MENAGE DE CAMPAGNE
reprenons l'appui et nous recommençons ce qiii vient d'être expliqué, chaque fois que l'allure baisse.
Le cheval finira par craindre la main plus que la mèche et si, comme nous l'avons dit, il est maintenu en dessous de son degré de travail, il prendra l'habitude de dépenser toute son énergie à vous mener rapidement et régulièrement.
En attaquant à droite et en tendant la guide gauche, nous mettons le cheval qui galope à droite dans l'obligation de se porter brusquement à gauche et, s'il a du sang, il tentera un changement de pied ; c'est à ce moment précis que nous reprenons guide droite, que nous ramenons l'équilibre et que nous déterminons le trot.
Ce système est très dangereux et inapplicable avec certains chevaux; s'il n'est employé avec habileté et sagacité, en proportionnant les moyens de coercition avec le tempérament de l'élève, vous risquez de le rendre rétif ou de le tarer rapidement si vous vous y prenez mal.
Ne croyez pas que nous vous indiquions des procédés de boucher; cette méthode se rapproche jusqu'à un certain point de celle des jockeys de trot, qui comptent plus sur la bouche que sur la cravache pour maintenir le train. Cependant, dès que le trot est repris, le jockey maintient le point d'appui tandis que nous faisons au contraire une remise de main complète.
Le cheval donne bien sur les bras, d'un poids de vingt kilos, par exemple ; soudain l'appui lui manque ; l'effet produit est exactement le même que s'il recevait une poussée de vingt kilos ; et s'il veut conserver son équilibre et qu'il n'ose prendre le galop, craignant pour sa bouche et pour son dos, il est obligé d'allonger les antérieurs et d'engager d'autant les postérieurs.
La progression se trouve accrue proportionnellement à la force de l'appui. Si celui-ci avait été de cinquante kilos, au moment de la ruptiu-e de contact l'impulsion eût été de force équivalente.
Ce système est celui d'un grand nombre de piqueurs, aussi
font-ils leurs essais sans se servir du fouet. Le client, au bout de huit jours, constate avec désespoir que son steppeur ne marche plus; il se plaint et il a grand tort, car il ne doit s'en prendre qu'au changement de ménage.
Ménage savant. — D'autres sportsmen, au moins aussi importants que ceux dont nous avons parlé, trouvent ridicules les principes exposés dans le chapitre précédent; et ils comparent le ménage à Téquitation. Voici comment ils opèrent pour avoir toujours une cavalerie bieii mise.
Ils enseignent la flexion d'encolure à l'aide du jockey et maintiennent le cheval au-dessous de son travail; ils l'embouchent sévèrement, mais mènent à quatre guides. Ils promènent leur élève à une allure lente et cadencée en trompant continuellement le point d'appui et en engageant le plus possible les postérieurs sous la masse.
Ils font des tournants savants en ayant soin de toucher de la mèche à droite si le tournant se fait à gauche et inversement. Le cheval, en peu de temps, tournera au contact du fouet et à la plus légère indication de main ; il maintiendra ainsi beaucoup mieux sa rigidité longitudinale ; il tournera même sur place aussi élégamment et aussi correctement qu'un hack bien mis; il fera, en réalité, une volte sur deux pistes la croupe en dedans.
Il devra ignorer le galop et s'il tente de le prendre il sera ralenti jusqu'à ce qu'il se mette au trot. Il ne devra pas non plus connaître le pas.
Étant plein de sang et ne connaissant qu'une allure, il finira par trotter régulièrement, haut et vite, s'il a un tant soit peu d'action.
Ce ménage est très élégant . Certaines paires conduites par des cochers savants sont capables de trotter absolument sur place dans un superbe mouvement de piaffer. Les chevaux lèvent l'avant-bras presque horizontalement, ramènent leurs pieds à hauteur du genou et reposent ensuite le membre à la place exacte où il était.