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MENAGE SAVANT

Le piaffer s'enseigne à l'écurie en attachant le cheval tête à queue entre deux piliers de sa stalle. A Taide d'une cravache, vous lui touchez le poitrail par petits coups répétés, et avec une chambrière vous mettez la croupe en mouvement.

Si vous pouvez opérer entre les piliers d'un manège, ce serait préférable.

Nos pères employaient ce moyen pour dresser leurs chevaux de selle au piaffer et au passage; aujourd'hui des méthodes plus savantes ont remplacé ce procédé un peu empirique, mais en somme fort commode.

Pour arriver à cette perfection, il faut, avant tout, avoir un cocher hors ligne, un maître d'école admirablement dressé et très soumis, et ne prendre en dressage que des poulains n'ayant jamais été malmenés.

Une paire d'admirables steppeurs alezans, bien connue dans l'avenue du Bois, est le modèle du genre. Elle coûta, dit-on, 25,000 francs. Elle vit dans l'obscurité, et, pour les jours de courses, le cocher conduit ses chevaux la veille à Auteuil| où ils passent la nuit afin de pouvoir faire un retour vraiment brillant. L'emploi de fers très lourds et mobiles détermine de plus beaux gestes.

Les chevaux qui tirent, — Les chevaux qui tirent sont souvent des animaux parfaitement sages, mais ils n'en sont pas moins dangereux dans les villes et en particulier à Paris quand ils sont mal menés ou mal embouchés. Le gros tireur ne peut être arrêté par les bras les plus vigoureux, s'il prend un bon appui, qu'il ait l'encolure rouée et qu'il soit dans une allure assez vive ; il tire la voiture avec sa bouche et sortirait même le conducteur du siège si celui-ci n'opposait que la force à la force.

Le principe unique pour mener un tel cheval est de ne pas lui laisser prendre l'appui; cela, malheureusement, est parfois difficile et demande une certaine habileté de main en même temps qu'une rapidité de décision impossible au débutant conducteur. Parfois

loo GÉNÉRALITÉS HIPÏ>IQUES

même Thomme d'expérience ne peut se servir de certains tireurs qu^en les embouchant d'une façon toute spéciale convenant à la fois à sa main à lui et à la bouche de l'animal. Cette relation de main à bouche a été remarquée, j'en suis convaincu, par tous les gens qui ont fréquenté le cheval, et il m'est personnellement arrivé de voir le même tireur bien mené par des cochers différents employant chacun une embouchure spéciale, et devenir immenable quand les hommes essayaient d'échanger les embouchures dont réciproquement ils avaient coutume de faire usage.

Je considère comme dangereux de mener un tireur avec un filet seul, car il sera parfaitement libre de vous échapper, quand il en aura le désir ; mais si l'animal se mène mal avec un mors ou qu'il abuse de son appui, il est facile de l'emboucher en mors et filet, et de le conduire à quatre guides. Le filet doit être placé comme pour un cheval de selle et ne pas être maintenu par un enrênement. Il faut le plus souvent se servir du filet et n'employer le mors que pour varier les phases de l'appui; mais cela ne suffit pas encore pour tous les cas, et avec certaines bouches il faut recourir à d'autres procédés venant s'ajouter aux précédents.

Le cheval qui ouvre la bouche et qui s 'encapuchonné est le plus dur à mener : pour lui, j'emploie l'enrênement américain qui empêche l'encolure de se rouer et je lui ferme la bouche avec une courroie que je place au-dessous du mors et qui n'est, en réalité, qu'une espèce de muserolle; j'ai soin de ne pas la serrer et j'obtiens ainsi une fermeture relative permettant cependant la décontraction du maxillaire. En ajustant la muserolle au-dessus du mors, je suis obligé de la serrer très fortement, elle peut provoquer des blessures et son effet est bien moins puissant.

L'action d'un mors quelconque est d'autant plus forte que les canons portent sur les barres loin de la commissure des lèvres. J'ai vu employer le système suivant pour empêcher le mors de se déplacer : une tige d'acier fixée en A et en B (fig. i), et affectant la forme de C (fig. 2) s'oppose évidemment à ce que les canons

LES CHEVAUX QUI TIRENT loi

remontent et permet cependant de bien brider Tanimal, surtout si la partie A H est assez longue.

Pour le tireur, la perte du contact entre la bouche du cheval et la main du conducteur doit être très rapide et la reprise s'effectuera successivement sur chaque barre et non sur les deux à la fois.

L'apposition d'un filet sur le nez ne me paraît en rien justifiable : son effet ne pouvant, à mon avis, que

gêner la respiration et amener une altération au bon fonctionnement des organes qui y sont intéressés.

La tenue que je préfère pour conduire à quatre guides est la suivante : la guide gauche de filet entre dans la main en passant

FiG. I

entre le pouce et Pindex; les guides du*mors,à plat Tune sur l'autre, passent FiG. 2. — Système employé entre le médius et l'annulaire et ressorpour empêcher le mors de tent SOUS le petit doigt; la guide droite

remonter. , /-, t« i • i •

de filet passe entre lannulaire et le petit doigt. Cette disposition permet, quand le cheval ne tire pas, de conduire d'une main; il est également facile, si cela est nécessaire pour varier l'appui, de saisir avec la main droite les guides du mors.

Surtout, si vous avez un tireur, ne luttez pas par la force et n'employez pas des mors à branches démesurées et à canons très minces; en général, ne faites usage d'aucun instrument de supplice ; vous risqueriez d'augmenter le vice et de rendre votre animal de plus en plus difficile.

Les chevaux qui ont été entraînés au trot et au galop s'arrêtent souvent mieux à la parole et quand on leur rend tout qu'avec les combinaisons les plus savantes.

Les chevaux emballés ne peuvent être arrêtés, mais il est généralement possible de les empêcher de partir en leur changeant l'appui et en les arrêtant brusquement dès qu'ils paraissent vou-

loa GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES

loir s'échapper. Le lecteur trouvera d'autres détails sur ce sujet dont je reparlerai à propos des chevaux de selle.

Faire camper le cheval. — Le cheval de selle ne doit pas être campé, surtout s'il a du poids sur le dos, car il doit avoir les antérieurs bien verticaux et les postérieurs rapprochés du centre de gravité, de façon à ce que chaque membre reçoive la pesée de la masse verticalement. Le bon sens en indique la raison; si vous voulez placer une lourde charge sur un poteau, vous n'irez pas planter celui-ci de travers; il est inutile d'avoir suivi un cours de mécanique, ou de connaître la décomposition des forces pour s'en rendre compte.

Mais le carrossier ne porte riep, et son rôle est souvent de former un tableau plutôt que de fournir un travail d'endurance. II n'y a donc pas d'inconvénient à le faire s'étendre, et voici ce qu'il faut faire pour l'y obliger : Appliquez la main sur la partie postérieure de l'avant- bras et assez haut; prenez-le à pleine main, serrez fortement les doigts en les descendant lentement. Le membre se soulèvera infailliblement; relâchez la pression en maintenant la jambe im peu en avant de l'autre jusqu'à ce qu'elle se place d'elle-même à terre et à quelques centimètres de l'endroit où vous l'avez prise. Ce modeste résultat obtenu, caressez et passez à l'autre membre.

N'essayez de gagner que peu de terrain pendant les premiers essais; répétez souvent la leçon, au moins dix ou quinze fois dans la journée. Profitez surtout des moments où l'animal a le jockey sur le dos. En quelques jours, il se placera au simple contact de la main sur la partie postérieure de l'avant-bras. Peu à peu, vous cesserez de descendre les doig^ts et vous obtiendrez le « campé » en touchant le coude; puis, remontant encore, en poussant légèrement l'épaule ; vous remplacerez la main par l'extrémité d'une cravache et le dressage sera terminé. Au contact de la mèche du fouet sur l'épaule, le cheval s'étendra. Deux mois sont un minimum nécessaire poiu* obtenir ce résultat, et

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