TARES ET MALADIES LES PLUS FRÉQUENTES DU PIED
La bleime. — La bleime est une ecchymose résultant d'une contusion de la sole, entre les talons et les quartiers. La bleime est sèche, quand il y a seulement extravasion de sang ; elle est suppurée, quand il se forme du pus et qu'il y a décollement de la sole. La bleime est corrigée par une ferrure appropriée, qui ménage la partie sensible.
La setme, — La seime est une fissure verticale de la paroi ; elle est de plusieurs sortes : la seime en pince ou pied de bœuf,
la seime quarte, et la seime en talon. Chaque sorte peut être divisée en superficielle ou en profonde. La seime est complète, quand elle partage la muraille en son entier ; elle est limitée ou incomplète, quand elle ne divise pas entièrement la muraille. Cette maladie est assez grave, surtout quand elle est profonde; elle fait boiter et elle est difficile à guérir. Elle peut cependant être opérée avec succès.
La sole brûlée. — Le maréchal, qui brûle la soie en y plaçant un fer trop chaud, commet une lourde faute. Il se produit une inflammation du tissu velouté et le cheval devient indisponible. Les bains et les cataplasmes sont indiqués.
La sole battue. — La sole battue est le résultat d'une contusion des parties sensibles de l'intérieur du pied par un objet quelconque ou par un fer mal placé. Les bains d'eau froide et les cataplasmes sont encore tout indiqués.
Le crapaud. — Le crapaud est une maladie très grave de la fourchette ; il est hideux à voir et reste généralement incurable.
La crapaudine. — La crapaudine est une inflammation de la couronne, à la suite de laquelle la paroi se sépare du bourrelet. Cette maladie, encore, est grave et difficile à guérir.
L^encastelure, — L'encastelure est le resserrement du sabot, des quartiers aux talons. L'encastelure est grave et fait boiter ; elle peut être guérie par un traitement approprié. Une mauvaise ferrure provoque le plus souvent cette déformation.
Le clou de rue, — On appelle clou de rue une blessure faite à travers la sole par un clou ou par tout autre corps étranger. Cet accident est toujours inquiétant, car il est difficile de savoir jusqu'où a pénétré la pointe. Il faut, par prudence, faire dégager le plus tôt possible la blessure et y appliquer un pansement antiseptique maintenu par une plaque en cuir.
Uenclouure. — L'enclouure est produite par le clou que le maréchal place mal. Le plus grand danger est que l'ouvrier cache généralement sa faute, au lieu de procéder immédiatement comme pour le clou de rue.
La fourbure, — La fourbure est l'inflammation du tissu réticulaire du pied ; elle est provoquée par un excès de travail ou par un excès de repos, accompagné d'un régime nutritif trop abondant. La fourbure est très grave ; le pied se déforme parfois complètement (i) ; il arrive même que la pince se '^relève et devient horizontale ; le cheval est alors perdu. Le pied fourbu est entouré de cercles, il est comble et l'animal talonne. Les marchands présentent quelquefois des chevaux atteints de fourbure ancienne ou chronique et cherchent à faire passer les défectuosités de l'appui pour un beau geste ; ils jurent leurs grands dieux que l'animal steppe.
La fourchette échauffée. — Les pieds mal entretenus ont toujours la fourchette échauffée et sentent mauvais. Une certaine quantité de liqueur de Vilatte, versée dans la séparation, produit le meilleur effet.
Le javart. — Le javart est un furoncle ou abcès qui se forme au bas des membres, vers le paturon, et les traces qu'il laisse ressemblent à celle de la prise de longe. Il peut être cutané, s'il intéresse la peau ; il est tendineux, s'il affecte le tendon ; il est encorné, s'il existe sous la* corne ; il est enfin cartilagineux, s'il altère fes cartilages de l'os du pied. Le javart est grave.
L'oignon. — L'oignon est une exostose qui pousse à la face plantaire du pied et constitue une infirmité grave.
Pied comprimé par le fer. — La compression provient d'un fer mal fait ou déformé par accident ou usure. Il faut déferrer, mettre à l'eau, et appliquer des cataplasmes.
Pied trop paré. — Certains maréchaux ont tendance à abattre trop de corne, c'est-à-dire à trop parer le pied et à chausser si juste que le cheval feint ou boite en revenant de la forge. Il faut attendre que le pied repousse.
Pied serré par les clous, — Le clou broché près des parties vives serre le pied et il faut le retirer. Les maréchaux sont obligés
(i) Figure 4, planche IV, p. 246.
26o GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
de brocher leurs clous très haut dans les sabots mous ou abîmés, et il n'y a pas toujours de leur faute si l'animal est un peu gêné.
La retraite. — La retraite est la fausse direction que prend un clou pendant le ferrage. Il faut agir comme pour le clou de rue.
La fourmilière , — La fourmilière, consécutive à la fourbure, consiste dans le développement anormal d'une corne de mauvaise nature entre la pince et l'os du pied. Cette, maladie est très grave.
Le faux quartier, — Le faux quartier peut être naturel ou accidentel ; il est formé d'une corne faible et sans consistance, dans laquelle le maréchal ne peut fixer solidement jles clous. Le pied perd une partie de sa force et de son élasticité. Si le bourrelet est sain, la mauvaise corne sera peu à peu remplacée par une autre saine et forte.
La névrotomie, — La névrotomie est une opération consistant dans la section d'un nerf ; celle qui se pratique le plus fréquemment comporte l'excision des nerfs plantaires. Elle a généralement pour but d'enlever au pied toute sensibilité et de faire par conséquent disparaître des boiteries rebelles. Les conséquences d'une telle opération peuvent être fort graves, car si, à la suite d'une contusion ou d'une piqûre, il venait à se déclarer un abcès dans le pied, nul indice ne permettrait au propriétaire du cheval de découvrir le siège de la maladie et de donner à temps les soins nécessaires.
De la ferrure, — Il est utile de connaître le nom des différentes parties du fer, car, si vous désirez faire apporter certaines modifications à une ferrure et que vous montriez votre ignorance en employant des termes ou des locutions fantaisistes, aucun maréchal ne vous prendra au sérieux, et il n'aura peut-être pas tout à fait tort, à son point de vue. Si vous confondez les pinçons et les crampons, que vous appeliez les étampures des trous, etc., n'espérez jamais être écouté d'un homme du métier.
Le fer (i). — Le fer se compose de différentes parties qtii sont : la pince, les mamelles, les quartiers, les éponges, les deux branches, les deux faces, les deux bords, les deux extrémités, les étampures, la garniture, Tajusture, la tournure et les appendices.
La pince est la partie antérieure du milieu du fer. ,. ^ ^
Les mamelles sont placées de chaque côté de la pince.
Les quartiers viennent après les mamelles.
Les éponges forment les extrémités du fer.
Les branches vont des mamelles aux éponges.
La face inférieure repose sur le sol et la face supérieure est appliquée sur la paroi.
L'épaisseur du fer est comptée du haut en bas.
Les bords ou rives circonscrivent le fer.
La voûte est la portion de la rive interne, en pince.
La couverture est la distance d'une rive à l'autre.]
Les étampures sont les trous destinés à recevoir les clous.
Les contre-perçures achèvent de transpercer le fer.
La garniture est la partie débordante du fer, lorsqu'il est placé.
L'ajusture est le biais donné au fer pour l'empêcher de porter sur la sole.
Les pinçons sont de petits [triangles pris sur le fer et destinés à le maintenir en place.
Les crampons sont formés par le retournement à angle droit de l'extrémité des branches.
Si vous avez un maréchal qui travaille lui-même, ou s'il a de bons ouvriers, ne vous occupez pas des pieds de vos chevaux : un homme du métier doit être plus au courant que vous. Cependant si vous avez acheté un cheval d'aplomb et qu'il devienne panard ou cagneux, le maréchal est probablement seul coupable. Prenez alors l'autorité, dites ce que vous savez et ce que vous voulez ; pour le panard, exigez que l'ouvrier abatte du pied en dehors seulement, qu'il mette de la garniture en dedans, qu'il
(i) Planche VIII, fig. i, p. 255
26a GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
ferre très juste en dehors et qu'il ménage le pinçon bien en dedans; pour le cagneux, il abattra du pied en dedans et donnera de la garniture en dehors, ferrera serré en dedans et ménagera le pinçon franchement en dehors. Quand le membre est droit, une succession de bonnes ferrures peut ramener, en partie, le pied dans sa position normale ; mais pour cela il faut avoir du soin et de la suite dans les idées. J'ai obtenu, grâce à de bons maréchaux , des résultats surprenants sur des chevaux que j'avais achetés, avec les pieds complètement déséquilibrés. Ceci est l'enfance de l'art et ne demande aucune habileté, c'est une affaire d'application.
Si vous laissez mettre à des pieds panards ou cagneux le premier fer venu, la déviation ira toujours en augmentant ; votre cheval se coupera, boitera, tombera, et vous direz : j'ai été volé ; tandis qu'avec un peu de surveillance vous auriez eu un très bon serviteur.
Les pieds encastelés peuvent être améliorés par une ferrure appropriée. Le fer doit être mince, étroit et muni de cinq étampures seulement.
Les mauvais ouvriers ont la manie de trop parer les pieds ; opposez-vous de toute votre énergie à cette tendance, surtout pour les chevaux âgés et usagés dont la corne ne pousse pas très rapidement.
Un animal bien ferré doit avoir des allures aussi libres en revenant de la forge qu'en s'y rendant ; s'il est gêné au retour, c'est qu'il est mal chaussé. Les vieux chevaux sont très généralement délicats à ferrer ; ils ont le pied pauvre, la sole un peu aplatie et ont le plus souvent besoin d'ajusture pour que les parties vives ne soient pas contusionnées par le fer.
Les plus grands ennuis que j'ai éprouvés avec mes chevaux ont été provoqués par des boiteries ou des accidents de pieds ; c'est pour cela que je me suis si longuement étendu sur la description de cet organe de locomotion et que j'ai tenté de mettre le lecteur à même de discerner un bon pied d'un mauvais. Je ne puis faire
ici un cours de maréchalerie, j'en serais parfaitement incapable ; mais avec ce que j'ai dit et un peu de pratique, l'amateur peut se rendre compte de la régularité des aplombs et de leur entretien, et s'assurer en outre que le pied ne peut être gêné ou contusionné par le fer.
Je recommande au maréchal, à chaque nouvelle ferrure, de donner un fort coup de lime à la rive antérieure du fer, en dessous et en biseau ; bien des chevaux, grâce à cette précaution, n'accrochent pas sur les routes quand, sans cela, ils ne cessent de butailler.
L'emploi de plaques de caoutchouc présente de grands avantages. J'en fais mettre devant à tous les poulains, qui ont de hautes actions et qui doivent travailler sur le pavé ou sur les routes. J'ai adopté cette habitude, non seulement pour éviter les glissades, mais encore parce que les chocs se trouvent amortis et que tout le membre est ainsi ménagé ; la sole est à l'abri des contusions, la fourchette remplit bien son rôle de tampon et la muraille, par suite, n'a pas tendance à fléchir ou à se décoller. Une plaque fait deux ferrures ; la dépense n'est donc pas très considérable.
La plaque en cuir n'a pas les mêmes avantages de compression de la fourchette et d'élasticité ; elle ne doit être employée que pour maintenir un pansement et ne saurait en aucun cas améliorer le pied.
Le jarret et ses tares, — Le jarret est compris entre la jambe et le canon ; il se compose des os tarsiens, de l'extrémité inférieure du tibia, de l'extrémité supérieure du canon et des péronés, et des tendons extenseurs et fléchisseurs. Ses différentes parties sont mentionnées dans la planche III et page 243.
Le jarret doit être large, épais, bas et sec. S'il est large du haut et étroit du bas, il est étranglé et a des prédispositions aux tares osseuses. Le jarret est droit, quand l'angle formé par le tibia et le canon est trop obtus. Il est au contraire coudé, quand le même
angle est trop fermé. Pour les chevaux de selle, je préfère le jarret droit, bien qu'il soit peu favorable aux actions puissantes. Le jarret coudé se tare facilement, mais détermine souvent de fortes allures.
Les tares du jarret. — L'éparvin (i) est la tare la plus fréquente; il se repcontre à la partie intérieure du jarret, au sommet de Pos du canon. Pour le découvrir, il faut se placer devant le cheval et comparer, comme je l'ai dit» les deux jarrets entre eux. L'éparvin est souvent visible de derrière le cheval. Cette tare est plus ou moins nuisible, suivant la position qu'elle occupe et suivant son importance ; mais dans tous les cas, elle déprécie fortement l'animal qui en est affligé.
Si l'éparvin est reporté en arrière, qu'il soit situé très bas et qu'il n'empêche pas le jarret de se ployer, il peut fort bien ne pas nuire au service. J'ai connu des chevaux vites et résistants, bien que possesseurs d'éparvins bien marqués, et entre autres le gagnant de la coupe de Vichy en 190... Si l'exostose est au contraire placée plutôt en avant et haut, elle gêne l'articulation, empêche le membre de se ployer et détermine généralement une boiterie dangereuse et rebelle. Il ne faut pas confondre l'éparvin avec une articulation puissamment osseuse, qui constitue une beauté.
Véparvin sec. — L'éparvin sec n'a rien de commun avec le précédent. Il ne se manifeste par aucune tare extérieure, mais il détermine un mouvement convulsif du membre postérieur fort disgracieux et peu nuisible.
Le jardon. — Le jardon est une tare osseuse située à l'opposé de l'éparvin, au sommet du péroné. On le découvre en se plaçant derrière le cheval et, s'il existe, on s'aperçoit que le jarret, dans sa partie extérieure, est plus convexe qu'il ne doit l'être. Le jardon est peu grave et très fréquent chez les chevaux normands.
La jarde (2). — La jarde est l'extension du jardon à la partie
(i) Planche VIII, fig. 2, p. 255.
(2) Planche VII, fig. 2, p. 251.
postérieure du canon et au péroné. Placée sous les tendons, elle les dévie. Cette déviation se remarque en examinant le profil du jarret, qui présente une ligne convexe au-dessous de sa pointe. La jarde est plus grave que le jardon, car elle gêne le jeu des tendons.
La courbe (i). — La courbe est une tumeur osseuse située sur la tubérosité interne de Textrémité inférieure du tibia ; il faut, pour la découvrir, se placer face au cheval et comparer les deux membres entre eux. Cette tare est grave et fait boiter Tanimal, quand elle touche au tendon du muscle fléchisseur du métatarse et au ligament de l'articulation ; quand elle est reportée en avant et peu étendue, elle demeure inofîensive.
Le capelet (2). — Le capelet est une tumeur molle située à la pointe du jarret. Cette tare provient généralement des contusions que le cheval se donne en tapant à Técurie ; elle peut encore survenir à la suite d'efforts. Le capelet est d'ordinaire peu grave; mais il est disgracieux et déprécie grandement un animal.
Le vessigon, — Le vessigon est une tumeur molle produite par l'accumulation de la synovie dans différentes parties du jarret. Cette tare provient de fatigue ou d'usure ; elle peut être indifférente ou nuisible, suivant son importance. Le vessigon articulaire est placé dans la région du pli du jarret, et plutôt en dedans. Le vessigon tendineux est situé dans le creux du jarret ; il est visible de chaque côté. Le vessigon de la corde du jarret est produit par la dilatation de la gaine des muscles commandant les tendons.
Les varices. — Les varices peuvent être confondues avec l'éparvin par l'œil inexpérimenté. Cette tare peu nuisible affecte la veine saphène.
L'âge du chevaL — S'il est difficile, presque impossible même,
(1) Planche VIII, fig. 3.
(2) Planche VII, fig. 3.
de déterminer l'âge exact d'un cheval» il est, en revanche, aisé de distinguer différentes périodes qui se manifestent par des signes irrécusables, et l'amateur, qui a bien voulu se donner la peine d'étudier l'anatomie de la dent chevaline, ne peut guère s'y tromper.
Les plus belles planches que je connaisse, représentant les différentes phases de l'évolution dentaire, se trouvent réunies dans le beau livre de MM. Jacoulet et Chomel. Je donnerai cependant quelques brèves notions à ce sujet.
L'âge du cheval ne se reconnaît ni à la longueur des dents ni à leur couleur, mais à leur plus ou moins d'inclinaison, à la forme de leur surface de frottement, au plus ou moins de convexité de l'arc qu'elles forment par leur juxtaposition et qui porte le nom d'arcade dentaire, et encore par l'obliquité variable de l'incidence formée par la rencontre des mâchoires vues de profil. En évaluant Tâge d'après ces bases, il est impossible de confondre un animal de dix ans avec celui qui en a vingt, même si ce dernier a été travaillé par un artiste.
Les dents. — Les dents se divisent en dents de lait et en dents de cheval ; les secondes remplaçant les premières quand celles-ci tombent.
Chaque dent a une partie libre et une autre enchâssée dans une cavité alvéolaire; la dent est composée d'une substance dure appelée « ivoire » qui, elle-même, est recouverte d'une couche d'émail formant la surface extérieure.
Il y a trois sortes de dents : les incisives, les crochets et les molaires.
Les incisives. — Les incisives seules nous occuperont. Elles sont au nombre de six. Les deux du milieu sont appelées pinces; celles placées de chaque côté des pinces portent le nom de mitoyennes ; les dernières, à chaque extrémité, sont nommées « coins ».
Chaque incisive a la forme d'un arc de cercle et possède une
longueur totale de 65 à 70 millimètres environ. Les coupes horizontales qu'on pourrait y faire en A B C D E (fig. i) (i) par exemple, permettent de remarquer que sa forme est variable; et la dent poussant comme un cheveu, c'est-à-dire par la racine, il est aisé de se rendre compte que, suivant l'âge, la surface de frottement affectera des aspects très différents. A son origine, elle est nettement aplatie d'avant en arrière (fig. i , coupe A) ; à mesure qu'elle s'use, elle devient ovale (coupe C), puis triangulaire (coupe D), et enfin, dans l'âge très avancé, elle est aplatie d'un côté à l'autre, au lieu de l'être d'avant en arrière.
Les incisives offrent la particularité que l'émail recouvre la couronne de la dent et vient se replier dans une cavité ou cornet dentaire qu'il tapisse (fig. 2). {2). Ce cornet est en partie rempli par une substance noirâtre, qui porte le nom de <c germe de fève ».
Les incisives ont encore une autre cavité appelée « cornet radical » qui occupe l'intérieur de la racine et qui s'étend en avant et au delà du cornet dentaire (fig. 2). Le cornet radical renferme la pulpe dentaire et avec l'âge il s'oblitère; cette oblitération, due à une sécrétion d'ivoire, apparaît sur la surface de frottement ou table dentaire sous la forme d'une tache jaunâtre quand la dent est usée jusqu'à son niveau. Cette tache porte le nom d'étoile radicale.
Une incisive est vierge, quand l'émail qui recouvre sa couronne n'est pas usé ; la dent présente alors à sa surface de frottement une cavité à bords tranchants (fig. 3) ; quand, par suite du frottement, ces bords d'émail sont usés et que la table de la dent laisse apercevoir l'ivoire entre l'émail d'encadrement et l'émail qui tapisse le cornet dentaire, on dit que la dent est rasée (fig. 4). En même temps que l'usure se produit, l'émail central se reporte vers le bord postérieur de la dent et arrive à disparaître vers l'âge de douze ou treize ans. Le centre de la dent restera
(1) Planche IX.
(2) Planche IX.
encore marqué d'une tache jaunâtre qui n'est autre que l'étoile radicale apparue vers huit ans entre l'émail d'encadrement antérieur et l'émail central, quand l'usure est arrivée jusqu'en
F (fig. 2).
C'est sur ces caractères présentés par la forme des tables et par la disposition des cornets et de l'émail sur celles-ci qu'est basée en partie la connaissance de l'âge.
Ne traitant ici que les questions qui ont trait au cheval de service, je ne m'occuperai de la dentition qu'à partir de deux ans et demi. A cet âge, les bords antérieurs des pinces de remplacement font leur apparition.
A trois ans et demi, les mitoyennes sortent, et arrivent à la hauteur des coins de lait à quatre ans.
A quatre ans et demi, les coins font leur apparition par leur bord antérieur.
A cinq ans accomplis, toutes les incisives sont bien sorties, mais les coins sont intacts et leur émail n'est pas usé.
A six ans, les pinces et les mitoyennes sont rasées.
A sept ans, toutes les incisives inférieures sont rasées et une échancrure dite « queue d'hirondelle » apparaît aux coins de la mâchoire supérieure.
Jusqu'ici l'âge est facile à fixer d'une façon à peu près exacte. Il est impossible à l'artiste le plus habile de tracer un émail central régulier, et s'il est aisé de creuser la dent et de noircir l'intérieur de la cavité au nitrate d'argent ou avec de la gutta-percha, il manquera toujours le petit bord blanc qui doit l'entourer immanquablement, si aucune opération frauduleuse n'a été pratiquée. Jusqu'à sept ans, la dent a conservé sa forme aplatie d'avant en arrière ; à huit ans seulement elle commencera à s'arrondir (fig. I, coupe C)(i).
Huit ans. — Les incisives sont toutes entièrement rasées ; l'étoile radicale fait son apparition dans les pinces et affecte la
(1) Planche IX.
bo
bo
bO
iZ
bc
forme d'une bande jaunâtre (i); les mâchoires vues de face paraissent saillantes.
En hippologie, les âges variant de neuf à douze ans sont classés dans la cinquième période ; la sixième période comprend les âges variant de treize à dix-sept ans et la septième tous les autres à partir de dix-huit ans.
Cinquième période, — Neuf ans. — Les pinces s'arrondissent, l'émail central se rapproche du bord postérieur de la dent et l'étoile radicale est bien apparente et occupe à peu près le milieu de la table. Les mitoyennes s'arrondissent et les coins sont ovales. Les pinces supérieures sont rasées. L'arcade dentaire se déprime en son milieu.
Dix ans. — Étant face au cheval, il faut lui relever la tête pour voir sa mâchoire inférieure. Les coins sont plus couchés et paraissent plus séparés des mitoyennes. Les pinces sont plus rondes et l'émail central touche au bord postérieur de la dent (fig. 6). Les mitoyennes sont arrondies et les coins tendent à prendre la même forme. L'arc incisif se déprime de plus en plus.
Onze ans. — Les mâchoires étant rapprochées et examinées de profil présentent une incidence, dont l'obliquité s'accentuera en même temps que l'âge s'avancera. Les mâchoires d'un cheval de cinq ans vues de profil se rejoignent comme celles des tenailles ; les mâchoires d'un animal très âgé affectent, au contraire, la forme d'un étau (fig. 7 et 8) (2). A onze ans, la dépression de l'arcade dentaire inférieure augmente. Il faut de plus en plus relever la tête du cheval pour apercevoir la mâchoire inférieure. Le coin est plus couché que la mitoyenne et il est aussi large à son extrémité qu'à sa base. L'émail central tend à disparaître et l'étoile radicale s'éloigne du bord antérieur. Les tables sont rondes dans les mitoyennes et arrondies dans les coins. L*émail central des coins supérieurs tend à disparaître.
(i) Figure 5, planche IX.
(2) Planche X, p. 272.
Douze ans. — Augmentation de l'obliquité de l'arc incisif vu de profil. Le coin est de plus en plus couché; il porte une échancrure en arrière et est séparé de la mitoyenne. Les tables inférieures sont toutes rondes. L'émail central est disparu aux pinces. L'arcade dentaire diminue de convexité.
Sixième période. — Treize ans. — De face Tincidence des mâchoires est la même qu'à douze ans. L'échancrure du coin est mieux marquée. Les pinces deviennent triangulaires (i). Les incisives inférieures sont toutes nivelées, c'est-à-dire que l'émail central a disparu.
Quinze ans. — Les dents inférieures paraissent plus courtes que les supérieures. L'échancrure du coin existe encore. L'étoile radicale inférieure s'arrondit; les pinces et les mitoyennes sont triangulaires. L'émail central des dents supérieuresest très petit. L'arcade dentaire se déprime et se rétrécit.
De dix-sept à dix-huit ans. — Les coins vus de face semblent converger et sont triangulaires. L'étoile radicale est ronde. Les pinces semblent s'écarter l'une de l'autre. L'arcade dentaire est à peine convexe et les dents y sont peu serrées. L'émail central des pinces supérieures est très petit et rond. Les pinces et les mitoyennes sont triangulaires.
Septième période. — De dix-huit à dix-neuf ans. — Les côtés latéraux du triangle des pinces s'allongent d'avant en arrière et la dent devient biangulaire. Les coins sont horizontaux. Les pinces sont séparées entre elles et semblent converger par leur angle postérieur. A la mâchoire supérieure, les pinces sont nivelées. Dès maintenant l'ensemble de ces indices ne constitue qu'une donnée variable et insuffisante pour attribuer un âge certain au cheval qui fait l'objet de l'examen.
De vingt à vingt et un ans. — De face on voit à peine la mâchoire inférieure. Les interstices interdentaires augmentent. Les coins sont triangulaires. Les tables supérieures sont nivelées et
(I) Planche IX, fig. 10.
triangulaires dans les coins et les mitoyennes. L*arcade dentaire est très déprimée et très étroite (fig. 12).
Extrême vieillesse. — Les incisives sont presque horizontales (fig. 8) (i) ; elles convergent entre elles par leurs extrémités postérieures et leurs tables sont très aplaties d'un côté à l'autre. L'émail d'encadrement tend à disparaître du bord postérieur. A -^et âge les dents sont parfois très longues et à peine nivelées ; tantôt, au contraire, elles sont usées presque au ras des gencives. Dans le premier cas, il est évident que le cheval marque à ses tables dentaires moins d'âge qu'il n'en a : il faut le vieillir d'autant d'années que la dent a de fois 3 millimètres en plus que la normale, celle-ci étant de 18 millimètres. Dans le second cas, les dents s'étant usées plus vite que la normale, la forme des tables marque plus d'âge qu'il n'en existe et il faut rajeunir l'animal d'autant d'années que la dent a de fois 3 millimètres en moins que la normale.
Chevaux bégus et faux bégus, — Chez le cheval bégu, la cavité dentaire persiste au delà de Tâge où elle doit normalement disparaître. En ce cas plus que jamais, il faut ne tenir compte que de la forme de la dent, de sa direction, ainsi que de la forme et de la position de l'étoile dentaire.
Le faux bégu est celui qui conserve le cul de sac du cornet dentaire au delà de douze ans, et il ne faut juger l'âge que d'après la forme de la dent.
Examen des dents. — J'admire vraiment les gens qui entr'ouvrent la bouche d'un cheval et qui du premier coup, au premier regard, vous disent : Il a tel âge. Il faut, à mon avis, plus de temps pour procéder à un examen dentaire, surtout si le cheval a passé sept ou huit ans; à partir de ce moment, la fraude est fréquente et il faut absolument voir le détail de la dent pour émettre une opinion de quelque valeur. J'ai parlé des conditions que doit remplir l'émail central pour être considéré comme naturel ; mais
(1) Planche X.
la découverte de la falsification du cornet dentaire ne sxiffit pas toujours pour faire refuser un cheval. Un maquignon a pu faire contre-marquer un animal de douze ans dans l'espoir de le vendre pour sept ; mais n'empêche que la bête peut être excellente et de bon usage. Il faut donc, en laissant de côté les sculptures artificielles, considérer les dents dans leurs détails de forme et d'inclinaison pour se fixer à peu près.
Les dents contre-marquées présentent toujours des traces de coups de lime ou de scie ; et si elles ont été raccourcies, les incisives inférieures ne joignent plus les supérieures, les molaires, qui, elles, n'ont pu être travaillées, empêchant le contact de se produire.
Pour examiner une mâchoire, voici ce que je fais : je saisis le filet avec le petit doigt et l'annulaire ; j'introduis, à la hauteur des barres, l'index et le médius dans la bouche ; je passe le médius sous la langue et j'appuie fortement sur le fond de la gouttière; je relève la mâchoire supérieure avec mon index (i). J'ai toujours obtenu ainsi un meilleur résultat qu'en me suspendant à la langue, aux naseaux ou aux lèvres. Il est prudent de s'assurer qu'il n'a pas été interposé de petits clous en arrière des incisives : ce mauvais truc s'emploie pour empêcher les chevaux de tiquer.