L'ART AU TEMPS D'ANDRE DORIA
païenne, toute ornée de grotesques et d'élégantes divinités marines, descend a la petite crypte, longue de sept pas et large de cinq, qui, sous son arc surbaissé, abrite le lit de marbre où dort le grand génois: des guirlandes de fruits et de fleurs, des aigles héraldiques et des sirènes aux formes molles, aux yeux vagues, aux ailes ouvertes, décorent l'urne funéraire ; au-dessus, se traînent deux Amours nus et charmants, l'un levant une torche allumée, l'autre renversant la sienne pour l'éteindre, antique S3-mbole du désir qui crée la vie et qui la dévore sans cesse. « Vis-à-vis du tombeau, dit Vasari, on admire sur un autel un vase de bronze d'une exécution vraiment divine, contenant un fragment de la sainte Croix donné au prince Doria par le duc de Savoie. Les stucs et les dorures de la voûte — où se mêlent capricieusement tous les dieux pa'iens de la mer — font allusion aux exploits des princes Doria ; le pavé est de marbre. » Telle est cette chapelle obscure , étroite et basse , où a voulu préparer sa couche éternelle le plus grand des génois : elle s'enfonce sous l'église que fondèrent ses ancêtres, à quelques pas des demeures de sa famille et du palais crénelé que lui donna la république. Une grande gloire tient en peu d'espace. Mais qu'importe la petitesse du lieu I Un art exquis, où se mêlent les s3'mboles de la fable et ceux de l'Evangile, a paré comme une chambre seigneuriale cette crypte minuscule ; dans les entrailles du sol de cette immense ville nous la cherchons encore pour admirer à la lueur d'un cierge ces marbres et ces stucs si délicatement scupltés ; nous ranimons alors le souvenir de l'époque où cet art s'épanouit comme une des plus rares fleurs de l'humanité et la mémoire de ce robuste et hardi génie dont la volonté sut faire de sa patrie la puissance féconde et durable qu'elle est toujours: les siècles passent, les générations s'éteignent, et il n'en reste que la
G. Paracca da Valsoldo.
Triton (jardins du palais Doria).