrêté dans sa course. Enfin, étant entré dans le taudis, ilse joint aux assiégés et ne contribue pas peu à rehausser leur cœur par un tel acte de courage. Le bruit de la fusillade ne fut pas plutôt entendu des autres colons toujours prêts à courir sur l’ennemi qu’il sembla ranimer leur ardeur ; et sur le champ M. de Maisonneuve envoie aux assiégés un secours sous la conduite de Charles Lemoine. À peine les Jroquois virent-ils ces auxiliaires à la portée du mousquet, qu'ils firent imprudemment sur eux une décharge générale que les autres eurent l'adresse d'éviter, et ils se mettent alors à tirer sur les Iroquois. Ils en abattirent un grand nombre, au point que, voyant leurs hommes tomber de tous côtés, ces barbares qui n'avaient pas le temps de recharger leurs arquebuses n’eurent plus d'autres moyens de salut que la fuite, et toutefois comme ils étaient obligés de passer sous un grand
APPENDICE 79 nombre de gros arbres, ils essuyaient de nouvelles décharges à mesure qu'ils se relevaient pour s'enfuir; aussi laissèrent-ils morts sur place de 25 à 30 des leurs sans compter les blessés qui furent apportés ou qui prirent la fuite.” Faillon, page 123, 2ème Volume.
J'ai cru devoir rapporter à la fin de ces notes quelques-uns des faits glorieux de nos aïeux à Villemarie, afin de pouvoir dire à mes neveux et arrières-neveux : “ NOBLESSE OBLIGE.”
St-Hugues, Ier octobre 1890.