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CHANGEMENT DE PIED CORRECT

direction, étaient plus étonnés de leur succès que le cheval ne Tétait, lui, d'avoir exécuté un mouvement ignoré.

Ce changement n'est pas agréable à voir; il se produit au ras de terre et la masse en avant.

Changement de pied correct, — Je n'enseigne ce mouvement que si mon cheval part indifféremment au galop à droite ou à gauche et instantanément à ma première demande.

Je le mets au galop à droite sur la piste O; arrivé en A, je rengage sur le demi-cercle A O, et je passe au petit trot cadencé deux mètres avant le point O en reprenant les aides propres à Tallure du trot; deux mètres après le centre O, je repars au galop sur le pied gauche, en employant les aides normales du galop à cette main et en maintenant la flexion et la légèreté. Après quelques mètres je passe au pas, je caresse, je change de main et je recommence le mouvement précédemment décrit. Peu à peu, je diminue la distance qui sépare l'arrêt et le départ avant et après le centre O; j'arrive à ne plus marquer qu'un pas au trot. Si alors, le calme est absolu, au heu de varier mes aides progressivement, je les change de suite diagonalement dès que j'arrive en O.

Si le mouvement est manqué, je recommence la décomposition et, de la séance, je ne renouvelle ma tentative, que je ne reprends qu'un peu plus tard.

Ce changement de pied est très gracieux, il se produit à l'instant où le cheval est détaché de terre.

Ce temps de suspension est difficilement visible à l'œil, mais les théoriciens nous le décrivent tous, et la photographie instantanée nous permet de reconnaître le bien fondé de leurs affirmations. Les écuyers du dix-huitième siècle le plaçaient entre le premier et le deuxième temps, quand, en réalité, il se produit entre le troisième et le premier, c'est-à-dire, dans le galop à droite, dès que l'antérieur droit vient de se lever.

Dans ces conditions, l'antérieur gauche, au lieu d'être rabattu par force, se porte en avant avec élégance; tout l'avant-main

19a GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES

s'élève, se grandit, et les postérieurs s'engagent bien sous lé centre,

L'écuyer qui tente cette leçon avant que son cheval ne soit très raccourci, et sans qu'il sache passer du galop à l'arrêt ou au trot cadencé sans s'appuyer, est absolument certain d'échouer. Il faut que l'animal soit très sensibilisé aux jambes ou aux éperons, qu'il fasse ses départs pour ainsi dire sur place et avec le plus grand calme, si son cavalier veut mener à bien cette leçon.

Les personnes, qui ont fait exécuter à leur monture le changement de pied dont j'ai parlé en premier lieu, n'obtiendront le second correct qu'avec beaucoup de peine.

Galop à faux. — Quand le cheval tourne à droite étant à faux, les jambes gauches, devant se porter en avant des droites, peuvent heurter celles-ci à chaque foulée et déterminer des blessures ou même provoquer la chute. Avec un cheval très mis, il est possible de tourner au galop sur la jambe extérieure, mais l'animal a dû y être exercé par un long travail d'assouplissement. Quand il galope très raccourci sur deux pistes, la croupe en dedans, je l'engage au galop faux sur le grand cercle; je porte mes mains à droite pour déterminer la direction de ce côté et pour charger l'épaule du dedans et je ferme ma jambe droite. Le cercle étant très grand, l'animal n'a nulle peine à se maintenir sur le pied du dehors.

Toujours sur le même cercle, j'augmente l'effet de mes aides -7- rêne gauche, mains à droite et jambe droite — et j'obtiens une déviation des hanches vers le dehors; le cheval n'a aucune tendance à changer de pied, fties aides agissant toujours dans la disposition nécessaire au galop à gauche.

J'empêche Tallure de s'accélérer et, progressivement, j'augmente le déplacement des hanches, de manière à leur faire décrire un cercle excentrique à celui parcouru par les antérieurs; cette disposition du cheval facilite le passage des membres droits devant les gauches. Quand ce mouvement s'exécute avec facilité

sur la grande piste, je passe à une autre de rayon moindre et j'arrive à décrire des cercles assez petits, sans cependant chercher à exécuter une pirouette renversée, ce qui serait, à cette allure, contraire aux lois de l'équilibre, nuisible à l'impulsion et, en outre, fort disgracieux, sinon impossible.

Il est, en somme, bien plus difficile d'enseigner à un cheval à tourner correctement à faux, que de lui apprendre à exécuter un changement de pied.

A propos du dressage, — Il m'est impossible de fixer un délai, même approximatif, pour le dressage; j'ai eu des chevaux qui apprenaient, en un mois, ce que d'autres ébauchaient à peine au bout d'un an. Cependant, un animal bien conformé, doué d'un caractère ordmaire et d'un peu d'énergie, peut, s'il est capable de travailler sans fatigue une heure et demie par jour, apprendre tout ce dont j'ai parlé en six semaines ou deux mois; j'ai moimême mené à bien de tels dressages dans cette limite de temps et j'ai vu bien des cavaliers, sous-officiers, officiers ou civils, en faire autant par les procédés dont j'ai parlé ou par d'autres méthodes ; les gens qui prétendent qu'en un mois ou deux il est impossible de rien faire, ne savent pas ce qu'est le dressage raisonné et ne le comprennent pas; ils montent par routine, mais ne sont pas hommes de cheval, ne se rendent pas compte de ce qu'ils font et je leur conseille d'aller prendre des leçons.

Quand on parle dressage, il faut toujours en revenir à Baucher et, ici encore, je prononcerai son nom. Un vieux dicton, affirmant que seule l'armée possède et pratique l'équitation classique, est parfaitement faux; les manèges civils et les cirques ont fourni une pléiade d'écuyers de premier ordre, qui ont obtenu des résultats assez marquants pour que les snobs et les militaristes exclusifs, ne pouvant les ignorer, se soient persuadé et aient persuadé aux autres que c'était là de l'équitation foraine bonne pour des acrobates et ne comportant que des moyens empiriques.

Baucher travaillait en public et il fut plus que tout autre

attaqué, calomnié, ridiculisé par des cavaliers, qui loin de l'égaler ou incapables de le comprendre, se vengèrent en cherchant à rabattre; ils propagèrent la légende que le maître martyrisait ses chevaux, qu'il les privait de nourriture, qu'il leur liait les jambes, qu'il les dressait uniquement étant à pied et avec le concours d'un orchestre, enfin qu'il les magnétisait; quelques-uns même prétendirent que le grand écuyer ne savait pas monter à cheval et qu'il était si peu solide qu'il n'osait sortir du manège. Tout cela, bien entendu, était absurde; assurément, Baucher n'eut ni la solidité, ni la crânerie de son contemporain et rival le comte d'Aur, mais n'empêche qu'il fût et restera égal, sinon supérieur, aux écuyers les plus célèbres.

M. Fillis provoqua l'admiration, la stupéfaction, dirai-je, de tout Paris et des capitales où il passa; pas plus que Baucher, il n'eut recours à des moyens empiriques et il dressa ses chevaux dans différents manèges où chacun put le voir à l'œuvre; sa méthode, d'ailleurs, nous est un sûr garant de sa science profonde. J'ai pourtant entendu dire à un sous-officier de cavalerie, devant qui je parlais de M . Fillis : « Ce monsieur a fait une méthode et je l'ai eue entre les mains; mais après en avoir parcouru quelques pages, je l'ai fermée, trouvant que c'était idiot ». Ce sous-officier me fait l'effet d'un professeur de littérature qui n'auriait pas lu Voltaire. Heureusement que de pareils appréciateurs sont rares dans les régiments où la plupart des sous-officiers sont de bons cavaliers, capables de dresser sûrement, rapidement et savamment leurs chevaux ; mais il est regrettable qu'il s'en trouve même un seul, car cela permet de croire que si la pratique de l'équitation est bien menée dans l'armée, il n'est, en revanche, pas assez parlé des maîtres — civils ou militaires — qui ont contribué à la perfection de l'art hippique.

Les officiers, eux, ont l'occasion de se rencontrer sur les hippodromes ou dans les concours, avec des civils, et partout ils savent se faire remarquer par leur crânerie, leur habileté et leur savoir; ne serait-il pas encore possible de mettre les meilleurs sous-offî-

A PROPOS DU DRBSSAGB 195

ciers en contact avec des professionnels, comme il est fait pour les maîtres d'armes militaires? Cette fréquentation réciproque serait profitable aux uns et aux autres; et, sans créer de rivalité, elle engendrerait une saine émulation.

Un homme d'État, des plus en vue, songea un instant à en* voyer à l'école de Saumur un écuyer célèbre; il en fut justement empêché, ayant eu à compter avec l'amour-propre d'un corps -l

d'instructeurs d'élite, pour qui l'intrusion d'un civil eût été ]

quelque peu offensante; mais peut-être eût-il été avantageux de !

confier aux soins de cet écuyer l'instruction d'un petit nombre de sous-officiers triés sur le volet, qui eussent, à leur tour, fait bénéficier de ce qu'ils auraient appris leurs camarades ou leurs hommes. Tout art est perfectible; or, l'équitation est un art et ceux qui le pratiquent gagneront toujours à s'instruire à différentes écoles. Ne voyons-nous pas les lauréats des Beaux- Arts aller se parfaire à Rome dans la contemplation et l'étude des chefs-d'œuvre des mattres italiens? Les sculpteurs, les architectes,les musiciens, eux non plus, ne se cantonnent pas dans le cercle, admirable pourtant, de nos trésors artistiques nationaux; ils parcourent le monde à la recherche de la perfection et s'inspirent des génies morts ou vivants sans contrôler leur origine.

L'équitation savante n'est-elle pas trop restreinte aux écoles, et sa pratique ne demeure-t-elle pas trop mystérieuse pour le plus grand nombre? C'est une question que je pose, sans prétendre la résoudre ; mais pourquoi ne créerait-on pas, dans les régiments, un sous-officiér ou un adjudant instructeur spécialiste, dont le rôle correspondrait à celui du maître d'armes (i)? Il perfectionnerait l'instruction des jeunes gens qui, passés sousofficiers après douze ou dix-huit mois de présence au corps, ont encore besoin de travail et de conseils que les officiers instruits n'ont pas toujours le temps de leur prodiguer.

Il n'est pas suffisant que seuls ceux qui ont le goût du cheval

(i) Dans la plupart des régiments, il y a généralement un sous-officier ou deux capables de remplir ce rôle, s'il leur était attribué une autorité officielle.

le pratiquent, il faut encore que tous ceux qui enseignent, sans exception, sous-officiers et brigadiers, soient eux-mêmes poussés, entraînés et perfectionnés dans l'étude de Téquitation. Deux années suffisent pour rendre un jeune homme capable de passer à toute allure une haie ou une douve, mais il faut encore à cet homme beaucoup de connaissances, dont je ne puis parler dans le cadre restreint de ce chapitre, pour qu*il soit à même d'enseigner; je prétends que la majorité des cavaliers civils ou militaires ne font plus de progrès dès qu'ils sont livrés à eux-mêmes, qu'ils n'ont plus Témulation de reprises d*ensemble et de travail obligatoire; ceux qui se distinguent ne le font que par leur propre initiative et par leur goût particulier sans qu'il soit rien fait pour les encourager.

Il ne faut pas croire que la longue pratique de Téquitation suffise pour produire un cavalier apte à former des élèves. J'ai rencontré toute ma vie des veneurs ou des piqueurs passant la moitié de leur existence en selle, sans avoir pour cela acquis les moindres notions sur les lois qui régissent l'équilibre du cheval pendant ses différentes évolutions ; tandis qu'en deux ou trois ans à Saint-Cyr, à Saumur et à Fontainebleau, des instructeurs capables arrivent à fournir des cavaliers toujours suffisants, quelquefois même très bons; et je répète que le dressage des recrues devrait être confié aux sous-officiers de réel talent, tandis que leurs camarades plus jeunes se perfectionneraient sous l'œil d'un « maître d'équitation » en attendant de devenir eux-mêmes instructeurs.

L'enseignement dans les collèges n'est pas confié à des maîtres seulement instruits; on exige encore d'eux les titres de licencié, d'agrégé ou de docteur dans la science qu'ils professent; pourquoi n'en est-il pas de même au régiment, où le maréchal des logis doit posséder la science infuse, tout enseigner à la fois, et où le plus parfait cavalier est par contre obligé de perdre son temps à passer des revues de paquetages ou à surveiller le maniement d'armes.

Autrefois, les soldats étaient pour la plupart illettrés, mais

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