NOBLESSE OBLIGE
Nous n'avons pas à rougir de nos aicux. Heureux si nous les imitons dans leur inaltérable attachement à la religion. Durant vingt-trois ans, de 1642 à 1665, que de luttes héroïques, que de combats meurtriers n'eurent-ils pas à soutenir contre les barbares et féroces Iroquois. Ils n'étaient qu’une poignée, mais une poignée de braves et de héros luttant jour et nuit contre des milliers d’ennemis qui leur tendaient sans cesse des embüches. On peut iei suivre quelques extraits du troisième volume de l’histoire de Montréal, de l'abbé Faillon, pages 14 et sui-
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vantes. On se demande comment M. de Maisonneuve, sans recevoir aucun secours du roi ni de la grande compagnie, a pu par ses propres ressources conserver ce poste avancé et protéser ainsi la vie des travailleurs, malgré les attaques ouvertes des Iroquois, leurs tentatives secrètes, leurs continuelles embuscades. C’est ici une preuve nouvelle de ce que nous avons dit déjà tant de fois ; que le zèle pour établir l’église catholique en Canada ayant donné naissance à Villemarie était aussi le motif qui inspirait à Monsieur de Maisonneuve et à ses braves compagnons d'armes tant de résolution et de courage pour défendre ce poste et le conserver au prix de leur sang. Et qu'on ne s’imagine pas que nous parlons ici par conjecture et que nous attribuons à cet habile gouverneur des sentiments qu'il n’a pas eus ; on va l'entendre les exprimer lui-même dans l'ordonnance qu’il publia le 17 janvier 1663 et qu’on voit en original au greffe de Villemarie. Ses associés de Montréal s'étaient proposés de consacrer cette île à la Sainte Famille ei l'avait mise sous la spéciale protection de Marie, luien donnant pour toujours la propriété. Mr. de Maisonneuve chargé de la garde et de la défense de cette même ile, avait d’abord établi une confrérie composée
de soixante et douze colons ; mais cette année 1663 où les Iroquois voulaient y mettre tout à feu et à sang, il proposa aux habitants de former une nouvelle milice de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph et ce qui est le plus étonnant, il trouva à l'instant près de cent quarante braves, qui s’offrirent spontanément, résolus de sacrifier généreusement leur vie pour ce noble dessemm. Aussi voulut-il que leurs noms fussent écrits à la suite de son ordonnance et déposés aux archives publiques pour servir de mémorial,à la postérité,de leur immortel dévouement. Nous accomplirons son juste et religieux désir (ajoute Mr. Faillon) en rapportant dans son entier ce monument national si honorable au pays et en particulier à plusieurs des anciennes familles à qui nous sommes heureux de révéler ici le titre de leur gloire.
# Paul Chomédey de Maisonneuve,gouverneur de l'ile de Montréal et des terres qui en dépendent : sur les avis qui nous ont été donnés de divers endroits, que les Iroquois avaient formé le dessein d'enlever de surprise ou de force cette habitation, et le secours que Sa Majesté nous avait promis n'étant pas encore arrivé,nous, attendu que cette ile appartient à la Ste-Vierge, avons cru devoir inviter et exhorter ceux qui
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sont zélés pour son service de s'unir ensemble, par escouades, chacune de sept personnes ; et après avoir élu un caporal à la pluralité des voix, de venir nous trouver pour être enrôlés dans notre garnison et en cette qualité suivre nos ordres pour la conservation de ce pays.
Nous promettons de notre part que, dans les dangers qui pourront se rencontrer aux occasions militaires,les intérêts des particuliers nous seront toujours chers, et nous serons toujours prêts à ôter ceux qui se feront inscrire pour les fins susdites, toutes les fois qu'ils nous en requerront. Ordonnons au sieur Dupuis, major, de faire insinuer le présent ordre au greffe de ce lieu, et ensemble les noms de ceux qui se feront enrôler pour leur servir de marque d'honneur, comme ayant exposé leur vie pour les intérêts de Notre-Dame et le salut public.
Fait à Villemarie, le 27 janvier 1665,
Pauz DE CHOMEDEY.
Le lendemain, 28 janvier, cette ordonnance fut lue, publiée et affichée à l'issue de la grande messe paroissiale, et le major de l'Ile, la fit insinuer au greffe, Rien ne montre mieux l'auto-
rité de Mr. de Maisonneuve sur les esprits et sur les cœurs des siens, que l’empressement avec lequel ils répondirent à ses désirs et à son attente. L’ordonnance avait été publiée le 28 Janvier, et quatre jours après, le ler février suivant, il se trouve vingt escouades formant ainsi un camp volant de cent quarante hommes. Ici, l'abbé Faillon donne :es noins d2 ces cent quarante hommes, par escouades de sept. Qu'il me suflise de dire que l’abbé Faillon mentionne parmi ces braves les noms des trois gendres de Jacques Archambault, et celui de Laurent Archambault, son unique fils, Jean Gervaise et Urbain Tessier dit Lavigne dans la Sème escouade, Gilles Lauzon dans la 14ème escouade, et Laurent dans la 10ème. Pour protéger sûrement les colons dans leurs travaux et veiller à la conservation du pays, Mr. de Maisonneuve jugea qu’il était nécessaire encore de tenir en bon ordre les redoutes construites çà et 1à dans la campagne et de les faire garder nuit et jour par des hommes armés. Dans ce dessein, il donna la propriété de ces redoutes à des habitants connus par leur courage et leur valeur qui commencèrent à y faire leur résidence ordinaire... Ainsi trois d’entre eux qui s'étaient distingués dans plusieurs faits d'armes, Urbain Tessier dit La-
APPENDICE 17 vigne, Jacques Archambault et François Bailly eurent pour leur partage celle dite de l'Enfant Jésus, située à une des extrémités de la concession de Lavigne et voisine du lieu appelé aujourd’hui la place d'armes. (Faillon.)