LE SAUT
aujourd'hui, ils arrivent au corps avec une instruction assez développée et ils seraient à même de recevoir des leçons où le raisonnement suppléerait à la routine.
Le saut. — Les causes qui empêchent un cheval de sauter sont physiques ou psychiques : Tanimal n'aurait pas de raison pour refuser de passer un obstacle, s'il n'éprouvait ni douleur, ni gêne, ni frayeur. •
Les causes de souffrance sont multiples et d'origines différentes ; elles proviennent de la mauvaise conformation du cheval, ou de sa timidité, ou encore du trop de sévérité de l'obstacle, et le plus souvent, de la maladresse du cavalier.
L'animal qui a le dos mou ne peut sauter sous du poids ; celui qui a de mauvais jarrets souffre en s'élevant et le poulain, dont les articulations sont encore mal soudées, éprouve une vive douleur en se recevant ; de tels chevaux préfèrent souvent les coups aux désagréments plus ou moins grands qu'ils éprouvent à franchir un obstacle et ils rétivent. Le cavalier qui s'obstine à les faire sauter dans de telles conditions est un bourreau et méritera de ne récolter que des déboires ; il eût été préférable pour lui de soigner ou simplement de fortifier sa . monture et de ne la faire sauter qu'après avoir amélioré son état général.
Le poulain qui n'a jamais bondi ne sait pas s'y prendre ; il ignore ce qu'il va lui arriver, il se contracte, il fait un effort inouï pour passer une barre à terre, il s'y embarrasse les pieds, perd la tête et ne veut plus recommencer ; il ne faut pas confondre ce refus avec celui provoqué par la souffrance, et le dressage viendra rapidement à bout de ces premières résistances.
Mais le cheval, je le répète, ne souffre pas seulement par sa mauvaise structure, sa maladresse ou sa timidité, la répulsion qu'il éprouve à sauter est le plus souvent imputable au dresseur. Si un cavalier pesant 80 kilos monte un animal en pesant luimême 400, et qu'en sautant ce cavalier déplacé retombe sur sa selle d'une hauteur de 30 centimètres, il produit sur les épaules
de sa monture TefiFet d'un poids de 20 kilos tombant sur celles d'im homme; naturellement, plus la vitesse et la hauteur sont grandes, plus le choc sera douloureux ; et pour peu qu'en même temps le mors reçoive une forte saccade, le cheval terrifié de toutes ces souffrances rétivera.
Cependant un sauteur peut être sain, bien conformé, admirablement monté et s'écœurer sur de trop gros obstacles ; tout le monde a pu voir dans les concours et dans les prix du barrage que les animaux n'abordaient pas avec plaisir des hauteurs variant de deux mètres à deux mètres cinquante et qu'ils se recevaient mal ; en résumé donc, tout refus est provoqué par une souffrance dont la cause est parfois difficile à déterminer même pour des écuyers expérimentés.
Je fais ici la théorie de l'équitation pratique seule ; je ne parlerai que des obstacles courants dont les plus élevés, même en pays dur, ne dépassent jamais i mètre 20 à i mètre 30 et qu'un bon cheval, sous un poids proportionné à son type, peut franchir sans trop de peine et sans se dégoûter, s'il y est dressé rationnellement.
Dès que mon poulain est soudé dans ses articulations et dans son dos, qu'il cadence son galop et qu'il engage bien ses postérieurs, je le fais sauter ; je fais débuter tous mes chevaux, jeunes ou vieux, avec la selle bien sanglée, les étriers ballants et les rênes de bridon nouées sur l'encolure ou même retirées ; je fais envelopper les membres d'ouate et de flanelle.
Le mode de dressage le plus facile et le plus sûr est de lâcher l'apprenti sauteur dans un couloir coupé d'obstacles et de le poursuivre à coups de chambrière, en poussant des cris derrière lui ; plus il y a de monde et plus il se fait de bruit, plus la leçon est profitable. La chambrière doit agir surtout au moment du saut pour combattre le temps d'arrêt ; si le couloir est assez long et qu'un certain nombre d'hommes de bonne volonté soient rangés de chaque côté, l'animal passera sous toutes les mèches et sautera forcément dans un bon train.
Les obstacles doivent être absolument fixes et ne pas dépasser