CHAPITRE PREMIER
Cherchez-vous un cheval?
Sachez d'abord le prix que vous voulez mettre et le genre de service auquel vous destinez l'animal recherché.
Les personnes jouissant d'un très gros revenu ont souvent un marchand attitré, comme elles ont leur tailleur ou leur bijoutier, et qui a tout avantage à les bien servir.
Ces privilégiés de la fortune n'ont pour ainsi dire qu'à acheter les yeux fermés et... à délier les cordons de leur bourse.
Aux gens riches qui n'ont pas l'habitude du cheval et ne connaissent pas particulièrement un marchand, nous conseillons de s'adresser à un bon loueur de voitures de remise ou à un directeur de manège. Ils expliqueront ce qu'ils désirent; ils prendront le cheval en location et si après quelques semaines l'animal fait bien le service, ils n'auront qu'à l'acheter. De cette façon ils paieront cher; ils n'auront pas trouvé l'occasion, mais ils obtiendront du travail.
A notre avis, il vaut mieux payer cher un cheval utile, que bon marché trois ou quatre mauvais avant de tomber sur le bon.
Ces deux catégories d'acheteurs éliminées, occupons-nous de ceux qui, aimant le cheval, veulent le choisir eux-mêmes; en un mot, le dénicher.
La légende nous dit qu'à Paris les chevaux sont hors de prix. C'est là une erreur grave, car presque tous les marchands de province viennent y faire leurs achats.
Les grands marchands parisiens ont pour le recrutement de leur cavalerie une puissante organisation.
De nombreux courtiers parcourent les pays d'élevage et achètent, poulains, les produits d'élite, livrables à trois ans et demi ou quatre ans.
Des marchands de moindre renommée passent après les premiers et achètent tous les jeunes chevaux à peu près propres. Ces derniers marchands ou leurs courtiers sont très connus sur les champs de foire où ils enlèvent de gros lots, et ils auront toujours l'avantage sur leur confrère de province qui ne pourra réaliser qu'un chiffre d'affaires modeste.
Vous pourrez donc, amateurs, parfaitement acheter à Paris et pas plus cher qu'ailleurs. Il faut toutefois ne pas habiter trop loin, car les voyages sont coûteux et vous aurez avantage à vous adresser à un bon marchand ou à une bonne école de dressage de votre voisinage, plutôt que de risquer de trop longs déplacements.
Admettons donc que vous habitiez Paris ou ses environs dans un rayon de deux cents kilomètres.
Si vous avez une somme importante à consacrer à votre acquisition, n'hésitez pas à vous adresser à une grande maison.
Le marchand sera très gentleman, le piqueur prévenant et correct, les hommes silencieux et rapides.
Vous êtes assuré de trouver de très beaux chevaux. Trop beaux même ! tellement beaux que vous ne les reverrez jamais dans le même état si vous les achetez. Ils sont saturés de graisse au détriment de leurs muscles et incapables de tout service avant d'avoir été progressivement entraînés (i). Les marchands ne peuvent les livrer prêts. Ils ont déjà sans cela de la peine à vous les laisser à des prix que vous trouverez énormes. Que serait-ce s'ils devaient les faire travailler, risquer de les tarer et en outre doubler leur personnel.
Le cheval, au début de son travail, acquiert souvent de petites
(i) L'entraînement d'un carrossier ou d'un hunter n*a rien de commun avec celui d'un cheval de course.
tares passagères et le marchand serait continuellement empêché de vendre un animal bon et beau à cause d'un petit suros, d'une coupure, d'un semblant de molette ou d'un peu de chaleur à un membre.
Dans certaines maisons et pour les clients de marque, quelques chevaux prêts sont tenus en réserve.
• Si vous êtes inconnu, armez-vous d'impassibilité et de sangfroid, car la bataille commence; bataille d'autant plus rude qu'elle restera parfaitement courtoise.
Examen du cheval, — En abordant le marchand, dites-lui à peu près ceci : « Monsieur, pouvez-vous me procurer, pour tel prix, un cheval de telle taille, de tel âge, apte à tel service. »
Gardez- vous bien de faire étalage de vos connaissances hippiques et de vos relations mondaines, ou de parler de telle ou telle écurie connue ; tout cela ne regarde pas le vendeur et servirait tout au plus à vous faire payer plus cher.
Votre première phrase suffit; le marchand réfléchira un instant et d*un ordre bref indiquera au piqueur l'animal à sortir.
Si l'écurie est proche, vous pouvez demander, sans être indiscret, à y pénétrer. Si cette faveur vous est accordée, et que, dès l'abord, vous reconnaissiez que le sujet ne correspond pas à ce que vous cherchez, n'hésitez pas à dire : « Inutile de le sortir, il ne me convient pas. »
Le marchand verra ainsi que vous savez ce que vous voulez et que vous ne venez pas en curieux, pour le plaisir de lui faire perdre son temps.
Cependant, un cheval est prêt à sortir pour vous être présenté; dès lors, prenez l'autorité; c'est vous qui dirigerez la montre à votre gré. Adressez-vous toujours au marchand ou au piqueur; ils transmettront vos ordres au palefrenier. Faites arrêter le cheval sous la porte, regardez aussitôt les yeux; l'obscurité relative de l'écurie vous permettra de voir facilement s'ils sont troublés ou tachés. Assurez-vous que l'animal y voit, en ouvrant les
doigts brusquement, successivement devant chaque œil qui devra se fermer chaque fois que vous recommencerez le mouvement. La pupille doit se rétrécir aussitôt que la demi-obscurité de récurie est remplacée parle grand jour; et plus le rétrécissement sera rapide et marqué, plus vous devrez supposer la vue bonne.
Si vous découvrez quelque chose qui vous déplaise, faites rentrer le cheval, en vous gardant bien de dire pourquoi. Le marchand vous sera reconnaissant de votre discrétion : une parole imprudente de votre part aurait pu être récoltée par une oreille étrangère et porter préjudice au vendeur.
Voilà un cheval dehors : son ensemble vous plaît, vous n'avez rien vu aux yeux; regardez son âge. Nous indiquerons plus loin le moyen de le faire sans trop de peine; sous aucun prétexte n'entamez une lutte; vous risqueriez un accident pour les hommes, pour l'animal ou pour vous-même. Le cheval qui ne veut pas se laisser « boucher » a généralement eu les dents travaillées et par conséquent est plutôt âgé. Ceci n'est pas une règle absolue.
Si celui qu'on vous présente salive d'une façon exagérée, c'est qu'un palefrenier lui aura introduit dans la bouche une poignée de sel, dans le but de provoquer cette salivation. Il vous est, dans ces conditions, impossible d'examiner les tables dentaires. Continuez votre examen, et quand l'animal aura retrouvé sa bouche normale, vous reviendrez aux dents que vous trouverez indicatrices d'un manque ou d'un excès d'âge.
Avant de continuer l'examen, faites marcher le cheval au pas; exigez cette allure jusqu'à ce que vous l'obteniez; exigez aussi que l'homme tienne la longe à une certaine longueur. Si vous n'obtenez pas satisfaction, c'est que le pas est mauvais; et si l'homme maintient la tête de travers, c'est qu'il y a une boiterie à dissimuler.
Le cheval marche le pas : vous vous mettez bien dans son axe et vous observez si les membres ne se croisent pas, s'ils ne se choquent pas, s'ils ne se jettent pas en dedans ou en dehors,
s*ils se posent bien d'aplomb et s'ils sont souples. Les postérieurs doivent couvrir les antérieurs à votre regard, et inversement les antérieurs les postérieurs, au retour quand vous verrez l'animal de face.
Veillez surtout au tournant (i), c'est à ce moment que vous verrez le mieux si le cheval accuse une sensibilité. Regardez-le revenir comme vous l'avez regardé s'éloigner. Demandez quelques pas au trot et si l'action vous paraît suffisante, faites arrêter et commencez l'examen détaillé.
Tâchez d*être rapide, perspicace et muet. N'écoutez pas un mot de ce que vous dira le marchand, vous obtiendrez ainsi presque sûrement son silence.
Placez-vous en face du cheval; regardez ses oreilles; elles doivent être bien écartées, bien portées et pointées plutôt en avant, sans exagération toutefois, ce qui indiquerait un animal peureux. S'il les porte au contraire couchées, c'est qu'il a envie de ruer ou de mordre. S'il les tient droites et très serrées par leur extrémité, il sera, neuf fois sur dix, rétif. S'il les agite continuellement l'une après l'autre dans des directions différentes, c'est qu'il y voit mal et qu'il cherche à surprendre avec l'ouïe ce qu'il s'explique incomplètement à cause de sa vue basse. Les chevaux à oreilles fortes et tombantes sont réputés bons par certains connaisseurs.
La tête, vue de face, doit être distinguée, le front bien carré; les yeux seront beaux, francs, bien saillants. Il est préférable que l'animal ne soit pas marqué de blanc à la tête. Quand la marque blanche s'étend au chanfrein jusqu'aux naseaux et au nez, on dit que le cheval boit dans son blanc. Les chevaux ainsi tachés sont, à tort ou à raison, réputés rétifs.
Les naseaux doivent être ouverts, propres et bien lisses.
Vous êtes devant le sujet ; profitez-en pour regarder l'ampleur de la poitrine ou son exiguïté. Toujours sans bouger, regardez la
(i) II est nécessaire de s'assurer si le cheval tourne avec facilité à droite et à gauche.
longueur des avant-bras et leur puissance. Examinez les genoax ; ils doivent être larges, osseux, secs et dépourvus de boursouflures sur le devant, ce qui indiquerait que le cheval est tombé ou qu'il se cogne à l'écurie. Passez la main dessus, si vous avez vu quelque chose d'anormal dans le lustré du poil. L'animal peut être légèrement couronné; et une pommade judicieusement appliquée trompe parfois l'œil. Si vous trouvez une trace sur votre main, ne vous fâchez pas. Renvoyez le cheval si vous n'en voulez pas; ou au contraire, si vous n'êtes pas trop effrayé, faites lever le^enou en question par un palefrenier et regardez de très près.
Du genou, passez aux canons; vérifiez s'ils sont nets de suros apparents et si ces suros n'atteignent pas les genoux. En ce cas seulement, vérifiez en les touchant. Les canons doivent être courts et étroits. Regardez les boulets, ils doivent être bien égaux de volume et assez forts. Un cheval qui a des boulets enflés peut se guérir; mais celui qui n'en a pas est rarement bon.
Vérifiez l'état des molettes visibles à l'intérieur et à l'extérieur des membres; mais ne touchez pas, ce serait une perte de temps ; vous le ferez plus tard.
Voyez les pâturons : ils doivent être forts et courts ; regardez avec soin la couronne ; il s'y dissimule souvent de petites formes très nuisibles. L'oeil exercé les découvrira généralement aux reflets que donnent aux poils les bosses osseuses ou cartilagineuses poussées sous la peau.
Chez les grands marchands, les pieds sont splendides d'aspect, grâce à de grands soins et à des ferrures savamment avantageuses.
Le sabot doit être assez grand ; ni trop étroit, ce qui pourrait provenir d'encastelure; ni trop large, ce qui est disgracieux, rend le cheval maladroit et indique un pied plat, quelquefois comble et fourbu. Il ne doit pas être projeté en avant ni cerclé, ce qui ferait encore redouter la fourbure, surtout si le cheval s'appuyait sur le talon, la pince étant relevée. La corne doit être lisse; voyez s'il n'y a pas trace de fissures verticales, indicatrices de seimes, surtout si elles partent de la couronne.
DE L'ACHAT DU CHEVAL ii
Assurez-vous que Topération de la névrotomie n*a pas été pratiquée.
L'avant-main ainsi examiné, reculez-vous d'un bon pas, voyez si l'aplomb du membre est bien régulier et si les proportions générales sont bonnes.
Baissez-vous légèrement et examinez les jarrets; c'est de là, en vous portant successivement à gauche et à droite, que vous découvrirez les éparvins. Si le système osseux du cheval est très développé, chaque membre vu séparément peut paraître affligé d'unéparvin; mais souvent, en regardant de face, vous constaterez que les deux membres sont parfaitement symétriques et passerez outre pour un instant.
Examen du cheval de profil. — Vous avez examiné le cheval de face pour n'y plus revenir.
Portez- vous sur votre droite, à peu près à la hauteur de l'épaule, et lui faisant face.
Passez la main sous l'auge pour vérifier si elle est large, nette d'engorgement, de glandes, d'abcès ou de cicatrices anciennes. Ne faites pas tousser le cheval; c'est inutile, et désagréable au vendeur. Vous pourrez le faire plus tard, si vous le jugez à propos, après avoir constaté quelque chose d'inquiétant au flanc.
Passez la main sur la nuque pour vous assurer que l'animal, en tirant au renard, ne s'est pas blessé et qu'il n'a pas le mal de taupe.
De la place où vous êtes, vous verrez bien le dos, sa longueur, ainsi que le rein, son attache et sa largeur.
La tête doit avoir la forme d'une pyramide quadrangulaire, large en haut, étroite à l'extrémité inférieure.
Les ganaches ne seront pas chargées; les joues seront sèches, plates ou creuses.
La peau fine et souple doit laisser apercevoir, se dessinant nettement, les vaisseaux et les nerfs.
Le chanfrein droit est le meilleur. S'il est busqué ou de mouton,
il indique une prédisposition au comage. Camus, il fera augurer d*un caractère difficile. Quand il est déprimé fortement à la muserolle, le cheval sera généralement comeur.
Une bouche petite, des lèvres très épaisses et des barres larges appartiennent, dit-on, à un animal ayant de la bouche. Avec cette conformation, les barres ne reçoivent pas l'action directe du mors; et si elles la reçoivent, étant larges et épaisses, elles y sont moins sensibles. Cet indice, d'ailleurs, trompe souvent.
Les lèvres pendantes se rencontrent chez les sujets âgés ou malades et sont fort disgracieuses. L'ensemble de la tête sera fin, distingué et expressif; les lignes en seront nettes et bien limitées.
Une tête telle que nous venons de la décrire devra être recherchée surtout chez le cheval de selle, auquel elle donnera de la valeur.
En France, les marchands et beaucoup de soi-disant connaisseurs aiment à dire : « Ce n'est pas avec la tête qu'un quadrupède marche. » D'accord, mais n'empêche qu'à qualités égales, de deux chevaux, celui qui aura une tête petite et fine, un beau front et un bel œil, sera le plus séduisant et certainement le plus s^réable à monter.
Nous avons vu, chez un des plus grands marchands d'Europe, des huntersde conformation identique et égaux en actions différer de moitié prix uniquement à cause de leur tête.
Nous insistons sur ce sujet parce qu'il est souvent présenté aux acheteurs de vrais mastodontes affligés de têtes énormes et vulgaires, qualifiés de « hunters irlandais sortant d'une écurie ducale d'Angleterre et ayant chassé sous le master » .
Vous pouvez être certain que cela n'est pas vrai ; les Anglais riches et aimant le sport ont le plus grand mépris pour ce genre de défaut.
Revenons à notre examen et considérons l'encolure.
Elle doit sortir d'une épaule longue et bien oblique, et d'un garrot élevé, avec lequel elle ne se confondra pas.
Son attache avec la tête doit être bien dégagée. Si un cou lourd
se confond avec des ganaches très fortes, le cheval aura la tête plaquée ; il ne pourra pas être léger en main et ne donnera jamais la flexion de la nuque.
Beaucoup de chevaux sont vendus cher, uniquement parce qu'ils ont une grande encolure, et à notre avis, c'est un non-sens, une longue encolure n'ayant jamais servi à rien ; c'est un élégant ornement et voilà tout. Feu M. le comte de Chézelles l'affirme dans son livre, et sa compétence comme homme de cheval est indiscutable. Regardez encore les nouvelles générations de pur sang ; vous remarquerez que les éleveurs de grande marque n'attachent pas d'importance au plus ou moins de longueur de cou de leurs produits.
Nous avouons qu'une longue encolure, quand elle est bien portée, a de l'élégance. Souvent pourtant, chez un cheval manquant de sang, elle devient un encombrement et un mauvais soutien pour la tète, qui se trouvera flottante dès que l'animal sera fatigué. La direction vous deviendra difficile, l'équilibre sera détruit et la chute imminente.
Rejetez aussi les encolures rouées, elles sont antisportives. Elles donnent bien au cheval un air d'équilibre ; mais cette impression est trompeuse ; un animal qui roue son cou ne peut pas être léger en main et ne peut avoir la tête bien placée, de façon à ce que son centre de gravité puisse être reporté en arrière et l'avant-main dégagé, à la volonté du cavalier ou du conducteur. Dans notre traité de dressage, nous reviendrons sur ce sujet.
L'encolure droite et bien musclée doit être préférée à toute autre.
Celle qui sort, à angle très prononcé, du garrot, pour prendre une forme concave du garrot à la nuque, est dite en coup de hache. Les chevaux pourvus de cette conformation sont bons et énergiques, mais tirent mal en général. On peut leur reprocher une mise en main difficile ou même impossible.
Le garrot doit être élevé, dégagé, sec et surtout très reporté en arrière. En l'examinant, assurez-vous qu'il n'est pas sensible;
cette partie du cheval est quelquefois le siège d'une maladie très grave et peu apparente au début, appelée le mal de garrot.
La ligne qui va du sommet du garrot à la pointe de Fépaule doit être longue et se rapprocher de l'horizontale. L'épaule ainsi conformée donne de la longueur et favorise la bonne action.
Pour certains spécialistes, cette théorie doit être renversée; mais pour le cheval de service, selle ou voiture, elle est indiscutable.
L'épaule doit être fortement musclée, ni maigre ni vide ; plutôt saillante, elle ne devra pourtant pas sembler prête à se décoller.
Le coude en dedans est très mauvais et correspond rarement à une bonne action.
Voyez s'il n'y a pas de traces de feu ou de vésicatoîre ; en cas de traces, vous ferez mieux de ne pas acheter, les boiteries d'épaule étant les plus difficiles à guérir radicalement.
La pointe du coude est souvent atteinte d'une blessure appelée éponge, que le cheval se fait lui-même en se couchant sur son fer. Cette plaie n'entraîne pas de graves conséquences; mais elle est difficile à guérir.
De l'épaule, passez au bras qui doit se rapprocher de l'horizontale dans une certaine mesure (i).
L'avant-bras doit être puissant, assez long et absolument vertical. Si le cheval est campé, demandez à ce qu'il soit laissé libre pour un instant, ou faites-le reculer d'un pas; il reprendra alors sa position naturelle. S'il est sous lui du devant, il sera rarement solide. S'il paraît acculé sur l'arrière-main, c'est que probablement il y aura souffrance devant.
S'il est campé naturellement et non par dressage, il fera un mauvais porteur et se fatiguera de partout, aussi bien du dos que des quatre membres, les tendons subissant ainsi une tension continuelle.
(i) L'inclinaison du bras doit varier suivant l'usage auquel le cheval est destiné; chez le pur-sang la direction devient presque verticale, tandis que chez le gros percheron elle se rapproche de l'horizontale.
Nous passons maintenant à Texamen plus délicat des tendons et des pieds.
Nous ne pouvons nous étendre ici sur la nomenclature et la description des tendons et des os du membre. Les lecteurs qui ne comprendront pas bien ce qui suit devront se reporter au chapitre : les Muscles^ page 338, où ils pourront se renseigner sur les termes qui les auraient arrêtés.
Du premier coup d'œil, voyez si le membre paraît large, ce qui indique des tendons forts.
Remarquez si, au-dessous du genou, le membre ne vous paraît pas plus étroit que plus bas, le tendon serait alors failli (1) et le genou semblerait étranglé.
Le tendon présentant un épaississement en son milieu et affectant la forme convexe est claqué (2) .
Regardez la ligne de l'extenseur; elle aussi sera droite et sans convexité.
Quand, d'un regard rapide, vous avez examiné ces parties du membre, mettez franchement votre main nue sur Tépaule et glissez-la, sans hésiter, jusqu'au-dessous du genou. Vous devez rencontrer une peau fine et souple, un membre sec et frais.
Passez les doigts sur la surface interne des canons pour y découvrir de petits suros invisibles à l'œil, quelquefois isolés^ et sou vent disposés en chapelet. Nous ne conseillerons jamais de refuser un cheval affligé de suros; mais, acheteurs, vous pourrez profiter de leur découverte au moment de la discussion du prix. Seuls les suros de genoux doivent être considérés comme très dangereux et le cheval qui en est atteint devra toujours être écarté.
Passez votre main sur le devant de la jambe en appuyant assez fortement sur l'extenseur; si l'animal lève brusquement le pied, c'est qu'il y a souffrance. Le marchand vous dira que c'est l'effet d'un savant dressage. N'entamez pas de discussion et passez à l'examen du suspenseur el des fléchisseurs.
(i) Planche IV, figure 3.
(2) Planche IV, figure 2.
i6 GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
Prenez-les, les uns après les autres, entre le pouce et les autres doigts et descendez la main en serrant assez fortement jusqu'au bas du boulet. Vous ne devez rencontrera? nodosité, ni sensibilité, ni engorgement, ni chaleur.
Le cheval a-t-il levé le membre? Recommencez l'examen, le pied étant tenu comme à la forge. Palpez les tendons ainsi distendus ; et vous vous rendrez bien mieux compte s'il y a sensibilité réelle. L'animal sain supporte un pincement fort, sans broncher.
Le système veineux est parfois assez développé chez certains sujets pour faire croire à un engorgement. La grosse veine qui descend en contournant l 'avant-bras, de dehors en dedans, se confond avec les tendons qu'elle longe.
Ce système veineux trop développé provient généralement de la mauvaise circulation du sang et de l'état congestif du membre ou du pied. Cet état peut n'être qu'accidentel et consécutif à un travail tout récent. Dans ce cas vous deman'Serez, quand Texamen sera terminé, à revoir le cheval le lendemain. Si alors vous ne trouvez pas le membre bien sec et frais , c'est que cet état est chronique ; car vous pensez bien que le marchand aura tout fait, pendant la nuit, pour rendre au membre sa bonne apparence.
Nous n'aimons pas les chevaux qui ont des molettes devant, surtout si elles sont dures, articulaires et chevillées. Le cheval que vous achèterez, chez un marchand, avec de toutes petites molettes, en aura probablement d'énormes après huit jours de séjour dans votre écurie.
Examinez bien le boulet et surtout les attaches du suspenseur en les palpant.
C'est de profil que vous vous rendrez compte du plus ou moins de longueur des paturons. Ils doivent être assez courts surtout chez les chevaux de selle. Les animaux long-jointés sont maladroits et rapidement usés dans leurs membres.
Le paturon est formé d'un seul os. Quand cet os est projeté en avant et qu'il est vertical, le membre est dit bouleté.
Recherchez maintenant les formes, si votre regard a ^ irpris un renflement indicateur; votre doigt ne doit rencontrer rm une irrégularite ou exostose.
Assurez-vous qu'il n^existe pas de crevasses au pli di »aturon; rarement dangereuses les crevasses sont, parfois, d Jiciles à guérir.
C'est avec la plus grande rapidité et sans la moindre l' citation que tout cet examen du toucher demande à être fait ; :nî restez pas accroupi; gardez-vous bien de dire, en tâtonnant je crois ceci, je crois cela; ce serait le moyen de prêter k i le et de donner une médiocre idée de votre savoir.
Examinez le pied de profil, vous l'avez déjà vu de :ace. Ne revenez pas en arrière, ce serait une perte de temps et le désordre apporté dans votre méthode d'examen.
Le cheval doit avoir de la corne, des talons assez ha ils, bien écartés et se rapprochant de la verticale.
Si vous voyez des sortes de plissements sur le sabot, méfiezvous du décollement ou du faux quartier.
Assurez-vous, en regardant bien, s'il n'y a pas quel(iu(^ fissure ou difformité cachée avec de la gutta-percha. Ce procède malhonnête de dissimulation est rarement employé chez le L>raud marchand.
La ligne d'inclinaison du pied ou la pente de la muraille doit être l'hypoténuse du triangle rectangle isocèle, dont un côté serait la verticale abaissée, de l'avant de la couronne au sol, et l'autre une ligne horizontale.
Faites lever le pied; ne le levez pas vous-même, ce n'est pas votre rôle.
L'intérieur doit être creux; la fourchette bien dessiné(', épaisse et large. La sole sera abondante, creuse et non écaillée Si le pied n'a pas été paré depuis longtemps, la sole pourra, sans inconvénient, se détacher par morceaux.
Le fer doit bien porter sur la muraille, sans aju>ture exagérée.
i8 GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
Assurez-vous si le fer est normal , si le nombre et la place des étampures sont réguliers.
Un fer très large est de nature à inspirer de la méfiance : il est destiné à cacher quelque chose de mauvais.
Ne vous effrayez pas trop d'une fourchette échauffée, elle se guérit en général assez facilement. Cependant, au cas où elle sentirait mauvais et offrirait des traces de suintement, appuyez fortement sur ses côtés pour vous rendre compte s'il y a sensibilité ou même abcès.
D'ailleurs, les nombreuses maladies du pied : bleimes, seimes, crapauds, fourmilières, décollement, fourbure, luxation, etc., seront exposées plus tard, en détail, dans un chapitre spécial.
Le cheval près du sang a rarement les membres recouverts d*une abondante toison; la finesse du système pileux est l'indice d'une bonne trempe et de tissus serrés.
La coupe du cheval, du sommet du garrot au passage de sangles, doit être large pour laisser de la place aux poumons.
Le passage de sangles doit se trouver plus bas que les coudes, sans quoi le cheval serait enlevé, aurait de l'air sous le ventre.
Le garrot, nous l'avons dit, doit être très prolongé en arrière; cette disposition permet au cheval de couvrir du terrain et d'être près de terre, sans cependant être faible du dessus.
Le cheval doit être long, contrairement à ce qu'en pensent certains amateurs; mais sa longueur doit provenir d'une épaule inclinée, d'une poitrine profonde, d'un garrot bien placé et d'une croupe présentant une grande étendue de la pointe de la hanche à la pointe de la fesse.
D'un œil rapide assurez-vous encore que le cheval n'a pas le rein plongeant, qu'il n'est pas ensellé, qu'il n'a pas le dessus maigre et mou.
Le dos présentant une sorte de gouttière dans toute sa longueur est bon.
Le dos de carpe n'est pas à dédaigner; il ne faut pourtant pas le confondre avec une colonne vertébrale déviée, qualifiée,
par les marchands, de dos à porter une maison, ou de dos de sauteur.
Le cheval qui vousse le rein souffre.
Regardez si Tanimal a du ventre ou s'il est levrette ; ce dernier, malgré sa conformation défectueuse qui le déprécie dans une certaine mesure, sera souvent bon et courageux.
Baissez-vous pour voir s'il n'y a pas trace de hernie; et si les organes génitaux sont sains.
Constatez la régularité de la respiration et assurez-vous des bonnes proportions du flanc qui ne doit être ni creux, ni retroussé, ni cordé.
Le flanc se mesure de la pointe de la hanche à la première côte, comme le rein.
Si vous releviez des traces de vésicatoire près du passage de sangles, cela indiquerait que le cheval a eu une maladie de poitrine grave, dont résulte souvent une affection du cœur, ou le cornage.
Maintenant, placez-vous de façon à voir le jarret gauche bien de profil.
Examinez la hanche, la cuisse, la fesse.
La hanche doit être plutôt saillante. De sa pointe à celle de la fesse la distance doit être longue, ainsi que nous l'avons déjà dit.
La fesse doit être étoffée, la cuisse bien musclée et longue.
La croupe sera puissante. Chez certains chevaux communs elle est double.
Autrefois, la croupe horizontale était fort recherchée. Elle l'est encore par les amateurs moins soucieux de la qualité que d'une certaine harmonie des formes.
Nous exposerons, plus loin, les raisons qui nous font opter pour la direction oblique. Là encore les éleveurs du pur-sang nous donnent l'exemple de persévérer dans cette préférence.
Le jarret demande à être examiné avec soin.
Il doit être fort, comme les genoux; sans, bien entendu, être
enflé. Si vous constatez un engorgement à son pli ou ailleurs, le marchand vous dira que le cheval s'est échappé, qu'il s'est pris dans une longe, ou toute autre chose que vous n'écouterez même pas.
Souvent, sur le devant du jarret, à l'articulation, vous verrez le poil rugueux et anormal. Le piqueur, d'un air désolé, vous dira que le cheval n'a pas eu de pansage; [et il invectivera un palefrenier en le menaçant de renvoi pour sa négligence. Naturellement patron, piqueur, palefrenier sont d'accord et la comédie est jouée pour transformer une bonne trace de vésicatoire en une prétendue plaque de crasse ou de fumier.
Recherchez les vessigons, les jardes, les capelets et les courbes ; toutes tares de gravité variable suivant leur développement.
Un jarret sans trace de vessigon est aussi rare qu'un membre postérieur sans molettes.
La courbe se rencontre rarement.
Procédez, pour le boulet et le paturon, comme pour l'avantmain.
Les tendons faiblissent rarement aux membres postérieurs.
Il est également rare qu'un cheval boite des pieds de derrière; cependant assurez-vous de leur bon état.
Le pied de derrière peut être moins incliné que celui du devant.
Les chevaux qui forgent ont la pince usée et sont ferrés très court; souvent même, le maréchal est obligé d'ôter du pied jusqu'à déformation.
Les parties faibles de l'arrière-main sont les boulets et les jarrets.
Si les boulets vous paraissent ronds, durs et engorgés ou bouletés, touchez pour reconnaître s'il y a sensibilité.
Si le cheval souffre d'un membre postérieur, vous le verrez continuellement tenter de le mettre au repos.
Les jarrets coudés sont disgracieux et mauvais.
Les jarrets « loin derrière » ne sont pas meilleurs.
Examen de derrière. — Vous passez derrière le cheval, et vous vous placez dans son axe, assez loin pour ne pas être à portée d*un coup de pied.
Vous devez voir le garrot par-dessus la croupe. Regardez les hanches; vérifiez si elles sont bien symétriques, sans quoi, vous risqueriez d'acheter un animal à hanche coulée. Elles doivent être rigoureusement semblables, quelles que soient les raisons que le vendeur puisse donner pour vous persuader le contraire.
Elles doivent être larges ; même si elles sont arrondies et harmonieuses.
Les hanches saillantes, dites en porte-manteau, sont à rechercher au point de vue de la qualité et de la puissance.
La queue doit être placée haut et bien portée. Quelques connaisseurs la préfèrent placée bas, cette disposition donnant au cheval de la facilité pour engager plus puissamment ses postérieurs.
Quand vous examinez un cheval chez un marchand, il est rare que vous puissiez constater s'il porte ou non la queue; vous aurez beau dire, l'animal de montre sera toujours sous l'influence du gingembre.
La queue ne doit pas être trop touffue; mais cela non plus vous ne pourrez guère le constater, le toiletteur ayant passé par là.
Le cheval à queue de rat jouit d'une bonne réputation; et les marchands en profitent pour tâcher de vous vendre, au plus cher, un animal, en réalité, atteint d'une sorte d'infirmité.
Nous ne parlerons pas des fausses queues; beaucoup d'auteurs ont écrit sur ce sujet, plus, croyons-nous, pour distraire le lecteur que pour l'instruire.
L'anus doit être saillant, parfaitement lisse et bien refermé. Les fesses doivent être bien garnies; rien n'est laid comme une fesse étroite et plate !
Quand les pointes des hanches et les pointes des fesses sont
sur deux lignes parallèles, et qu'en même temps, la croupe est longue et large, on dit que le cheval a un beau carré de derrière, qualité à rechercher parce qu'elle donne force et vitesse.
Assurez-vous de l'aplomb des membres. Nous préférons des jarrets légèrement fermés à ceux qui sont trop ouverts ; dans le premier cas, le rapprochement des pointes dispose les boulets à Téloignement et l'animal ^aura peu de tendance à se couper. Cependant, préférez toujours des aplombs bien réguliers.
Regardez si le cheval est panard ou cagneux, et si la mauvaise conformation que vous constaterez vient bien du membre entier et non pas seulement d'une déviation du pied, qui, elle, serait rectifiable avec une ferrure appropriée.
Si les fers sont munis de crampons très élevés, c'est que l'animal forge.
Tournant autour du sujet, vous vous placerez de façon à voir le jarret droit de profil et vous procéderez, à rebours, à l'examen du côté droit, comme vous avez fait pour le côté montoir.
La façon d'opérer que nous venons d'indiquer a peut-être paru longue au lecteur; mais il n'y a pas, croyons-nous, de moyen plus rapide pour procéder à un examen. Nous avons tâché d'éviter toute perte de temps et tout geste inutile. Ce qui semble long et compliqué au novice est simple et facile pour l'homme expert; et le tour d'un cheval peut être fait en quelques minutes.
Les débutants feront bien de ne pas- trop se presser; mais surtout qu'ils suivent une méthode invariable. S'ils se portent indifféremment d'un point à un autre, regardant un boulet devant, une hanche, un genou, le port de la queue; puis, si, cédant à l'impulsion d'une idée subite, ils font faire quelques pas au trot ou toute autre chose, ils risquent de perdre beaucoup de temps autour d'un animal borgne ou hors d'âge; et de plus ils ne manqueront pas d'oublier quelque détail important; source d'innombrables déboires pour l'avenir.
Si le cheval a un mauvais éparvin et un suros insignifiant, le marchand fera le grand seigneur en vous indiquant de suite le
suros; et si vous circulez en tous sens, il s^arrangera de façon à ce que vous ne soyez jamais à la place précise d'où Péparvin est visible.
Dans Tobligation de donner quelques détails sur les membres, les qualités ou défauts de conformation et les tares, peut-être avons-nous été diffus; mais c'est volontairement que nous avons parlé à plusieurs reprises des mêmes parties du cheval. Nous avons, par exemple, examiné les éparvins, étant de face. Si nous avions voulu les examiner complètement et de suite, il nous aurait été nécessaire d'aller les voir de côté et de derrière; nous aurions fait trotter le cheval, afin de savoir si ces éparvins n'entraînaient pas la raideur des membres, pour revenir ensuite à la ganache.
Si nous avions procédé ainsi pour l'ensemble, nous aurions dépensé beaucoup de temps. Avec la marche que nous indiquons, il suffit d'avoir un peu de mémoire et à la fin de la visite nous avons vu l'animal et ses tares de tous les points de vue et dans tous les sens.
Examen du cheval monté ou attelé, — L'examen est terminé; vous n'avez rien laissé voir de vos impressions.
Si le cheval ne vous plaît qu'à moitié, priez le marchand de vous en montrer un autre, tout en faisant des réserves pour celui que vous venez de voir.
S'il ne vous convient pas, renvoyez-le sans commentaires.
Au contraire, vous le trouvez bon. Dites-le franchement et demandez son prix; il sera généralement plus élevé que celui que vous aviez fixé. Ne vous effarouchez pas et surtout ne discutez pas sa valeur; dites à peu près ceci : « Monsieur, le cheval me plaît et je le crois bon, mais son prix est supérieur à celui que je désire mettre, et comme mon intention n'est pas de vous déranger inutilement, ne poussons pas l'essai plus loin et montrez-m'en un autre plus près du prix indiqué. »
En répondant ainsi, vous ne pouvez pas froisser le vendeur en
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i marchandise, et s'il a éprouvé un dérangement et une ai[)S, c'est de sa faute, puisqu'il vous a sorti un sujet \ annoncé. Si vraiment la différence entre l'ofFre et la -i trop considérable et qu'il ne puisse pas vous laisser . U' marchand le fera rentrer à l'écurie; mais s'il peut «II.» concession, il vous proposera de continuer l'essai, -jHit : « Nous nous arrangerons bien. » Dans ce cas
1 avant et à cinq, dix louis près vous ferez affaire.
tiil-il que l'essai au travail soit bon. Procédez toujours
iiunl.
/ à revoir les allures au pas et au trot en main, sur
!; r et sur un terrain mou. Ceci a une grande impor-
ins chevaux, marchant bien et fort sur le sable, sont
'i.ie boiteux sur le pavé.
i.ouvel essai, surveillez spécialement les membres
'11^ auriez reconnu quelque tare.
\«v. vu un éparvin, assurez-vous qu'il n'empêche pas
! • se ployer et que la marche ne se produit pas seule-
inche et du boulet.
■' / si, en tournant, il n'y a pas croisement exagéré des avec gêne du rein; dans ce cas, surtout si le cheval
;Mie un ours ou comme un homme ivre, redoutez le
:., généralement incurable et cousin germain de la
iju'on garnit le sujet, le marchand vous propose-t-il Ml écurie, récusez- vous; avouez que vous vous intéiiirment à cette opération. Si cela vous fait plaisir, i pluie et du beau temps, mais surtout pas de l'objet
votre absence, si l'animal n'est pas franc, un palef relait une bonne friction sur les épaules; friction qui, is cas, facilite le départ.
,e de la croupière est parfois laborieux, (lie vaux ne veulent pas se laisser passer le collier ou
refusent la bride. Étant présent, vous vous apercevrez de tout cela; en résumé, vous voyez si l'animal est maniable à l'écurie.
Vous ai-je recommandé d'être démuni de canne? Si par hasard vous en avez conservé une en main, ne vous en servez jamais pour indiquer une direction, un membre ou une tare; les chevaux sont jeunes souvent, et toujours en crainte de la chambrière dispensatrice d'énergie; vous risqueriez par vos gestes de les effrayer et de provoquer un accident. Il est préférable, quand vous procédez à un essai, de déposer canne ou parapluie au bureau, ou de les confier à un homme.
Renoncez aussi pour un moment à l'usage des gants ; vous passeriez votre temps à les ôter et à les remettre ; ganté vous ne pouvez rien palper utilement.
Pendant qu'on attelle le cheval, regardez s'il se met volontiers dans le collier, ou s'il en tient ses épaules soigneusement écartées. Si le palefrenier laisse longtemps le collier à l'envers dans le cou, méfiez- vous de la franchise.
Faites recommander par le marchand à son piqueur de ne pas s'en aller, pendant l'essai, hors de votre vue, ce qui se produirait infailliblement si vous ne l'aviez prévu. Votre recommandation restera peut-être même sans effet, et voici pourquoi. Si l'animal de montre est trop chaud, le piqueur le tournera à un coin de rue et pendant cinq minutes le laissera en prendre tant qu'il en voudra. Comme le cheval de marchand a une nourriture peu stimulante, il se calmera d'ordinaire après quelques instants d'effort soutenu et il reviendra passer devant vous dans une allure avantageuse et non inquiétante.
Si au contraire il est mou, aussitôt hors de vue, il recevra une rossée telle qu'il steppera pendant quelques centaines de mètres, assez pour vous impressionner agréablement.
Pour éviter cette fuite, nous montons souvent avec le piqueur et si le départ est bon, nous prenons les guides.
N'essayez pas un cheval longtemps, ce serait indiscret, et vous verriez seulement qu'il n'est ni en avoine ni en travail. Quand
VOUS Pavez conduit un instant, descendez, faites-le repasser devant vous, si cela vous platt, et renvoyez à l'écurie.
Le marchand prévenu deux fois de votre prix ne peut que vous faire une forte concession; et vous-même, si vous croyez avoir trouvé votre affaire, ne regardez pas à quelques centaines de francs.
Il ne faut pas oublier que nous sommes chez un grand marchand où les chevaux bon marché sont de 2,500 francs.
Nous ne conseillerons pas d'acheter des chevaux dits d'échange ; ils sont quelquefois séduisants, généralement inutilisables et toujours d'un certain prix.
Si vos ressources sont moyennes ou petites, allez chez des marchands de second ordre et vous serez plus satisfait.
Nous avons indiqué comme prix 2,500 francs, et c'est là un minimum, surtout si vous êtes connu pour avoir de la fortune, ou si simplement vous ne savez pas vous y prendre.
Nous avons vu des gens payer 8,000 ou 9,000 francs des paires que des acheteurs plus simples et plus malins eussent achetées avec 30 pour 100 de réduction.
Ne vous présentez pas chez le grand marchand avec l'intention de ne pas dépasser 2,000 francs pour un grand cheval. S'agit-il d'un petit cheval, vous en trouverez chez lui de 1,500 francs à 2,000 francs.
A Paris et dans les grands centres, l'action se paye cher. Se hasarder à offrir 3,000 francs d'un beau cob bien établi, en bon âge et steppant haut, au marchand des Champs-Elysées, serait maladroit : il vous mépriserait.
Cependant, partout, pour 6,000 francs vous pouvez vous procurer une paire de carrossiers utiles, et pour 2,500 à 3,000 francs un bon et beau cheval de selle, à condition que vous n'exigiez rien d'étonnant dans les allures. A ces prix-là vous pourrez avoir des poneys brillants avec du style dans l'action.
Essai monté. — Nous sommes toujours chez le grand marchand et c'est un cheval de selle que vous cherchez.
Pour VOUS prouver que celui que vous avez choisi est sage, le piqueur se fera prendre le pied, se mettra en selle dans la stalle et sortira tenu en main.
Opposez-vous à cette monte prématurée; elle n'a de raison d'être que pour dissimuler ou atténuer les difficultés que Tanimal pourrait opposer étant dehors.
Cependant, si le cheval est jeune, n'obligez pas Thomme à monter par Tétrier et laissez-lui la liberté de se faire prendre le pied; beaucoup de poulains non conformés se défendent quand ils sentent le poids de Thomme sur un même côté ; mais si vous êtes un peu cavalier, vous les habituerez facilement à être sages.
Ici encore évitez que le piqueur n'emmène l'animal hors de votre vue, et faites-le passer aux trois allures.
Si le cheval est vendu sauteur, demandez à le voir à l'ouvrage. Plusieurs marchands ont des manèges et l'essai sera facile.
Si vous êtes satisfait, montez vous-même dedans, dehors, et aux trois allures.
Tâchez de rencontrer des automobiles et des tramways, et achetez.
Nous parlerons plus loin des qualités nécessaires aux chevaux de voiture ou de selle; nous étudierons leurs allures et nous dirons à quoi on les reconnaît bonnes ou mauvaises. Cette étude eût tenu trop de place dans ce chapitre, consacré uniquement à l'achat.
Les vices rédhibitoires sont garantis de droit ; il n'est donc pas indispensable d'en faire mention sur le reçu. Exigez la garantie de « monté » ou « attelé j> ou les deux, suivant le cas. Les vendeurs n'aiment pas à les donner, mais vraiment vous pouvez les prendre quand vous payez de gros prix. Le marchand prétendra qu'il vous livre un cheval parfaitement dressé, mais qu'un cocher maladroit peut le rendre rétif en deux jours et que lui, commerçant, n'en peut être responsable. Ne vous laissez pas attendrir.
Si vous ne payez pas de suite, vous signerez im engagement
sur un camet à souches, et c*est sur cet engagement que vous ferez ajouter les garanties.
Le vendeur, pour faciliter la conclusion de l'affaire, vous dira que, si le cheval ne vous convient pas, il vous le changera, en le reprenant au même prix. Cela ne l'engage à rien, il vous le reprendra peut-être, et encore est-ce assez problématique; mais il majorera tellement le prix des siens que vous aurez tout à perdre.
Achetez donc franchement, et l'affaire conclue, considérez la marchandise comme définitivement à vous, sauf le cas de vice rédhibitoire.
Ne signez jamais un reçu mentionnant que vous avez essayé l'animal ou que vous l'avez fait examiner par un vétérinaire. Cela n'a pas de raison d'être et ne vous sera pas proposé chez le marchand sérieux.
Vous pouvez demander des garanties spéciales.
Vous croyez, je suppose, qu'un cheval feint et le marchand vous assure du contraire ; dans ce cas vous pouvez lui demander une garantie écrite spéciale, par laquelle il s'engage à le reprendre pour le prix de vente, s'il y a boiterie, dans le délai d'un mois. Ce genre de garantie est parfaitement valable.
Avant de traiter définitivement, vous pouvez, si vous doutez de vous-même, vous réserver la visite d'un vétérinaire. Si vous n'en connaissez pas un spécialement, son intervention ne sera peut-être pas d'une grande utilité et souvent sera fort coûteuse. Certains vétérinaires demandent 5 pour 100 ou même plus, et sur un gros prix d'acquisition vous aurez une surprise désagréable; mais vous pouvez très bien vous informer d'avance du prix de cette visite spéciale, pour laquelle il vous sera demandé 30 ou 40 francs, à condition que le vétérinaire n'ait pas à débattre le prix du cheval ni à l'estimer. Ces exigences sont jusqu'à un certain point justifiées; l'homme de l'art, s'il empêche la vente, se fait un ennemi du vendeur et court le risque d'en éprouver, dans l'avenir, un certain préjudice.
Vous rencontrerez le vétérinaire qui, systématiquement, trouve tous les chevaux mauvais; il ne veut pas engager sa responsabilité. D'autres, au contraire, trouvent tout bon et vous conseillent de passer sur les tares les plus apparentes.
Un écrivain très sportsman s'exprimait dernièrement à peu pires en ces termes : « ^uand vous achetez un cheval, n'emmenez pas avec vous un ou deux amis et un vétérinaire, vous auriez Pair d'aller à un rendez-vous d'honneur. » Habituez-vous à faire vos acquisitions seul.
Tableau synoptique de Vexamen du cheval.
i* Sous la porte de l'é- ) curie j
3» De face.
Les yeux.
Aspect généraL Age.
2« Dehors / 3 . Au pas en s'éloignant.