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CHAPITRE IV

Bien peu de grandes constructions datent du xv" siècle dans cette ville pourtant amoureuse de la gloire : à l'époque où Brunelleschi, Michelozzo et Benedetto da Majano bâtissent à Florence d'énormes palais, les génois, chassés de l'Orient et appauvris, harcelés par les ducs de Milan ou les rois de France, divisés par de sanglantes querelles, n'édifient que d'étroites demeures ; ils les ornent souvent d'une jolie colonnade intérieure, — comme celle du palais Centurione, près de San 3Iatteo, — ou d'un portail élégamment sculpté ; mais les façades restent sévères et ne se déploient pas encore : les palais sont des forteresses méfiantes, dont seules la porte et la cour sont décorées par des artistes.

Ces artistes n'appartiennent pas à la cité : ce sont des voyageurs, lombards ou toscans, qui sont venus offrir leurs services. Les uns travaillent surtout dans la haute Italie, les autres en Sicile ou même en Espagne : Gênes n'est pour eux qu'une étape. S'ils y ont donc exécuté beaucoup de décorations charmantes, ils n'y ont point fondé d'école. Le plus grand

nombre de ces sculpteurs aimables viennent de cette contrée heureuse qui environne Côme et où sont ' nés Pietro Lombardi, Luini, Caradosso Foppa. Les plus grands des décorateurs lombards ne travaillèrent pas à Gènes : il faut estimer et goûter pourtant des artistes comme les Gaggini

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Puce Gaggini.

Statue de Francesco Loniellini (palais Saint-Georges, 1509).

Michèle d'Aria.

Statue de Dom. Pastino.

(palais Saint-Georges).

originaires de Bissone, dont la nombreuse famille essaima en Sicile et dont quatre représentants — Domenico, Elia, Giovanni et Pace Gaggini — remplirent Gènes de jolis bas-reliefs ; comme les d'Aria, du Val d'Intelvi, dont le mieux doué, Michèle d'Aria, a sculpté pour le palais Saint- Georges de graves statues ; comme Antonio délia Porta de ^lilan plus connu sous le nom de Tamagni ; comme Giacomo et Romerio da Campione, Pier Angeloet Gaspare da Carona et d'autres dont les noms sont demeurés obscurs. Bissone et Campione sont deux villages voisins qu'un

bras du lac de Lugano sépare de Carona ; le val d'Intelvi débouche sur le lac de Côme, près de Cernobbio : des rives de ces lacs riants et tendres tous ces fins artistes qui ont amoureusement travaillé le marbre se sont

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Domenico Gaggini. Bas-reliefs de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, [église San Lorenzo).

répandus dans l'Italie, la Sicile, l'Espagne et c'est par eux que le même style riche, délicat, fantaisiste et fleuri a illustré la Chartreuse de Pavie et Venise, Gènes et Savone, Palermeet Séville. Après les Lombards vinrent à Gênes les Toscans : Matteo Civitali de Lucques y finit sa carrière simple et belle ; Andréa Sansovino sculpta une Madone que Civitali, surpris par la mort, n'avait pu entreprendre ; Benedetto da Rovezzano et

Donato Benti de^Pietrasanta exécutèrent en 1499 la cantoria de San Stefano ; plus tard, Silvio Cosini et Giovanni de Fiesole travaillèrent au palais d'André Doria. Aucun de ces sculpteurs n'est un génie puissant et robuste. Mais tous ont eu un sens exquis de la décoration ; c'est ce que recherchait le plus cette population active et riche, à qui manquait encore le loisir nécessaire pour aimer le beau et le pathétique, qui ne goûtait

]ias encore lart pour luimême, et à ([ui un art national n'était pas encore né : mais ces marchands liardis et heureux voulaient orner luxueusement leursdemeures; voilà pourquoi aujourd'hui encore nous trouvons tant de charme à errer dans le dédale de leurs rues à la recherche des bas-reliefs et des portails que les Lombards ont couverts de floraisons de marbre et qu'ont si chaudement dorés quatre siècles de soleil.

Plusieurs sculpteurs ont travaillé au palais Saint- Georges, mais leur œuvre V est plus sévère qu'ailleurs : on leur commandait en effet pour ce rude et fier palais non pas des arabesques, mais des statues de grands cit03'ens : les quatre plus anciennes, celles de Luciano Spinola, de Domenico Pastino, d'Ambrogiodi Negro, d'un réalisme pittoresque, et de Francesco Vivaldi, assis, drapé dans sa robe et relevant sa tète intelligente et fine, œuvres sobres et consciencieuses de 3lichele d'Aria, manquent toutefois de grâce (1466-1490). Les statues de Luciano Grimaldi et d'Antonio Doria par Tamagni sont d'une raideur qui sent tout à fait l'archaïsme mais les visages en sont étudiés avec un réalisme scrupuleux et fin (1508- 1509). Celle de Francesco Lomellin achevée en 1509 par Pace Gaggini n'est pas dépourvue d'une certaine noblesse, malgré le réalisme un peu

Intérieur de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, (église San Lorenzo).

lourd du style : assis simplement, drapé régulièrement dans sa grande robe de sénateur, Lomellin relève la tète, et son regard, assuré et paisible, semble encore chargé de vie.

A ces statues un peu raides s'oppose la décoration, merveilleuse de fantaisie et de richesse, de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, dans la cathédrale. Depuis qu'ils avaient rapporté ses rcndres de Myra, les génois

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Matteo Civitali, Adam (chapelle Saint-Jean-Baptiste).

Andréa Sansovino, Vierge (chapelle Saint -Jean -Baptiste)

vouaient au Précurseur un culte spécial : ils lui avaient bâti dans le bas côté de gauche de San Lorenzo une grande chapelle, reconstruite avant 1445 dans le style de la Renaissance. Ils voulurent l'enrichir d'abord d'une clôture de marbre, puis d'un revêtement intérieur, de statues et d'un autel de marbre. Ces travaux durèrent de 1448 à 1532, — quatre-vingtquatre années : la chapelle devint ainsi le jo3'au le plus précieux et le plus raffiné de la ville.

En 1448, la clôture fut commandée à Doinenico Gaggini, qui avait enrichi Palerme de ses œuvres et dont le fils et les petits-fils travaillèrent

en Sicile jusqu'au déclin du xvr siècle. Domenico sadjoignit son neveu Elia Gaggini : leurs travaux durèrent dix-sept ans. La grande porte de marbre, toute refouillée de sculptures, qu'ils élevèrent, a lelégante luxuriance du style lombard : elle pose sur quatre légères colonnes enlacées de rinceaux ; de chaque côté de son grand arc central, au sommet duquel de petits anges jouent capricieusement, deux bas-reliefs superposés racontent des scènes de la vie du saint : il 3'- a quelque lourdeur dans les personnages, sauf dans le relief de la Nativité de saint Jean, d'une grâce familière et d'une observation spirituelle ; les encadrements, imités de l'antique, ont une délicieuse souplesse; les montants dominant chaque colonne sont ornés de niches : on jvoit de petites statuettes de prophètes en qui l'on remarque cette gravité et en même temps cette élégance un peu théâtrale que sait si heureusement mêler l'art du quattrocento. Dans les deux angles que détermine lare central, des ornements contournés soutiennent deux grands médaillons où sont sculptées, agenouillées l'une en face de l'autre, les deux figures de l'Annonciation, l'Ange et la Vierge, admirables de délicatesse et de sentiment : ce sont à la fois les plus heureux motifs de décoration et deux images vivantes, belles et pures ; on sent en elles l'effusion d'une poésie émue et sincère. Elles animent de leur grâce émue cet ensemble précieux et fleuri.

J'aime moins les cinq ogives très ornées qui recouvrent l'entablement : les bas-reliefs trop haut placés et dont on voit mal les détails sont écrasés par les arcs et les rinceaux ; les statues de saints qui les surmontent et

Giovanni Ciggioi.

Portail de la sacristie de Santa-Maria di Castello.

les six Vertus qui les séparent sont trop longues et trop serrées; peutêtre ce couronnement du portail doit-il être attribué à une autre main que les reliefs placés au-dessous de l'entablement; j'y verrais volontiers

Giovanni Gaggini. Tombeau du cardinal Giorgio Fieschi ^San Lorenzo).

l'œuvre d'Elia Gaogini, œuvre d'un goût déjà plus chargé et plus maniéré, mais qui cependant s'harmonise avec le reste par son élégance et sa richesse, caractéristiques du style lombard.

Une exquise balustrade de marbre ferme la chapelle Saint-Jean, où les femmes ne doivent pas entrer. L'intérieur aussi est de marbre, jusqu'à la coupole, — les murailles, les niches et les piliers qui les séparent, les bas-reliefs au-dessus des piliers, les voûtes historiées, l'autel, son

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grand baldaquin porté par quatre colonnes, et jusqu'au pavement. Le style de cette décoration, qui remplaça des fresques de Vincenzo Foppa, est plus classique que l'exubérante ornementation des Gaggini, et non sans noblesse. Les statues des niches latérales, les bas-reliefs et peut-être aussi les médaillons bleus, blancs et or de la voûte (1492-1501) sont de 31atteo Civitali, le maître délicat qui a sculpté à Lucques, sa patrie, ce tombeau de San Romano et ces anges agenouillés d'une beauté éternellement jeune. Les statues de la chapelle Saint-Jean, Adam, Eve, Habactic, Isa'/e, Zacharie, Elisabeth, sont sculptées par un ciseau habile et amoureux du détail : si l'expression, douce et naïve, manque un peu de caractère, l'exécution est souple, caressée, savoureuse. De même les bas-

Dessus de porte (via degli Orefici).

reliefs qui, au-dessus des statues, racontent la vie du saint, valent, — malgré une certaine froideur et une certaine gaucherie de composition, — par une simplicité, une pureté et un charme d'exécution extrêmement rares.

Matteo Civitali mourut en 1501 sans avoir pu sculpter les deux statues principales, le saint Jean-Baptiste et la Madone. Andréa Sansovino en recueillit la commande et les exécuta, de 1502 à 1505, dans son atelier de Florence. La -^ladone de Sansovino est une pa5'sanne, mais qui a de la santé et de la vie : elle ressemble par une certaine majesté aux belles Vierges amplement drapées de Jacopo délia Quercia. Le saint Jean-Baptiste a comme ceux de Donatello l'aspect d'un ascète âpre et fiévreux, mais Sansovino n'a pu se défendre de donner à son attitude un rythme trop élégant.

Le riche autel et son baldaquin, d'un goût exquis, ne furent élevés qu'en 1531 et 1532, aux frais de Filippino Doria, par Giacomo délia Porta, Giangiacomo son frère et Guglielmo son neveu. Giacomo se con-

tenta sans doute de fournir un plan : les figures contournées ornant la base carrée des colonnes du baldaquin et les rinceaux de la frise sont l'œuvre de Guglielmo. Ces trois maîtres sont issus de Porlezza. dans la région des lacs, et la grâce charmante de la décoration lombarde se retrouve dans leur œuvre. Toutefois ils appartiennent à un siècle qu'envahit la grandiloquence, et nous voyons, à San Lorenzo même, dans leurs statues de l'autel Cibo, qu'ils oublièrent vite le style élégant et spirituel de l'autel Saint-Jean (qui semble presque une œuvre de quattrocentiste), pour s'essayera la vaine imitation de Michel-Ange.

Dès le milieu du XV" siècle les Gaggini mirent à la mode, dans Gênes.

B.is-relief de la piazzetta dell'Amica.

les caprices du st}-le lombard. La plus faraude vogue en devait venir d'un parent de Domenico, — Giovanni Gaggini, — qui érigea en 1465, dans une chapelle de la cathédrale, le beau tombeau de marbre du cardinal Giorgio Fieschi, conçu comme tous ces tombeaux de parade qu'on admire à Bergame, à JMilan, à Venise : un sarcophage posé sur une console de marbre et orné de quatre niches où sont assises quatre ^^ertus ; sur le sarcophage, le mort est couché et deux anges soutiennent le dais qui abrite son dernier sommeil ; deux moines le veillent et d'autres anges psalmodient les hymnes liturgiques ou balancent des encensoirs ; toute la composition est noblement ordonnée, et, malgré la lourdeur de certains détails, il y a dans cet ensemble une beauté et une sérénité singulières. Ce tombeau n'était pas la première œuvre de Giovanni Gaggini. Appelé de \'intimille à Gênes en 145 1 parles Grimaldi pour sculpter le riche portail de la sacristie de .Santa .Maria di Castello, il décora en 1457

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la porte du vieux palais Doria, près de San Matteo ; au linteau, un basrelief, célèbre dans la cité, montre saint Georges combattant le dragon, dans un paysage champêtre où un berger joue du pipeau ; longtemps attribué au toscan Nardo di Riccomanno, qui ne fut que l'aide ordinaire

de Giovanni Gaggini, ce basrelief est d'une exécution inégale mais d'un grand effet décoratif :

en face du saint Georges assez médiocre, le dragon est d'une jolie fantaisie; des personnages figurés naïvement au second plan sont d'un archaïsme amusant; à droite et à gauche, deux guerriers en armure, plus grands que le saint Georges lui-même, montrent le blason des Doria, et leur pose rythmique et fière achève l'équilibre de la composition. C'est une œuvre essentiellement lombarde, et dont il faut admirer sans réticence les parties purement décoratives, chargées de rinceaux d'un style riche, souple et charmant.

Ce bas-relief fut aussitôt imité de toutes parts à Gênes ; on le retrouve copié dans un second palais Doria, tout voisin du premier ; un troisième a été transporté au Castello d'Albertis qui domine les quartiers de l'ouest. Des portails du même style délicat et touffu se rencontrent sur nombre de vieilles demeures, et rien n'est amusant comme de les découvrir au hasard d'une promenade capricieuse dans les ruelles de la vieille ville : on circule dans ces î)/coZ/ étroits et dallés où les énormes façades des maisons qui se touchent presque projettent une ombre éternelle, et tout à coup voici au-dessus de la pauvre boutique d'un chapelier un précieux basrelief, tout patiné par le temps, où s'accumulent les figures élégantes et naïves d'une Adoration des Mages (via degli Orefici] ; plus loin c'est au-

Portail du palais d'André Doria (pia,:,:a S.i!] M.utcoj.

dessus de l'étal d'un petit charcutier, au-dessus des jambons fumés suspendus à l'entrée, que jouent sur un portail de marbre, orné de rinceaux, de charmants Amours ailés et nus, portant des guirlandes et des couronnes. Mais le plus beau de tous est celui qui décore un des anciens palais des Doria groupés autour de San Matteo : sur cette demeure haute, sévère et forte, c'est un portail d'une richesse, d'une fantaisie, d'une grâce merveilleuses; sur le bas-relief principal, voici deux centaures qui traînent un char où est porté triomphalement l'écu des Doria ; autour de l'aigle couronné

Portail d'un palais Doria

qui y déploie ses ailes, des Amours jouent, secouent des bannières, embouchent des trompettes : toute la séduction de l'art s'ajoute aux fanfares de la gloire guerrière. A deux pas de là, sur le palais de marbre blanc et noir que le Sénat donna à André Doria, les mêmes décorations et les mêmes Amours sont sculptés sur la porte. Tel est l'art de cette époque héroïque : un joyau charmant qui illumine un ensemble rude et sévère.

Beaucoup de ces portails ont été attribués à Pace Gaggini et à Tamagni . Tous les sculpteurs lombards de ce temps d'ailleurs se plaisaient au même st}-le. Un seul reste toujours fidèle à l'art raide et austère des archaïques : c'est Michèle d'Aria, dont on voit une petite statue équestre de Francesco Spinola, dans la cour étroite de l'énorme palais Spinola

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(piazza Pelliceria), et cinq belles statues placées dans des niches, entre de jolies fenêtres à colonnettes, sur la façade du palais bâti au xv° siècle par cette même famille, piazza délie Fontane Marose : ce large palais de marbres blancs et noirs, restauré au XVIT siècle et de nos jours, est le plus beau de tous ceux qui restent de cette époque, et, quoique envahi par le commerce, déshonoré par des boutiques et des enseignes, déchu de sa gloire, il nous donne une grande idée du siècle où il fut construit.

Miclu-le d'Aria. Monument de Francesco Spinola Jpalais Spinola).

De tous ces sculpteurs aucun n'est génois : on cite un médailleur, Elia Battista (vers 1480), et un graveur de pierres dures, Battistino Taglia, originaires de Gênes, mais ils sont obscurs. Les peintres mêmes sont rares à Gênes avant la fin du XV siècle, et tous sont étrangers, sinon à la Ligurie, du moins à la cité. Donato de Bardi ', de Pavie, qui travailla en Ligurie entre 1426 et 1451, et y a laissé quelques tableaux, fut un élève impersonnel des vieux maîtres qui sillonnaient l'Italie, de Venise à Rome,

' Francesco de Ferrari, de Pavie. Hartnlomeo et Ciiovanni Barbagelata. Manfredinn da Castelnuovo, frà Simone da Carnuli peuvent être cité;- parmi les peintres secondaires et mal connus qui travaillèrent à Gènes à l'approche de l'an 1500.

LART DU Xy= SIECLE

au temps de Masaccio et de Pisanello ; les fresques de Vincenzo P"oppa dans la chapelle Saint-Jean ont disparu sous le revêtement de marbre de Matteo Civitali ; la Vierge de l'obscur Lionardo da Pavia qu'on voit dans la galerie du Palazzo Bianco ne mérite d'être citée qu'à cause de sa date (1466). Plus important est Giovanni 31azone (1433-1511), qui descendait d'une lignée de peintres d'Alexandrie. Il avait peint le tableau d'autel de la chapelle Saint-Jean, ce qui prouve en quelle estime le tenaient les génois. Ce tableau a disparu quand les Délia Porta érigèrent l'autel de marl:)re de la chapelle, mais nous jugeons encore du talent naïf et savou-

ini Mazoïie. L'.Aiinoiiciaiion iKct.iblc Jt; Santa-Maria di Castcllol.

reu.x de Giovanni ^lazone dans un beau retable de Santa Maria di Castello ou dans celui que possède le Louvre. Ce peintre est encore un primitif par son goût des beaux vêtements, des riches ornementations, des rehauts d'or et aussi des décors conventionnels et séduisants : mais la virtuosité ne lui manque pas. ISAniwiiciation de Santa Maria di Castello, dans son cadre enrichi de moulures d'or d'un gothique luxuriant, est placée par la fantaisie du peintre dans un fin palais de marbres polychromes dont la perspective fuit vers un horizon mystérieux où chante une fontaine d'or, et empreinte d'un sentiment délicieusement tendre que la recherche des détails ne diminue pas. De Lorenzo dei Fazoli :'i463-i5i8;, peintre de Pavie, qui, avec son fils Bernardino, travailla longtemps en Ligurie, nous trouvons à Santa-Maria di Castello une fresque figurant une Madone entre deux

saints et qui est d'un charme pieux et doux mais d'une facture molle. La même église contient encore une œuvre d'un autre maître de Pavie. plus puissant et plus caractéristique : le beau tableau de Pier Francesco Sacchi (1486-1528), où l'on voit trois saints dans un riche paysage audessus duquel la Vierge trône en plein ciel avec son Enfant, soutenue par deux prophètes. L'œuvre est peinte avec fermeté et précision dans

Lorenzo dei Fazoli. Madone. Fresque à Santa Maria di Castello.

une tonalité un peu sombre, et si la composition du tableau, — calme comme ceux de Cima da Conegliano, — manque d'originalité, le paysage exact et varié, semé de jolies maisons, est d'une grâce vivante très particulière.

Sacchi est le meilleur des peintres lombards qui vinrent s'établir à Gênes aux environs de 1500. De l'ouest en arrivaient d'autres; le plus connu est Lodovico Brea, de Nice, dont le chef-d'œuvre orne cette même église, vrai musée de la peinture génoise. Ce tableau, daté de 151 2 et intitulé le Paradis, nous montre une foule de personnages en costume du temps agenouillés devant un nimbe où apparaissent la Trinité et la

Vierge Marie. Il y a peu d'invention mais il}' a de la conscience et même un sentiment de ferveur sincère dans cette œuvre; au premier abord, elle étonne, par sa dissemblance d'avec les autres peintures génoises de ce temps : quelques figures semblent copiées des Vierges de Léonard et les

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