L'ÉQUITATION
Le passage de langue et la longueur des branches seront proportionnés à la résistance de la bouche.
Tout mors de selle doit être muni d*une fausse gourmette.
Les mors spéciaux que j*ai employés m*ont donné les plus mauvais résultats ; si un cheval ne peut être monté avec des filets ou un mors ordinaire judicieusement choisi, je doute fort qu'il puisse s'améliorer par le seul emploi d'un instrument construit par un ingénieur ou un mathématicien n'ayant jamais enfourché une selle.
J'ai, par hasard, employé un mors compliqué, qui m'avait été très recommandé et gracieusement offert ; sur le papier et théoriquement il devait produire, sans aucun danger pour les barres, la flexion des encolures les plus rebelles. Je ne puis expliquer ce qui se produisit, mais il est certain que je n'employai pas plus de force qu'à l'ordinaire et que n'obtenant d'autre résultat que le •désordre, je rentrai à l'écurie après un quart d'heure de travail.
Cependant mon cheval refusa l'avoine ; je le crus malade ; le vétérinaire le visita sans découvrir les causes du mal. Quelques jours plus tard mon cocher me prévint que la bouche de mon cheval répandait une odeur fétide. J'avais tout simplement en partie brisé une barre, dont il se détacha, après abcès, une esquille longue de quatre ou cinq centimètres. J'ai rarement éprouvé de chagrin et de remords pareils.
Méfiez-vous donc des mors scientifiques, les grands écuyers ne s'en servent jamais, et en cela au moins il vous est facile de les imiter.
Le pelhem n'est ni bon ni mauvais, il est simplement inutile. Le filet releveur ou gag est souvent employé avec bénéfice par les cavaliers médiocres sur des chevaux mal dressés.
Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, voulant demeurer dans le domaine de la pratique. L'historique du mors serait assurément d'un haut intérêt, mais je me contenterai de remarquer que la puissance du mors — et celle des éperons — décroît au fur et à mesure des progrès de l'équitation.
Les Arabes, qui jouissent d'une réputation imméritée de cavaliers, sont seuls à employer aujourd'hui des instruments de supplice d'autant plus inutiles qu'ils servent à guider des chevaux très sensibles.
Les martingales, — Il y a plusieurs variétés de martingales.
Celle qui se fixe aux anneaux du filet est très dangereuse. Si le cheval se cabre, pour reposer son avant-main à terre, il devra fléchir les jarrets; ce mouvement a pour effet de rejeter le centre de gravité en avant ; mais l'animal peut redouter de faire cette flexion, s'il a des jarrets tarés ou simplement faibles. Il devra donc, pour déplacer la masse vers l'avant-main, recourir à un autre moyen, et instinctivement il portera sa tête et son encolure en avant; si dans cette tentative les barres rencontrent le filet tendu par la martingale, la tête se rejettera en arrière et le cheval se renversera.
Si la martingale est fixée à la muserolle le danger est moindre, quoique existant encore.
Avec celle à anneaux je n'ai rien de semblable à redouter et je m'en sers volontiers pendant le débourrage du jeune cheval.
Je la place de manière à ce que les anneaux ramenés suivant le cou arrivent à deux largeurs de main des ganaches. Si elle était trop courte elle enterrerait l'encolure, et je ne pourrais placer la tête dans une position élevée. Trop longue, elle serait sans effet, et pendrait entre les antérieurs; l'animal, en trottant ou en sautant, pourrait s'y embarrasser les pieds et tomber.
Pendant le débourrage, elle fixe une limite aux désordres de la tête dans le sens de la hauteur et aux déviations de l'encolure à droite ou à gauche. Elle fait automatiquement ce qu'exécute l'écuyer consommé à l'aide de ses mains; si un maître peut s'en passer, bon nombre de cavaliers moyens en tireront avantage et obtiendront une rigidité latérale relative de l'encolure, plus rapidement que s'ils étaient livrés à leurs propres ressources.
La martingale n'est pas, comme le pensent quelques amateurs,