‹ GênesChapitre 10 sur 25 · ART AU TEMPS D'ANDRE DORIA · texte numérisé non relu

ART AU TEMPS D'ANDRE DORIA

André Doria avait en 152 1 acheté à Fassolo pour le prix de 9.000 lires, un terrain appartenant à la famille Lomellino. Presque aussitôt après, il s'était fait céder parles fils d'Andréa Giustiniani une villa voisine qu'à cause de sa situation charmante on appelait II Paradiso. Expulsé de Gènes en 1522 par les troubles et l'invasion des impériaux, sous Pescaire, André Doria s'installa dans la villa Giustiniani dès qu'il eût chassé les impériaux avec l'aide des Français (1526). Mais, le 11 septembre 1528, il chassa les Français à leur tour : ceux-ci voulurent se venger sur lui. Le 19 décembre, un parti de 2.000 des leurs, qui campait à Alexandrie, traversa la montagne et tenta un coup de main sur Fassolo pour s'y emparer d'André Doria lui-même. La tentative échoua, car Doria put se barricader, fatiguer les assaillants et se retirer à temps dans la ville : alors les Français pillèrent la villa, y mirent le feu et s'échappèrent.

Il fallait donc restaurer la demeure. Dès 152g, un architecte inconnu en rebâtit le corps principal, sur les anciennes fondations. Il y a quelque irrégularité dans le plan, mais la grande simplicité de cette longue construction à un seul étage, de ses fenêtres à fronton et de sa corniche dénote un goût pur, et rappelle les villas florentines du commencement du XVI'' siècle. Les murs blanchis et nus demandaient cependant une décoration, selon le goût du temps dans l'Italie du nord, c'està-dire des fresques pareilles à celles dont on distingue les vestiges sur tant d'anciennes maisons de Gênes, de Vérone ou de Venise. Girolamo Pennacchi de Trévise, un de ces peintres du Frioul formés par les ateliers vénitiens, peignit les premières en 1529 sur la façade qui regarde la mer. André Doria s'était également attaché le florentin Periuo del Vaga, un des élèves de Raphaël qui avaient travaillé avec Jean d'Udine aux Loggie du Vatican : après le sac de Rome par les impériaux, Perino s'était enfui, et un brodeur au service des Doria, Niccolô Veneziano, l'avait attiré à Gênes, en 1528. Il orna le palais de stucs et de fresques, extérieurement et intérieurement, et appela pour l'aider dans ce travail Silvio Cosini et Giovanni de Fiesole, Lucio Romano et Guglielmo délia Porta. Plus tard le Pordenone et Domenico Beccafumi, de Sienne, peignirent d'autres fresques à côté de celles de Girolamo de Trévise : mais le vent de mer et les intempéries ont ruiné toutes les peintures extérieures. Nous ne devons donc plus rechercher sur les façades que quelques sculptures décoratives. Plus tard, lorsqu'après 1540 frà Giovanni Agnolo da Montorsoli eût été chargé de sculpter la statue colossale d'André Doria dont la république avait en 1528 voté l'érection et dont la commande avait d'abord été confiée à Baccio Bandinelli, André Doria content de l'œuvre

de i^lontorsoli, le chargea de restaurer l'église San Matteo et d'agrandir son palais de Fassolo : c'est Montorsoli qui construisit les deux ailes du palais, la jolie galerie qui repose sur des colonnes ioniques et que terminent deux légères loggie projetées vers le jardin, et les deux grandes salles contiguës à ces galeries. Ces travaux s'achevèrent en 1547. Le nivellement et la décoration des jardins ne furent terminés qu'à la fin du siècle, par les soins de Giovanni ^Vndrea Doria, neveu et héritier du Père de la Patrie.

L'entrée principale du palais Doria est ornée d'un joli portail, œuvre de Giovanni de Fiesole, et au-dessus duquel des figures symboliques, scupltées par Silvio Cosini, soutiennent le blason des Doria, chargé d'un aigle aux ailes grandes ouvertes. Des peintures de Perino del Vaga embellissent le grand vestibule qui joint ce portail au jardin : les murs en sont nus, ornés seulement de cinq bas-reliefs de Montorsoli, représentant des enfants jouant capricieusement avec des armes ; sculptés pour le presbytère de San iNlatteo, ils ont été transportés là en 1613. Le plafond est tout entier divisé en compartiments architectoniques, adroitement répartis : quatre grands tableaux représentent des scènes de triomphes romains. Perino s'y est essayé au grand stj'le, mais toute la virtuosité de son dessin ne supplée pas à la froideur de son imagination, à qui manque l'ardeur épique. Combien sont plus parfaits les grotesques et les stucs qui séparent les caissons et rappellent les légères fantaisies des loggie de Raphaël! Le dessin gracile et la variété imprévue des motifs contribuent heureusement à l'effet décoratif. A la retombée des voûtes, des compartiments triangulaires enferment des figures mythologiques, d'une grâce aimable et vivante, qui semblent se souvenir des compagnons de Psyché, évoqués par Raphaël, aux voûtes de la Farnésine. Enfin, dans les petits arcs ménagés entre les retombées de voûte, on distingue, à demi cachées par la poussière du temps, des scènes de l'histoire d'Enée et de sa descendance depuis le siège de Troie jusqu'à la fondation de Rome. Le joli escalier qui mène à la charmante Galerie des Héros, les murs et le plafond de cette galerie, la célèbre Salle des géants, au premier étage, ont été décorés de peintures par Perino. Les stucs en furent exécutés d'après ses dessins par Lucio Romano. Dans la Galerie des Héros dont les claires arcades s'ouvrent sur 1<> jartlin et, au delà du jardin, sur la mer, un portrait en pied, plus grand que nature, d'André Doria, cuirassé à l'antique, et une suite de guerriers grandiloquents, gloires de la famille Doria, sont peints sur les murs et accueillent le visiteur comme des héros de l'Arioste,

Page 1