CHEVAUX DE SELLE. DE TRAVERS
à coups répétés et décisifs, de manière à accélérer l'allure et à porter en quelque sorte le cheval à l'endroit voulu. Elle est employée ici comme aide et non comme instrument de correction ; l'animal n'ayant pas commis de faute volontaire ne doit pas être puni.
J 'ai obtenu dans cette leçon unique un résultat important et de nombreuses concessions :
I* J'ai été sur le côté de la route qui me convenait.
2* J'ai opéré un changement de direction sans déviation exagérée de l'encolure.
3"* J'ai réalisé ce changement sans ralentir l'allure, ou même en l'augmentant un peu.
4* Les hanches, pour la première fois, ont cédé latéralement, pas aux jambes seules, je le sais bien, mais aux mollets aidés de la cravache.
Quand j'ai obtenu l'avantage et que mon succès n'est plus douteux, j'arrête, je descends, je caresse et après un court repos, je me remets en selle et je rentre au pas à l'écurie.
Cette leçon ne se passe pas toujours sans désordre, mais si le cavalier a un peu de tact, il est assuré de réussir en agissant exactement comme je l'ai indiqué.
La tenue de rênes a une grande importance, car elle permet de les tendre d'un côté ou d'un autre, tout en ne faisant usage que d'une seule main.
Chevaux qui battent à la main, — La plupart des jeunes chevaux battent à la main, c'est-à-dire qu'ils cherchent à se dérober à l'action des rênes en baissant brusquement la tête et en détendant l'encolure. Les uns agissent ainsi pour tenter de s'échapper; d'autres, au contraire, opèrent ce mouvement avec l'espoir de profiter du désordre qu'il entraîne pour ralentir l'allure. Les premiers doivent être calmés et les seconds, au contraire, vigoureusement poussés dans les jambes. Dans les deux cas le cavalier doit serrer les doigts avec force et fixer ses coudes au
corps en maintenant les mains assez hautes, dès que l'animal se prépare à donner son coup de tête. Le cheval s'apercevra rapidement que le résultat de sa défense est de lui procurer une douleur à la bouche, qu'il n'en retire d'autre part aucun avantage et en peu de temps il renoncera à sa mauvaise habitude, surtout si son attention est tenue en éveil par un continuel travail de bouche.
Chevaux qui encensent, — Les chevaux qui encensent sont désagréables ou même dangereux à monter; ils peuvent d'un coup de tête blesser le cavalier ',au bras, au visage ou à la poitrine. De tels animaux doivent être montés les mains basses; un incessant travail de bouche peut, sinon les corriger, au moins les améliorer. La martingale est employée assez souvent, mais j'ai rarement constaté son efficacité sur les chevaux violents.
Je conseille aux personnes qui ont des chevaux atteints de ce vice, de rechercher l'embouchure qui convient le mieux à la nature du sujet. 11 m'est impossible de rien préciser, car j'ai vu des animaux fixer leur tête à l'emploi d'un mors dur, quand d'autres, au contraire, n'encensaient que lorsqu'ils étaient sévèrement embouchés. Je répète donc qu'il faut agir par tâtonnement.
L'emploi du jockey, ou de tout autre enrênement analogue et autant que possible sans élasticité, donne parfois de bons résultats.
De rengagement des postérieurs. — Au point où j'en suis arrivé, il m'est facile de me maintenir à côté d'un autre cavalier à la distance qui me convient, l'encolure de mon cheval restant à peu près droite. Le semblant de direction que je possède me suffit pour l'instant et je continue à travailler le mouvement en avant.
Quand, de l'arrêt, je veux partir au pas, je ferme les jambes et je laisse l'encolure se détendre; par son poids, elle déplace le
DE L'ENGAGEMENT DES POSTÉRIEURS i$S
centre de gravité vers Tavant-main et facilite le mouvement en avant, mais si le cheval continuait à marcher dans cette position d'équilibre, il aurait le poids de sa masse rejeté sur les épaules et Tarrière-main aurait l'air de suivre à la remorque.
Le mouvement, dans ces conditions, serait nuisible aux membres antérieurs et exposerait le cheval à tomber. Il me faut donc ramener le centre de gravité en arrière, ou plutôt vers le centre et répartir le poids total également entre Tavant-main et Tarrièremain.
Je commence par fermer les jambes plus fortement et je m'oppose à la trop grande accélération de la vitesse en élevant légèrement les mains et en serrant vigoureusement les doigts. Le cheval lèvera forcément son encolure et en reportera ainsi le poids vers le centre de gravité.
J'actionne des jambes sans relâche, pour maintenir la vitesse au moins égale; le cheval, ne se trouvant plus entraîné comme un bolide, par la force acquise et par son propre poids, sera obligé, pour ne pas ralentir, de pousser sa masse avec ses postérieurs, et il ne pourra le faire qu'en les engageant sous lui.
Il sera obligé de les engager d'autant plus que l'encolure déplacera sa propre masse en arrière.
J'agis progressivement et toujours de façon à ce qu'il y ait accélération plutôt que ralentissement; j'évite ainsi Tacculement.
Je recherche le point d'appui régulier sur la main et je règle l'allure sur les moyens du cheval.
Souvent les poulains n'ont pas de bouche et ils cherchent à éviter le filet en rouant leur encolure ; je m'oppose absolument à cette tendance en levant les poignets et en poussant en avant. Si mon élève, au lieu de lever la tête et de bien s'engager, dévie ses hanches, je ramène l'ordre en employant la cravache du côté où se produit la déviation.
Après quelques jours de leçons, la plupart des chevaux trottent, la tête haute, avec un léger point d'appui et un équi-
libre relatif. Dès lors, ayant à ma disposition une impulsion suffisante, je puis me passer de moniteur et je sors seul.
Le pas. — Le pas doit être très rapide, surtout chez les hacks et les hunters; il doit atteindre 7 ou 8 kilomètres à Theure. L'encolure doit être libre et horizontale, et le balancement de la tête contribue à l'accélération. Le jeune cheval ne peut pas marcher vite tant que son encolure n'est pas assez forte pour soutenir le poids de la tête. La force nécessaire se développe en quinze jours grâce à une bonne alimentation.
Pour perfectionner le pas, j'agis incessamment des mollets, et si l'encolure plonge, je la relève en donnant de petites saccades de bas en haut et non d'avant en arrière.
Le pas me sert très peu pendant le dressage, où j'emploie le petit trot, dès que je veux enseigner un mouvement.
Les chevaux mal montés aiment à prendre une allure intermédiaire dite « trottinement » et qui est la plus nuisible que je connaisse. L'animal n'y est ni souple ni équilibré, et il la prend par paresse.
Le pas me sert à rendre mes chevaux habiles de leurs membres ; je les laisse marcher abandonnés à eux-mêmes dans des terrains raboteux, sans jamais les soutenir. Les allées coupées de racines de sapin sont particulièrement favorables à cet exercice. Si l'animal est vraiment trop maladroit au début, je saisis le pommeau d'une main et je recherche la chute. Celle-ci se produit très rarement si j'ai les rênes tout à fait lâches, et, après un certain nombre de fautes le cheval regarde à ses pieds. Si, au contraire, je me suspends sur sa bouche dès que le terrain est mauvais, je reporte le centre de gravité vers les épaules et le poulain, confiant dans l'appui qu'il rencontre, ne s'occupe plus des irrégularités du sol.
Je ne corrige pas l'animal qui accroche avec ses pieds, je l'inviterais ainsi à s'appuyer ; et la meilleure punition qu'il puisse recevoir de sa maladresse est une bonne chute sur le nez. Ne