V. F. Sacchi. Sacra Conversazioue ^Santa Maria di l'astcUoJ
autres des tableaux de Gérard David et de Quentin Matsys. Sur la prédelle du tableau une Descente de Croix est directement imitée de celles de Quentin Matsys (qui lui-même imitait Kogiervan der We3'den). L'influence des flamands sur Lodovico Brea est d'autant plus certaine qu'on peut fixer l'époque à laquelle il la subit. Une assez banale Crucifixion qu'il peignit en 1485 et qui est conservée aujourd'liui au Palazzo l'ianco
GKNES
rappelle toutes les crucifixions si nombreuses dans la peinture de l'Italie du nord au XV' siècle; on y reconnaît le stj-le facile et mou de la plu-
Lodovico Brea. Le Paradis (Santa Maria di Castello).
part des peintres ligures un peu avant 1500. C'est donc entre 14S5 et 151 2 que Brea commença de copier non seulement Léonard ^ce qui s'explique de soi-même) mais aussi les flamands : il n'est pas nécessaire de
supposer qu'il voyagea en Flandre, car Gênes était en relation continuelle avec Gand et avec Bruges, où on montre encore la Mû/son des génois, et nous savons que les marchands génois achetaient fréquemment, pour les dédier dans les églises de leur patrie, des tableaux peints par les maîtres flamands ; ces œuvres, d'autant plus vénérées à Gènes qu'elles venaient de loin, Lodovico Brea les copia avec une assiduité presque
Gérard David. Madone (palazzo Bianco).
servile. xMais comme Gérard David et Quentin Matsj-s étaient ses contemporains et non pas ses aînés, il ne put s'inspirer d'eux que sur le tard.
Gênes possède encore des œuvres de ces flamands. Il est curieux de comparer avec la prédelle du Paradis de Lodovico Brea, cette Pietà de la galerie Durazzo-Pallavicini qu'on dirait copiée d'un original de Quentin Matsys. 11 y a au Palazzo Bianco de très beaux Gérard David : un célèbre triptyque, qui provient du grand couvent de Cervara, sur le cap de Portofino, une Merge d'un délicieux sentiment d'intimité et un Christ
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en croix ; le triptyque, très simplement composé, représente une Madone sur un trône, tendant une grappe à l'enfant Jésus, et, sur les volets, deux saints debout : mais la vérité des expressions, la noblesse charmante des attitudes, la chaleur sombre du coloris et je ne sais quelle gravité paisible et religieuse qu'on sent dans l'âme de la Vierge émeuvent plus qu'une composition pathétique. I-es collections particulières contiennent de nombreuses oeuvres delà même école, et presque toutes, sinon toutes, ont été
Gérard David. Triptyque (palazzo Biaiico).
acquises à l'époque même où elles ont été peintes : l'injuste défaveur qui les accabla du xvi" siècle au milieu du xix° le prouverait, à défaut de documents.
Les génois préféraient, à la iîn du xv siècle, la peinture ilamande à la peinture florentine; un retable de Filippino Lippi qu'il peignit en 1503, peu de temps avant sa mort, dans cette manière anguleuse et contournée qu'il adopta vers 1490, est le seul tableau de l'école toscane, antérieure à André del .Sarto, qui mérite d'être cité à Gênes (Pal. Bianco). On en trouve davantage de l'école allemande : outre la jolie fresque du souabe Juste de Ravensbourg, dans le cloître de Santa Maria di Castello, Gènes possède un triptyque, avec la Vierge, saint François d'Assise, des dona-
leurs et leurs patrons qui ressemble à certains tableaux de piété de Lucas
Cranach (galerie Durazzo-Pallaviciuij , une grande Adoration des Mages, d'un style très riche et d'un coloris savoureux, de Joos von Cleve
(le -Maître delà Mort de .Marie], et où il faut admirer comme une de ses plus pures créations la sainte du volet de droite, debout dans son brillant costume devant un divin paysage (église San Donato , et d'autres tableaux anon5'mes dans les collections particulières.
La plupart de ces œuv'res datent du premier quart du XVT' siècle plu-
Mauiére de Quentin Metsys. Déposition de Croi.K (galerie Diir.izzo P.illavicini).
tôt que du XV : les génois cherchaient de toutes parts, à cette époque, des œuvres qui pussent embellir leur cité. La république, encore toute effervescente, se montrait en toutes choses impatiente de gloire ; elle avait enfanté un grand homme qui allait la conduire vers ses destinées : mais le jour où André Doria lui donna cette fière indépendance qu'elle devait conserver avec éclat plus de deux siècles et demi, les élégantes décorations des sculpteurs lombards ou les tableaux pieux de Sacchi et de Lodovico Brea ne lui suffirent plus, et, parvenue au sommet de sa forlune, elle rêva d'un art plus personnel, plus hautain et plus éloquent.
Cet art, enfin digne d'elle et où elle mira son orgueil, elle le reçut de deux hommes qui s'inspirèrent du plus héroïque génie de l'histoire,
Filippino Lippi. Sacra Conversazioiie (palazzo Bianco)
de deux élèves de Michel-Ange, Giovanni Agnolo da Montorsoli et Galeazzo Alessi.
J.,iv;.iis Ju palais Doria.