‹ Genèse et nature de l'hystérie (volume 2)Chapitre 5 sur 23 · RÉACTIONS DES MEMBRES · texte numérisé non relu

RÉACTIONS DES MEMBRES

Généralités. — C'est par les membres que je commençai pour me rendre compte de ce que produirait sur la sensibilité l'ordre de sentir, donné pendant l'hypnose. On a en effet l'habitude de suggérer des mouvements ou des idées, et seulement dans les cas où il y a des troubles marqués tels que paralysies, contractures ou idées fixes. Ayant constaté que le réveil général amenait un certain retour de la sensibilité, je pensai que, par contre, le retour de la sensibilité équivaudrait

à un réveil. J'essayai donc de voir sur Marguerite (I, 8), la première chez qui s'était produit la régression de la personnalité et le réveil d'emblée du vigilambulisme, ce qui se passerait en fixant pendant l'hypnose son attention sur l'un de ses membres anesthésiques, et en lui commandant de le sentir. Je commençai par la main gauche, la plus anesthésique et je lui ordonnai : « Sentez votre main gauche. » Elle se mit aussitôt à étendre et fléchir les doigts très légèrement, sans s'en rendre compte. Puis elle sentit ce qu'elle faisait. Elle éprouva ensuite des fourmillements dans la main et la sensibilité reparut de plus en plus, tant superficielle que profonde. Le lendemain, je lui rendis par le même procédé la sensibilité de la main droite qui présenta identiquement les mêmes réactions.

Je continuai alors à agir de la même façon pour les deux bras à la fois. Au lieu de simples mouvements dans les mains, il se produisit des secousses douloureuses, comparées par la malade à des décharges électriques, et qui devinrent de plus en plus fortes à mesure que la sensibilité revenait. Celle-ci reparut de bas en haut, se montrant de plus en plus vive après chaque série de secousses, qui se produisaient sur cette simple injonction : « Sentez vos bras, sentez-les de plus en plus. »

Réveillée, son premier mouvement fut de considérer ses bras et de témoigner sa satisfaction « qu'ils fussent bien à elle d. Pendant la journée, elle continua à éprouver des secousses et des fourmillements.

Chez Marceline (III, 22) je fais la même expérience, en commençant également par la main gauche. Tout d'abord, sur l'injonction de sentir sa main, elle fait des mouvements des doigts sans savoir ce qu'elle fait réellement, et sans pouvoir dire si elle les fléchit ou les étend. Puis elle fait les mouvements que je lui dis de faire, sans se rendre compte s'ils sont exacts. Ensuite elle sent ses bras se fléchir et s'étendre et commence à retrouver la notion de position. Elle a enfin la sensibilité tactile et douloureuse et se représente exactement la position des divers segments de ses bras.

Ainsi, sans lui avoir aucunement parlé des bras, mais seulement des mains, la sensibilité s'est réveillée par propagation à tout le membre. Dans une nouvelle séance je lui ordonne de sentir ses deux bras qui paraissent cependant avoir leur sensibilité. Au lieu de simples mouvements lents et peu étendus comme la fois précédente, il se produit alors des secousses qui deviennent de plus en plus fortes et au fur et à mesure de leur production la sensibilité reparaît de bas en haut. Une fois réveillée, avant que tout phénomène sensitif ait disparu, la malade se tâte aussitôt les bras en se demandant « s'ils sont

bien à elle », et est enchantée de les retrouver. Pendant la journée, elle continue d'éprouver des secousses et des fourmillements dans les membres supérieurs.

ChezMuie L. (V.), je constatai bientôt des phénomènes semblables, mais sans préciser la succession des réactions motrices et sensitives, comme je le fis plus tard quand je remarquai leur constance de forme et leur régularité d'apparition.

Je les notai au contraire d'une façon plus suivie chez Mine G. (VI, 47). L'ayant endormie, je lui ordonne de sentir ses jambes en commençant par les pieds. Tout d'abord elle n'éprouve rien, puis tout à coup je la vois contracter ses orteils à droite, puis à gauche. Elle me dit alors éprouver comme des fourmillements. Elle remue de plus en plus ses orteils, puis tout le pied dans tous les sens. A mes questions sur ce qu'elle éprouve elle me répond qu'elle a des fourmillements, des élancements, des crampes, que « ça tire ». Je lui ordonne alors de sentir ses jambes. Les mêmes réactions motrices se produisent ; elle allonge et fléchit le pied sur la jambe et la jambe sur la cuisse. Il y a un retard marqué des réactions de la jambe gauche sur la droite. En même temps je la vois qui se frotte les deux jambes l'une contre l'autre. Je lui demande pourquoi : « Gela me picote, me brûle, comme si on m'avait frottée avec des orties, me répond-elle. » Puis elle s'arrête. Elle ne fait plus de mouvements, mais elle se plaint de crampes et s'étire. Je constate alors que la sensibilité tactile et douloureuse, que le sens musculaire et la notion de position des membres sont revenus, quoique encore un peu diminués.

Louise B. (VII, 62) a des réactions motrices identiques accompagnées également de sensations de tiraillements, de picotements, de crampes, de brûlures, etc.

Marguerite G... (XIII, 186) recouvre par le même procédé la sensibilité des membres inférieurs dont le retour s'accompagne de secousses avec sensations d'étirements, puis de brûlure. A ce moment la sensibilité au contact et à la douleur est revenue. Puis elle éprouve la sensation de fils qui se cassent dans l'intérieur des membres et enfin une détente complète. Après quoi elle reste tranquille. Je la réveille et son premier mot est : « Ah ! j'ai des jambes maintenant ! »

Je pourrais sans aucun profit multiplier les exemples.

Mais il est intéressant cependant de constater que ces phénomènes se produisent également quand le sujet n'est pas en état de sommeil hypnotique provoqué, par simple fixation de l'attention. G'est ainsi que Jeanne D... (X, 140), anesthésique et analgésique, avec perte du sens musculaire et contracture du côté gauche, dès que

je lui ordonne de se ressentir après lui avoir fermé les yeux, se met à faire de petits mouvements des pieds, éprouve des crampes, des tiraillements, et l'analgésie disparaît; puis le sens musculaire revient. Mais ses sensations se propagent de bas en haut et elle me dit qu'elle sent « comme s'il lui coulait de l'eau chaude dans sa jambe ». Gela se produit dans le membre inférieur gauche. Seulement, du côté droit, qui sent à peu près bien, il lui semble que sa jambe est enveloppée d'ouate ou est gonflée avec une enveloppe d'environ 10 centimètres d'épaisseur. Un autre jour, elle est prise de contracture généralisée avec anesthésie. Sans l'endormir (X, 141) je lui ordonne de ressentir ses jambes. Elle se met aussitôt à s'étirer, est prise de secousses dans les jambes, disant y éprouver comme des secousses électriques, puis des picotements, des élancements, des brûlures, des démangeaisons ; alors il y a retour de la sensibilité à la douleur, puis de la sensibilité tactile, puis du sens musculaire. Des phénomènes semblables se passent dans le même ordre dans les membres supérieurs. Dès que la sensibilité revient, la contracture disparaît.

Jeanne D... (XVII, 253) est paraplégique et anesthésique. J'entreprends la rééducation de la marche en lui faisant fixer son attention sur ses pieds et sur ses jambes. Je lui fais regarder ses pieds, en soutenant continuellement son attention, et lui disant de les sentir. Bientôt elle éprouve des tiraillements dans les jambes, et en même temps quelques secousses brusques. En continuant une autre fois de la même façon, elle éprouve de nouveau des tiraillements dans les jambes, depuis le bas-ventre, et en même temps quelques secousses brusques. Elle arrive au bout de quelque temps à soulever le pied de terre et à étendre la jambe, mais elle est prise d'une trépidation extrême, frappe le sol du talon, relève brusquement la jambe, puis laisse retomber le pied. Après quelques exercices elle arrive à se tenir debout, et au cours d'une nouvelle séance elle s'endort spontanément. A partir de ce moment, elle rentre dans la catégorie des vigilambules ordinaires.

Mais ces sensations ne sont pas les seules que le retour de la sensibilité amène. Lorsqu'on restaure pour la première fois la sensibilité des membres, on observe une succession assez rapide des phénomènes, mais en réalité la sensibilité est peu profonde, et à mesure qu'on insiste pour que le sujet sente davantage, on s'aperçoit que des parties qu'on croyait normales ne le sont pas encore, que de nouvelles réactions motrices et sensitives s'y produisent, et que la sensibilité y devient plus vive, le sens musculaire plus précis, l'apprécia-

lion de la position des membres plus rapide et plus exacte. En outre, quand on a affaire à des cas où l'anesthésie des membres est très profonde et où son retour est lent et difficile on observe toute une série de sensations très délicates, de nuances très fines dans la sensibilité organique, sur lesquelles il nous faut maintenant attirer l'attention, car elles nous expliqueront les idées bizarres qu'ont si souvent les hystériques sur leur état, et les affirmations de manifestations morbides antérieures extraordinaires, si on s'en rapportait à ce qu'elles racontent.

Voici par exemple, Yvonne (XI, 108) qui est légèrement contracturée des quatre membres et anesthésique totale depuis longtemps. Je l'endors et lui ordonne de sentir ses jambes. Elle y sent aussitôt des tiraillements partant du ventre au niveau des points soi-disant ovariens. Puis elle a des secousses alternativement dans chaque jambe. Ensuite ce sont des inquiétudes dans les pieds et les mollets : « C'est drôle, dit-elle, mes pieds me gênent, ils sont dévissés. » Elle ressent ensuite les cuisses : mêmes phénomènes ; élancements partant des points ovariens. A un moment, après avoir senti séparément la jambe droite, elle me dit : « Elle est plus longue que ma jambe gauche, je vais boiter ; il me semble que ma jambe gauche n'arrive pas à mon genou droit. » Quand elle ressent ses cuisses, elle a mal dans l'aine ; c'est une douleur dont elle se plaint quand elle marche. Quand la sensibilité revient, il lui semble que « tous les nerfs de l'aine sont noués ». La jambe gauche lui cause plus de douleurs pour recouvrer sa sensibilité que la droite, car elle est plus anesthésique qu'elle. Après lui avoir paru plus grosse et plus courte que la droite, elle redevient de même grosseur et de même longueur à mesure que la sensibilité reparaît. En même temps ce retour de la sensibilité des membres inférieurs amène une diminution notable des points ovariens. (Voir Points ovariens, ch. v.) Hermine (VIII, 77) a de même la sensation que ses membres s'allongent. Valentine, quand elle commençait à perdre sa sensibilité de la jambe gauche, prétendait qu'elle marchait de travers et boitait. En lui faisant ressentir sa jambe, elle la sentait s'allonger et redevenir de la même longueur que l'autre.

Il semble à Jeanne A... (XIV), à Jeanne D... (XVII), à Pauline (XVIII) qu'elles grandissent. Marie-Louise, contracturée de la jambe gauche depuis plusieurs années, anesthésique totale, s'écrie quand je lui ai fait recouvrer la sensibilité des jambes, que sa contracture a disparu et qu'elle se remet à marcher : « Oh ! comme j'ai grandi ! » On trouvera de nombreux exemples semblables dans les observations que je rapporte. Ainsi, par le fait du retour de la sensibilité dans les

membres, il y a chez le sujet sensation d'allongement de ces membres. Ce qui démontre bien que c'est à la sensibilité normale que cela est dû, c'est que c'est la jambe la plus anesthésique qui paraît la plus courte, qu'elle semble raccourcir quand elle s'anesthésie, et qu'elle redonne la sensation d'être de même longueur que la moins anesthésique ou la plus sensible quand elle recouvre sa sensibilité normale.

Mais ces sensations qui donnent aux malades l'illusion qu'ils boitent, et qui arrivent ainsi quelquefois à les faire boiter réellement, ne sont pas les seules qu'on observe au cours du réveil de la sensibilité. Une fois que les démangeaisons ou les brûlures sont disparues le membre n'est pas encore dans son état tout à fait normal. Il paraît engourdi, lourd, gros, mou, après avoir paru rapetissé. C'est alors que surviennent des crampes, des fourmillements, des sensations d'écoulement froid, puis tiède, enfin une sorte d'énervement qui amène des étirements, des tortillements, des frémissements des membres, jusqu'à ce que tout soit revenu à la normale.

Mais un membre contient des organes très différents et ayant chacun leur sensibilité propre : la peau, les muscles, les articulations les os eux-mêmes sont le siège de sensations spéciales, qu'il nous faut passer en revue.

Peau. — Du côté de la peau ce sont, dans l'ordre d'apparition, des picotements, des brûlures, des démangeaisons. Cet ordre de succession qu'on observe chez Mme G... (VI, 48) se retrouve chez Jeanne (X, 141) à qui la jambe semble enveloppée d'une couche d'ouate de 10 centimètres environ, chez Yvonne (IX, 130) qui sent sa peau comme engourdie, « comme du parchemin, » chez Marguerite (XIII, 200) qui, réveillée complètement, trouve qu'elle sent trop vivement, et à qui il semble qu'elle fait peau neuve, et qu'elle a « pardessus sa peau une petite pellicule très fine et très sensible ». Cette impression de sentir trop vivement est à rapprocher de la sensation qu'éprouve Berthe (XI, 156) à qui le contact donne une impression de chatouillement désagréable. C'est l'haphalgésie de M. Pitres. Marie-Louise l'avait très nettement et, quoiqu'elle parût avoir recouvré sa sensibilité cutanée normale, le contact de l'or et de l'argent lui causait une sensation de brûlure très pénible. En insistant pour qu'elle sente davantage, l'haphalgésie disparaît. Jeanne (XIV, 216) a aussi la sensation que la peau est collée comme du parchemin sur ses os, et qu'elle se décolle pour se replacer convenablement quand la sensibilité revient. Camille (XIX, 307), avant d'en arriver à la

sensibilité complète, éprouve également des démangeaisons une fois réveillée. Paul D... (XX, 316) a la sensation que, aux tempes, il y a des parties qui se décollent, d'autres qui se brisent, d'autres qui sont tiraillées. Hermine (VIII, 87) se sent gonflée de tout le corps ; c'est « comme si partout elle avait des abcès avec des élancements pas très douloureux; il n'y a pas de picotements, ce sont des élancements entre cuir et chair ». Une des sensations les plus fréquentes, sinon constantes, quand on rétablit la sensibilité de la tête, est que l'on arrache la peau du crâne.

Ce n'est pas tout que de signaler ces phénomènes subjectifs, il est encore nécessaire de montrer quelle relation ils ont avec la sensibilité objective, de voir par exemple dans quel ordre reparaissent la sensibilité à la douleur et la sensibilité tactile. Je n'ai fait porter mes recherches que sur ces deux ordres de sensations. L'examen d'autres modes de sensibilité aurait demandé trop de temps d'une part, et j'avais d'autre part toujours en vue qu'il s'agissait, non d'expériences de laboratoire, mais de thérapeutique utile dont les effets seuls étaient susceptibles d'être recueillis à l'appui de théories scientifiques pures. Il faut encore ajouter à ces considérations que tous les cas ne se prêtent pas à une dissociation aussi délicate de la sensibilité.

J'observai par exemple chez Marceline (III, 23) que la sensibilité tactile et douloureuse apparaissait après le retour de la notion de position des membres. Chez Mmc G... (XI, 48) je constate que ces deux ordres de sensations sont revenus en même temps que le sens musculaire et la notion de position des membres, qui sont cependant moins vifs quand les démangeaisons ont cessé. Mais peut-être étaientelles revenues avant. Chez Hermine je remarque en effet (VIII, 87) que sa sensibilité tactile est revenue presque normale, alors que le sens musculaire est encore très hésitant et perdu en bien des points. Une autre fois, chez la même malade (VIII, 83), j'observe le retour très net de la sensibilité tactile, alors que le sens musculaire est encore imparfait et qu'il y a dans le membre de petits frémissements, mais plus de picotements. Chez Jeanne (X, 141), où le retour de la sensibilité se fait en dehors de l'hypnose, je constate les phénomènes dans l'ordre suivant : étirements des membres, secousses, picotements, élancements, brûlures, démangeaisons; alors se produit le retour de la sensibilité à la douleur, puis de la sensibilité tactile, puis du sens musculaire. Marguerite (XIII, 186) recouvre la sensibilité tactile et douloureuse (je n'ai pas observé la subordination cette fois-là) au moment où se produit la sensation de brûlure.

Marie (XII, 174) me montre au contraire le retour de la sensibilité l'hystérie. — i. 4

«r>0 NATURE DE L'HYSTÉRIE

tactile avant la sensibilité douloureuse. Puis celle-ci reparaît en amenant la douleur au pincement, mais non à la piqûre.

Voici maintenant Eugénie chez laquelle on peut suivre plus délicatement l'évolution de la sensibilité (XVI, 234). Voici en effet exactement par quelles phases elle passe quand je lui ordonne de sentir ses pieds. Elle remue d'abord sans s'en rendre compte les orteils et les pieds ; puis elle les sent remuer et les trouve lourds, puis moins lourds ; elle y ressent alors des élancements. A ce moment elle ne perçoit encore ni le contact ni la piqûre ; le sens musculaire se montre à peine, mais la notion de position des membres n'existe pas. Puis elle a des picotements et ensuite des crampes. A ce moment elle perçoit le contact et la piqûre, mais n'a pas encore la notion de position des pieds. Alors apparaissent les brûlures, sans que le sens musculaire soit plus précis. A la suite des brûlures viennent quelques tiraillements, et alors elle perçoit assez vivement le chatouillement et retire le pied dès que j'en chatouille la plante, alors qu'au début le réflexe plantaire était aboli. Le sens musculaire ne revient que plus tard encore ainsi que la notion de position des pieds et des orteils.

Pour les jambes et les cuisses les choses se passent exactement dans le même ordre. Ce n'est que lorsque les brûlures sont survenues que la sensibilité tactile et douloureuse reparaît, avant le sens musculaire. Quand elle sent depuis les hanches jusqu'au bout des pieds, elle se met debout et dit : « Tiens, ça me fait drôle, ça me semble dur, le plancher; je ne vais pas pouvoir me tenir sur mes jambes, je tremble dessus. » Elle essaie de marcher et est en effet obligée de se rasseoir aussitôt. « Je n'ose pas marcher, dit-elle, mes jambes tremblent, elles sont fatiguées ; j'ai des fourmis dedans, on dirait de petites crampes. » Dans d'autres séances elle sent la douleur avant le contact et celui-ci avant le sens musculaire.

Chez Pauline (XVIII, 274, 275) c'est également dans cet ordre que reparaissent les divers modes de la sensibilité : douleur, contact, sens musculaire. Chez Camille (XIX) le sens musculaire est presque seul perdu parfois, et la sensibilité tactile et douloureuse revient toujours la première.

Dans la sensibilité tactile elle-même il faut observer une gradation que certaines malades présentent d'une façon remarquable. Voici en effet ce que j'observai un jour chez Berthe (XI, 151). Elle avait rétrogradé comme personnalité, et de 1895 était revenue à 1891. Je l'endors pour la réveiller complètement en lui rendant la sensibilité et la faire progresser jusqu'au jour où nous sommes

RÉACTIONS LIÉES AU RÉVEIL DE LA SENSIBILITÉ ôl

réellement. A un moment je fais l'examen de sa sensibilité externe et je constate qu'elle sent la moindre piqûre, le moindre attouchement. Mon interne la pique, la touche. Elle ne sent rien. Elle est alors revenue en 1892. Je lui ordonne de continuer à sentir de plus en plus; elle arrive à 1893. Je la pique; elle réagit très vivement. Mon interne la pique ; elle ne bouge pas. Je continue à ramener sa sensibilité et elle approche du jour actuel. La sensibilité est beaucoup plus vive; mon interne la touche au bras. Cette fois elle sent le contact, mais croit que c'est moi. Enfin elle arrive au jour où nous sommes réellement, et alors elle sent qu'on la touche, qu'on la pique en dehors de moi. Sa sensibilité est assez affinée pour apprécier toutes les sensations et les différencier comme origine, comme qualité et comme nature.

Pareille observation peut-être faite chez Paul D. (XX, 322). La sensibilité des membres inférieurs ayant un peu diminué, je lui fais une séance de resensibilisation. Le sens musculaire, le premier perdu, revient bien. Mais D. ne sent pas encore bien la forme des objets, ni la nature des excitations douloureuses que je provoque. Il croit que je le pince alors que je tire un poil. Je lui ordonne de sentir alors absolument bien ; il a de nouveau des crampes, des tiraillements, puis des picotements qui gagnent de bas en haut, puis des fourmillements superficiels. Il a ensuite la sensation que ses jambes grossissent et brûlent. Enfin toutes ces sensations se dissipent. Et après un temps d'arrêt, à la reprise, il a des tortillements et dit éprouver un chatouillement intérieur. Enfin il recouvre sa sensibilité normale.

Cette électivité de la sensibilité qui paraît si singulière au premier abord, n'est donc due en somme qu'à une plus ou moins grande finesse, ou acuité de la sensibilité. Observons l'ordre des phénomènes chez Berthe. Il est absolument logique. Plongée dans un état de personnalité dans lequel la seule personne qu'elle ait l'habitude d'associer à son état cénesthésique ancien est moi, elle me connaît tout particulièrement et me reconnaît au moindre attouchement : mon interne, au contraire, qui ne s'occupe guère d'elle, elle y est beaucoup moins habituée et elle a besoin, pour le reconnaître les yeux fermés, de plus d'éléments de contrôle, de plus de points de repère que moi. Aussi lorsqu'elle perçoit les excitations que je peux lui donner, elle ne perçoit rien quand c'est lui qui les lui donne, de même que le moindre son de voix méfait reconnaître une personne intime, tandis que je ne reconnais pas à ce seul signe une personne que je vois plus rarement. Mais sa sensibilité s'accentue ; mes excitations sont beaucoup plus vivement perçues. Mon interne la touche; elle sent le contact, mais ne peut l'attribuer à personne particulièrement, et

comme c'est moi qui suis le plus fortement associé à tous ses différents états de personnalité, c'est moi qu'elle suppose en être l'auteur. C'est déjà un progrès au point de vue de la discrimination. Mais poussons les choses encore plus, et alors elle distingue nettement que c'est quelqu'un d'autre que moi qui la pique ou la touche. Encore un pas, et non seulement elle sent que l'excitation provient d'un autre que moi, mais encore quel genre d'excitation c'est. De l'idée particulière l'esprit de la malade s'est élevé à l'idée générale.

On peut faire un raisonnement identique chez Paul, qui distingue d'abord grosso modo qu'il sent quelque chose, sans pouvoir bien discerner ce que c'est, et qui, à mesure que sa sensibilité se développe, arrive à désigner exactement à quel objet il a affaire.

On peut comprendre ainsi comment certaines malades peuvent être reconnues anesthésiques par certaines personnes et non par d'autres. Tel est le cas de Marie-Louise dont il sera plus d'une fois question, quoique je n'en rapporte pas l'observation détaillée parce qu'elle est trop récente, qui me disait en me parlant d'un de ses anciens médecins pour lequel elle avait un attachement très vif : « Oh ! avec lui je sentais toujours quand il me piquait ou me touchait, mais pas avec les autres ! »

C'est dans des phénomènes de cet ordre qu'il faut chercher l'explication de cet attachement si spécial de l'hypnotisé, — qui n'est et ne saurait être qu'un hystérique, nous dirons pourquoi, — pour son hypnotiseur. Les yeux ouverts, la sensibilité paraît normale, et l'on ne songe même pas à demander à un sujet de différencier une excitation provoquée par différentes personnes à son insu, quand l'une d'elle a constaté que la sensibilité du sujet paraissait intacte. Or il suffit qu'elle soit légèrement altérée pour que ce phénomène se produise. Ce défaut de jugement précis des excitations venues du dehors tient à un trouble relativement léger de la sensibilité, à une faible diminution. Que cette diminution soit plus ou moins accentuée, ou même qu'elle ait disparu avec la guérison, le sujet n'en reste pas moins plus affiné pour percevoir les impressions provenant de son hypnotiseur que de qui que ce soit.

On peut rattacher à la sensibilité cutanée les phénomènes vasomoteurs qu'on observe fréquemment, toujours même à mon avis, quand la sensibilité est rétablie. C'est au visage et aux extrémités qu'on les constate le mieux. Aux mains et aux pieds le refroidissement réel, la cyanose qui existe quelquefois, disparaissent pour faire place à une sensation de chaleur et à un réchauffement réel. A la face,

où la vaso-motricité est plus développée que partout ailleurs, on observe aussitôt après le retour de la sensibilité une meilleure coloration du teint; sous l'influence des impressions morales on voit la rougeur ou la pâleur se produire, alors qu'auparavant on constatait une impossibilité quelquefois singulière et qui fait souvent taxer les hystériques d'impudence. Yvonne (IX), à la suite des séances où elle recouvre la sensibilité de la face, reste cramoisie toute la journée, avec une sensation de cuisson au visage. Mme G., Hermine, Pauline, etc., sont de môme. Enfin dans certains cas, j'ai vu se produire à la suite une véritable desquamation furfuracée. C'est en particulier ce qui se produisit chez Yvonne, pour le visage, et chez D. (XX, 332) pour les mains qui, une fois la sensibilité reparue, recouvrèrent une moiteur continuelle et dont l'extrémité des doigts se dépouilla. Il est enfin un trouble de la sensibilité dont il faudrait peut-être parler ici à propos cle la peau, c'est Fhyperesthésie ; mais je crois préférable de traiter ce point particulier ultérieurement, à propos du retour de la sensibilité en général, car si l'hyperesthésie paraît fréquemment limitée à la peau, on s'aperçoit vite que tous les organes profonds peuvent être et sont en réalité le siège de ce trouble de la sensibilité.

Résumons donc seulement les diverses sensations qu'éprouve un sujet en recouvrant la sensibilité cutanée, abstraction faite de celles qui sont liées au retour de la sensibilité musculaire que nous allons voir tout à l'heure. Nous avons à peu près l'ordre suivant : élancements, picotements, brûlures, retour de la sensibilité à la douleur, retour de la sensibilité tactile se manifestant dans l'ordre suivant : perceptions limitées aux excitations provoquées par une personne donnée, perceptions différenciées dans leur origine mais non dans leur nature, perceptions différenciées dans leur origine, leur nature et leur intensité; sensations de décollement de la peau, de peau neuve, démangeaisons, fourmillements, écoulement froid puis tiède, chatouillement désagréable (haphalgésie), énervement, détente, sensibilité normale, et retour parallèle de la vaso-motricité, quelquefois desquamation consécutive. En outre il faut remarquer que la sensibilité cutanée revient toujours avant la sensibilité musculaire, et que dans la sensibilité cutanée la sensibilité douloureuse paraît toujours précéder aussi la sensibilité tactile. Le même ordre de subordination s'observe dans la perte de sensibilité. En effet la sensibilité tactile disparaît toujours avant la sensibilité musculaire, et l'analgésie précède également l'anesthésie. La réapparition se fait dans le même ordre que la disparition.

Muscles. — Voyons maintenant quelles sont les impressions subjectives qui se rapportent plus spécialement aux muscles. Lorsqu'il y a anesthésie musculaire complète, il y a paralysie absolue, flasque. Le sujet n'a plus la moindre notion, même subconsciente, de l'existence de son membre. C'est l'inconscience parfaite. Quand l'anesthésie musculaire est moins profonde, quoique par nos grossiers procédés de recherche de la sensibilité nous soyons incapables de l'apprécier, et que ce soit seulement par l'état fonctionnel du membre que nous puissions nous en rendre compte, le mouvement est conservé, il est seulement plus ou moins subconscient.

Que se passe-t-il quand on ordonne à une hystérique, ayant une paralysie flasque, de sentir le membre qui en est atteint? Reportonsnous, comme toujours, à la clinique et à nos observations. Tout d'abord, nous l'avons déjà dit, le sujet n'éprouve rien. Puis il sent « quelque chose » qu'il ne peut définir. Cette sensation se précise bientôt et il commence à se rendre compte qu'il remue, mais il ne sait quoi. « Je ne sais pas ce qui se passe là dedans, dit D. (XX, 318), mais il se passe quelque chose. »

Les mouvements, légers au début, très peu étendus, augmentent d'intensité et s'accompagnent alors de secousses plus ou inoins brusques, de tiraillements se propageant de l'extrémité vers la racine des muscles. Ensuite ce sont des douleurs et comme un feu intérieur, puis des craquements. « Il faudrait que ça craque, me dit Jeanne (XVII, 25) », et comme je lui demande quoi, elle me répond : « Mes membres, mes nerfs, je ne sais pas, moi. » Le sens musculaire ne reparaît qu'après. C'est à partir de ce moment surtout qu'il est intéressant pour nous d'observer la succession des sensations.

Voici par exemple Eugénie (XVI, 229), qui était astasique abasique, avec anesthésie complète des membres inférieurs. Ce trouble a cédé assez rapidement sous l'influence de l'isolement. Je lui demande ce qu'elle éprouvait dans les jambes quand elle ne marchait pas. « J'avais mal dans le ventre et les jambes lourdes, me dit-elle ; par moments je ne les sentais plus du tout; elles se dérobaient sous moi. » « Et maintenant que vous marchez qu'éprouvez-vous? » lui disje. « J'ai des tiraillements dedans, ça fourmille et j'ai une douleur très vive sur le côté, mais elles sont moins lourdes et elles ne se dérobent plus sous moi. » Ces sensations musculaires surviennent par le réveil spontané comme dans l'hypnose, et cela montre bien qu'il ne s'agit en aucune façon de suggestion. Tel est encore le cas de Louise B. (VII, 61) parésiée de la jambe gauche. Je rééduque sa marche par les mouvements gradués, et elle commence à se tenir debout et à marcher seule. A ce moment elle est prise dans le

membre inférieur gauche de douleurs lancinantes, de picotements, de brûlures. En même temps elle éprouve des douleurs de tête comme « si on lui tirait les nerfs par derrière, comme des fils de caoutchouc ». Le lendemain du jour où elle a éprouvé ces diverses sensations, la sensibilité est revenue dans ses différents modes au membre inférieur gauche, et elle marche normalement ou peu s'en faut. Un autre jour c'est son bras qui a de la contracture. Je lui fais exécuter quelques mouvements passifs pour la réduire. Elle est prise, à la suite, de douleurs, de secousses dans ce bras. « C'est comme si on le lui cassait, au niveau des articulations de l'épaule et du coude. » Elle éprouve, en outre, des tiraillements qui partent de la nuque, et présente d'assez fortes contractions du côté gauche du cou. Elle regarde son bras et sa main pendant que ces phénomènes se produisent, les remue d'un air satisfait et me dit : « C'est à moi, ce bras-là alors ? » Dès que la sensibilité lui est revenue, les mouvements ont repris toute leur liberté. Je pourrais multiplier les exemples. Tous démontrent que soit paralysie, soit contracture, quand existe un trouble quelconque des mouvements, il suffit de rendre la sensibilité du membre pour le voir disparaître.

Dans tous les cas, la sensibilité musculaire, c'est-à-dire la sensation de mouvement, revient avant la notion de position des membres et de leurs divers segments. C'est alors qu'on observe un phénomène extrêmement fréquent et que l'on trouvera signalé dans plusieurs de nos observations, alors qu'il est donné comme très rare par les auteurs, et qu'on en publie de temps en temps des cas à titre de curiosité pour ainsi dire, je veux parler de l'allochirie. Alice, Hermine, Yvonne, Berthe, Marie, Marguerite, Jeanne A., Jeanne Des., Eugénie, Pauline, Camille, soit onze malades sur vingt, me l'ont présenté ; je l'ai rencontré encore chez plusieurs autres malades d'une façon spontanée. Je l'ai vu se produire de deux façons dans la resensibilisation sous forme d'allochirie vraie, c'est-à-dire d'inversion complète dans l'appréciation des deux membres symétriques, ou des deux côtés du corps, et sous forme d'inversion simple entre la droite et la gauche sur le même membre. En outre ces deux troubles peuvent se combiner. Cela tient si nettement au degré de sensibilité des membres que l'on peut constater l'allochirie sur un segment de membre et non sur un autre suivant l'état de sensibilité des deux segments, et la voir disparaître quand la sensibilité revient. Quoique je doive revenir sur cet intéressant phénomène, je veux en donner immédiatement ici un exemple.

Voici Eugénie (XVI, 234) à qui j'ai donné l'ordre de sentir ses

jambes. J'ai commencé par lui faire ressentir les pieds. Elle passe par les diverses réactions communes, lourdeur, élancements, picotements, crampes. À ce moment, alors qu'elle perçoit le contact et la douleur, elle ne peut désigner quel est l'orteil que je touche ou tire, et me dit le deuxième pour le pouce, le pouce pour le quatrième, et en outre elle prend le pied gauche pour le droit et réciproquement. Les réactions continuent. Les sensations de brûlure surviennent, puis s'atténuent; elle perçoit le chatouillement aux pieds, et le réflexe plantaire, qui était aboli, reparait. Elle éprouve des tiraillements, ses pieds lui semblent s'allonger, et les mouvements s'arrêtent spontanément. Alors elle reconnaît sans se tromper quel est l'orteil que je saisis et ne confond plus le pied droit du pied gauche. Réveillée et mise debout, elle me dit : « Tiens, je sens que je marche, et sur quoi je marche. »

Je continue la séance le lendemain, en lui disant de sentir depuis les hanches jusqu'au bout des pieds, car elle a reperdu toute sa sensibilité des pieds. Quoique je lui aie dit exprès « depuis les hanches aux pieds », et non « depuis les pieds aux hanches », les phénomènes réactionnels ne se produisent pas moins, comme dans tous les cas, de bas en haut. Elle allonge et fléchit, écarte et rapproche, tourne en dedans et en dehors les jambes, sans avoir d'abord conscience des mouvements qu'elle fait. Puis elle les sent remuer, et elles lui paraissent lourdes. Après quoi elle ressent intérieurement des élancements, puis des brûlures. A ce moment la sensibilité tactile et douloureuse des pieds est revenue, mais pas encore la sensibilité musculaire et elle commet les mêmes erreurs d'appréciation que la veille.

Elle ne sent le contact que jusqu'aux chevilles. En insistant, les élancements commencent à se montrer dans les jambes. La sensibilité tactile et douloureuse y revient, mais non le sens musculaire; elle prend un genou pour l'autre et elle ne sait si ses jambes sont étendues ou fléchies. Il y a donc allochirie pour les genoux et non pour les pieds. Puis les élancements et les brûlures apparaissent et alors elle ne fait plus de transposition pour les genoux. Enfin les réactions motrices et sensitives se montrent dans la cuisse et dans tout le membre, et bientôt il n'y a plus d'allochirie au niveau des genoux.

L'ordre dans lequel apparaît le sens musculaire des doigts ou des orteils mérite d'être indiqué. Il montre bien en effet comment la sensibilité redevient de plus en plus précise. Voici un exemple qui nous présente la combinaison des deux inversions dont je parlais tout à l'heure. C'est toujours d'Eugénie (XVI, 235) qu'il s'agit, mais

cette fois ce n'est plus la sensibilité des jambes, mais celle des bras qui est enjeu. Quand je la lui fais recouvrer, elle arrive à un moment où il y a une transposition complète de la notion de position des bras et des doigts. Elle prend en effet le bras gauche pour le droit, et le pouce gauche pour le petit doigt de la main droite. Mais il est à remarquer que, tout en prenant sa droite pour sa gauche quand je lui demande quel est le bras ou le doigt que je tiens, elle ne se trompe pas quand je lui dis de sentir son bras droit ou son bras gauche, et que c'est bien le bras que je lui désigne qui se met à réagir. Quand elle arrive à sentir complètement les bras, elle ne fait plus d'inversion.

Eugénie nous fournit encore (XVI, 237) un exemple de l'ordre de réapparition de la notion de position dans les membres. Je lui fais ressentir les bras. Elle les étire, les tortille, y éprouve des élancements, des brûlures ; la sensation de contact et de douleur est revenue, mais il y a inversion pour la notion de droite et de gauche, ainsi que pour la situation des doigts. En sentant davantage, elle sent ses doigts dans l'ordre naturel, à droite, mais elle se trompe encore sur la désignation de son bras droit qu'elle prend pour le gauche. Quand elle sent davantage, en lui remuant l'épaule, elle reconnaît exactement que c'est la droite ou la gauche, mais en lui prenant la main il y a encore interversion. Puis l'interversion des bras disparaît, mais il y a encore interversion pour les doigts de la main gauche. Enfin, la sensibilité continuant à se réveiller, le pouce, le petit doigt et le médius gauches sont reconnus, mais le quatrième est pris pour l'index. Enfin tout se remet en ordre.

Ainsi dans ce cas, il y a d'abord interversion complète et des bras et des doigts de la même main. Puis il y a retour de la notion de position des doigts du côté droit, le moins aneslhésique, mais interversion entre les deux mains; ensuite retour delà notion de position des épaules; un pas de plus, et l'inversion des bras disparaît, le bras droit et la main droite sont bien distingués du côté gauche, mais l'interversion des doigts de la main gauche persiste. Cependant, la sensibilité se développant, cette dernière disparaît à son tour. C'est d'abord par le petit doigt et le pouce, les deux extrêmes, entre lesquels la différence est la plus grande comme fonction, que la distinction se rétablit d'abord, et c'est le médius, seul de son genre, qui est reconnu en même temps, tandis que l'index et l'annulaire, qui sont par rapport à ces trois autres doigts dans une situation identique, symétrique, ne sont distingués qu'en dernier. Cet ordre de réapparition qui se montre chez Eugénie, je l'ai toujours constaté chez les autres. Pourquoi maintenant l'interversion des doigts de la main

droite disparaît-elle la première, avant le bras, tandis que celle de la main gauche disparaît au contraire la dernière, après le bras? Ce n'est pas l'effet du hasard, et ce point mérite, comme tout le reste, d'être examiné. Nous l'étudierons plus complètement avec de nouveaux exemples, quand nous examinerons les différents accidents hystériques à la lumière de ces faits.

Il y a encore d'autres sensations ayant les muscles pour point de départ. Ce sont d'abord les crampes, sur lesquelles je n'insiste pas. Elles se montrent comme une des dernières réactions sensitives du retour de la sensibilité. Il y a ensuite différents troubles du mouvement, tremblement, athétose, ataxie, abasie, qu'on observe alors que la sensibilité paraît normale et que cependant elle est encore très légèrement au-dessous de la normale. Mais, avant de les examiner, il faut aussi signaler comme contemporaines, des sensations de fourmillements, de fils qui se cassent, d'écoulement de liquide froid, puis chaud, de diminution du membre comme volume et comme poids, et d'allongement comme taille, enfin de détente complète. C'est alors que survient une sorte d'énervement indéfinissable qui s'accompagne de ces troubles du mouvement que je signalais plus haut et d'une sensation, inconnue des malades pendant l'état d'anesthésie, la fatigue.

Nous avons parlé de Yénervement à propos de la sensibilité cutanée. Mais en réalité je crois que c'est plutôt à la sensibilité musculaire qu'il faut le rattacher. C'est en tout cas un phénomène terminal. C'est à lui qu'est due Y athétose (XI, 155; XVIII, 277) qu'on observe quelquefois à la fin du retour de la sensibilité, non seulement dans les doigts, mais dans tout le corps, et qui se traduit par une série de petits frémissements, de petits tortillements. Paul D. (XX, 321) en est un cas bien remarquable. Je lui rends la sensibilité des membres inférieurs : il a des trépidations, des tiraillements, des picotements, etc. Quand la sensibilité paraît revenue, je lui demande ce qu'il éprouve : « C'est du contentement à les sentir, me dit-il; ça picote encore partout; mes jambes me semblent toutes petites. » Le sens musculaire est encore imparfait, de même que la sensibilité cutanée. Il sent qu'on le touche, mais ne distingue pas si on lui tire des poils ou si on le pince ou le pique. Il remue les orteils, les jambes pour s'en rendre bien compte et tout à coup s'écrie : « Mais elles changent mes jambes... elles sont grosses, je les sens bien, ça tire maintenant dedans ; c'est comme des fils (ses orteils, qui ont des mouvements athétosiques forcés, craquent) ; oh ! mais je sens, mes pieds sont humides (il les frotte l'un contre l'autre) ; ils ne sont pas pareils ; le gauche n'est pas bien. » Je le réveille ; il est tout

heureux de sentir ses jambes. Elles le brûlent encore un peu et il éprouve « la fatigue qu'on a après une crampe ».

Vataxie (XVIII, 285), qu'on observe plus rarement, est plutôt de l'incertitude des mouvements que de l'incoordination. C'est une sorte d'hésitation musculaire. C'est à cela qu'est due la maladresse si fréquente des hystériques, alors même que leur sens musculaire paraît conservé ainsi que leur sensibilité cutanée.

Camille (XIX, 304), abasique, étant arrivée à sentir presque complètement depuis les hanches jusqu'au bout des pieds, éprouve à la suite une sorte de tremblement intérieur et de la faiblesse aux genoux. Eugénie (XVI, 235), après avoir recouvré en apparence complètement la sensibilité des membres inférieurs, tremble dessus dès qu'elle veut marcher « Je n'ai pas marché, me dit-elle, mes jambes tremblent, elles sont fatiguées ; j'ai des fourmis dedans ; on dirait de petites crampes. » Elle titube en marchant. Le soir elle a reperdu sa sensibilité cutanée et musculaire, et elle n'éprouve plus ni tremblement, ni titubation. Pareil fait s'est reproduit pour elle une autre fois (XVI, 237). Je l'ai d'ailleurs observé chez Marguerite (I), chez Marguerite C. (XIII), chez Yvonne (IX), chez Marie-Louise, chez Alice (II) et chez d'autres encore qui s'étonnaient que, sentant leurs jambes, elles ne pussent plus marcher, alors qu'elles en étaient capables quand elles étaient anesthésiques. Je n'insiste pas d'ailleurs en ce moment sur le phénomène de l'astasie-abasie ; je me borne à signaler son apparition au cours de la restauration de la sensibilité musculaire et à indiquer sa place dans la série des phénomènes réactionnels.

Le tremblement s'observe très fréquemment aussi au cours du retour de la sensibilité musculaire, au moment où on approche de la sensibilité normale. Pauline (XVIII, 291), ayant recouvré sa sensibilité normale un jour, la perd légèrement pendant la nuit, et le lendemain matin me présente du tremblement du bras droit avec un point douloureux de l'épaule et de l'hyperesthésie du dos. Elle recouvre très rapidement sa sensibilité et le tremblement disparaît. Esther a du tremblement de la main gauche avec tendance à la contracture ; elle a en outre de l'inversion de la notion de position des doigts, et sa sensibilité cutanée paraît cependant normale. A l'état de veille, je lui fixe l'attention sur sa main et lui dis de la bien sentir. Elle a de petits mouvements athétosiques des doigts, des secousses brusques dans le bras, et bientôt une sensation de fourmillement, puis de détente, et le tremblement et l'inversion disparaissent. Nous reviendrons sur le tremblement comme symptôme hystérique dans les chapitres suivants.

En dehors de ces sensations spéciales, il est une variété de sensations sur laquelle il est nécessaire d'attirer l'attention, car elle est fréquemment la source d'erreurs de diagnostic ; je veux parler de certaines douleurs musculaires, qu'on prend généralement pour du rhumatisme. Je ne parle même pas de ces hyperesthésies avec contracture, comme chez Jeanne Dem. (X), mais des cas dans lesquels il y a à peine des troubles de la sensibilité cutanée et où, par contre, il survient des douleurs très intenses, sans contracture, au moindre mouvement que veut exécuter la malade. Tel était le cas de Pauline (XVIII) qui fut traitée pour du rhumatisme pendant longtemps, ou encore de Camille (XIX) qu'on croyait atteinte de fièvres intermittentes. Or ces douleurs musculaires s'observent d'une manière fugace en général à un moment donné du retour de la sensibilité musculaire ; elles correspondent à un degré déterminé de l'anesthésie musculaire. Il est clone naturel de pouvoir les observer, comme tout autre degré de cette anesthésie, d'une façon plus permanente, ainsi qu'on le verra dans les observations de Jeanne Des. (XVII), de Pauline (XVIII) et de Camille (XIX).

Pauline en est un des types les plus intéressants (XVIII, 283). Après avoir été réveillée de son vigilambulisme d'une manière générale, j'entreprends un jour de vérifier et perfectionner sa sensibilité zone par zone, de bas en haut, et je constate alors que certains muscles des membres inférieurs (elle était paraplégique avant le réveil) qui paraissaient bien sentir n'avaient pas encore toute leur sensibilité normale. Aussi, quoique sa sensibilité cutanée parût normale dans ses différents modes, elle continuait à marcher avec raideur. En palpant ses muscles pendant qu'elle recouvre sa sensibilité en état d'hypnose, on sent de véritables nœuds musculaires dans le triceps, dans les adducteurs, dans les jumeaux. Le massage de ces muscles est douloureux, mais amène de la détente, du soulagement. Il lui semble que « tout craque à l'intérieur ». Le jour suivant, quoique la sensibilité cutanée paraisse toujours complète, elle marche avec difficulté à cause des douleurs qu'elle ressent dans les cuisses et dans les hanches. Ces douleurs se manifestent également un peu dans les bras. Le sens musculaire paraît normal ainsi que les sens spéciaux. Elle n'a pas de points hyperesthésiques. Elle me dit qu'elle a déjà eu ces douleurs-là à dix ans, et qu'à ce moment son hyperesthésie était telle qu'elle portait des bas à jour pour éviter le plus possible tout contact. Elle les a eues de nouveau il y a quatre ans, et c'est à leur suite qu'est survenue la paraplégie. Je l'endors alors pour la faire ressentir complètement. Elle fait de violents efforts pour se détendre les reins et les cuisses et est prise par moments

de secousses générales. La douleur, qui cause la gêne des mouvements, réside surtout dans les hanches. Elle a beaucoup de peine à soulever les jambes, à les étirer, à les détendre, à les fléchir, à cause de cette douleur. Les douleurs tendent à se faire sentir dans les bras qui commencent à se contracturer légèrement, mais sans perte appréciable de sensibilité cutanée. C'est de la raideur, plutôt que de la contracture.

Dans une nouvelle séance, où je lui ordonne de se sentir complètement de la tête aux pieds, les douleurs se généralisent. Elle se tortille pendant longtemps. Elle a des crampes dans les jambes, et tout à coup sent quelque chose qui craque intérieurement, après quoi la région devient plus souple et moins douloureuse. Les membres du côté droit ont recouvré leur souplesse et ne soutirent presque plus : mais le côté gauche est dans le même état. Elle constate alors que lorsqu'on la touche, elle sent bien, mais « plus profondément ». Le lendemain elle redevient raide de partout et tous ses mouvements sont douloureux. Les muscles sont durs et présentent de véritables nodosités à la palpation. Mais on ne saurait dire qu'il y a contracture. Il semble que la raideur tienne à la douleur provoquée par les mouvements. Bref, cet état persiste encore quelque temps. Puis, toujours par le même procédé de restauration de la sensibilité, elle arrive à recouvrer une sensibilité encore plus complète, ou pour mieux dire plus parfaite, et alors les muscles raides et douloureux recouvrent leur souplesse, d'abord aux jambes, puis aux cuisses, puis aux hanches, avec sensations de détente, de craquement, de petites boules qui éclatent dans les cuisses et les hanches, le tout accompagné de secousses.

Chez Camille (XIX, 305) j'ai observé des phénomènes analogues. Certains muscles des hanches restent malgré tout peu souples et, de plus, douloureux dans les mouvements de la marche. Aussi en résultet-il une démarche très particulière, le corps penché en avant, les jambes écartées, les reins raides, et dès qu'on veut la faire se tenir droite, les talons joints, elle ne peut se maintenir en équilibre. Un jour, à la suite d'une séance où elle avait recouvré presque toute sa sensibilité, sauf celle des adducteurs des cuisses, et la partie supérieure et externe du triceps fémoral, qui restaient raides et douloureux, ainsi que les grands et petits obliques, elle a les jambes lourdes, a de la peine à les soulever, et marche à petits pas rapides. Au bout de quelque temps elle perd le sens musculaire aux pieds et est reprise de douleurs plus fortes dans les cuisses et les hanches, tant spontanément qu'à la pression. Ces douleurs musculaires lui font raidir et contracturer les jambes d'une façon exagérée pour

marcher. En même temps reparait un point hyperesthésique sur la colonne lombaire. En lui ordonnant de sentir complètement, en état d'hypnose, elle ressent des tiraillements, des brûlures; le droit antérieur est contracture et très douloureux à la pression. Il lui semble qu'on lui casse lajambe. Tout à coup se produit un petit craquement, que^e perçois moi-même dans la cuisse gauche, et qui est suivi d'un relâchement musculaire et d'un soulagement immédiat. Enfin, après plusieurs séances elle arrive à marcher comme autrefois, mais éprouve encore un frémissement intérieur.

Jeanne Dem. (X, 142) est prise aussi au cours d'une séance de resensibilisation de douleurs généralisées musculaires, qui se terminent par un assouplissement accompagné d'une sensation de craquement.

En résumant les sensations et les phénomènes qui accompagnent le retour de la sensibilité musculaire, indépendamment de celles de la peau et des articulations, nous avons donc en partant de l'anesthésie et de la paralysie totale : des mouvements très faibles, inconscients, puis perçus sans précision ; ensuite sensation de quelque chose qui remue, et alors secousses plus ou moins violentes, tiraillements, se propageant de l'extrémité vers la racine du membre. Ensuite des brûlures, des élancements et des craquements. Les mouvements se calment alors, et diverses sensations musculaires apparaissent : le sens musculaire se développe, puis ensuite la notion de position des membres, qui offre fréquemment le phénomène de Yallochirie et de transposition des organes, suivant un ordre très déterminé. En même temps que se développe la notion de position des membres, le sens musculaire s'affine. Ce sont alors des sensations de fourmillements , de fils qui se cassent, à' écoulement de liquide froid, puis chaud, de diminution du membre comme volume et comme poids, en même temps que de son allongement. Ensuite viennent divers troubles moitié moteurs, moitié sensitifs, indiquant simplement un léger défaut dans l'appréciation des perceptions conscientes musculaires, et dans l'exécution, par les muscles, des excitations centrales, à savoir Vathétose, Yataxie, le tremblement, accompagnés en général d'une sensation d'énervement tout particulier, auquel succède une détente, un sentiment de bien-être. Au lieu de ces troubles moteurs se montrent quelquefois des troubles plus essentiellement sensitifs, consistant en douleurs musculaires, qui font contracter péniblement les muscles et y déterminent des nodosités appréciables à la palpation,

Articulations. — Passons maintenant à la sensibilité articulaire. Yvonne a recouvré la sensibilité de ses jambes. Mais elle la reperd

un peu et je constate, à un moment donné, que le sens musculaire est très atténué, et que les réflexes plantaires et rotuliens sont abolis. Je lui fais ressentir les membres inférieurs. Les réflexes plantaires reviennent dès qu'elle sent bien ses pieds, ses orteils et leur position. Elle a des secousses rythmées des jambes qui se fléchissent et s'étendent alternativement. Puis elle éprouve des tiraillements et n'a plus de petits mouvements. Elle sent des brûlures dans les genoux, a des inquiétudes dans les jambes, rien de particulier dans les cuisses. A ce moment, les réflexes rotuliens reparaissent.

Pauline (XVIII, 286) a sa sensibilité cutanée en apparence normale aux jambes ; le sens musculaire est inexact aux orteils. Les réflexes plantaires sont normaux ; les réflexes patellaires sont absents. Les jambes n'étant pas anesthésiques de la peau, les troubles réflexes ne peuvent donc être attribués à l'anesthésie cutanée. Elle ne peut se tenir debout, ses genoux fléchissent et elle a une sorte d'ataxie des jambes. En reprenant sa sensibilité — intérieure, dit-elle — les réflexes rotuliens reparaissent et elle peut alors se tenir debout. Un autre jour, la sensibilité des jambes et des cuisses étant bien revenue, je m'aperçois que les réflexes patellaires sont encore absents. Je lui dis de sentir plus complètement ses genoux, et je constate alors que la sensibilité n'y est pas normale, comme je le croyais, et elle se met à y éprouver des tiraillements au-dessous, dans le creux poplité. Un jour, elle ressent une vive douleur dans le coude, et je constate qu'il s'est anesthésié.

Louise B. (VII, 91), présente pareil phénomène. Elle saisit un jour brusquement son coude gauche en se plaignant d'une vive douleur. Je constate qu'il est devenu anesthésique. Mais, sous mes yeux, l'anesthésie s'étend et une contracture se développe. Sous l'influence de mouvements passifs, elle ressent des tiraillements dans le bras, et éprouve la sensation qu'on le lui casse au niveau des articulations de l'épaule et du coude. Après quoi tous les mouvements y redeviennent normaux en même temps que la sensibilité.

Camille (XIX, 297) a recouvré la sensibilité des membres inférieurs. Elle n'est plus abasique et court toute la journée. Le soir, elle reperd un peu de sensibilité de la jambe gauche ; son pied se met en abduction et elle le traîne en marchant. L'anesthésie y existe pour tous les modes, et elle a aussi un peu envahi la jambe droite. Elle me dit qu'elle s'est fait une entorse, comme elle s'en fait souvent, dit-elle. Ces soi-disant entorses ne sont, en réalité, qu'un phénomène d'anesthésie de l'articulation tibio-tarsienne.

Jeanne Des. (XVII, 265), au cours d'une séance de restauration

complète de la sensibilité, ayant rétrogradé comme personnalité à l'âge de huit ans, me dit, avec un parler enfantin : « Tu sais que j'ai mal dans le pied gauche. » Elle me montre son articulation tibiotarsienne et j'y constate de l'anesthésie localisée, alors que tout le reste du membre inférieur sent bien. On prenait aussi ses douleurs pour des entorses. En effet, à un autre moment, parvenue à l'âge de neuf ans, je constate cette anesthésie localisée aux deux articulations tibio-tarsiennes. Elle m'explique alors qu'elle se tord toujours les pieds en courant.

Marie-Louise a, depuis plusieurs années, de la contracture du genou gauche, avec anesthésie généralisée d'ailleurs, et elle est en état de vigilambulisme depuis longtemps. Je lui fais recouvrer sa sensibilité. Ses réflexes plantaires reparaissent bien avant ceux du genou. Celui-ci est le dernier segment du membre qui montre des phénomènes de réaction sensitive. Il lui semble que son genou est gros, qu'on le lui tiraille, qu'il va se casser. Puis elle y ressent une sorte de brûlure et le réflexe rotulien reparaît. Je remarque, toutefois, qu'il ne s'étend pas encore complètement, quoique la sensibilité y paraisse normale en avant. Je constate alors que, dans le creux poplité, la sensibilité n'est pas aussi nette, et quand je lui ordonne de ressentir complètement le genou, sur les côtés et par derrière comme par devant, elle y éprouve aussitôt des tiraillements, et elle ne tarde pas à l'allonger complètement. En même temps, la station debout, qui ne se faisait tout à l'heure que difficilement, peut maintenant avoir lieu sans gêne, sans flexion de la jambe gauche, sans dérobement du genou gauche.

Marguerite (XIII, 191), ayant presque complètement recouvré la sensibilité des membres inférieurs, y éprouve une sensation de brûlure générale, superficielle et profonde. Son genou gauche est hyperesthésié, et fléchit quand elle essaie de marcher. Tandis qu'elle sait bien si son genou droit est plié ou étendu, elle ne le sait pas à gauche. L'hyperesthésie superficielle s'accompagne donc d'une anesthésie profonde de l'articulation du genou. En lui faisant recouvrer la sensibilité de la tête aux pieds, elle sent que ça tire, que ça craque, que ça casse dans tout le corps, et elle recouvre la sensibilité normale du genou comme du reste. Elle ne fléchit plus sur la jambe gauche et récupère la sensibilité profonde, le sens articulaire comme le sens musculaire, à la suite.

Autant que j'ai' pu le remarquer plus d'une fois, la disparition des réflexes rotuliens tient à l'anesthésie articulaire du genou ; l'exagération est plus délicate à y rattacher, car, en général, on observe, en même temps que l'hyperesthésie profonde, riiyperesthésie cutanée.

Néanmoins, j'ai constaté chez deux hystériques atteintes d'arthralgie sans hyperesthésie cutanée de l'exagération des réflexes, et corrélativement du reste des points douloureux de la tête dans la zone rolandique du côté opposé.

La succession des sensations accompagnant le retour de la sensibilité articulaire est moins nette que celle de la sensibilité musculaire. Quand il y a anesthésie complète, le sujet ne perçoit pas la continuité de son membre au niveau de l'articulation anesthésique, puis il lui semble qu'il est mal accroché, mal rattaché au reste du corps. Jeanne Dem. (X, 142), recouvrant la sensibilité du genou, a l'impression que « sa rotule n'est pas bien attachée ». Une autre fois, son épaule droite est douloureuse à la pression, et quand elle la fait mouvoir, il lui semble (X, 138) « qu'elle ne lui appartient pas comme la gauche ». Puis ce sont des craquements et des sensations de brûlure tant intérieure qu'extérieure, et à ce moment les réflexes reparaissent. Puis l'articulation, qui lui semblait volumineuse, paraît diminuer de volume, et enfin se « recolle » avec les autres segments de membre. Ce qui domine dans les phénomènes accompagnant l'anesthésie articulaire, c'est la douleur, douleur ordinairement plus violente que partout ailleurs, et qui nous amène à parler de certaines douleurs qui paraissent siéger dans les os.

Os. — On ne saurait guère, en effet, séparer de la sensibilité articulaire les sensations que j'appellerai osseuses, en raison, sinon de leur siège, que je n'ose affirmer, du moins de leur caractère, et de l'impression qu'elles donnent aux malades. Ce sont des sensations qui se rencontrent assez fréquemment à la fin du retour de la sensibilité des membres et de la tête, partout où il y a des os. Est-ce dû à une sensibilité spéciale aux os, je ne saurais le dire, quoique tout me porte à le croire, car jamais les malades ne m'ont rien signalé de semblable quand il s'agissait des viscères.

Voici Hermine (VIII, 85) par exemple, qui me les présenta à plusieurs reprises. Tout d'abord en recouvrant la sensibilité des membres, elle en était arrivée aux sensations de glace coulant intérieurement et d'élancements accompagnés de tortillements. Il lui semble à ce moment que ses os vont se décoller. Puis ce sont des picotements, des brûlures, des tiraillements dans tout le corps. Après quoi les brûlures se généralisent et dominent la scène. Je lui ordonne alors de sentir ses pieds, puis ses jambes, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus les sentir davantage. En même temps que se produisent des mouvements rythmiques des pieds et des jambes, elle me dit : « Ça l'hystérie. — i. 5

me casse les os, ça me raidit. » On constate en effet de véritables nodosités des muscles, comme je les ai signalées plus haut, qui tout à coup disparaissent. Jeanne Des. (XVII, 264) a un jour une douleur ostéocope au niveau du coude gauche. La sensibilité y est très diminuée dans un point limité, alors qu'elle est à peine atténuée sur le reste du membre. En recouvrant sa sensibilité du bras par le procédé habituel, la douleur disparaît et avec elle revient la souplesse du membre qu'elle tenait raide pour éviter les mouvements.

Pauline (XVIII, 283), qui a recouvré la sensibilité cutanée des membres inférieurs, éprouve spontanément des douleurs ostéocopes dans les cuisses et les hanches. Quand elle recouvre la sensibilité plus complète de ces parties, c'est, dit-elle, « comme si on lui broyait les os ». En palpant ses muscles, on sent de véritables nœuds dans le triceps, dans les adducteurs, dans les jumeaux.

Camille (XIX, 306), après avoir éprouvé des douleurs musculaires, spontanées et à la pression, qui rendent les muscles des cuisses durs etraides, s'écrie : « Ça brûle, c'est raide ; on dirait que j'ai la jambe cassée ; c'est dans le genou maintenant. » La douleur, qui a commencé en effet par les muscles de la hanche et de la cuisse, descend et prend le caractère osseux qu'elle n'avait pas encore eu. Tout à coup il se produit un petit craquement à la suite duquel il y a détente et relâchement musculaire. Dans une séance suivante je lui ordonne de se sentir tout à fait. Les reins et la partie antéro-externe des cuisses sont toujours très douloureux. Elle y perçoit le contact et ]a piqûre ; le sens musculaire y paraît conservé en partie, mais dès qu'elle marche la douleur reparaît et la gêne. Elle s'étire aussitôt, éprouve des tiraillements et des brûlures, et dit : « C'est comme si ça voulait se casser dans le genou et à la hanche. » Elle ressent une douleur très vive, des craquements, s'étire, cherche à se détendre, à s'assouplir. Le sens musculaire des pieds et des jambes reparaît, mais n'est pas encore normal lorsque je la réveille. Ayant continué le lendemain, la douleur gagne le dos cette fois. Elle se tortille, se contorsionne en tous sens : « Ça casse, c'est dur, ça brûle dans le dos. » Le sens musculaire reparaît alors aux genoux.

Dans une séance ultérieure (XIX, 309), elle sent des craquements dans la tète en même temps qu'elle en éprouve dans le dos et les chevilles ; il y a corrélation évidente entre les deux phénomènes qu'elle me signale elle-même : « Ça a craqué dans ma tète, quand ma cheville a été bien, me dit-elle. » Tous les efforts qu'elle fait pour recouvrer complètement la sensibilité des cuisses, des lombes, du dos, s'accompagnent de craquements, qui se produisent en même temps dans la tête.

Comme dans tous les cas où j'ai constaté des douleurs osseuses,

il y avait coïncidence de ces douleurs musculaires, avec nodosités, raideur sans contracture, troubles du sens musculaire sans anesthésie de la peau ou avec hyperesthésie, je me demande si les malades ne désignent pas sous ce nom la sensation de craquement qu'elles éprouvent dans les muscles. Néanmoins, d'autre part, il y a lieu de remarquer qu'elles ne se produisent que lorsque la sensibilité superficielle et même en grande partie la sensibilité musculaire sont revenues, et qu'il semble bien que c'est en gagnant des parties superficielles vers les parties profondes que la sensibilité de retour amène ces sensations spéciales. En outre, comment les expliquer quand elles siègent au niveau du crâne là où il n'existe pas de muscles, ou du moins de masses musculaires assez fortes pour pouvoir provoquer des contractions suffisamment douloureuses pour être comparées à une cassure des os ? Pauline (XVIII, 284) avait la sensation « qu'on lui cassait quelque chose dans les cuisses et dans les lombes ». En ressentant le dos, « c'est comme si on lui écrasait la colonne ». En continuant pour ressentir sa tête elle avait des douleurs analogues : « C'est comme si on lui broyait la tête. » Plusieurs autres en recouvrant la sensibilité complète ont éprouvé aussi, à un moment donné, cette sensation de broiement des os du crâne, en dehors des craquements intérieurs et des autres sensations qui accompagnent le retour de la sensibilité cérébrale.

En examinant les sensations qui se passent dans un membre anesthésié complètement qui recouvre la sensibilité — peu importe par quel procédé — on est frappé de l'analogie des sensations éprouvées avec celles qu'on a quand, par suite d'une compression, il se produit de l'engourdissement pouvant aller jusqu'à la paralysie et l'anesthésie complète. J'ai voulu vérifier sur moi-même les différentes modifications objectives et subjectives de la sensibilité dans l'engourdissement d'un membre, et voici ce que j'ai constaté :

Ayant croisé ma jambe gauche sur la droite, je restai dans l'immobilité aussi complète que possible et je notai les sensations que j'avais et que je rapporte dans leur ordre d'apparition. Il était onze heures et demie quand je commençai l'expérience qui se termina à minuit quinze. Tout d'abord ce fut un très léger énervement, qui en une autre occasion m'aurait averti de modifier la position de ma jambe. Ensuite il y eut des picotements très légers, profonds, dans le pied, suivis bientôt d'une sensation de gonflement et de lourdeur du pied. Après quoi je ressentis de petits élancements, puis des fourmillements, puis de l'engourdissement avec sensation de chaleur et gêne des mouvements dans la jambe. Les orteils paraissaient, à ce

moment, gonflés et comme enveloppés dans une peau tuméfiée, et ils étaient perçus comme une masse informe, dont se distinguaient seulement un peu le gros et le petit orteil. Le sens musculaire et la notion de position étaient très diminués pour le pied^ d'abord, puis pour la jambe. Ensuite survint une légère impression de refroidissement. L'engourdissement devint plus marqué et accompagné d'une légère cuisson au pied. Les mouvements de l'articulation tibio-tarsienne étaient diminués. J'étais presque incapable de sentir un mouvement passif des orteils, que je pouvais cependant encore mouvoir moi-même, mais sans percevoir les mouvements produits. Les fourmillements gagnent la jambe. Le pied paraît alors très lourd et donne la sensation au bout de la jambe d'une masse de forme indistincte. Il commence à y avoir de la douleur profonde dans le genou et la cuisse. Le pied est devenu analgésique, mais la sensibilité tactile est encore appréciable. La notion de position est très imparfaite. Je sens qu'on remue mes orteils, mais je ne peux pas me représenter dans quelle étendue. En heurtant mon pied contre un objet dur, j'ai l'impression qu'il est enveloppé d'une épaisse couche d'ouate. La jambe semble se gonfler et s'alourdir à son tour. Puis, à ce moment, comme je portais mon attention très fortement sur ce qui allait se passer, je constatai que la sensation de gonflement du pied diminuait. Des fourmillements survinrent alors, puis la perception des mouvements dans les orteils réapparat, tandis que la région médio-tarsienne paraissait rafraîchie ; l'articulation tibio-tarsienne me semblait gonflée ; les orteils étaient plus libres, sauf ceux du milieu qui formaient encore une masse un peu indistincte. L'analgésie et l'anesthésie étaient moins accusées. Il y avait alors quarante minutes que durait l'expérience. A partir de ce moment il y eut une décroissance spontanée des phénomènes, et réapparition de la sensibilité sous l'influence de quelques mouvements du pied, où je ressentis des picotements, puis un certain énervement ainsi qu'au genou. Je détendis alors ma jambe où, une fois allongée, j'éprouvai une sensation de froid intérieur, et ensuite de légères inquiétudes me forçant à de petits mouvements des pieds et des orteils. Enfin j'eus le sentiment normal de mon pied et de ma jambe.

Au lieu de fixer autant mon attention sur les phénomènes qui se produisent pendant l'engourdissement, je continuai une autre fois à croiser mes jambes, et à observer seulement ce que je ressentirais une fois l'engourdissement survenu, et ma jambe détendue. Voici alors ce que je constatai dès que la compression fut supprimée. Le pied et la jambe me parurent gros et lourds, informes ; le genou se dérobait, et j'avais la sensation de marcher sur une substance molle

et élastique. Ensuite apparurent des fourmillements, puis une sensation de froid le long du mollet, à la suite de laquelle une sorte d'agacement, d'énervement, qui gagnait la cuisse et me rendait la marche moins sûre du côté de la jambe en expérience.

On voit l'analogie absolue qui existe entre ces phénomènes d'engourdissement, cependant très léger et de cause phériphérique, et ceux que nous venons de constater chez nos sujets lorsque l'anesthésie est en voie de disparition. Ne doit-on pas en conclure que ces phénomènes ne sont pas purement subjectifs, ne tiennent pas à de simples idées, mais sont réels et correspondent à des modifications physiologiques du système nerveux ? Je me bornerai pour le moment à cette simple constatation.

J'ai voulu me rendre compte de ce qui se passe quand on anesthésie complètement, par injonction en état d'hypnose, un membre, chez une hystérique revenue à son état normal, et ensuite quand on lui donne l'ordre de ressentir, comme je le fais quand l'anesthésie est survenue spontanément.

Pour cela je me servis d'une ancienne hystérique guérie par un tout autre procédé que celui dont je parle, et n'ayant par conséquent aucune préparation. Après m'être assuré qu'elle était normale comme sensibilité, je l'endors et lui ordonne de « sentir de moins en moins depuis le bout des doigts jusqu'au coude du côté droit ». Voici alors ce qui se passe : « Ça s'alourdit, ça devient froid, ditelle,... ça tire comme si on me tirait par le haut du bras, dans l'intérieur même du bras... il me semble que ma peau et mon bras se

recroquevillent ça me fait comme une boule qui doit être grosse

comme la main quand on la ferme. »

A ce moment il y a anesthésie cutanée absolue, et paralysie complète. « D. Où est ta main? lui dis -je — R. Je ne sais pas ; au bout de mon bras, sans doute. — D. Et ton bras ? — Elle hésite, puis dit: « Il pend, puisqu'il est au bout de mon coude et que mon coude pend. » Le sens musculaire et la notion de position des doigts et de la main sont à ce moment complètement perdus. Le membre est flasque et retombe dès qu'on le soulève. — A ma question si elle ne sent rien dans la tête, elle me répond que non. Je cherche alors au niveau du sillon de Rolando en appuyant le doigt sur le crâne. Arrivé au tiers supérieur de la zone motrice je trouve un point hyperesthésique bilatéral mais beaucoup plus fort à gauche. Ce point n'est pas douloureux quand on n'appuie pas dessus. Autour de ce point, pas plus grand qu'une pièce de 50 centimes, il y a une zone douloureuse de 3 à 4 centimètres environ de diamètre. — Elle sent

toujours son avant-bras comme une boule. Je lui ordonne de le sentir encore moins. Elle gémit : «Oh! — D. Ça te fait mal ? — R. Oui, comme si on me le coupait ; ça a cuit. — D. Et maintenant, que sens-tu ? — R. Rien du tout. — D. Montre-moi le bout de ton bras. — Elle me montre avec la main gauche, sans hésitation, une ligne circulaire au-dessous du coude. Je lui fais alors toucher avec la main gauche sa main et son avant-bras droits et je lui demande ce que c'est. « C'est mon bras, c'est ma main ; elle est morte ma main : elle est glacée. » Les points hyperesthésiques du crâne ont diminué à la pression. Mais la piqûre est très douloureuse dans la zone périphérique, où le contact est également perçu.

Je lui dis alors de ressentir le bras et la main. Elle a de petites secousses. « Ça me pique, dit-elle; » puis, en continuant à la faire sentir, elle dit : « Ça me fait très mal dans la main, ça me pince » ; elle écarte les doigts, les étend ; « ils étaient tous collés ensemble, dit-elle, je les décolle » ; puis elle a des secousses de l'avant-bras qu'elle place alternativement en pronation et en supination ; elle s'étire, ferme et rouvre la main. '< Ça s'est dénoué, dit-elle; je sens bien maintenant. » Mais l'idée que « c'était mort » persiste. Elle flaire sa main et dit : « Ça sent la mort. » Les points hyperesthésiques de la tête ont disparu. Cependant la piqûre et la pression forte semblent encore perçues d'une manière un peu exagérée, et provoquent une sensation « désagréable ». Je lui dis alors de se sentir complètement la tête, et tout disparaît.

Je procède de même pour la jambe, gauche cette fois, et je lui ordonne de ne plus la sentir depuis le genou jusqu'au bout du pied.

a J'ai froid, dit-elle, ça me tire fort c'est

comme si on me cassait le genou. » Elle gémit, se mord les lèvres : « Il me semble qu'on me broie

le genou, la cheville il me semble que ma

jambe est en plusieurs tronçons ça me fait

mal sur le devant de la jambe (à ce moment anes-

thésie cutanée et analgésie) C'est lourd, il faut

la laisser par terre. » Enfin elle ne sent plus du Kg. J. — Les ha- tout et me montre, comme étant l'extrémité de chures horizonta- sa jambe, une ligne au-dessus du genou (fîg. 1). les in icluen a- Au-dessus de cette ligne, qui marque la limite verticales l'hyper- supérieure de l'anesthésie se trouve une zone esthésie. d'hyperesthésie douloureuse formant une sorte de

bracelet de 8 centimètres environ de hauteur. Deux points hyperesthésiques reparaissent au crâne, mais au-dessus des précédents, et cette fois c'est le droit qui est le plus fort et de beaucoup.

Je lui dis alors de ressentir sa jambe gauche. « Je ne la sentirai jamais, dit-elle, elle est morte, elle est gelée. » Les orteils et le pied commencent à remuer : « Ça me fait mal, dit-elle ; ça fait comme quelque chose qu'il faut casser. » Puis elle a des secousses dans la

jambe. Elle plie le genou et l'étend : « Ça me donne des crampes

Je sens, ça craque dans mon genou, dans mon pied... ce sont les

os.... vous l'entendez? Et puis ça me tire dans la tête. » Elle

applique sa main sur le point hyperesthésique droit. — D. « Qu'est-ce que ça te fait? — R. Ça me tire ; c'est comme un cordon qu'on tire... » — Elle me dit bientôt ne pas pouvoir mieux sentir, et en effet sa sensibilité paraît complètement normale. Je lui dis alors de sentir sa tête complètement, et les points hyperesthésiques disparaissent.

Cette expérience renferme à elle seule toutes les principales particularités qu'on peut constater dans les cas d'anesthésie et de retour de la sensibilité des membres. Nous retrouvons là en effet cette impression que le membre anesthésié est mort, est glacé, n'existe plus, que son extrémité est celle de la partie ayant conservé la sensibilité ; nous retrouvons les douleurs osseuses, les tiraillements, les secousses, la sensation de lourdeur, la douleur qui accompagne souvent l'anesthésie au moment où elle se produit ; nous voyons encore comment, — ce que nous étudierons d'une façon plus approfondie dans le chapitre v — l'hyperesthésie douloureuse n'est qu'un degré particulier de l'anesthésie. Nous y voyons la forme circulaire revêtue par l'anesthésie, la parésie, la lourdeur qui envahissent les parties sus-jacentes à la partie absolument anesthésiée et paralysée, le rapport direct qui existe entre l'anesthésie et la paralysie. Enfin nous voyons apparaître une notion qui a une importance capitale, donnée toute nouvelle, non encore signalée, à savoir le rapport entre les points hyperesthésiques du crâne et les troubles hystériques périphériques, points hyperesthésiques situés au niveau des centres qui commandent aux organes atteints, suivant les lois physiologiques ordinaires, c'est-à-dire croisés avec ces organes. Nous verrons plus tard le parti qu'il y a à tirer de cette notion fondamentale au point de vue de la nature de l'hystérie et des localisations des centres viscéraux dont la détermination devient dès lors possible.

Je fis la même expérience sur une autre grande hystérique ayant recouvré toute sa sensibilité. Je l'endors et lui ordonne de ne plus sentir son bras gauche jusqu'au coude. Elle éprouve des picotements, puis a de l'anesthésie et de l'analgésie cutanées. Après les picotements surviennent des brûlures, puis une impression de froid, « comme un morceau de glace »; puis elle n'a plus aucune sensation

de son bras, et ne sait plus où il est. L'anesthésie remonte à 10 centimètres environ au-dessus du coude, et jusqu'à l'épaule il y a une légère diminution de la sensibilité (fig. 2). Je constate alors l'apparition d'un point douloureux du crâne sur la ligne biauriculaire, à 4 centimètres environ en dehors de la ligne médiane, du côté droit. Il n'y a rien à gauche. Je lui demande ce qu'elle éprouve dans la tête : « Ça me fait des points douloureux, ditelle. » Je lui ordonne alors de ressentir son bras. Elle y éprouve aussitôt des tiraillements; elle l'étiré, le tourne, le fléchit, l'étend, etc., tout cela sans rien éprouver dans la tête. Puis il lui semble qu'il allonge. Je lui demande si elle sent quelque chose dans la tête : elle me dit que sa douleur est moins forte. Je lui demande si les deux choses correspondent : elle me répond que non. Enfin le bras cesse de présenter des mouvements et toute la sensibilité paraît normale. Le point céphalique est cependant encore un peu douloureux. Je lui ordonne alors de sentir tout à fait sa tête et je lui demande ce qu'elle éprouve : « Ça me tire où j'ai mal, me répond-elle. — D. Qu'est-ce qui tire? — R. Ce sont des fils. — D. Que deviennent-ils? — R. Ils se cassent. — D. Y en avait-il beaucoup? — R. Non. » — Enfin elle n'éprouve plus rien et se réveille spontanément.

En ce qui concerne les phénomènes qui se passent du côté de la tête dans ces cas, je n'y insiste pas pour le moment ; nous les verrons en détail à propos du réveil de la sensibilité de la tête.

Fig. 2. — Les hachures horizontales indiquent l'anesthésie ; les verticales l'hyperesthésie.

Les phénomènes d'anesthésie spontanée et d'anesthésie provoquée, soit par une compression du membre, soit par l'ordre de ne plus le sentir, sont donc semblables. Mais dans le dernier cas il est à remarquer qu'elle survient d'une façon trop rapide pour qu'on puisse noter les troubles qui se produisent tout à fait au début, et qui tiennent à une diminution très légère de la sensibilité. J'ai donc repris la première malade sur laquelle j'avais expérimenté en me proposant de procéder d'une façon beaucoup plus lente et graduée.

L'ayant endormie après m'être assuré de l'intégrité de sa sensibilité, je lui dis de sentir un peu moins sa main droite. Elle y éprouve du refroidissement. Le sens musculaire devient un peu hésitant mais est correct encore. La notion de position des doigts est très bien conservée, ainsi que la sensibilité tactile et douloureuse. Il y a

un refroidissement réel, et une différence manifeste de température entre les deux mains. Sentez encore un peu moins, lui dis-je : la main devient lourde ; elle a de la difficulté à la relever, à étendre les doigts ; elle reconnaît encore exactement quels doigts je saisis mais après avoir hésité, la sensibilité tactile est perdue, l'analgésie est presque complète, la notion de position des doigts est défectueuse. J'insiste encore pour qu'elle sente moins et l'arrête presque aussitôt : « Je n'ai plus de main, dit-elle ; je ne sais plus où c'est : c'est comme si on me l'avait enlevée ; ça m'a donné des douleurs dans le coude. » Elle a à ce moment un point douloureux au niveau du centre du bras droit (zone rolandique gauche). Je lui fais ressentir la main ; le point disparaît.

J'essaie alors de voir ce qui va se passer si je lui ordonne de ne plus sentir la peau de la main seulement. J'opère cette fois du côté gauche. La peau s'anesthésie rapidement; il n'y a pas de paralysie musculaire, rien d'anormal dans le sens musculaire et la notion de position des membres. Je lui dis alors de sentir très légèrement moins l'intérieur de la main, aussi peu que possible. Alors elle se met à trembler. Je lui dis de sentir encore un peu moins : le tremblement s'accentue ; elle commence à faire osciller sa tête et à avoir quelques secousses dans le bras qui s'anesthésie dans toute son étendue. Je lui ordonne alors de ne plus du tout sentir sa main. Le tremblement cesse, et la paralysie et l'anesthésie sont complètes. Je lui ordonne de sentir maintenant un peu ses muscles, mais non la peau. Elle a des secousses dans le bras, puis des crispations dans la main dont les doigts se contractent : « Ça s'est recroquevillé, » dit-elle. Elle a des mouvements athétosiques des doigts. Enfin, lui ayant ordonné de ressentir complètement, tout trouble moteur disparaît et la sensibilité redevient normale.

Ce cas nous montre la dissociation possible de la sensibilité cutanée et de la sensibilité profonde. De plus, nous voyons que l'anesthésie même profonde de la peau n'entraîne pas de troubles moteurs. Par contre, l'anesthésie très légère des parties profondes amène du tremblement ou de l'athétose, qui disparaissent quand l'anesthésie est prononcée. C'est ce qui explique comment, dans les cas de tremblement hystérique, on ne constate guère de gros troubles de sensibilité superficielle, mais seulement quelques modifications de la sensibilité musculaire, et encore très légères.

J'ai dit quelles étaient les sensations éprouvées par le malade quand revient la sensibilité des membres. Mais il est un point sur

lequel il est nécessaire d'attirer l'attention pour comprendre plus tard le mécanisme des attaques, convulsives ou autres, ayant pour dominante des réactions motrices. Lorsqu'un membre s'anesthésie, c'est à peine s'il présente quelques frémissements, quelques petites secousses. Au contraire, quand il recouvre la sensibilité, il est le siège de mouvements quelquefois très violents à un moment donné, et on n'est pas peu surpris de la vigueur avec laquelle ces réactions peuvent se produire dans des membres tout à l'heure encore complètement anesthésiques et paralysés ou contractures. Voyons donc comment se comportent clans ce cas les divers membres et groupes musculaires.

Voici d'abord quelles sont les réactions qu'on constate dans les membres inférieurs, quand on ordonne au sujet de les « sentir ». Il y a d'abord des frémissements dans les orteils, puis de petits mouvements ; ensuite le malade étire la jambe qu'on lui a dit de sentir, la met en extension forcée, puis la détend, la fléchit. C'est alors une succession ininterrompue de mouvements plus ou moins rapides, allant en augmentant comme rapidité et comme intensité, alternant avec ceux de l'autre jambe si on a ordonné de sentir les deux membres inférieurs ensemble, ou se produisant d'une façon simultanée, ce qui est plus rare, car presque toujours le membre gauche étant plus anesthésique a du retard sur le droit, tant au point de vue des réactions motrices que des réactions sensitives. Après les pieds, ce sont les genoux qui entrent en mouvement, puis les cuisses qui se fléchissent sur le bassin, accomplissent des mouvements de rotation en dedans et en dehors, s'écartent, se rapprochent. Ce sont en général les adducteurs qui mettent le plus de temps à recouvrer leur sensibilité et leur motilité normales. Les mouvements ne s'arrêtent que pour permettre au sujet de s'étirer de plus en plus, et peu à peu ils diminuent d'amplitude, s'espacent et enfin disparaissent. Il n'y a plus que des secousses, des étirements, comme lorsqu'on a des crampes. Le malade étend le plus possible les jambes, s'arcboute contre le pied de son lit, s'étire de son mieux. Puis le membre se détend, prend une attitude relâchée, entre en résolution complète enfin. Souvent on observe, après un repos en apparence définitif, de nouveaux mouvements, consistanten une sorte de reptation, comme si le sujet ne savait dans quelle position placer son membre pour être à son aise, attitudes qui tiennent à l'énervement que nous avons signalé plus haut. Quand on voit une hystérique recouvrer ainsi la sensibilité d'un membre on est frappé de l'identité absolue qui existe avec les mouvements convulsifs qui se produisent dans les membres pendant les grandes attaques.

Il se passe des phénomènes identiques pour les membres supérieurs, dont les mouvements réactionnels sont beaucoup plus variés. Voici quelles sont ces réactions motrices : d'abord de petits mouvements des doigts qui se fléchissent et s'étendent, s'écartent ; ensuite des secousses dans l'avant-bras et dans le bras qui font détendre brusquement le membre. Alors surviennent des mouvements de flexion de l'avant-bras sur le bras, toujours accompagnés de secousses plus ou moins violentes ; quelquefois les malades battent d'une façon rythmique leur lit, ou alternativement d'un bras et de l'autre; ils ont une véritable chorée rythmique ; ou bien ils se croisent et se décroisent violemment les bras sur la poitrine; ensuite ils les étirent comme quelqu'un qui se réveille, ils s'accrochent à ce qu'ils trouvent pour s'étirer encore plus, après quoi ils se détendent, entrent en résolution et peuvent alors mouvoir leur membre dans toutes les positions.

Les membres du côté gauche sont toujours plus longs à revenir à l'état normal, car l'anesthésie y est plus profonde qu'à droite dans l'immense majorité des cas, ce dont nous donnerons plus loin l'explication.

Un phénomène constant, c'est la disparition des points douloureux en rapport avec la sensibilité des membres. Ces points siègent pour les membres inférieurs dans les fosses iliaques, au niveau des hanches, (au-dessus et en arrière du grand trochanter), à l'aine ; enfin le point prédominant, hystérogène dans beaucoup de cas, existe au niveau du renflement lombaire de la moelle. Ceux des bras siègent au niveau de l'épaule, soit au-dessous de l'acromion, soit dans la fosse sus-épineuse, et le point prédominant est le renflement cervical de la moelle. Tout d'abord ces points, qui peuvent être presque inconnus du sujet quand l'anesthésie est profonde, deviennent de plus en plus douloureux àmesure que la sensibilité reparaît, et c'est même là une des raisons pour lesquelles les hystériques sont incapables de récupérer elles-mêmes leurs fonctions, la douleur qui accompagne cette récupération étant un obstacle insurmontable pour elles, quand on n'est pas là pour les aider.

Mais il reste encore d'autres parties périphériques que les membres à faire ressentir normalement. Le dos et les muscles de la nuque et du cou sont les plus importants. Les phénomènes subjectifs sont toujours les mêmes et je n'y reviens pas. Quant aux réactions motrices elles ont un grand intérêt, car elles sont identiques à celles -qu'on décrit dans la grande attaque d'hystérie. Ce sont d'abord, comme toujours, des secousses. Puis le malade se rejette brusquement en arrière, faisant l'arc de cercle, le pont. C'est alors une série

de soubresauts et de sauts avec détentes brusques, et arcs de cercle coup sur coup, qui donnent complètement l'aspect d'une attaque. Quand ces grands mouvements se calment, il survient de petits soubresauts, des tortillements, comme si le sujet se frottait le dos par suite de démangeaisons.

Les épaules et le dos arrivés à la sensibilité presque normale, le sujet éprouve encore plus le besoin de s'étirer fortement, et il se cambre le dos et les reins le plus possible jusqu'à ce qu'enfin une détente, un relâchement complet surviennent. L'hyperesthésie, qui dans ces cas siège tout le long de la colonne vertébrale, disparaît alors.

Quant aux muscles de la nuque et du cou, les réactions motrices consistent en extension forcée du cou, torsions de droite à gauche, rejets brusques de la tête en arrière, puis mouvements moins violents ; le sujet semble s'assurer que toutes les attitudes lui sont possibles, et il fait tous les mouvements qu'il est susceptible d'exécuter comme s'il les passait en revue.

Il est un phénomène qu'il est bon de signaler ici, car nous allons le rencontrer à chaque pas, c'est la propagation de la sensibilité de retour. Il m'est arrivé maintes fois, pour ne pas dire toujours, de constater que, après avoir donné l'ordre de sentir par exemple le pied, des phénomènes réactionnels apparaissent dans la jambe. Quelquefois même la propagation se fait plus loin encore, et il n'est pas rare de voir la sensibilité commencer à reparaître dans le bassin lorsqu'on est occupé à la faire recouvrer dans les membres inférieurs. La propagation de la sensibilité d'un viscère aux viscères voisins est chose non moins fréquente. Cette constatation n'a du reste d'autre intérêt que de montrer qu'il ne s'agit dans ces faits ni d'idée du sujet, ni de suggestion du médecin, mais que l'on se trouve bien en présence de phénomènes physiologiques, soumis à des lois bien déterminées et qui n'ont rien de psychologique, car elles dépendent elles-mêmes de conditions anatomiques ignorées des sujets. La douleur, reparaissant au niveau des centres des membres dans la moelle et même dans le cerveau, est là pour démontrer, à elle seule, que la relation entre les divers phénomènes est tout à fait indépendante de l'état psychologique du sujet.

On n'arrive pas en une seule séance à faire recouvrer la sensibilité normale. Il y faut souvent plusieurs séances. Le sujet vous induit involontairement en erreur, en vous affirmant qu'il ne peut pas sentir plus qu'il ne fait. Mais tant que le sens musculaire, la notion de

position des membres, ne sont pas absolument normaux, tant que la sensibilité douloureuse n'est pas très vive, il faut insister. On est tout surpris souvent de voir reparaître des réactions sensitives et motrices, à la suite desquelles la sensibilité est beaucoup plus vive, dans des membres qu'on croyait avoir recouvré leur sensibilité normale. En résumé, nous voyons que les réactions motrices qui accompagnent le retour de la sensibilité des membres, du dos et du cou, sont identiques à celles que ces mêmes parties présentent dans l'attaque convulsive. On observe de plus, au cours de ces réactions, tous les troubles du mouvement que l'on peut rencontrer dans l'hystérie, troubles du mouvement qui correspondent d'une façon constante à un certain degré delà sensibilité du membre, soit consciente, soit inconsciente. Or la simple injonction de « sentir le membre » amenant toutes les réactions, il ne saurait être douteux qu'il s'agisse bien là d'un trouble fondamental de la sensibilité tant superficielle que profonde. L'anesthésie est le trouble sur lequel il faut agir, et sur lequel seul il suffît d'agir pour voir reparaître le fonctionnement normal du membre. J'ai usé dans la majorité des cas de l'injonction simple dans l'état d'hypnose, mais ce procédé ne doit être employé que lorsque tous les autres sont devenus inutiles et réservé pour des cas graves, invétérés et généralisés, comme ceux que je rapporte. Dans les cas ordinaires tout ce qui peut, directement ou indirectement, sans mettre en jeu la suggestion, réveiller la sensibilité doit être employé. Enfin, point capital, le sujet peut dans de certaines conditions agir volontairement pour recouvrer la sensibilité perdue.

REACTIONS VISCERALES

Estomac l. — De tous les viscères l'estomac est celui qui est le plus souvent atteint dans l'hystérie. ïl n'est pas un cas peut-être où l'appétit ne diminue peu ou beaucoup, parallèlement aux autres troubles, soit d'une façon permanente, soit d'une façon passagère, et les troubles gastriques sont une des principales causes de la dénutrition qui accompagne toujours plus ou moins l'hystérie sous toutes formes. J'avais constaté ce fait, que j'ai le premier mis en évidence, à savoir que chez les anorexiques hystériques il existait toujours une

(1) Lorsque je dis que tel ou tel organe diminue, s'agrandit, gonfle, est asymétrique, est vide ou plein, gros ou petit, etc., il est bien entendu que ce sont des phénomènes subjectifs, de simples impressions du sujet, qui ne correspondent à aucune réalité.

zone d'anesthésie plus ou moins étendue siégeant au creux épigastrique et occupant même souvent une surface plus ou moins grande de la région thoraco-abdominale correspondant à l'estomac. Chez certaines de ces malades on observe de l'hyperesthésie douloureuse limitée au niveau du creux épigastrique d'une part et dans un point correspondant de la colonne vertébrale de l'autre. Mais ces points douloureux, qui sont le point de départ de crises gastriques, de spasmes, de secousses dès le contact des aliments, ou même de grandes attaques, sont toujours situés au milieu d'une zone beau, coup plus étendue d'anesthésie. Dans tous les cas où il existe des troubles gastriques, quels qu'en soient le caractère, l'intensité, la forme, on observe de l'anesthésie plus ou moins étendue, plus ou moins marquée de la région gastrique. Par analogie avec ce qui se passe pour les autres organes il était naturel de penser que cette anesthésie n'était que superposée à l'anesthésie viscérale elle-même. Le meilleur moyen de s'en assurer était de donner l'ordre à un sujet anorexique et anesthésique de la région gastrique de sentir son estomac.

Les deux premières hystériques sur lesquelles je fis cette recherche furent Marguerite (I, 10) et Marceline (III, 23). Chez Marguerite le retour de la sensibilité de l'estomac s'accompagne de secousses avec gargouillements, puis de fourmillements, d'élancements, d'un sentiment de gonflement et de plénitude. Ensuite l'estomac lui paraît vider se rapetisse et la faim commence à apparaître. Chez Marceline l'estomac est la partie la plus difficile à faire revenir. Elle y éprouve des secousses accompagnées de gargouillements, de sensations de coups de couteau, d'élancements, de crampes, de brûlures, de nausées, etc. Quand elle en a recouvré en partie la sensibilité, elle a sinon de l'appétit, du moins beaucoup moins de répugnance pour l'alimentation.

Chez Mmo L. (V, 34) l'estomac était aussi l'organe le plus difficile à faire ressentir, et je dus m'y reprendre plusieurs jours de suite. Tout d'abord je n'obtiens que des secousses avec sensations d'élancementsr de torsion de l'estomac, de fourmillements, de picotements, de brûlures. L'anesthésie cutanée du creux épigastrique disparaît, mais cependant l'appétit ne revient pas. Un jour je pousse plus loin que d'habitude, et lui ordonne de sentir encore plus que précédemment Après avoir présenté encore quelques contractions avec gargouillements de l'estomac, celui-ci lui paraît large et vide, puis se rétrécit peu à peu et finalement lui paraît bien. Quelque temps après le réveil elle me dit : « Tiens, j'ai faim, j'avais quelquefois des tiraillements d'estomac, mais je n'avais pas encore eu faim comme aujourd'hui. En voyant passer du pain j'avais envie d'en prendre. Mais elle est

vite rassasiée. » Elle reperd un peu de sensibilité gastrique les jours suivants et quand je la lui fais recouvrer (V, 42), elle éprouve des sensations qu'elle traduit ainsi : « Ça s'élargit... ça se réchauffe... ça travaille (secousses, frémissements, gargouillements)... ça se fond... ça descend, ça coule... ça fait du bien... c'est tiède... Ah! je n'ai plus froid sur l'estomac... ça se réchauffe (spasmes de l'œsophage, renvois), c'est encore comme si c'était une petite chaîne dont les anneaux' se détachent et puis ce sont des globules... Ca fait du bien... maintenant ce sont des fourmillements... il me semblait que tout était gonflé, et que le vent s'en va maintenant (éructations, soupirs profonds, bâillements), ça s'élargit... c'est vide... il se rétrécit mon estomac, c'est tiède... il est bien maintenant. »

A la suite du retour de la sensibilité de l'estomac, retour qui s'accompagne de celui de la sensibilité épigastrique, on voit revenir l'appétit, sinon immédiatement, du moins au bout de quelques séances. En effet, ce n'est pas du premier coup que l'on arrive à faire recouvrer la sensibilité gastrique, et tant que le sentiment de la faim n'est pas revenu, on peut dire que l'estomac est anormal.

Chez Mme G... (VI, 49) la sensibilité gastrique est également très difficile à restaurer, et je dus y employer plusieurs séances à cause de la fatigue qui en résultait. Là encore j'observai que le sujet, sur l'injonction de sentir son estomac, alors que je ne l'avais prévenue en quoi que ce soit de ce qui allait se passer, ni de ce qu'elle devait éprouver ou faire, présentait des réactions motrices et sensitives identiques à celles que j'avais déjà constatées. De plus, comme l'anesthésie paraissait très profonde chez elle et qu'elle mettait très longtemps à disparaître, je pus noter d'une façon plus précise les diverses phases du retour de la sensibilité. Tout d'abord elle eut des secousses très violentes, très douloureuses, non seulement de la paroi abdominale mais de l'estomac lui-même, avec des gargouillements et du clapotement, qui montraient que, parj suite de l'atonie gastrique, conséquence de l'anesthésie, il y avait toujours un résidu alimentaire. Ce résidu de liquide paraissait être expulsé par ces fortes contractions stomacales, car au bout de quelque temps, quoique les contractions continuassent, les gargouillements ne se produisaient plus. MmeG... éprouvait la sensation de quelque nœud très serré, qui se tordait en tous sens, sans parvenir à se dénouer. Il y avait par moments des détentes, et lorsque j'insistais à nouveau pour qu'elle sentît mieux, les secousses recommençaient avec un sentiment de torsion douloureuse. Puis l'estomac lui parut petit, ratatiné. Après quoi il se distendit peu à peu, puis sembla s'élargir. Il était le siège de petites secousses apparentes extérieurement, d'ondulations

qui firent place à une sensation de fourmillement très doux, « de quelque chose qui coulait très doux et tiède » ; puis il lui sembla qu'il revenait à des proportions moindres, en même temps qu'il se creusait et qu'une chaleur douce se répandait à son niveau. Enfin elle éprouva le sentiment de la faim, sans que j'aie prononcé pendant toutes les séances d'autre injonction que celle de sentir son estomac.

Chez Yvonne (IX, 102) j'eus fréquemment l'occasion d'observer la série des phénomènes de retour de la sensibilité gastrique. Elle était en effet atteinte d'une anorexie tenace, ancienne, et les rares fois où je parvins à lui rendre la sensibilité normale de l'estomac jusques et y compris le sentiment de la faim, cela ne persistait pas et chaque fois qu'elle reperdait sa sensibilité, c'était toujours l'estomac qui s'anesthésiait le premier et le plus profondément. Voici un exemple des séances de restauration de sa sensibilité gastrique : fortes secousses, d'abord inconscientes, puis accompagnées de gargouillements, avec conscience des mouvements produits ; après les secousses, qui durent en général très longtemps, surviennent des fourmillements, puis des picotements, auxquels succède une sensation de fraîcheur. Je lui ordonne de sentir plus, et je vois reparaître les mêmes réactions motrices, les mêmes secousses et soubresauts. Je lui demande pourquoi. Elle me répond : « Je ne sens pas aussi bien le côté gauche que le côté droit. » Ce côté gauche, qui est comme tout le reste de l'organisme plus anesthésié que le droit, repasse par les mêmes réactions: secousses, fourmillements, fraîcheur. Puis elle éprouve la même sensation dans tout l'estomac qui lui a semblé pendant tout ce temps diminuer de volume. Elle a ensuite des bâillements, accompagnés d'un sentiment de bien-être. L'hyperesthésie du creux épigastrique a disparu, de même que l'anesthésie de la région gastrique. Mais je n'ai pu obtenir la sensation de vide et de faim qu'au bout d'un certain nombre de séances.

Je remarquai en effet qu'en insistant beaucoup plus, à chaque phase qu'elle traverse, pour la faire mieux sentir, les secousses persistent bien plus longtemps, reparaissant à plusieurs reprises, tantôt sur un point tantôt sur un autre, ce qui prouve que la sensibilité ne reparaît pas dans toute l'étendue de l'estomac en même temps. Les sensations de chaleur, avec ou sans ondulations de l'estomac, le sentiment de « quelque chose de drôle » accompagné de bâillements et qu'elle ne peut définir, se montrent beaucoup plus rapidement quand elle a déjà fait plusieurs séances. Dans des séances ultérieures je constatai que certaines parties de l'estomac que je croyais sensibles ne l'étaient pas encore complètement, ce qui occasionna le retour

de secousses, après lesquelles elle eut des tiraillements accompagnés de nausées et de bâillements, puis de nausées seulement. Puis survint la sensation de bien-être de l'estomac, sans qu'elle pût dire s'il était vide ou plein. Enfin ce fut une « drôle de sensation ». Au réveil, que je provoque par souffle sur les yeux, elle me répète qu'elle éprouve dans l'estomac quelque chose de drôle, qu'elle ne sait pas ce que c'est, et l'idée que ce pourrait être la faim apparaît. Celle-ci se montre enfin dans d'autres séances : ce sont des crampes, puis encore « quelque chose de drôle », comme si l'estomac était plein et qu'on le creuse. Elle a des bâillements, puis des tiraillements qui cessent à leur tour. Ensuite c'est une sensation de nausée. Un sentiment de vide survient, et elle me demande si ce qu'elle éprouve est de la faim. Sans lui répondre je la réveille et elle me dit alors : « Tiens, je crois que j'ai faim; il me semble que si je prenais mon déjeuner, ça ferait passer ça. » Un autre jour, elle arrive à sentir encore plus, et dit dès son réveil qu'elle a faim ; mais cette sensation disparaît dès qu'elle a mangé, si peu que ce soit.

Les points douloureux, qui siégeaient au creux épigastrique et dans une région correspondante du dos, disparaissent en même temps que reparaît la sensibilité de l'estomac, et je constate qu'ils s'atténuent avant que la sensibilité cutanée de la région gastrique soit revenue.

J'ai remarqué plus d'une fois chez elle la superposition de cette anesthésie cutanée à l'anesthésie gastrique. Dès que l'estomac, en effet, perd sa sensibilité, ce qui commence toujours par le côté gauche, l'anesthésie cutanée de la région gauche se montre, tandis que du côté droit la peau reste sensible. La sensibilité à la douleur ne reparait qu'après la sensibilité tactile de la région épigastrique et gastrique. Plus les séances se multiplient, plus la sensibilité de l'estomac reparaît vite; plus le sujet passe graduellement de l'anesthésie à la sensibilité, plus aussi celie-ci se perfectionne et arrive à la normale.

Chez Berthe (XI, 165) ce sont des phénomènes analogues. L'estomac la brûle, puis il est gros et brûle en même temps, puis il y a des tiraillements, puis elle sent ce qu'elle a mangé d'une façon douloureuse : « C'est comme un morceau de feu. » Pendant qu'elle éprouve toutes ces sensations, elle a de temps à autre des secousses et des mouvements de reptation. Puis elle fait des mouvements de déglutition : « Ce sont des choses acides, dit-elle, qui me montent à la gorge. » Alors elle a de nouveau des secousses brusques de l'estomac en même temps que des régurgitations. L'estomac lui semble diminuer de volume, et les « acidités » diminuent aussi. Puis l'estomac se détend, s'agrandit (subjectivement) et de l'hystérie. — i. 6

nouvelles acidités se montrent. Elle éprouve de la douleur au passage des aliments au pylore. Puis l'estomac diminue après que le liquide est parti ; la sensation de brûlure disparaît, et c'est alors le sentiment que « cela creuse »; puis ça ne creuse plus et elle a faim. Marguerite G... (XIII, 186, 192, 197, 198) passe par des phases analogues. Tout d'abord, dans les premières séances, elle ressent seulement des tiraillements, des sensations de déchirement, puis des secousses, des brûlures, qui vont en augmentant puis diminuent, et à la suite desquelles apparaît la sensation de creux à l'estomac. Mais dans les séances ultérieures, après avoir recouvré la sensibilité des autres parties de l'organisme, les phénonènes de retour de la sensibilité gastrique deviennent plus distincts, plus délicats. Elle sent l'estomac qui devient gros, puis petit; puis de nouveau gros dans un autre point et ainsi de suite. Elle éprouve le sentiment qu'il s'allonge, puis qu'il se creuse. Un jour qu'elle a reperdu beaucoup de la sensibilité gastrique, elle éprouve au retour d'abord des tortillements du tronc, avec soulèvement et abaissement du creux épigastriqne, et gargouillements faciles apercevoir; ensuite ce sont des tiraillements avec sensation de brûlure, puis des sensations d'arrachement, de décollement des parois, toujours avec brûlure. Après quoi l'estomac semble grossir et se détendre ; il s'agrandit et se creuse de plus en plus. Une autre fois encore, elle va plus loin, et elle se met à bâiller avant d'en arriver à la sensation de faim.

Jeanne (XVII, 261) met longtemps à ressentir l'estomac qui lui semble « noué ». Elle y a des gargouillements, des secousses. Elle le sent d'abord gros et lourd, puis creux et enfin bien. Un autre jour, à la suite d'une séance générale de restauration de la sensibilité, celle de l'estomac n'arrive pas à la normale. A peine a-t-elle commencé à manger qu'elle est prise d'une attaque à point de départ gastrique : douleur constrictive de l'estomac, sensation d'angoisse, étouffements, crainte de mourir, perte de connaissance, cris, pleurs, contorsions générales. Sitôt qu'elle est revenue à elle, elle éprouve des fourmillements partout. Le lendemain je continue à lui faire sentir l'estomac où elle a comme « une barre ». La barre disparaît à la suite des soubresauts habituels, puis elle sent que son estomac se creuse, et enfin elle éprouve la sensation de faim. A peine a-t-elle commencé à déjeuner qu'elle est prise d'une nouvelle crise à point de départ gastrique. Je constate que sa sensibilité gastrique a disparu. Je la lui fais immédiatement recouvrer ; elle continue alors à déjeuner sans accident. Elle a encore quelques crises semblables, à la suite desquelles elle se remet à manger et n'éprouve plus que de la douleur, de la brûlure à l'estomac.

Quand elle a ressenti pour la première fois l'estomac (XVII, 257), elle a eu d'abord des frémissements et des secousses de l'épigastre, des secousses du tronc en tous sens, sans rien sentir au début. Puis elle a eu un sentiment de pesanteur, de brûlure ; puis des secousses en même temps que le gonflement et la brûlure diminuent; après quoi l'estomac ne fait plus mal, ne secoue plus, et paraît plus petit. Elle a ensuite une sensation de chaleur avec tiraillements d'estomac, puis de vide dans l'estomac ; enfin elle n'en souffre plus, se sent bien et a un peu faim.

Pauline (XVIII, 275) présente aussi des phénomènes semblables. Elle souffre depuis longtemps de l'estomac, a de l'anorexie depuis plusieurs années, avec des phases de vomissements, des spasmes œsophagiens. Réveillée par le retour de la sensibilité, je lui ordonne de « sentir son estomac », qui est très douloureux à la pression. Elle se met aussitôt à faire des contorsions du tronc, à avoir des secousses du creux épigastrique, secousses douloureuses, plus fortes que celles qu'elle a éprouvées par le retour de la sensibilité abdominale. « Ça tire, ça secoue dedans, » dit-elle. Puis elle n'y éprouve plus de douleur, mais il est gonflé. A ce moment, elle sent le contact, la piqûre et le pincement à la peau de la région gastrique. Puis elle se met à toussailler, en éprouvant des fourmillements. Ensuite, « c'est chaud, ça se détend ». Tout à coup elle s'arrête, et porte sa main à l'estomac avec une expression de vive douleur. « Ça a craqué là, me ditelle, en me montrant le creux épigastrique..., ça ne fait plus mal. » Ensuite, elle a la sensation d'un nouveau craquement, et que quelque chose se dénoue. Puis l'estomac lui paraît vide et brûlant. Après quoi, elle éprouve un peu faim. Les points gastrique et dorsal (interscapulaire) disparaissent chez elle avec le retour de la sensibilité gastrique, sans que j'aie besoin d'attirer son attention sur le rapport existant entre les deux choses. A d'autres séances, je constatai à nouveau les secousses, puis les tiraillements, puis les brûlures, ensuite des bâillements avec continuation de tiraillements et de brûlures ; puis des envies de vomir, des régurgitations, suivies de sensation de creux, de vide et de détente.

Camille (XIX, 303) a des tiraillements, des brûlures, des fourmillements ; puis l'estomac devient grand, et ensuite plus petit, puis vide, puis tout à fait bien, et elle éprouve alors le sentiment de la faim. Chez l'abbé D. (XX, 323) j'ai pu suivre, d'une façon plus nette encore, les phénomènes de retour de la sensibilité, le réveil s'étant fait presque d'emblée pour chaque organe, et complètement à chaque séance. Dès que je lui ai dit, endormi, de sentir son estomac, il se produit des contractions, légères d'abord, et qu'il ne sent pas, puis

de plus en plus fortes et qu'il ressent alors, en même temps que des gargouillements se font entendre. L'estomac lui semble d'abord lourd, et il ne se rend pas compte de ce qui lui cause cette sensation de pesanteur. Puis c'est une sensation de brûlure générale dans l'estomac, que suivent bientôt des élancements et des tiraillements qui se propagent vers le haut de la poitrine, en lui donnant une impression de brûlure jusqu'à la gorge. « C'est lourd, ça brûle, ça me tiraille, ça me fait mal, » dit-il. Il y a quelque chose qui le gêne et il a des renvois gazeux. La sensation de brûlure remonte et il a des envies de vomir. Les mouvements de l'estomac s'espacent, se ralentissent, et il a une impression de calme. Sur l'injonction de sentir complètement, des ondulations de la paroi épigastrique reparaissent, et il y a encore un point douloureux très marqué au creux de l'estomac. L'estomac lui paraît alors très grand, et il éprouve une tension douloureuse dans toute la région rétro-sternale. Son estomac, qui lui paraissait plein et gonflé tout à l'heure, est gros et vide. Des brûlures avec renvois gazeux se montrent le long de la région sternale. Puis il a soif et a comme des petites crampes et des frissonnements dans l'estomac. Alors apparaît le sentiment de la faim, de creux dans l'estomac ; il dit qu'il y a quelque chose qui vient de s'en aller. Les mouvements de l'estomac s'arrêtent alors ; son estomac lui paraît grand et chaud. Au réveil, il porte la main au creux épigastrique en disant : « Oh ! ça travaille là dedans, ça picote, ça bouge, ça fait glouglou ; ça craque dans ma tête sur le dessus ; entendez-vous comme ça craque ? »

Un phénomène des plus fréquents, à la suite de la restauration de la sensibilité gastrique, c'est la sensation de soif, qui se montre quelquefois même pendant la séance et, en tout cas, aussitôt après le réveil, et qui persiste souvent toute la journée.

Mais il n'y a pas qu'à l'état d'hypnose qu'on puisse ainsi faire recouvrer à un sujet la sensibilité de l'estomac et faire disparaître par là même les troubles dyspeptiques dont il paraît atteint, anorexie, vomissements, nausées, brûlures, crampes, douleurs de toute nature. Dans des cas où le sommeil ne peut être provoqué, où le sujet n'a qu'un degré d'anesthésie trop légère pour être plongé dans le vigilambulisme complet, comme c'était le cas de Jeanne (X, 141, 142), qui avait une hyperesthésie généralisée, et depuis longtemps de l'anorexie. Quand, par fixation de l'attention, elle recouvre la sensibilité, elle est prise de gargouillements, de secousses dans l'estomac comme celles qui sont endormies ; puis ce sont des picotements, enfin du bien-être. Sans même que je lui ordonne de sentir spécialement l'estomac, lorsque je lui fais une séance pour se ressentir de partout,

RÉACTIONS LIÉES AU RÉVEIL DE LA SENSIBILITÉ Su

de la tête aux pieds, je constate que l'estomac et l'intestin se mettent spontanément à se contracter, en produisant des gargouillements, jusqu'à ce qu'il y ait dans l'estomac une détente comme dans tout le reste du corps, à la suite de quoi l'appétit reparaît.

Chez Louise (VII, 64) la perte de sensibilité de l'estomac se manifeste par la perte de l'appétit précédée de crampes d'estomac. Je constate de l'insensibilité à la pression, de l'anesthésie à la piqûre et au contact de la région épigastrique surtout du côté gauche. Quand elle mange, les aliments lui causent de la douleur. En une séance d'électrisation faradique de la paroi abdominale la sensibilité gastrique revient, et avec elle l'appétit. Ceci montre que non seulement le retour de la sensibilité peut s'accomplir dans l'état hypnotique, ou sous l'influence d'une attention soutenue déterminant un état mental spécial, mais sous l'influence d'un excitant local, comme l'électricité faradique.

Enfin il faut ajouter que cette anesthésie gastrique peut disparaître spontanément. Dans ce cas, elle s'accompagne des mêmes phénomènes, mais atténués et répartis sur plusieurs jours. Je les ai constatés sur un grand nombre d'anorexiques hystériques primitives. Sous l'influence de l'excitation des aliments, les malades éprouvent d'abord la sensation de gonflement de l'estomac; il leur semble qu'il est plein dès qu'elles ont ingéré si peu que ce soit, et qu'elles voni étouffer; plus tard ce sont des brûlures, puis des crampes d'estomac qui surviennent, et la sensation de plénitude et de pesanteur tend à disparaître; au bout de quelque temps la sensation de vide se produit, le matin au réveil principalement, mais disparaît très rapidement dès l'ingestion d'une petite quantité d'aliments. Souvent alors les sujets éprouvent des fourmillements dans l'estomac, une sensation de chaleur intérieure, ou des nausées ; et alors l'appétii reparaît, d'abord instable, inconscient en quelque sorte, puis très conscient. Et en même temps le sommeil revient, car dans tous les cas d'anorexie l'insomnie en est l'accompagnement obligatoire. Enfin, cela va sans dire, l'anesthésie cutanée correspondant à l'estomac disparaît parallèlement au retour de la fonction gastrique et de l'appétit

La guérison spontanée de l'anorexie corrobore donc la théorie que j'émets ici et, de plus, montre que l'ordre de réapparition de la sensibilité est le même spontanément que sous l'influence d'une excitation psychique ou physique; en d'autres termes que cet ordre échappe à l'influence de l'agent qui réveille la sensibilité, et esi subordonné à des lois organiques et physiologiques.

Mais si la progression de l'anesthésie à la sensibilité normale suit

un certain ordre, il fallait se demander si la diminution, la régression de la sensibilité, suivait l'ordre inverse. La clinique nous fournit encore la réponse et l'observation de l'abbé D. (XX, 323) est catéffo nque à cet égard. En effet, chez lui, l'anorexie et les vomissements se sont développés de la façon suivante. Il y eut tout d'abord diminution et abolition du goût, puis diminution de l'appétit ; des nausées sont alors survenues, ayant leur point de départ dans l'estomac, puis les vomissements sont apparus acompagnés d'hypéresthésie gastrique et cutanée. Les deux phénomènes ont disparu à leur tour et l'anorexie seule s'est installée d'une façon permanente et absolue, avec perte complète de la notion d'existence de l'estomac.

Quand on recherche la façon dont les choses se passent chez les anorexiques qui le sont devenues graduellement, on constate toujours la même succession de phénomènes. Ce qui trompe souvent, c'est que avant de s'installer définitivement, l'anesthésie subit des variations en plus ou en moins. Mais si on ne tient compte que de la façon dont les symptômes nouveaux se sont succédé, on voit facilement que l'ordre que je donne ci-dessous est le vrai. Quand l'anorexie s'est développée d'une façon brusque, ce qui n'arrive guère que lorsqu'elle est secondaire, on peut au contraire ne pas assister à cette évolution. Du jour au lendemain l'anesthésie est complète, et la régression de la sensibilité se fait d'une façon trop rapide pour qu'on puisse en noter les phases, ni le sujet lui-même les indiquer. C'est ce qui se produit a tout instant quand, après avoir fait recouvrer à un sujet la sensibilité de l'estomac, il la reperd sous une influence quelconque Quand elle est redevenue assez stable, on peut voir la régression se produire lentement et on assiste alors à l'évolution complète de l'anorexie. Si au contraire cela arrive dans les premiers temps du réveil, alors que la sensibilité est encore très instable, la régression se fait trop vite pour qu'on ait le temps d'en marquer les étapes.

Mais si on ne peut pas toujours noter la façon dont la sensibilité se perd et les phénomènes moteurs et sensitifs dont l'anesthésie s'accompagne quand elle survient, on peut par contre noter très bien toutes les phases de sa réapparition, car cette restauration se produit toujours très lentement, ainsi qu'on en peut juger par nos observations, où il a fallu souvent plusieurs longues séances avant que le sujet en arrive à la sensation de faim. C'est là, du reste, une remarque applicable à toutes les autres anesthésies; elles peuvent se produire complètement d'emblée; jamais elles ne peuvent disparaître de même, même dans les cas où il paraît en être ainsi. Je n'en veux pour preuve que ce qui se passe dans les guérisons miraculeuses. Charcot a fait remarquer avec justesse que dans les paralysies guéries

à Lourdes par exemple, on constatait que la sensibilité tactile ne reparaissait que plusieurs jours après la disparition des troubles moteurs. Il en est de même dans les cas de guérison subite par suggestion ou auto-suggestion, où les sujets éprouvent à la suite de la disparition de leur accident des fourmillements, des picotements, des sensations de chaleur dans la partie guérie. J'ai pu m'assurer par moi-même qu'il en était ainsi quand on provoque par ordre l'anesthésie stomacale et sa disparition. Le retour est toujours beaucoup plus lent à se produire que la perte de la sensibilité. Quand on ordonne à un sujet de ne plus sentir l'estomac, il a une sensation de constriction douloureuse et de froid, et c'est àpsu près tout. Quand on lui ordonne de ressentir l'estomac, il a au contraire des contractions douloureuses plus ou moins prolongées, des brûlures, des spasmes, quelquefois avec régurgitations ou nausées, puis seulement une sensation de réchauffement et de bien-être. Ce qui est frappant surtout, c'est la disproportion qui existe entre la rapidité avec laquelle se produit l'anesthésie, le peu de phénomènes qu'on a le temps de noter, et la lenteur relative avec laquelle se fait au contraire le retour de la sensibilité, qui permet de suivre les phases de son évolution progressive.

De la comparaison de tous les faits (voir t. II) nous pouvons conclure que : 1° l'estomac est très fréquemment, pour ne pas dire constamment, dans les cas de grande hystérie, le siège d'anesthésie ; 2° cette anesthésie se traduit immédiatement par de la diminution ou de la perte de l'appétit, puis par des sensations douloureuses sous forme, soit de brûlures, soit de points hyperesthésiques siégeant ordinairement au creux épigastrique et dans un point correspondant de la colonne vertébrale, exaspérés par le contact des aliments ; 3° elle s'accompagne d'anesthésie plus ou moins marquée et plus ou moins étendue de la peau de la région gastrique, par suite de la loi de superposition de l'anesthésie ; 4° l'ordre dans lequel reparaît la sensibilité gastrique paraît être le suivant, tant pour les phénomènes moteurs que pour les sensitifs : tout d'abord ce sont des mouvements d'abaissement et de soulèvement de la paroi épigastrique avec contractions en tous sens de l'estomac lui-même, lesquelles se traduisent par des gargouillements et du clapotement dus aux liquides stagnants dans l'estomac, par suite de laparésie concomitante de l'anesthésie stomacale ; à ces mouvements inconscients succèdent des secousses conscientes, qui se produisent d'abord à gauche, puis tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; la sensibilité de l'estomac ne reparaît pas en effet uniformément dans tout l'organe, mais successi-

vement de place en place jusqu'à ce que tout ressente. On peut donc observer presque toute la série des réactions jusqu'à la normale et voir tout à coup reparaître des réactions de début. Gela tient simplement à ce qu'une nouvelle région de l'estomac se met à recouvrer sa sensibilité. Ces secousses s'accompagnent souvent de la sensation d'un nœud qui voudrait se dénouer, et qui n'y parvient pas. Aussi voit-on bientôt les brûlures s'accompagner de tiraillements, de déchirements, de sensations de coups de couteau ou de décollement des parois de l'estomac, qui paraît j^ern et lourd; mais à la sensation de poids et de volume succède la sensation que sa capacité diminue. Les brûlures diminuent, les secousses s'apaisent, ce ne sont plus que des ondulations de l'estomac ; les brûlures disparaissent en même temps, et il survient un sentiment de tournoiement, de nausée; quelquefois même, les phénomènes réactionnels se propagent à ce moment à l'œsophage, sous forme de brûlure, de sensation de gêne, remontant jusqu'à la gorge, avec régurgitations, émission de gaz par la bouche. Après quoi l'estomac, qui avait diminué, commence à se creuser,et une sensation de vide se montre en même temps que des bâillements ; c'est alors une douce chaleur qui se répand dans tout l'estomac où il y a des picotements, quelquefois des crampes ou de simples frémissements. Quelquefois alors survient une sensation de froid et de « quelque chose de drôle » que le sujet ne peut définir ; et enfin le besoin, la sensation de faim apparaît avec sentiment de détente, de bien-être. En même temps, parallèlement au retour de la sensibilité interne de l'estomac, la sensibilité cutanée de la région épigastrique reparaît. C'est d'abord la sensibilité tactile qui se montre ; puis, plus tard, la sensibilité à la douleur, au moment où les secousses ont cessé, et où les bâillements et les nausées cessent à leur tour ; ce n'est qu'à ce moment aussi que disparaissent les points épigastrique et interscapulaire ; 5° le retour de la sensibilité gastrique s'accompagne de retour de V appétit et de relèvement de la nutrition (voit Nutrition, p. 198) ; 6° aussitôt le réveil, le sujet éprouve un vif sentiment de soif ; 7° quelquefois, à la suite du travail de restauration sensitive, on voit apparaître une très légère hématémèse ; 8° cette restauration peut s'accomplir par simple fixation de l'attention, ou par excitation électrique, ou enfin par le simple contact des aliments ; 9° l'anesthésie de l'estomac est liée à l'anesthésie d'un centre spécial du cerveau, ainsi qu'en témoignentleshyperesthésieslocalisées du crâne et les sensations correspondantes éprouvées par le sujet à un moment donné dans certaines régions du cerveau, hyperesthésies et sensations qui diminuent et disparaissent parallèlement au retour de la sensibilité gastrique. (Voir Localisations cérébrales, p. 385.)

Abdomen. — Maintenant que nous savons ce qui se passe pour l'estomac ,il est facile de comprendre qu'on doit observer des phénomènes analogues du côté de l'intestin. Tout porte à le croire à priori. Quoique l'anesthésie y soit moins facile à constater objectivement, elle se traduit par des signes non équivoques.

Tout d'abord c'est le trouble fonctionnel qui attire le premier l'attention. La constipation est presque la règle chez les hystériques. Mais cela ne suffirait pas ; ce qui est caractéristique, c'est que la plupart des hystériques n'éprouvent pas le besoin d'aller à la selle. Elles restent plusieurs jours sans y aller et ne songent même pas à s'en plaindre, elles n'en sont pas incommodées. Rien ne les avertit de la plénitude de leur intestin, rien ne les avertit souvent non plus du besoin de la défécation ; rien quelquefois même ne les avertit qu'elles ont évacué leur intestin. Cette inconscience d'une fonction aussi importante ferait déjà présumer qu'il existe une anesthésie plus ou moins profonde. Celle-ci est mise en évidence par ce fait constant de la superposition de l'anesthésie superficielle, cutanée, à l'anesthésie viscérale profonde. Anesthésie de l'intestin entraînant sa parésie, celleci amenant la constipation, le réflexe anal disparaissant, et le besoin de défécation, l'acte même de la défécation, restant inconscient ou subconscient, tout cela est absolument logique et conforme à tout ce qu'on observe d'autre part dans l'hystérie.

Pour contrôler cette opinion je me bornai à ordonner à Marguerite (I, 10), celle sur laquelle je constatai pour la première fois le réveil du vigilambulisme, de sentir son ventre. Je me servis à dessein de cette formule vague pour mieux juger ce qui allait survenir, pour voir en particulier si les réactions, en tant qu'il s'en produirait, se limiteraient à la paroi abdominale ou gagneraient la profondeur. Je ne spécifiai donc pas de sentir les intestins plutôt que tel autre organe de l'abdomen, mais bien le ventre tout simplement. Or, non seulement j'observai des contractions de la paroi, et des secousses du bassin, qui pouvaient être uniquement imputables à la paroi, mais encore des gargouillements, perceptibles à l'oreille et à la main, gargouillements intenses, continus, qui ne pouvaient évidemment siéger que dans l'estomac ou l'intestin. Ces contractions et ces secousses s'accompagnèrent de douleurs comparées par Marguerite à des coups de couteau, à des déchirures intérieures. Puis il lui sembla qu'il se formait intérieurement des nœuds, et elle éprouva des sensations de torsion, de pesanteur, de brûlure, de crampe. Puis peu à peu tout se dénoua, se détendit. En même temps que ces phénomènes se produisaient, la sensibilité de la paroi abdominale

reparut, et, par contre, les points ovariens disparurent. Constipée ordinairement, elle eut, à la suite du retour de la sensibilité abdominale, de la diarrhée.

Je signale en passant la disparition des points ovariens sous l'influence du retour de la sensibilité de l'abdomen. J'aurai lieu d'y revenir et de montrer combien sont peu comparables à eux-mêmes ces fameux points ovariens dont le siège est presque partout, excepté aux ovaires.

Chez Marceline (III, 23) on observe des phénomènes objectifs et subjectifs identiques, et à la suite également de la diarrhée au lieu de la constipation ordinaire, ainsi que la disparition des points ovariens.

Chez Mme L. (V, 34) les viscères de l'abdomen furent les premiers où je cherchai à réveiller la sensibilité. Dès que je lui ai ordonné de « sentir son ventre », elle y éprouve des sensations de coups de couteau, de déchirures. En même temps se produisent des contractions des muscles abdominaux et des intestins, accompagnées de gargouillements intenses. Puis ce sont des sensations de nœuds qui se forment dans l'intérieur du ventre, de pesanteur, de torsion, de brûlure, de fourmillement et de crampe, qui vont en s'atténuant et finissent par disparaître. En même temps que je constate le retour de la sensibilité cutanée de l'abdomen, les sensations de besoin, tant pour la miction que pour la défécation, reparaissent dans la conscience. Et à la suite de la [première séance de restitution de la sensibilité de l'abdomen il y a un flux diarrhéique. De plus, corrélativement à ce retour, le point ovarien gauche, le seul d'ailleurs qui existât, disparaît.

Chez Mme C. (VI, 48) il se produit des phénomènes identiques. C'est encore par l'abdomen que je commençai chez elle la restauration de la sensibilité viscérale. Peu après lui avoir ordonné de « sentir son ventre », sans préciser autrement, j'observe des contorsions du bassin ; le ventre se soulève et s'abaisse avec des secousses plus ou moins violentes et généralisées. Ces secousses sont douloureuses et Mme G. dit que « c'est comme si tout se tortillait intérieurement ». Après les secousses, qui s'accompagnent comme dans les cas précédents de gargouillements, surviennent des élancements, puis des fourmillements, puis une sensation de brûlure, de chaleur, et enfin plus rien qu'un sentiment de détente, « comme si ça se dénouait intérieurement ». En même temps toute la paroi abdominale recouvre sa sensibilité.

J'eus l'occasion d'analyser plusieurs fois le phénomène chez cette malade. Mais ce qui est le plus intéressant, c'est que chez elle l'anes-

RÉACTIONS LIÉES AU RÉVEIL DE LA SENSIBILITÉ (»l

thésie affectant principalement le côté gauche, et exclusivement même ce côté quand il n'y eut plus qu'une légère diminution de la sensibilité, c'est de ce côté seulement que le ventre présentait des réactions. C'est ainsi qu'un jour où je lui faisais une séance générale pour restaurer d'une façon complètement normale sa sensibilité émoussée, et son abdomen présentant depuis quelque temps de l'hyperesthésie du côté gauche, le retour de la sensibilité s'accompagna du côté gauche seulement de secousses de plus en plus douloureuses et de sensations qu'elle décrivit ainsi : « Ça me tire dans le ventre, on dirait des cordes. » En même temps elle ramenait sa cuisse gauche en adduction et flexion sur le bassin, et on entendait des gargouillements pendant qu'elle disait ; « Ça se noue et ça se dénoue... ça se disloque... ça craque là dedans », jusqu'à ce qu'enfin l'hyperesthésie de l'abdomen disparût à gauche en même temps que le sentiment de détente, de bien-être reparaissait intérieurement.

Un autre jour elle a encore des secousses et des gargouillements de l'abdomen, des fourmillements du côté gauche du ventre sur lequel elle appuie sa main comme pour le contenir. Après quoi elle a la sensation de quelque chose qui coule, qui fourmille, puis plus rien. Un autre jour encore, elle se plaint que « ça fait un remue-ménage dans le ventre à gauche ». Il existe un point ovarien de ce côté avec anesthésie superposée. Quand tout lui paraît normal dans l'abdomen, la sensibilité de la paroi est revenue et le point ovarien a disparu.

Yvonne (XI, 125) présente, quand je lui fais recouvrer la sensibilité de l'abdomen, des secousses, des gargouillements, des sensations de nœuds, des élancements et un sentiment de détente à la fin. A la suite elle a des envies d'aller à la selle, mais sans parvenir à satisfaire son besoin, ce qui tient à ce que l'anus est encore anesthésique et ne peut se contracter volontairement. En continuant à lui faire sentir l'abdomen elle a des sensations de déchirement, des tiraillements, des élancements, avec la sensation de nœuds qui se forment ; puis cela se dénoue, et elle a des énervements , des grincements de dents, du hoquet, le tout accompagné de secousses plus ou moins violentes de l'abdomen, sans que la sensibilité cutanée revienne encore. Puis elle a des pincements dans le ventre, et commence à sentir le fondement. A la suite elle a encore des envies d'aller à la selle, et quelquefois elle a une selle ou même de la diarrhée.

Des phénomènes analogues se passent chez Jeanne D. (X, 141) qui cependant n'a jamais été mise en état de sommeil hypnotique. Chez Berthe (XI, 157) le retour de la sensibilité de l'abdomen, qui présente d'ailleurs les mêmes réactions objectives et subjectives, amène toujours de la diarrhée et des coliques.

Quand l'anesthésie est moins profonde, on n'observe que les dernières impressions. Eugénie (XVI, 237), ayant reperdu la sensibilité de l'abdomen d'une manière assez légère entre deux séances, commence par présenter les réactions motrices habituelles sans en avoir conscience, puis elle sent remuer l'intestin et la paroi ; puis l'abdomen brûle, puis picote et ensuite elle ressent des élancements. Après quoi elle dit ne plus rien éprouver d'anormal et le bien sentir. Le retour de la sensibilité cutanée correspond à l'apparition des élancements.

Chez l'abbé D. (XX, 32^) on observe également bien les phases du retour de la sensibilité abdominale. Ce sont d'abord des ondulations de la paroi, qu'il ne perçoit pas; puis des crampes dans l'intestin, puis des tiraillements. Il a ensuite des mouvements de va et vient du bassin, la paroi se soulève et s'abaisse d'une façon rythmique. Après quoi il a la sensation de « quelque chose de long qui tire dans le ventre », et en même temps apparaissent des sensations de brûlure, et des picotements ensuite. A ce moment la sensibilité cutanée est reparue. 11 a l'impression que le ventre est trop petit ; puis les mouvements s'arrêtent et c'est une douce chaleur qu'il y ressent. A la suite de ce retour de sensibilité il va abondamment à la selle trois fois dans la soirée, et s'étonne de sentir les efforts et les coliquesqui se produisent.

Chez Jeanne (X, 144) au fur et à mesure que l'hyperesthésie du dos disparaît, la sensibilité de l'estomac et de l'abdomen revient. D'autres, auxquelles j'ordonnais de ressentir le dos, croyant queles points douloureux lombaires tenaient à l'anesthésie des musclesdu dos, se mettaient à présenter ces réactions caractéristiques du retour de la sensibilité de l'intestin.

Nous avons vu que le retour de la sensibilité de l'abdomen, de l'intestin pour mieux dire, car nous allons voir tout à l'heure les réactions qui accompagnent le retour de la sensibilité du bas-ventrer et des organes génitaux en particulier, amène la disparition despoints ovariens, ce qui semble démontrer que, dans un certain nombre de cas tout au moins, les points ovariens ont leur siège sur l'intestin lui-même. Dans d'autres cas cette anesthésie est liée à des douleurs lombaires. Pauline remarque (XVIII, 267) que « ça lui tire dans lesreins quand elle sent ses intestins » . Nous reviendrons sur ces faits en étudiant les points hyperesthésiques et hystérogènes.

Mais il est un fait qui est de la plus haute importance et que j'ai observé plusieurs fois, c'est la correspondance qui existe entre le cerveau et l'intestin. Jeanne (X, 143), après avoir recouvré en appa-

rence presque toute sa sensibilité, n'a plus que la céncsthésie de la tête à recouvrer. A la fin de la séance dans laquelle cette cénesthésie était revenue à la normale, elle est prise tout à coup de gargouillements dans l'intestin et l'estomac, elle respire plus librement et sent bien battre son cœur. Or, je ne lui ai dit qu'une chose : Sentez votre tête complètement. Le seul fait de ressentir son cerveau a donc fait reparaître la sensibilité dans des viscères sur lesquels je n'avais nullement attiré l'attention du sujet. J'ai vu ainsi plusieurs fois reparaître la sensibilité de l'abdomen ou de l'estomac chez des sujets chez lesquels je cherchais à provoquer seulement le réveil général, ou auxquels je finissais de rendre la sensibilité de la tête. Gela s'accorde d'ailleurs tout à fait avec l'hypothèse que je soutiens des centres viscéraux du cerveau. (Voir Localisations cérébrales.)

En résumé, il résulte des faits ci-dessus et des observations du tome II que : 1° l'intestin, et d'une façon générale l'abdomen, peut être le siège de l'anesthésie hystérique, comme tout autre viscère ; 2° cette anesthésie intestinale amène de l'anesthésie de la paroi abdominale, et, suivant son degré, des points dits ovariens (iliaques pour mieux dire) ou lombaires, disparaissant avec le retour de la sensibilité abdominale et intestinale, ce qui montre nettement le lien qui existe entre les deux ; 3° cette anesthésie entraîne l'inconscience des phénomènes dont l'intestin est normalement le siège, et de la parésie intestinale; d'où ballonnement, météorisme, et constipation par suite de la perte du besoin de défécation ; 4° cette anesthésie est d'origine cérébrale ainsi que le démontre sa disparition, soit sous l'influence de l'injonction faite au sujet en état de sommeil hypnotique, soit par fixation de l'attention, soit par réveil de la cénesthésie cérébrale; 5° cette disparition de l'anesthésie intestinale s'accompagne des réactions suivantes : sitôt l'ordre donné de « sentir le ventre », apparaissent des contractions de la paroi et de la masse intestinale, des contorsions du bassin, inconscientes d'abord, puis conscientes. Puis apparaissent des secousses, accompagnées de gargouillements, et douloureuses . Ces sensations douloureuses se présentent sous forme de coups de couteau, de déchirures. Les mouvements de l'abdomen commencent alors à diminuer et avec eux les gargouillements. Ce sont des sensations de nœuds qui se forment dans le ventre, de torsion de l'intestin, puis de pesanteur. Les réactions motrices s'atténuent de plus en plus et ne se montrent que de temps à autre. Apparaissent alors des élancements, des fourmillements, des picotements, des crampes passagères, des brûlures, puis de la chaleur douce. Au moment où surviennent les élancements et les

picotements, l'anesthésie cutanée disparaît. Bientôt c'est un sentiment de détente, comme si les nœuds, précédemment formés, se dénouaient, et une sensation de chaleur douce envahit l'abdomen. Enfin le sujet n'éprouve plus rien de particulier, la sensibilité cutanée est normale, il n'y a plus de points douloureux dans le ventre, ni dans les lombes ; la sensation de besoin reparait au réveil, ainsi que la conscience des efforts de défécation, et il y a ordinairement, soit des envies d'aller à la selle, soit de la diarrhée.

Organes génitaux. — L'anesthésie qui frappe tous les viscères n'épargne pas les organes génitaux. Les troubles physiologiques, normaux, qu'y apporte la menstruation, ne sont pas, on le conçoit, sans faire varier singulièrement cette anesthésie. Quand il n'existe pas d'anesthésie, il y a de l'hyperesthésie, mais on peut dire qu'en aucun cas l'état de la sensibilité n'est normal.

Que se passe-t-il donc quand on rétablit la sensibilité des organes génitaux? Il n'y avait pas à songer, surtout chez des jeunes filles, à leur donner des injonctions précises touchant leurs organes externes ou internes. Je me suis donc borné à leur dire de « sentir le basventre ». Gela avait en outre l'avantage de me permettre de voir de quelle façon les réactions se produiraient, si elles porteraient ou non sur les organes internes dont la situation anatomique était assez mal connue des sujets, ou seulement sur les organes externes. La première fois d'ailleurs que je constatai les réactions des organes génitaux, ce fut en quelque sorte d'une façon inattendue, par suite de la propagation spontanée de la sensibilité à ces organes.

C'était au cours d'une séance avec Hermine (VIII, 79), à laquelle je faisais recouvrer la sensibilité de l'abdomen. Tout à coup, au milieu des secousses habituelles indiquant la réaction de l'intestin, elle se met à écarter les jambes en disant : « On m'ouvre le corps ; non, je neveux pas; c'est mal de faire cela. » Elle avait fréquemment de l'hyperesthésie, c'est-à-dire une anesthésie légère avec sensation de brûlure, qui la poussait à la masturbation, d'une manière impulsive, ce dont elle était désolée, à cause de ses principes religieux. Quand elle a recouvré la sensibilité génitale, elle est étonnée d'avoir conscience de ses formes (VIII, 94) : « Je n'avais jamais senti ces parties-là, me dit-elle, je n'aurais pas pu dire comment j'étais faite. »

Yvonne éprouve (IX, 105), quand elle recouvre la sensibilité des organes génitaux, la sensation qu'on lui enfonce un gros bâton dans le bas-ventre. Elle y ressent en même temps de violentes secousses et elle a des douleurs vives de caractère expulsif. Il lui semble qu'un

corps volumineux la distend, qu'elle est grosse, et qu'elle va expulser quelque chose. Elle éprouve des tiraillements dans les reins, puis des pincements, et ensuite des brûlures dans le bas-ventre. Elle est aussi très sujette à des sensations génésiques en temps ordinaire, principalement avant et après les époques menstruelles.

Un autre jour, lui faisant sentir le bas-ventre, elle y éprouve des sensations de coups de couteau très violentes, puis au bout d'assez longtemps des picotements dans certaines parties et des élancements dans d'autres; et en même temps elle a le sentiment qu'elle expulse du vagin un corps étranger qui l'écartèle. Elle a des élancements à gauche, correspondant dans la jambe et lui donnant des secousses. Puis il lui semble qu'on lui tire les nerfs des jambes; elle a du côté gauche la sensation * d'un bâton qui l'écorche ». Elle a ensuite un sentiment d'énervement, d'inquiétude, depuis les reins jusqu'à la plante des pieds, qui la force à agiter les jambes dans tous les sens. Enfin elle a un sentiment de détente, de bien-être. Le lendemain, dans la séance pour parfaire sa sensibilité, elle éprouve des élancements, des picotements, des brûlures, des tiraillements s'étendant de l'abdomen aux membres inférieurs ; après quoi ce sont des tortillements, et enfin le calme complet et la sensibilité normale.

Marie-Louise, âgée de dix-neuf ans, hystérique depuis l'âge de treize ans et placée à cette époque dans une maison de santé, est victime, en vertu de considérations théoriques sur les rapports de l'hystérie avec le sens génésique, d'une manœuvre gynécologique ou soi-disant telle, pratiquée par l'interne de l'établissement, et dans laquelle il y a rupture de l'hymen. La vive douleur qu'elle ressent persiste. Elle a, à la suite, de la contracture de la hanche et fait une coxalgie hystérique, qui persiste encore aujourd'hui, avec point utérin très marqué. Elle a en outre l'idée qu'elle a une plaie qui se rouvre ou se déchire continuellement dans le bas-ventre et à laquelle elle attribue la douleur de son point utérin. Je lui ordonne en état d'hypnose (je me suis assuré qu'elle est en état de vigilambulisme complet, totalement anesthésique, avec régression de la personnalité, etc.) de « sentir son bas-ventre ». Elle se met aussitôt à faire des mouvements de va-et-vient du bassin, de soulèvement et d'abaissement. En même temps elle éprouve dans le bas-ventre, dans les organes génitaux, des élancements qui lui font porter la main au-dessus du pubis comme quelqu'un qui ressent une vive douleur au bas-ventre. Les mouvements rythmiques sont entrecoupés de secousses, de soubresauts, accompagnés d'une douleur de reins. Elle ressent ensuite comme un corps étranger qui serait plongé dans son bas-ventre et

qu'elle chercherait à expulser, puis ce sont des brûlures et enfin une douleur vague qui prédomine au niveau de l'aine à l'insertion des adducteurs, et une autre sur le trajet abdominal du psoas, vers la région moyenne, du côté gauche seulement. La sensibilité aux différents modes a déjà reparu dans toute la partie inférieure de l'abdomen, au-dessus du pubis et des aines; le périnée sent également, sauf les adducteurs gauches. En continuant à sentir, elle est obligée d'écarter la cuisse gauche, de la fléchir sur le bassin, de lui faire exécuter des mouvements de rotation en dedans et en dehors, bref, tous les mouvements possibles d'une articulation normale. Enfin elle a des brûlures suivies d'une sensation d'énervement, d'agacement dans toutes les parties, et elle se tortille très rapidement; elle se trémousse si je puis dire, jusqu'à ce que tout se calme. Alors la sensibilité est normale au bas-ventre, au périnée, aux aines. Elle exécute des mouvements de l'articulation de la hanche gauche comme de la droite. Elle n'a plus de points utérin ni ovariens. Au réveil, elle n'a plus l'idée d'une plaie intérieure, qu'elle croyait auparavant incurable.

Chez les hyperesthésiques on constate des troubles analogues ; seulement la sensibilité n'est perdue qu'à un degré beaucoup moindre; aussi n'est-ce ordinairement que des sensations de brûlures, de distension, de gonflement des parties, que les malades éprouvent. La moindre congestion de ces organes, même quand ils ont recouvré leur sensibilité normale, suffît à y provoquer l'hyperesthésie et les troubles qui l'accompagnent. Il est rare d'ailleurs que l'anesthésie soit complète et permanente. Les phénomènes physiologiques qui se passent dans les organes génitaux de la femme font que c'est plutôt des diminutions de la sensibilité et, le plus souvent alors, de l'hyperesthésie qu'on rencontre.

En comparant ces faits nous croyons pouvoir dire que : 1° les organes génitaux peuvent être le siège, chez les hystériques, d'anesthésie ou d'hyperesthésie comme tous les autres viscères ; 2° cette anesthésie porte sur les parties externes comme sur les parties internes ; 3° elle s'accompagne de points douloureux situés au niveau de l'utérus, au-dessus du pubis, et dans les fosses iliaques, bien audessus des ovaires ; 4° elle peut être telle que les sujets n'ont pas la moindre conscience de leurs formes corporelles; 5° les sensations qui accompagnent l'anesthésie incomplète et l'hyperesthésie sont le point de départ d'idées (attouchements, viols, plaies) qui disparaissent avec le retour de la sensibilité ; 6° les régions voisines du périnée, les aines, la région des adducteurs des cuisses, participent aux phé-

nomènes de sensibilité des organes génitaux, et ce sont les dernières parties qui recouvrent la sensibilité normale; 7° les phénomènes qui accompagnent le retour de la sensibilité des organes génitaux, se présentent dans l'ordre suivant : mouvements de va-et-vient du bassin, de soulèvement et d'abaissement; en même temps sensations de coups de couteau, élancements, douleurs lancinantes dans l'utérus et le vagin, s'accompagnant de soubresauts, puis sensation de distension des parties par un corps plus ou moins volumineux; efforts d'expulsion de ce corps étranger; tiraillements partant des reins et descendant jusque dans les cuisses; puis brûlures des parties externes et du vagin, picotements, puis fourmillements, avec ralentissement des mouvements des cuisses qui s'écartent et se rapprochent, s'étendent et se fléchissent, font des mouvements de rotation en dedans et en dehors ; ensuite sensation d'énervement avec tortillements du bassin ; disparition progressive et parallèle des points douloureux (utérin et iliaques); enfin détente, bien-être, sentiment exact des formes corporelles, disparition complète des douleurs et sensibilité normale de toute la région abdominale inférieure, périnéale et inguinale; 8° dans les cas où on rencontre l'anesthésie limitée aux organes génitaux, on constate qu'elle coïncide avec certains points douloureux de la tête, qui ne sont autres que les points correspondant aux centres de ces régions et de ces organes, centres voisins de ceux du membre inférieur dont le développement embryologique est intimement lié au leur. (\ oir Localisations cérébrales, p. 385.)

Appareil respiratoire. — Ayant observé que chez beaucoup de malades l'aphonie, la toux hystérique, les spasmes laryngés, les accès de dyspnée coïncidaient avec une anesthésie plus ou moins étendue de la région sus et sous-hyoïdienne et de la poitrine, et sachant d'autre part combien est fréquente l'anesthésie du pharynx et des cordes vocales, j'eus tout naturellement l'idée que les accidents respiratoires devaient tenir, comme tous les autres, à cette anesthésie. J'essayai donc là encore de voir ce qui se passerait quand j'ordonnerais à un sujet de « sentir sa gorge, sa poitrine ».

Je ne saurais ici préciser d'une façon très rigoureuse les diverses réactions spéciales à l'appareil respiratoire par la raison que j'étais obligé de dire à mes sujets : « Sentez votre gorge, sentez votre cou, sentez votre poitrine, votre respiration, » et non pas : « Sentez votre larynx, votre trachée et vos bronches. » Toutes les parties contiguës aux voix respiratoires supérieures participaient donc au retour de la sensibilité. Mais je dois dire tout de suite qu'il se produisit là ce qui se produit partout, à savoir que tous les organes qui concoul'hystérie. — i. 7

rent à une même fonction sont solidaires l'un de l'autre au point de vue de l'anesthésie et du retour de la sensibilité.

Mmc G... (VI, 49), anesthésique totale, mais plus particulièrement du côté gauche, a continuellement une sensation d'étouffement ; il lui semble que l'air ne pénètre pas dans sa poitrine et elle a un sentiment d'oppression continuelle; sa poitrine lui semble engourdie et ratatinée. Après lui avoir fait recouvrer la sensibilité des membres inférieurs, de l'abdomen et de l'estomac, je lui ordonne un jour de « sentir sa poitrine, sa respiration ». Elle se met à respirer avec plus d'ampleur, avec des suffocations d'abord, puis plus tranquillement et enfin normalement, avec la sensation très nette de ses inspirations et de ses expirations. Une autre fois elle sent que « ça se dilate ». Le retour de la sensibilité du larynx s'accompagne de picotements, de mouvements de déglutition, comme pour avaler un bol trop volumineux. En même temps elle tourne le cou en tous sens de droite à gauche, et d'avant en arrière, comme pour s'assurer qu'elle peut exécuter tous les mouvements possibles. A la suite de ces réactions la sensibilité cutanée de la poitrine et du cou reparaît.

Jeanne (XVII, 268), après avoir recouvré également la sensibilité depuis l'estomac jusqu'aux pieds, reçoit l'ordre de sentir depuis le cou jusqu'à la taille. Elle est prise aussitôt de trépidations des bras, de contorsions du tronc, de mouvements d'extension et de flexion du cou, de fortes inspirations. En insistant, il survient de la toux spasmodique avec sifflements laryngés ; « ça gratte dans la gorge, ça m'étouffe, » dit-elle. Elle a alors du hoquet, est prise de cris ressemblant au chant du coq, avec des inspirations saccadées, gutturales, des sifflements laryngés, puis des gémissements. A ce moment, elle dit que « ça se dilate », comme Mme G. Puis tous ces phénomènes disparaissent graduellement et elle se met à respirer d'une façon haletante et profonde. A ce moment elle sent ie chatouillement, le contact et la douleur au cou. Elle a ensuite une respiration un peu gémissante. Une fois réveillée à ce moment, elle a une toux spasmodique dans la journée. Quand on continue à lui faire recouvrer la sensibilité de la gorge, elle a cette même toux spasmodique, puis elle éprouve des picotements, puis des fourmillements, puis plus rien d'anormal. L'aphonie disparaît également quand elle recouvre la sensibilité de la gorge.

Chez l'abbé D... (XX, 324), il se produit des réactions analogues. Je lui dis de sentir sa poitrine depuis la gorge, de se sentir respirer. Aussitôt il dilate la poitrine par petits coups et remue tout le tronc sans s'en rendre compte. Puis il est pris d'expirations saccadées, de toux sèche, laryngée. Il a la sensation que ça chatouille dans la

poitrine, et est pris de bâillements et d'expirations saccadées. Puis la toux laryngée devient plus fréquente, spasmodique ; la respiration s'accélère et il a des secousses plus violentes de la poitrine, puis des tiraillements dans la région sternale ; il se met à tousser avec sensation de picotements dans la gorge, puis dans toute la poitrine. A ce moment, le cou et la poitrine n'ont pas encore recouvré toute leur sensibilité; il sent la piqûre comme un simple contact, et intérieurement il a le sentiment de quelque chose qui le gêne au cou ; puis c'est une sensation de fraîcheur et de bien-être, et il a dès lors la notion du contact et de la piqûre. La poitrine lui semble encore toute petite. Il tousse fort et a des soubresauts de la poitrine qui se dilate avec effort et de plus en plus : « C'est comme quand on a couru et qu'on est essoufflé, » dit-il. La respiration est en effet très précipitée, mais le pouls est normal. Je m'aperçois qu'il ne sent pas encore le dos et lui dis de le sentir. La poitrine lui paraît alors gonflée, puis il est essoufflé ; sa poitrine est alors plus petite, la respiration est encore un peu précipitée et superficielle. Il a des picotements dans la gorge et toussaille encore. Arrivé à ce point une autre fois, il ressent des brûlures, puis du tremblement dans la poitrine ; sa respiration s'accélère de nouveau, il pousse des hem ! hem ! comme si quelque chose le gênait dans la gorge ; puis tout se calme, il a un sentiment de détente et de bien-être.

Chez Pauline (XVIII), le retour de la sensibilité de la gorge et de la poitrine amenait la disparition des sifflements laryngés qu'elle avait, des spasmes laryngés et des accès de dyspnée. Elle était prise, dès qu'on lui ordonnait de sentir sa gorge, de suffocations, puis de respiration sifflante, de toux, de soubresauts du dos, de hoquet et éprouvait des tiraillements à la nuque. Chez elle, dès que la région laryngée s'anesthésiait, elle était prise de suffocations et de sifflement inspiratoire.

Marguerite (XIII), sujette à de la dyspnée, à de la toux hystérique, à de l'aphonie, présente ces troubles quand son cou s'anesthésie, du côté gauche surtout. Quand je lui fais ressentir la gorge et la poitrine, tout disparaît.

Le Dr L. présente par moments de l'anesthésie de la gorge et du cou sous forme de plaques plus ou moins étendues. Dès que l'anesthésie se produit il a la sensation d'un corps étranger dont le volume est en rapport avec l'étendue de la plaque d'anesthésie, qui siège toujours du côté droit. Il compare, selon le moment, le volume de ce corps étranger imaginaire à un pavé, à une noix, à une lentille. Parfois l'anesthésie s'étend le long du cou et descend sur la région sternale. Alors il est pris de dyspnée. Il se figure qu'il ne peut plus

respirer, qu'il va mourir suffoqué et il a un violent accès d'angoisse, qui se termine généralement par des larmes. Que je le faradise du côté de l'anesthésie, et sous l'influence des contractions musculaires passives, la sensibilité reparaît ; aussitôt le pavé, la noix ou la lentille disparaissent comme par enchantement ; de simples massages ou des mouvements de déglutition volontaires arrivent au même résultat. L'anesthésie est d'ailleurs toujours assez légère.

J'ai fréquemment observé aussi la sensation d'allongement pour le cou, comme on l'observe d'ailleurs pour les membres qui recouvrent leur sensibilité.

En même temps que l'anesthésie, il existe toujours des points douloureux dont la disparition coïncide avec le retour de la sensibilité. Ces points douloureux, pour l'appareil respiratoire, ont un siège très variable. On peut les rencontrer sur toute la surface pour ainsi dire de la poitrine, principalement au-dessus et au-dessous du sein, dans la ligne axillaire et dans les fosses sous-épineuses. Le point le plus fréquent et le plus tenace siège sur la colonne vertébrale entre le renflement dorsal et le renflement lombaire, au-dessus du point correspondant à l'estomac et au-dessous de celui correspondant aux membres supérieurs. Tant qu'il existe dans la partie supérieure de la colonne vertébrale quelque point douloureux, on peut être assuré que l'appareil respiratoire ou les membres supérieurs n'ont pas recouvré toute leur sensibilité. Et il est facile alors de constater, autour de ce point, de l'anesthésie de la région dorsale. Quant au cou, le point douloureux qui correspond à son anesthésie siège au niveau de la nuque, ou de chaque côté sur les sterno-mastoïdiens.

Il est assez difficile de dissocier les anesthésies des divers organes qui entrent dans la composition de la poitrine et plus encore du cou. Dans la poitrine certains muscles de la cage thoracique peuvent être seuls pris, contractures, hyperesthésiés, ou parésiés et anesthésies. Le cœur, l'arbre respiratoire, sont plus faciles à distinguer, car ils ont des réactions très caractéristiques. Mais s'il est aisé de reconnaître les phénomènes inhérents au retour de la sensibilité cardiaque, ceux propres et exclusifs à l'appareil respiratoire sont beaucoup plus vagues et se confondent en partie avec ceux du cœur. Les sensations d'étouffement, de resserrement de la poitrine, appartiennent aux réactions des deux organes. Lorsqu'on dit à un sujet de se sentir respirer, le larynx et le pharynx participent aux réactions comme la trachée. Lorsque l'on ordonne au sujet de sentir sa gorge, son cou, on ne peut séparer les organes des muscles qui s'y insèrent et qui

les mettent en mouvement, ni de la peau qui les recouvre. Aussi observe-t-on des réactions moins franches, ou pour mieux dire, moins nettement rattachables à telle ou telle partie.

Quoi qu'il en soit, les choses se présentent toujours de la même façon et la disparition des accidents d'ordre respiratoire, aphonie, toux, spasmes du larynx ou du pharynx, hoquet (certaines formes), dyspnée, angoisse, etc., lorsqu'on ordonne simplement à un sujet endormi de sentir sa poitrine ou sa gorge, ou lorsque par un procédé quelconque on lui rend la sensibilité de ces régions, montre bien qu'il ne s'agit là que de troubles dus à l'anesthésie des organes. En outre, la disparition de certains points douloureux, à l'insumême du sujet, dont l'attention n'a nullement été attirée soit sur leur existence, soit encore moins sur leur rapport avec l'anesthésie organique, prouve qu'il se passe là des phénomènes d'ordre mécanique, physiologique, régis par des lois spéciales, en dehors de toute idée préconçue ou auto-suggérée du sujet, et en dehors également de toute intervention du médecin.

Des faits nombreux que j'ai observés, non seulement chez les sujets dont je rapporte l'observation, mais chez un grand nombre d'autres, je crois pouvoir conclure que : 1° non seulement le pharynx et le larynx, dont l'anesthésie est connue depuis longtemps, mais encore tout l'arbre respiratoire peuvent être le siège d'anesthésie ; 2° cette anesthésie organique se traduit par l'anesthésie des parties qui recouvrent les organes extérieurement, et par celle de la muqueuse qui les tapisse intérieurement, et son existence peut être facilement reconnue dans les parties supérieures; 3° cette anesthésie s'accompagne de points douloureux disséminés sur la poitrine et principalement sur la colonne vertébrale, un peu au-dessous du point correspondant aux membres supérieurs, le renflement cervical, pour la poitrine (trachée, poumons), et au-dessus de lui, à la nuque, pour le larynx et le cou d'une manière générale ; 4° elle peut être complète ou incomplète : complète, elle n'entraîne pas d'idées hypochondriaques, ni d'accidents apparents; incomplète, elle détermine au contraire des phénomènes de dyspnée, d'angoisse, de toux, de spasmes, d'aphonie, de voix bitonale, etc., suivant son siège et son intensité; 5° les phénomènes réactionnels qui accompagnent le retour de la sensibilité de l'appareil respiratoire sont, pour la poitrine : augmentation d'amplitude des mouvements respiratoires, s'accompagnant de sensation d étouffement,de dyspnée, de suffocation; inspirations et expirations plus accélérées, saccadées, avec sensation de chatouillement, tiraillements, picotements; essoufflement; sensation de rétrécissement, de

raccourcissement de la poitrine; brûlures, puis gonflement de la poitrine, qui se rapetisse ensuite et redevient normale; puis refroidissement, délente, bien-être; pour le larynx et d'une façon générale pour les voies respiratoires supérieures, les réactions sont les suivantes : toux spasmodique, sifflements respiratoires, picotements, étouffements, hoquet, cris quelquefois ; soubresauts du dos, tiraillements à la nuque, mouvements de déglutition, torsion du cou, sensation d'allongement du cou; fourmillements, disparition de la gêne, de la boule; sentiment de détente ; sensation du passage de l'air dans la gorge; dans les deux cas les points douloureux coexistants au niveau des régions anesthésiées disparaissent ou diminuentau prorata du retour de la sensibilité dans ces régions, et les réflexes qui étaient diminués ou disparus reparaissent au contraire; 6° dans les cas où on peut observer une anesthésie localisée au larynx et aux voies respiratoires, on constate l'existence d'un point douloureux céphalique correspondant au centre cérébral de ces organes. (V oir Localisations cérébrales, p. 385.)

Cœur. — Quoique cela puisse paraître singulier au premier abord, et surtout contraire à tout ce qu'on sait de la physiologie du cœur, je procédai par analogie de la même façon pour cet organe. Si le plus grand nombre des viscères peuvent être anesthésiés, pourquoi le cœur s'échapperait-il à ce trouble ? Les impressions cénesthésiques que nous en recevons ne sont-elles pas au contraire très intenses, plus intenses même que celles de bien d'autres organes, et le moindre dérangement dans son fonctionnement ne se traduit-il pas immédiatement à notre conscience par un trouble plus ou moins marqué ? Un grand nombre d'hystériques n'avouent-elles pas qu'elles « ne sentent plus battre leur cœur » ; d'autres, parlant à moitié au figuré, ne disent-elles pas « qu'elles n'en ont plus » ; beaucoup, complètement anesthésiques et incapables d'émotion, ne restent-elles pas sans présenter aucune modification du rythme cardiaque sous l'impression de faits ou d'idées capables de les émouvoir? Tout en somme tendait à me prouver que l'anesthésie viscérale existait pour le cœur comme pour les autres organes.

Le seul moyen que j'avais de m'en assurer était de voir ce qui se produirait si je disais à une hystérique en somnambulisme hypnotique de « sentir son cœur ». Une des premières sur lesquelles je constatai ce qui se passait fut Mmc G. (VI, 49). Après lui avoir fait recouvrer la sensibilité de tous les viscères, je lui ordonnai de « sentir son cœur ». La première sensation qu'elle éprouva fut qu'elle allait se trouver mal, qu'elle avait « le cœur barbouillé »,

« que le cœur lui tournait ». Puis elle perçut légèrement et par moments les battements, et enfin complètement, avec un sentiment de relâchement, de détente, de dilatation au niveau du cœur, qui lui semblait « racorni » au moment où elle commença à le percevoir. Un autre jour, dans une séance de réveil général, elle me dit : « Mon cœur est racorni; il ne se dilate pas comme l'estomac. » J'insiste pour qu'elle le sente : « Ça fourmille dans mon cœur, dit-elle... il se dilate (elle a de la dyspnée, des secousses de la tête et des bras, principalement à gauche)... il est moins racorni, dit-elle bientôt; je respire mieux. »

Volontairement donc un sujet peut ressentir les impressions cénesthésiques que le cœur nous donne.

Chez Louise (VII, 63) je constatai des phénomènes analogues. Je lui avais également fait recouvrer la sensibilité des divers viscères et des membres quand il me vint l'idée de lui demander si elle sentait son cœur. « Non, me répondit-elle, je n'en ai pas. » Examinant alors l'état de sa sensibilité thoracique, je constate qu'il existe au niveau de la région précordiale une large zone d'anesthésie et d'analgésie. Cette superposition d'anesthésie cutanée, qui correspond ordinairement à l'anesthésie, soit musculaire, soit viscérale, ainsi que je l'ai démontré pour l'estomac, existant au niveau du cœur me confirmait donc tout naturellement l'anesthésie cardiaque présumée. Je lui dis alors de sentir son cœur et sa poitrine. Elle se tortille aussitôt, se prend la poitrine, le cou, avec les mains, comme si quelque chose l'étreignait douloureusement, pousse des soupirs et s'écrie: « Oh ! ça travaille ! » Elle appuie sur le creux de l'estomac : « Oh ! ôtez ça ! vous avez mis quelque chose qui me fait mal ! » J'insiste : « Aïe, aïe, s'écrie-t-elle, c'estcomme des coups de couteau dans l'estomac. » Elle éprouve ensuite des brûlures depuis la gorge jusqu'au bas de l'estomac, puis : « Ça tire, ça me serre la poitrine, les seins, » dit-elle. Je lui demande alors si elle sent son cœur. Elle penche la tête comme pour écouter et dit : « Oui, il bat. » — Je constate alors que l'anesthésie et l'analgésie de la région précordiale ont disparu. Elles étaient donc liées à l'anesthésie du cœur.

Néanmoins je n'étais pas encore convaincu définitivement, je n'avais

pas observé peut-être jusqu'au bout tous les phénomènes, et l'anesthésie n'était peut-être pas très profonde dans ce cas-là. C'est alors que j'eus l'occasion de vérifier les choses chez Yvonne (IX, 115) d'une manière qui ne laissait aucun doute sur la nature des phénomènes. Plusieurs fois déjà, je lui avais fait recouvrer sa sensibilité, et elle m'avait présenté les phénomènes de régression et de progression de la personnalité.. Mais sa sensibilité n'était ni stable, ni complète

encore. Dans une séance de perfectionnement de sa cénesthésie, après lui avoir rendu une grande partie de sa sensibilité, ce qui avait fait rétrograder, puis progresser sa personnalité, son estomac étant presque normal, je lui demande si elle sent battre son cœur. Comme Louise B. elle me répond qu'elle n'en a pas. Elle ne s'en étonne pas plus d'ailleurs que les hystériques qui ignorent l'existence d'un de leurs membres. Bien plus, elle s'étonne même d'en avoir un, quand je lui dis que je le sens battre. Je lui dis de le sentir. Tout à coup, elle se met à faire des inspirations rapides, à haleter, puis elle s'arrête de respirer pendant quarante-cinq secondes. Je lui dis de mieux le sentir encore. Elle fait de nouveau de grandes inspirations, suivies de petites précipitées ; et sa respiration s'arrête à nouveau pendant cinquante-cinq secondes, cette fois ! Le pouls est régulier à 52. La face ne change pas de coloration. Elle se met alors à haleter d'une façon très rapide, et tout d'un coup elle a un sursaut violent. Je lui demande ce qu'elle a : « J'ai senti une secousse au cœur, » me répond-elle. — Vous le sentez donc? lui dis-je. — Oui, me ditelle, mais ça me gêne beaucoup plus maintenant. » Le pouls est maintenant à 64 et la respiration est normale. A la suite de cette séance, il lui semblait qu'on lui avait enlevé un poids de partout, qu'elle respirait mieux et « vivait mieux ».

Evidemment, la sensation de gêne qu'elle éprouvait provenait de ce qu'elle ne sentait pas encore normalement. Il se passait là ce qui se passe pour l'estomac, qui paraît gonflé tant que la sensibilité normale n'est pas revenue. Je pus m'en convaincre dans une séance ultérieure, où je ne m'occupais que de perfectionner la sensibilité viscérale. Après avoir passé en revue l'abdomen et l'estomac, j'en arrivai au cœur. J'observai cette fois un accès complet d'angine de poitrine. Il y eut, comme la fois précédente, inspiration forcée, arrêt respiratoire; puis, tout d'un coup, je vis le bras et la main gauches se contracturer en flexion, alors qu'ordinairement elle se contracturait en extension. Elle éprouvait une vive douleur, qui se traduisait, du reste, sur sa physionomie. Cette douleur partait du cœur et longeait le bras en se localisant surtout dans le petit doigt. Le pouls était régulier. Cependant, elle n'en percevait les battements que d'une façon intermittente. J'insistai alors pour qu'elle sentît plus encore. La douleur disparut d'abord et il lui sembla que son cœur était très volumineux et comme empêtré dans des fils qui l'empêchaient de se bien développer. Elle présenta encore quelques sursauts accompagnés d'une douleur correspondant à un point de l'omoplate. Celle-ci, ainsi que l'épaule et le bras gauche, étaient devenus anesthésiques en même temps que contractures et douloureux subjective-

ment. En insistant pour qu'elle sentît complètement son cœur, sans lui parler en aucune façon de son épaule ni de son bras, je vis le point de l'omoplate disparaître, et la sensibilité du membre revenir en amenant la disparition de la contracture. Le cœur n'était plus douloureux ni gênant, et la malade put se réveiller seule en recouvrant elle-même sa sensibilité.

C'est tout à fait comparable à ce qu'avait éprouvé Mmo G. quand elle avait présenté des secousses dans les bras, surtout dans le gauche. Mais il n'y avait eu, chez elle, qu'une ébauche d'angine de poitrine. Ici l'accès a été complet. J'ai eu, depuis, d'ailleurs l'occasion de le constater de nouveau d'une manière absolument démonstrative.

Ces phénomènes ne sont pas rares. Jeanne X. (135), un type d'hyperesthésie généralisée, a de l'anesthésie de tous les viscères. Elle ne sait pas si son cœur bat ou non. Elle ne le sent pas et elle met parfois la main sur sa poitrine pour s'en rendre compte « parce qu'elle a de l'ennui de ne pas le sentir ». & Cependant, dit-elle, quand j'ai une émotion vive, je le sens bien, je l'entends ; il me semble qu'il se décroche. » Ainsi, alors, ce n'est pas par sa cénesthésie qu'elle a la notion de l'existence de son cœur ; c'est par son sens tactile, c'est par les battements des artères dans la tête ; c'est enfin quand, sous l'influence d'une émotion, les battements deviennent plus violents et peuvent ainsi réveiller le centre cénesthésique cérébral.

Voici Pauline (XVIII, 277) qui nous présente des phénomènes analogues. Dans une séance de réveil complet, alors qu'elle était en progression, et que je lui donnais l'ordre de sentir depuis le cou jusqu'au bout des pieds, sans insister sur chaque organe en particulier, elle me dit d'elle-même spontanément, après avoir présenté des réactions générales qui ont fait progresser sa personnalité : « Je sens battre mon cœur ; je ne le sentais pas. » Un autre jour, sans avoir non plus désigné particulièrement son cœur, et après lui avoir ordonné simplement de se sentir de partout complètement, elle se met tout à coup à suffoquer : « J'étouffe, dit-elle, c'est sur le cœur; c'est comme une crampe au cœur. » En insistant pour qu'elle sente plus, la respiration redevient calme, et la douleur du cœur disparaît.

Camille (XIX, 304) s'étonne à la fin d'une séance où elle a recouvré presque toute sa sensibilité: « C'est drôle, j'ai faim et je sens battre mon cœur. »

Paul D. (XX, 324) recouvre progressivement, et organe par organe, sa sensibilité. Dans une séance je lui dis : « Sentez bien votre poitrine depuis la gorge, sentez votre cœur, votre respiration, toute votre poitrine. » Après avoir éprouvé toutes les sensations que j'ai

indiquées précédemment comme accompagnant le retour de la sensibilité de l'appareil respiratoire, il dit tout à coup : « Je sens quelque chose qui bat. » Il met la main sur son cœur et demande : « C'est le cœur ? Oui. . . ; ça tiraille au cœur. » En même temps, il a recouvré la sensibilité au contact et à la douleur pour la poitrine. Mais j'insiste pour qu'il sente davantage. Il met la main à la fourchette du sternum en disant : « Ca gêne là; il y a quelque chose qui monte à la gorge, comme une angoisse ; ça fait mal ; c'est le cœur. » J'insiste davantage encore. « Ça se calme ; il bat le cœur, ça fait mal, » dit-il. Puis son cœur ne lui fait plus mal, mais lui donne une gêne dans toute sa poitrine, qui lui paraît toute petite, puis se dilate.

Le même jour, il avait reperdu un peu de sensibilité de la poitrine. Il sentait alors par moments son cœur battre très fort, puis s'arrêter. Il éprouvait parfois une « douleur angoissante », qu'il localisait du côté gauche vers l'épaule.

Si nous récapitulons les faits, nous voyons donc que dans l'hystérie : 1° l'anesthésie peut atteindre le cœur comme les autres viscères ; 2° cette anesthésie viscérale entraine, comme les anesthésies analogues des organes profonds, de l'anesthésie et de l'analgésie de la région cutanée correspondante, qui disparaissent avec le retour de la sensibilité organique; 3° l'existence de cette anesthésie cardiaque est démontrée par l'anesthésie cutanée superposée, par l'inconscience qu'a le sujet des battements de son cœur qu'il ne ressent que lorsqu'ils sont exagérés sous une influence quelconque, inconscience qui se traduit par une indifférence complète à son existence, ou même par la négation de cette existence, enfin par le fait que l'injonction de sentir le cœur ou l'extension du réveil de la sensibilité, pratiqué dans les organes voisins, amènent dans cet organe des réactions qui ne sauraient être attribuées à un aucun autre, l'angine de poitrine en particulier; 4° cette anesthésie est due à l'engourdissement, au sommeil du centre cérébral où s'enregistrent les impressions cénesthésiques du cœur; 5° la gradation de la sensibilité cardiaque paraît être la suivante au point de vue subjectif, en allant de l'anesthésie complète à la sensibilité normale : c'est d'abord Y angine de poitrine type, avec apnée, ralentissement du pouls, douleur intense au cœur, irradiant à l'épaule et au bras gauche, principalement dans la zone du cubital, puis la simple sensation de crampe au cœur avec dyspnée, puis de simples secousses, tiraillements ou fourmillements, suivant le degré, accompagnés de légère dyspnée. Ensuite le cœur est senti battre d'une façon intermittente. Il paraît racorni ; il devient le siège d'une douleur plus ou moins

légère de caractère toujours angoissant, puis c'est une sorte de « mal de cœur », de nausée, en même temps qu'il semble gonfler, et tenir à peine dans la poitrine, comme enserré dans un réseau de fils qui l'empêchent de se développer, d'où sentiment de gêne; après quoi arrive la sensation de relâchement, de détente, qui s'accompagne de la disparition de Vanesthésie cutanée. Le sujet sait alors que son cœur existe, n'en est plus ni inconscient ni incommodé, et n'y fait pas plus attention que nous à l'état normal.

Face. — Lorsque l'on considère les hystériques, on s'aperçoit que, sous une apparente mobilité de physionomie, leurs expressions sont en réalité peu variées et stéréotypées. Leurs jeux de physionomie sont très limités et on observe au repos un relâchement, une atonie manifeste des traits, ou au contraire des modifications d'expression en rapport avec les pensées qui les assaillent continuellement. La face participe à l'anesthésie générale, et la motilité de ses muscles est très diminuée. Il arrive chez certains sujets qu'une attitude ne peut pas être modifiée une fois qu'elle s'est produite. Camille (XIX), quand elle avait trop largement ri, ne pouvait plus relâcher ses muscles de la face du côté gauche ; elle était obligée de rétablir l'équilibre de sa physionomie avec la main. Pareil phénomène se produit chez beaucoup d'autres ; leurs mouvements expressifs sont diminués comme tous les autres mouvements de l'économie, et jamais on ne voit sur leur visage une expression de joie franche. Par contre, surtout chez les hommes, c'est plutôt un aspect un peu mélancolique, apathique, que l'on note. L'anesthésie occupe tous les muscles de la face indistinctement, et celle des masséters et des muscles masticateurs contribue souvent à l'anorexie, ainsi que nous le verrons plus loin. La langue et les lèvres participent également à l'anesthésie et celle-ci peut entraîner des troubles variés de la parole et des troubles gustatifs et de déglutition.

Que se passe-t-il quand on fait recouvrer, par le procédé habituel de l'injonction dans l'hypnose, la sensibilité de ces parties? Dès qu'on a donné l'ordre de sentir la figure, le sujet fait aussitôt des •contorsions de toute la face. Il fronce le front, rapproche et écarte les sourcils, les fronce, ferme les yeux en plissant fortement les paupières, a du rictus tantôt à droite, tantôt à gauche, ouvre la bouche, déplace latéralement sa mâchoire inférieure, la porte d'un côté à l'autre, l'avance sur la mâchoire supérieure, contracte ses muscles sus-hyoïdiens, grimace dans tous les sens.

Mme G. (VI, 50), dès que je lui ai dit: « Sentez votre figure », se meta remuer les lèvres, les avançant, les contractant en tous sens, portant

le menton de droite à gauche, faisant toutes sortes de grimaces avec les muscles des joues, du front, mouvements qui s'accompagnent de picotements, de fourmillements, de sensations de brûlure et de démangeaisons avec afflux du sang à la face. En même temps sa sensibilité reparaît dans ses différents modes et elle peut, les yeux toujours fermés, se rendre compte de tous les mouvements qu'elle fait et les exécuter exactement sur l'ordre, ce qui lui était impossible auparavant, où, les yeux fermés, elle ne pouvait tirer la langue.

L'abbé D. (XX, 327), à qui j'ai dit de sentir son visage et sa gorge, fait des mouvements de déglutition, des grimaces, des contorsions de la bouche, des lèvres, fronce le nez, les sourcils, le front, retrousse les lèvres et éprouve des tiraillements dans toute la face. Il toussaille, a des happements, des mouvements de la langue dans tous les sens. Il contorsionne les lèvres, a des mouvements de mastication, de succion, de mâchonnement. En même temps il dit que « ça tire, ça picote, dans la figure, dans la langue, dans la gorge ». Il a de nouveau des mâchonnements, et les mouvements des lèvres sont de plus en plus accentués. Il éprouve une sensation de cuisson à la face, puis cela disparaît et c'est alors la langue qui brûle. Le mâchonnement continue toujours. Tout à coup il fait des efforts comme pour rejeter quelque chose du pharynx ; il y a quelque chose qui le gêne dans la gorge, dit-il. Puis cela disparaît à son tour, mais il a alors la sensation de petits boutons sur la langue. Il mâchonne encore, claque des dents, et enfin tout se calme. La sensibilité est normale.

Jean-Baptiste (XV, 224) fait de même des mouvements des lèvres, de la langue, de la bouche, de la gorge, et se met à bâiller. Après quoi il sent ce qu'il avale.

Yvonne (IX, 125), à la suite d'un réveil très marqué de la sensibilité de la tête et de la face, a le visage très rouge, les pommettes sont cramoisies avec un pointillé rouge. Elle a des picotements le soir dans la gorge, le nez, la face, comme si on l'avait frottée avec des orties. Elle se frotte les yeux, se mouche continuellement, se frotte les sourcils, le bord des paupières, a des démangeaisons partout. Elle paraît plus gaie, plus épanouie ; son visage paraît plus rempli, et le lendemain elle y ressent encore des démangeaisons. Quelques jours après il se produit une desquamation furfuracée.

Chez toutes, des réactions identiques se produisent sous l'influence du retour de la sensibilité, réactions plus marquées naturellement du côté le plus anesthésié. On en trouvera le détail dans le cours de mes observations et le sujet a relativement trop peu d'importance pour que je multiplie les exemples ici.

La bouche mérite cependant une mention spéciale, à cause de l'influence qu'a son anesthésie et celle de la langue dans les actes de la nutrition, et en raison de l'importance qu'il y a à connaître les sensations spéciales qui peuvent en résulter dans les cas d'anorexie et de refus d'aliments.

Quand on enjoint en effet de sentir sa langue à un sujet, il commence par la remuer lentement dans l'intérieur de la bouche; elle lui semble grosse, épaisse, difficile à mouvoir ; il y éprouve en même temps des picotements, puis des brûlures, des fourmillements ; puis elle reprend son volume normal et il ne la sent plus que comme nous la sentons tous. Après lui avoir fait exécuter des mouvements à l'intérieur de la bouche, il la sort, la passe sur ses lèvres, la tire dans tous les sens ; il se mord les lèvres, s'assure en passant sa langue sur ses gencives qu'elles sentent bien. Les dents lui paraissent en effet souvent longues, ou molles, ou même il ne les sent pas, d'où difficulté à mastiquer. C'est une opération que certains sujets ne paraissent plus savoir faire. Ils tournent et retournent sans cesse dans leur bouche leur bol alimentaire, incapables de faire le mouvement de langue nécessaire pour le faire glisser dans le pharynx.

En résumant les réactions motrices et sensitives du retour de la sensibilité de la face nous voyons qu'elles consistent essentiellement en grimaces dans tous les sens, accompagnées de sensations qui se présentent dans l'ordre suivant : tiraillements, picotements, fourmillements, brûlures, démangeaisons, afflux de sang au visage. Au moment où les tiraillements se produisent, les malades disent souvent que leur figure est raide, surtout du côté le plus anesthésie, que leur peau est comme du parchemin. Les démangeaisons persistent plus longtemps à la face que sur toute autre partie du corps. Elles s'accompagnent fréquemment de piqueté hémorragique très fin et quelquefois d'une desquamation furfuracée, ainsi que je l'ai constaté chez quelques-unes, en particulier chez Yvonne. Le résultat immédiat de la disparition de l'anesthésie de la face est de rendre aux malades un aspect plus gai, plus animé, de les rajeunir, et de leur donner une mine plus prospère. De plus les troubles vaso-constricteurs qui existaient avant et qui empêchaient ces sujets de rougir, ou de pâlir, ce qui leur enlève beaucoup d'expression mimique, disparaissent, et on voit ces malades, qui paraissaient impassibles auparavant, se mettre au contraire à rougir ou à pâlir avec la plus grande facilité.

Le retour de la sensibilité de la langue s'accompagne de mouvements dans tous les sens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la

bouche, en même temps que de sensations d'épaississement, de picotements, de fourmillements, de brûlures, d'engourdissement, et enfin de retour à son volume réel et à sa sensibilité normale. Gomme conséquence, on constate le retour de la mastication, de la déglutition, et de la sensibilité gustative. Nous verrons, à propos du mutisme et du bégaiement, le rôle que l'anesthésie de la langue peut jouer dans la pathogénie de ces troubles, de même que celle de la bouche et des muscles masticateurs dans le refus des aliments des anorexiques.

Quoi qu'il en soit, ici encore nous reconnaissons que le trouble fondamental est l'anesthésie, puisqu'il suffit de réveiller la sensibilité de la face et des organes qu'elle contient pour voir reparaître toute la mimique normale et toute les fonctions digestives supérieures.

Je ne dirai qu'un mot de l'anesthésie du nez. Cette anesthésie, constatable isolément dans certains cas, provoque chez les malades la sensation que leur nez est bouché, que l'air ne peut plus y passer, et il en résulte fréquemment des idées hypochondriaques et de légers accès de suffocation ou d'angoisse. On constate en ce cas, non seulement l'abolition du réflexe nasal, de la sensibilité réflexe de la muqueuse nasale, mais encore on peut délimiter, si le reste de la face n'est pas insensible, une zone d'anesthésie plus ou moins étendue siégeant en général à la racine du nez. Sous cette influence le nez paraît plus volumineux au sujet, tant intérieurement qu'extérieurement et il ne sent plus le contact de l'air.

Quand on lui rend la sensibilité, il éprouve des picotements, des fourmillements, des démangeaisons dans le nez, qui paraît revenir à des dimensions normales, et il n'est pas rare, ainsi que je l'ai observé plusieurs fois, de voir survenir des éternuements répétés. En même temps le sujet fronce le nez, respire bruyamment, souffle à coups répétés comme pour expulser quelque chose qui le gêne.

Yeux. — On sait combien les troubles de la sensibilité oculopalpébrale sont fréquents, que lorsque l'anesthésie est complète le réflexe oculo-palpébral ne se produit plus, et qu'elle se superpose à l'amblyopie. M. Féré a fait remarquer que les hystériques hémianesthésiques n'ayant ni rétrécissement du champ visuel, ni achromatopsie, conservaient la sensibilité de la conjonctive ; que celles qui ont perdu la vision d'une ou de plusieurs couleurs et ont du rétrécissement du champ visuel, ont perdu la sensibilité conjonctivale ; que celles enfin qui ont une achromatopsie complète et un champ visuel presque nul, ont perdu non seulement la sensibilité de la

conjonctive, mais encore celle de la cornée. Il y a donc parallélisme entre les troubles fonctionnels et l'anesthésie.

Ces données cliniques me conduisirent tout naturellement à rechercher ce qui surviendrait si je rétablissais la sensibilité oculopalpébrale, et à contrôler ainsi le rapport qui existait entre cette sensibilité et les fonctions oculaires.

La première observation que je fis en ce sens fut sur Marie (XII, 174). Dans une séance pour la réveiller complètement, elle me dit tout à coup, après avoir eu une forte secousse de la tête, où existait encore à ce moment un fort clou au sommet : « Je vois tout rouge. » J'insiste alors pour qu'elle « se réveille davantage ». Les secousses de tête continuent en même temps que le point du sommet diminue. Puis elle se met à respirer profondément, à remuer les lèvres et la langue, et à cligner des paupières. Elle dit alors : a Ah ! c'est tout vert! » En continuant ainsi elle voit successivement jaune, puis bleu, puis tout noir. L'œil gauche lui fait mal, la brûle et lui paraît d'un volume double de l'autre. Cet œil est ordinairement amaurotique. A mesure qu'elle se réveille, elle se frotte l'œil gauche, fronce les sourcils, et en même temps voit toutes les couleurs à la fois. Au réveil, l'œil gauche n'était plus amaurotique, mais il y avait encore du rétrécissement du champ visuel et de la diminution de l'acuité visuelle.

Quelques jours après, l'œil gauche est très congestionné, et redevient amaurotique, et en même temps elle y ressent des élancements qui ont été en augmentant jusqu'à ce qu'elle ait complètement perdu la vue de ce côté. Endormie, je lui ordonne de « sentir son œil » (XII, 177). Elle y éprouve aussitôt des tiraillements, est prise d'oscillations et de secousses de tête; les paupières sont animées de battements rapides, les sourcils et le front se contractent ; elle éprouve des élancements et des tiraillements dans l'œil. En insistant continuellement pour qu'elle le sente mieux, elle y ressent bientôt des tiraillements et des brûlures en même temps ; puis des picotements et des brûlures, les élancements ayant cessé, et en même temps elle voit passer toutes les couleurs devant ses yeux. Il lui semble que son œil est gros et va sortir de l'orbite. Mais bientôt il se rapetisse, et elle a des battements des paupières et des froncements du front. L'œil lui paraît alors de grosseur moyenne, mais elle ne saurait dire s'il est semblable à l'autre qu'elle dit ne pas sentir. Cependant elle en a une certaine conscience car elle dit : « Comment se fait-il que je voie de l'un et pas de l'autre, puisque je ne les sens pas? » — Je lui demande quel est celui qu'elle sent le moins en ce moment. « C'est le gauche, » me dit-elle. Elle voit alors passer toutes les couleurs

devant elle. Elle y éprouve quelques tiraillements encore et du froid, puis il lui semble qu'il saute, ne voit plus rien, plus de couleurs, rien que du noir. Elle cligne continuellement des paupières et continue à sentir son œil sauter. Les battements des paupières deviennent plus rapides, son œil lui semble se réchauffer. Je lui dis de sentir aussi l'œil droit. Elle y éprouve des picotements, puis des brûlures, mais d'une manière beaucoup moins intense qu'à gauche, ce qui est en rapport avec l'anesthésie qui était en effet ordinairement beaucoup moins marquée qu'à gauche. Puis elle a des clignements et sent également sauter l'œil droit. J'insiste pour qu'elle sente encore plus : alors elle a des tiraillements dans les deux yeux, puis des brûlures, surtout à gauche. A la suite d'une forte secousse, où tout lui a semblé se retourner dans sa tête, et dans ses yeux surtout, elle sent l'œil droit un peu froid à son tour, l'œil gauche voyant assez bien (il est toujours fermé), mais ayant devant lui des carrés noirs, rouges et verts, disposés, le noir entre le rouge à gauche et le vert à droite. Puis ce sont des picotements et des brûlures ressentis simultanément dans l'œil droit, et en certains points une sensation mélangée de chaud et de froid. Des secousses générales surviennent quand je lui dis de sentir encore davantage, elle fronce les sourcils et éprouve des tiraillements dans la tête et plus encore dans les yeux, après quoi elle s'écrie : « Tout s'est retourné ; tiens, voilà les couleurs qui viennent de droite maintenant . » Et, comme tout à l'heure pour le côté gauche, l'œil droit lui paraît plus petit que le gauche. Après quoi elle dit ne plus rien éprouver dans les yeux et les sentir bien pareils. Cependant la sensibilité tactile des paupières n'est pas revenue ; je lui dis de mieux sentir encore les deux yeux. Les paupières présentent des battements plus rapides ; et bientôt, sans que j'aie spécifié de sentir les paupières, elle perçoit les sensations tactiles des paupières des deux côtés, avec cette différence qu'à gauche elles sont douloureuses. Je continue à lui dire de mieux sentir, toujours sans lui faire remarquer ces différences, et le contact cesse d'être douloureux à gauche. Elle ouvre les yeux alors, je bouche le droit et lui présente l'index devant le gauche. Elle ne reconnaît pas ce que c'est, est effrayée ; elle a de la macropsie. Je lui dis de sentir encore plus ses yeux. Après diverses réactions, clignements des paupières, froncements des sourcils, sursauts généraux, elle rétrograde à l'âge de cinq ans,, époque du début de l'hystérie et se réveille complètement. La vue alors est complètement normale ; il n'y a plus ni rétrécissement du champ visuel, ni dyschromatopsie, ni anesthésie oculo-palpébrale.

Un autre jour, constatant l'état normal de l'œil droit, tandis qu'à

gauche il y a un peu de rétrécissement du champ visuel et perte de la vision du violet qu'elle voit gris, avec diminution légère de l'acuité visuelle, je l'endors et lui dis de sentir complètement l'œil gauche. Elle y ressent des picotements, des tiraillements et se réveille enfin complètement. Je constate alors qu'il n'y a plus ni rétrécissement du champ visuel, ni dyschromatopsie, ni diminution de l'acuité visuelle.

Ainsi le fait de rendre la sensibilité de l'œil faisait disparaître le rétrécissement du champ visuel, l'achromatopsie, l'amblyopie, et seulement en dernier lieu l'anesthésie palpébrale . Les couleurs reparaissaient une à une à mesure que la sensibilité s'avivait, et cela dans l'ordre suivant : rouge, vert, jaune, bleu, puis un mélange de toutes les couleurs.

Chez Marguerite G. (XIII, 202), les choses se passent de la même façon. J'avais remarqué à plusieurs reprises dans les séances où je la réveillais complètement, en lui ordonnant simplement à la fin de « sentir sa tête », sans spécifier les parties diverses, et les yeux en particulier, qu'elle éprouvait dans ces derniers des tiraillements, et qu'elle ne pouvait se réveiller complètement que lorsque ceux-ci avaient cessé et qu'elle ne présentait plus de froncements des paupières. Un jour, sur le point de se réveiller ainsi, je lui dis de « sentir ses yeux complètement ». Aussitôt elle se contracte le cou et la tête, qu'elle rejette en arrière comme si on la lui tirait, s'étire de tout le corps. Je lui demande : « Que voyez-vous? — Je vois tout vert, des taches, » me répond-t-elle. Avant elle voyait rouge. En insistant pour qu'elle sente de plus en plus, elle voit successivement du jaune, puis du bleu, puis un peu bleu et violet; et enfin violet. Après quoi elle aperçoit des dessins de deux couleurs, violet et noir, des petits carrés qui dansent devant ses yeux. Ensuite « c'est tout noir », puis « des petites perles d'or qui tombent et dansent devant ses yeux », puis « ça fait comme si toutes les couleurs passaient les unes après les autres ». Elles se brouillent alors et tout devient clair. C'est la recomposition de la lumière blanche.

Un autre jour (XIII, 203), en lui rendant la sensibilité de la tête, sans m'occuper spécialement des yeux, elle voit, au bout d'un certain temps de réactions habituelles de la tête, « des petites roues à crans » qui tournent devant ses yeux. « C'est rouge, dit-elle, avec des tache?, des dessins. » Puis continuant à sentir de plus en plus « la tête » , elle voit vert, puis jaune, puis bleu, puis violet, puis un mélange de toutes les couleurs, qui lui donne la sensation de clarté. Un autre jour encore, dans les mêmes conditions, elle se met à éprouver des tiraillements dans les yeux : « Ça les retourne ; c'est comme des vrilles qu'on y entrerait... C'est comme si on y enfonçait des fers l'hystérie. — i. 8

rouges. » Après avoir éprouvé toutes ces sensations elle se frotte les yeux et se réveille. Maintes fois, en la menant jusqu'au réveil spontané complet, j'ai constaté qu'il suffisait de lui dire, soit de se réveiller davantage, soit de sentir complètement sa tête ou ses yeux, pour voir le rétrécissement du champ visuel diminuer parallèlement.

J'ai pu observer chez Jeanne A. (XIV, 214) le parallélisme remarquable qui existe entre la sensibilité de l'œil et la vision des couleurs. Elle est amaurotique de l'œil gauche depuis longtemps, mais a la notion des couleurs du côté droit ; elle est modiste et ne se trompe pas sur les nuances. Endormie pour restaurer la sensibilité de la tête, j'insiste pour qu'elle sente bien les yeux. Elle éprouve la sensation d'être tiraillée avec des épingles, et s'étonne de la lumière dont elle a la sensation, quoique les yeux fermés : « Oh ! c'est drôle, la lumière, s'écrie-t-elle, c'est jaune ; je n'ai jamais vu comme ça. » Son œil gauche se contracte fortement ; elle paraît en souffrir ; sa face se congestionne et se contracte à gauche ; elle dit souffrir comme si on lui arrachait l'œil avec des pinces. Après quoi, elle voit du jaune, « comme du soleil » dans l'œil droit, et du vert dans l'œil gauche. La sensibilité continuant à revenir, elle voit bleu, puis grenat. Ensuite, elle voit ces trois couleurs ensemble sous forme de raies, qui lui donnent enfin, par leur mélange, l'impression du soleil éblouissant. Je la réveille, et alors elle voit les couleurs complémentaires de chaque ton; le vert rouge, le rouge vert, le bleu jaune, le jaune bleu. Je lui fais ressentir de nouveau les yeux ; cette fois, les couleurs sont mieux appréciées": le rouge est rose, le bleu est chamois, le jaune est bleu, le vert est jaune. Nouvelle séance, nouvelles réactions de retour de la sensibilité, et alors, au réveil, vision normale des couleurs.

Jeanne D. (XVII, 259) se met à cligner, à froncer les paupières et les sourcils, à éprouver du tremblement dans les yeux quand je lui dis de les sentir. Elle voit du blanc, du noir, et puis comme une espèce d'arc-en-ciel.

Eugénie (XVI, 248), à la fin d'une séance de réveil, reçoit l'ordre de sentir complètement sa tête et ses yeux. Elle me dit avoir déjà vu du bleu et du rouge passer devant. Elle s'étire, oscille la tête d'un côté à l'autre, éprouve des tiraillements dans les yeux, ainsi que des élancements. Puis elle se réveille spontanément. Mais l'œil gauche voit trouble et le champ visuel en est rétréci. Je la rendors et lui dis de sentir davantage. Elle se détend de tout le corps, et éprouve des tiraillements légers dans la tête et les yeux, puis se réveille de nouveau. Le champ visuel est moins rétréci, mais l'est encore. Je lui referme les yeux et lui ordonne de se sentir complètement. Elle

s'étire encore et rouvre les yeux. Cette fois, il n'y a plus de rétrécissement du champ visuel. Cependant, l'œil gauche voyant encore un peu trouble, je lui referme encore les yeux, et lui dis de sentir bien l'œil gauche. Elle y éprouve aussitôt des tiraillements, rejette la tête en arrière, et se réveille enfin avec la vue en apparence normale. En insistant à nouveau cependant, pour sentir de plus en plus ses yeux, et la réendormant chaque fois qu'elle paraît se réveiller, elle voit de la lumière de toutes les couleurs et « des choses qui dansent devant ses yeux »,puis la lumière blanche, et elle se réveille enfin normale.

L'abbé D. (XX, 331) éprouve des tiraillements dans les yeux à la fin de chaque séance de réveil, et voit passer devant lui du rouge, puis toutes les couleurs. Il éprouve ensuite des picotements, et enfin une simple lourdeur sur les paupières. Au réveil, le rétrécissement du champ visuel qu'il avait a disparu.

Marguerite (I, 8), sous l'influence du réveil simple, recouvre progressivement la vision des couleurs, en même temps que son champ visuel s'agrandit. Autrefois, elle ne voyait que le rouge. A la suite des séances de réveil, elle voit le vert, mais prend le jaune pour le bleu et réciproquement, puis cesse de faire cette interversion, et revoit tout plus clair. Cette sensation de clarté, de « voir tout plus clair », est commune à tous les hystériques que j'ai réveillés. C'est leur première remarque. Ils s'étonnent tous de voir des détails qu'ils n'avaient pas encore vus ; c'est comme un brouillard qui se dissipe, et qui était interposé entre eux et le monde extérieur. Il suffit souvent d'un très léger réveil simple pour que cette impression se produise.

J'ai omis à dessein de signaler, parmi les réactions qui accompagnent le retour de la sensibilité des yeux, un phénomène extrêmement important, à savoir le point de la tète où correspondent les tiraillements qui partent des yeux.

La réaction qui persiste le plus longtemps lorsqu'on réveille la sensibilité de la tête, ou qu'on pratique le réveil général, ce sont des secousses à la nuque, qui projettent la tète brusquement en arrière. Ces secousses s'accompagnent d'une douleur plus ou moins vive au niveau des bosses occipitales, et sont en général plus marquées et surtout plus persistantes du côté gauche. Cette douleur n'est pas seulement subjective. Elle peut être constatée objectivement, car on l'exaspère par la pression de la région occipitale, qui est le siège en réalité de deux points, analogues au clou du sommet. Ces deux points sont en rapport direct avec les sensations qui ont leur point de départ dans les yeux. Dès qu'on ordonne au sujet de sentir ses yeux, les tiraillements et les élancements qu'il y ressent vont aboutir à la région

occipitale. L'hyperesthésie de celte région diminue et disparaît avec le retour de la sensibilité oculo-palpébrale, et tant qu'elle subsiste on peut être certain que la sensibilité de l'œil n'est pas normale. J'ai pu m'en assurer maintes fois : le sujet se réveillait spontanément, et paraissait normal. Mais si je constatais de la douleur de l'occiput, et si je lui refermais les yeux en lui ordonnant de se réveiller plus complètement, ou de sentir plus complètement sa tête, sans lui parler de ses yeux, de nouveau des tiraillements, allant des yeux à l'occiput, apparaissaient avec des clignements de paupières, et, tant que la douleur persistait, la sensibilité de l'œil s'affinait. Quand elle était disparue, le champ visuel était normal, et la sensibilité oculo-palpébrale parfaite. Si, au contraire, ne m'occupant pas de l'état de la région occipitale je disais au sujet de sentir complètement ses yeux, tant que j'y constatais des réactions motrices ou sensitives, j'étais sûr de rencontrer de la douleur occipitale. En présence de cette concordance absolue et constante, je n'hésitai pas à penser qu'elle était due à ce fait que c'était, en réalité, dans le centre visuel même que se passaient tous les phénomènes. Et en effet, en déterminant exactement la topographie de l'hyperesthésie crânienne, je pus me convaincre facilement qu'elle était exactement superposée au centre occipital de la vision.

De l'examen de ces faits il découle les remarques suivantes : 1° l'anesthésie oculo-palpébrale est superposée au défaut du fonctionnement même de l'appareil de la vision, et lui est proportionnelle; 2° elle est la conséquence d'un trouble siégeant dans le centre visuel lui-même, ainsi que le prouvent, d'une part l'irradiation des douleurs partant de l'œil quand on réveille la sensibilité de l'œil, et de l'autre l'existence de ces mêmes douleurs s'accompagnant de retour de la sensibilité dans l'œil quand on fait recouvrer au sujet la cénesthésie complète du cerveau; 3° ce trouble "du centre visuel est un état d'engourdissement ou de sommeil plus ou moins profond, comme pour les autres organes; 4° le retour de la sensibilité de l'œil et des paupières s'accompagne d'une série de réactions dans un ordre déterminé, et qui est le suivant.

Lorsque l'anesthésie est très profonde, il y a amaurose complète, ou amblyopie avec rétrécissement extrême du champ visuel et achromatopsie ou dyschromatopsie très accusée. Quand on ordonne à un sujet de sentir son œil, il y éprouve d'abord des tiraillements douloureux, des élancements; il lui semble qu'on lui tire l'œil avec des pinces, qu'on le lui arrache. En même temps clignements des yeux, battements des paupières, et secousses intermittentes de la tête qui

est comme brusquement tirée en arrière, avec douleur spontanée et à la pression de la zone occipitale correspondant au centre cérébral de la vision, avec anesthésie du cuir chevelu dans cette même région. Puis ce sont des brûlures, puis des picotements, et alors apparaît la vision des couleurs. Les tiraillements reparaissent de temps à autre, mais ce qui domine maintenant c'est la sensation que Vœil est très volumineux; puis il se rapetisse et ensuite redevient de volume moyen, normal. Il se produit alors des sursauts; l'œil semble sauter, et de fait il y a des spasmes brusques des paupières : il se produit alors une sensation de froid dans l'œil. La sensibilité tactile des paupières reparaît alors; le contact est d'abord perçu, mais d'une façon douloureuse, puis normalement. Les paupières restent lourdes encore un peu, le sujet éprouve le besoin de se les frotter, comme lorsqu'on s'éveille du sommeil normal, jusqu'à ce qu'enfin tout soit redevenu normal. Concurremment, le rétrécissement du champ visuel diminue jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de tiraillements, ni de douleur à l'occiput, et que la région occipitale ait recouvré sa sensibilité.

Je laisserai de côté pour le moment la question de l'ordre dans lequel reparaissent les différentes couleurs. Je me borne ici à dire à quel moment elles reviennent. Quand j'étudierai les phénomènes pathologiques de la vision à la lumière de ces faits, j'examinerai ce point qui est des plus intéressants et confirme complètement la théorie de l'hystérie que je défends ici.

Il me reste à parler de deux phénomènes liés à un défaut de sensibilité, à savoir l'impossibilité de maintenir les yeux fermés volontairement, et la vision de couleurs ou de dessins quelconques qui dansent devant les yeux dès qu'ils sont fermés. Il nous suffit de nous reporter à ce qui se passe dans la restauration de la sensibilité pour nous rendre compte de ce dernier phénomène, qui tient à ce qu'il y a un degré de diminution de la sensibilité de l'œil correspondant à celui où toutes les couleurs se brouillent après être réapparues successivement, c'est-à-dire à une anesthésie légère. La coïncidence de la douleur occipitale, en même temps que d'un léger trouble de l'acuité visuelle, montre bien qu'il s'agit d'une perte de sensibilité du centre visuel. Il suffit d'ailleurs de faire recouvrer la sensibilité de l'œil au sujet pour voir ce phénomène disparaître, . ce qui complète la démonstration.

Mais le premier phénomène, a une importance plus grande à cause de ses conséquences au point de vue de l'impossibilité où il met les sujets de dormir naturellement. En effet, sitôt les yeux fermés, le

sujet éprouve dans les paupières un sursaut, qui les lui fait rouvrir. « C'est malgré moi, me dit Pauline (XVIII, 279) ; quelque chose remue dedans qui les fait se rouvrir quand je voudrais les fermer. » D'autres (XIII, 206) voient danser devant les yeux des « drôles d'objets, des boules, des choses de couleur; les yeux tirent et font du mal ». Nous connaissons maintenant toutes ces impressions, nous les avons vues se produire à une certaine phase de la restauration de la sensibilité de l'œil, assez voisine d'ailleurs de la normale. Et en effet il suffit de réveiller plus complètement la sensibilité pour voir disparaître ce phénomène. C'est ce que je fis quand je m'en aperçus, et je ne m'arrêtai dès lors de réveiller mes sujets qu'après avoir fait l'épreuve qu'ils pouvaient maintenir leurs yeux fermés sans sursauts aussi longtemps qu'ils le voulaient.

Voici par exemple Eugénie (XVI, 248) qui, bien réveillée et ayant toute sa sensibilité en apparence, ne peut maintenir les yeux fermés. A peine ses paupières sont-elles closes qu'elle sursaute en les rouvrant. Je la rendors et lui dis de sentir encore plus complètement ses yeux. De nouveau elle se réveille en apparence très bien. J'essaie si elle peut maintenir les yeux fermés. Elle y arrive mieux que tout à l'heure, mais pas encore longtemps. Je l'endors de nouveau pour lui faire sentir encore plus les yeux. Elle se tortille de la tête aux pieds. A ma question: « Que se passe-t-il? » elle répond : « Je vois la lumière de toutes les couleurs, des choses qui dansent devant mes yeux. » Elle se réveille encore une fois, et peut rester une demi-minute environ les yeux fermés avant de sursauter. Endormie de nouveau, elle voit cette fois la lumière blanche et se réveille. Elle peut alors garder les yeux fermés sans sursauter ni les rouvrir malgré elle, aussi longtemps qu'elle veut.

Ouïe. — Il est fréquent de constater chez les hystériques de la surdité, mais une surdité tout à fait particulière, car elles entendent très bien ce qu'on dit sans qu'on soit obligé d'élever le ton de la voix, et quand on approche la montre de leur oreille on est obligé souvent de l'appuyer sur le pavillon pour qu'elles distinguent le tic tac. Appliquant la théorie qui expliquait les autres manifestations hystériques, je pensai qu'il s'agissait encore là d'un trouble de la sensibilité de l'oreille, et cela d'autant plus que toujours, quand il y a diminution de l'ouïe ou surdité, il existe de l'anesthésie du pavillon et de l'oreille externe. En effet chez une jeune malade, Marie-Louise, j'eus l'occasion de le vérifier. En réveillant sa sensibilité région par région et organe par organe, j'en étais arrivé à la tête, et lui avais ordonné de sentir sa bouche et sa face. Après les fourmillements, les bâillements et les

grimaces accoutumés en pareille circonstance, elle s'écria tout à coup : « Qu'est-ce que j'ai dans les oreilles (elle s'appuie en même temps les doigts dessus)... ça siffle..., ça bat..., ça se bouche par moments, dans l'oreille gauche surtout, je deviens sourde... ça fait froid maintenant; ça coule;... c'est bien maintenant. » Au réveil elle entend bien des deux cotés et la sensibilité du pavillon et de l'oreille externe paraît normale.

Nous sommes trop familiarisés avec ces impressions maintenant pour que j'insiste sur leur signification. Dans ce cas je ne pouvais évidemment pas mesurer au fur et à mesure l'acuité auditive et encore moins la sensibilité objective du tympan ou de la caisse. Mais si on rapproche ces sensations de celles qui se produisent dans un organe anesthésié qui recouvre sa sensibilité, et si d'autre part on considère que la malade avait avant cette expérience l'ouïe extrêmement diminuée, surtout à gauche, et qu'après elle était complètement revenue des deux côtés, on ne peut guère douter qu'il s'agisse là de phénomènes d' anesthésié et de retour de la sensibilité comme dans les autres cas que nous venons d'examiner.

Ceci nous explique comment, après le réveil, certaines malades se plaignent d'entendre les bruits résonner très fortement dans leur tête, habituées qu'elles sont à les percevoir sourdement. La plupart éprouvent cette sensation; Berthe, Yvonne, Jeanne Des., Louise, etc., l'ont eue. C'est quelquefois une véritable fatigue pour les malades. Berthe (XI, 167) m'écrit par exemple : « Ma tête est toujours bien solide, malgré que je ne puis pas entendre un bruit. Elle me semble vide et chaque bruit me produit l'effet d'une pile électrique qui ne fait que marcher continuellement. » Marguerite C... (XIII, 200) trouve, après le réveil de la tête, que les bruits lui paraissent très forts, et les objets très clairs et très brillants. Toutes les malades ont la même impression que les bruits sont trop forts. Si nous procédons par analogie, nous voyons que cela tient à une certaine hyperesthésie, laquelle, comme je l'établirai plus loin, n'est qu'un degré léger d'anesthésie, état qui est douloureux. Pendant que l'ouïe revient, le sujet remue légèrement le pavillon de l'oreille ou le frotte comme s'il le démangeait, et on constate à la fin qu'il a recouvré sa sensibilité. Tous les phénomènes du retour de la sensibilité auditive que nous venons de voir se dérouler chez Marie-Louise peuvent se présenter isolément chez les hystériques, sous forme de sifflements, bourdonnements d'oreilles, sensation d'obturation de l'oreille par un corps étranger, un bouchon quelconque. Hermine par exemple (VIII, 78), ayant imparfaitement recouvré la sensibilité de la tête, et qui mettait autrefois du coton dans ses oreilles, ne peut plus rien supporter,

parce que tout lui paraît gros, gonflé, plein intérieurement. Tout cela disparut après le réveil complet de la sensibilité. Chez d'autres j'observai des douleurs assez fortes au début du retour de la sensibilité. Louise B... (VII, 64), qui a de la surdité hystérique, éprouve tout à coup, pendant la séance où je lui fais ressentir sa tête complètement, un choc brusque dans l'oreille droite, puis dans la gauche comme une explosion.

Je me bornerai à quelques conclusions analogues à celles des chapitres précédents : l°les troubles auditifs dans l'hystérie sont dus à l'anesthésie de l'oreille et du centre auditif; 2° il suffit de réveiller la sensibilité de la tête et de l'oreille ou de réveiller complètement le sujet pour voir l'ouïe reparaître ; 3° le retour de la sensibilité de l'ouïe s'accompagne de sensations particulières dans un ordre déterminé qui est le suivant : des douleurs plus ou moins violentes, puis des sifflements, des battements; puis la sensation <X obturation, de gonflement, de bouchon ; ensuite une sensation de froid, & écoulement de liquide et enfin le sentiment de bien-être qui accompagne la sensibilité normale ; 4° l'anesthésie cutanée du pavillon de l'oreille et du conduit auditif externe disparaît en même temps que la surdité.

RÉACTIONS CÉRÉRRALES

Tête. — Ayant constaté les réactions toutes particulières, et spéciales pour chaque organe, qui se passent quand on ordonne à un sujet anesthésique plongé dans l'hypnose de sentir telle ou telle partie de son corps, je pensai qu'il n'y avait aucune raison pour ne pas admettre que le cerveau, étant un viscère comme un autre, réagissait sans doute d'une façon spéciale.

Marguerite, qui par le réveil simple d'emblée avait rétrogradé de trois années en arrière comme personnalité, et chez laquelle j'avais ensuite restauré la sensibilité des membres, me fournit la première occasion de m'en assurer. Je lui dis de sentir son cou, sa face, son crâne. Les secousses du cou sont très violentes. Elle rejette brusquement la tête en arrière comme si on la tirait par les cheveux ; ces secousses surviennent au milieu d'oscillations régulières de la tête d'un côté à l'autre et s'accompagnent de douleurs assez vives dans l'intérieur du crâne, douleurs que Marguerite compare à des coups de marteau. Au bout d'un certain temps, les grimaces de la face, qui accompagnaient le retour de la sensibilité, cessent, et la sensibilité de la face et du crâne est revenue en grande partie.

Le clou a disparu. Au réveil, Marguerite s'écrie : « On m'a changé ma tète ! Oh ! c'est drôle, je me sens parler et rire. » Elle sent la tête beaucoup plus dégagée, mais toute la journée continue à y ressentir des secousses. Ayant repris chez elle la restauration de la sensibilité organe par organe, voici ce que je constatai quand je lui ordonnai de sentir sa tête, sans spécifier autrement ce que j'entendais par là. Ce sont d'abord des secousses en arrière, des oscillations régulières de droite à gauche et, réciproquement, des chocs dans la tête comparés à des coups de marteau, puis une sensation de brûlure intérieure. Elle s'arrache les cheveux, saisit sa tête à deux mains, s'écrie qu'on lui arrache la peau du crâne. Puis elle éprouve comme une confusion dans la tête ; celle-ci lui paraît grosse, surtout à gauche, et en même temps lourde et vide. Peu à peu elle semble se rapetisser, se remplir, et la malade dit qu'elle n'a plus la même tête, les mêmes idées, qu'elle voit tout clair, et peu à peu les souvenirs lui reviennent depuis l'époque à laquelle elle a rétrogradé en se réveillant de son vigilambulisme. Ce sont toujours les mêmes réactions et les mêmes sensations. Mais à côté des réactions motrices et sensitives analogues à celles de tous les autres organes, j'observe ici des réactions spéciales d'ordre intellectuel. D'une part, en effet, des idées fixes qu'elle a depuis longtemps, et en particulier des idées de suicide, disparaissent avec le retour de la sensibilité céphalique. Elle s'en rend compte elle-même et, un jour qu'elle avail presque complètement recouvré sa sensibilité, elle me dit, sans que je lui demande rien : « Oh ! je sens ma tête qui se vide de toutes ses mauvaises idées ! » D'autre part, en insistant pour qu'elle sente de mieux en mieux sa tête je ne suis pas peu surpris de voir reparaître ses souvenirs, ou plutôt se reconstituer sa personnalité, car elle revit réellement la vie dont elle a perdu le souvenir, évoquant les travaux auxquels elle se livrait alors, donnant la date précise du jour où elle croit être, et ne se doutant pas qu'elle dort. Ces réactions intellectuelles s'accompagnent de sensations toutes particulières. Il lui semble que sa tête se rétrécit, devient plus légère, et que sa cervelle coule. A mesure que les secousses de tête se produisent, ses souvenirs reparaissent et elle accuse des sensations analogues. « Ça fait mal à la tête, ça donne des coups, ça bat, ça coule à droite, ça rétrécit, ma tête est plus légère. » Tous les souvenirs de sa maladie lui reviennent et elle me donne les détails les plus nets sur la façon dont s'est aggravée sa maladie, sur ses idées de suicide, sur ses accès de somnambulisme. Presque parvenue à l'époque où elle est réellement, elle dit : « Ça ne coule plus que quelques gouttes ; oh ! c'est froid... Je sens ma tête rapetisser ; tout à l'heure ma tête était

comme un ballon, maintenant elle est comme une boule. » Puis elle a des secousses générales, et ressent des picotements dans tout le corps ; elle a des gargouillements dans le ventre et l'estomac ; des bruits laryngés, etc. ; bref tous les organes se remettent à réagir, chacun à sa façon, sous l'influence du retour de la sensibilité cérébrale, preuve évidente de l'origine centrale de toutes les réactions et par conséquent aussi de tous les troubles hystériques. Le retour de la sensibilité cérébrale complète donc toute la sensibilité du corps entier restaurée par fragments. Aussi au réveil Marguerite se sentelle mieux qu'elle n'a jamais élé ; sa tête est dégagée, ses souvenirs sont revenus, et pour la première fois elle éprouve la faim. Peu de jours après je constate que la régression de sa personnalité tient à son anesthésie cérébrale. En effet, ayant reperdu un peu de sensibilité par tout le corps, elle se figure, endormie, être en 1892. Elle sent comme une barre dans la tête. Je lui fais recouvrer sa sensibilité. Elle a les mêmes réactions que d'habitude, les mêmes secousses de tête, et tout à coup elle s'écrie : « Ça vient de craquer, cette barre ; oh! je suis bien; ça coule froid dans mon cou, je dois être toute mouillée. » Après des secousses et des tressaillements généralisés elle s'éveille. « Je n'ai jamais vu si clair, dit-elle ; je ne me suis jamais senti comme ça ma tête. » Tous les points hystérogènes ou hyperestésiques ont disparu, et elle a toute sa sensibilité, cutanée, viscérale et sensorielle.

Ayant procédé de la même façon chez Marceline (II), j'observai des phénomènes analogues; mais, n'ayant pu suivre cette malade suffisamment, ma conviction sur la réalité et le déterminisme de ces réactions, leur rapport avec la mémoire, la personnalité et les fonctions intellectuelles, n'était pas assez établie pour ne pas poursuivre mes recherches.

Je les repris donc à la première occasion chez Mme L. (V,34). Cette malade était hémianesthésique et je lui avais déjà rendu parle procédé ordinaire en état d'hypnose la sensibilité des membres anesthésiés. Gomme elle se plaignait toujours de la tête, qui était également hémianesthésique à gauche, avec diminution de ta sensibilité du côté droit, je l'endors et lui ordonne de « sentir sa tête ?<, sans avoir procédé préalablement à la restauration de la sensibilité de la face. Elle est prise aussitôt de mouvements de projection de la tête en arrière « comme si quelque chose la tirait dans le cou ». Ces mouvements se produisent brusquement sous forme de secousses ; puis ce sont des fourmillements qu'elle éprouve et ensuite une sensation de brûlure extérieure. Il lui semble qu'on lui arrache les cheveux,

qu'on sépare la peau du crâne. Réveillée à ce moment elle voit tous les objets bien plus clairs, et je constate que son champ visuel s'est élargi .

J'avais ainsi la confirmation que les réactions motrices que j'avais observées étaient identiques chez tous les malades. Je ne faisais rien en effet pour les provoquer. Il ne pouvait y avoir aucune suggestion ni auto-suggestion chez elle, et le fait seul de lui ordonner de « sentir sa tête » suffisait en somme à provoquer des mouvements identiques à ceux observés chez d'autres sous la même simple injonction. Je me trouvais évidemment en présence d'un phénomène bien spécial et lié à des conditions, à des luis, qu'il s'agissait de déterminer.

Une autre fois j'eus l'occasion de vérifier l'analogie des sensations éprouvées par elle avec celles de Marguerite et de Marceline, et de constater qu'elles tenaient bien à l'anesthésie puisqu'elle ne les accusait que du côté anesthésique. En effet elle me dit, au milieu d'une séance de sensibilisation de la tête, qu'elle avait un côté gros et l'autre petit. Or le gros était précisément le gauche, le côté anesthésique. En insistant pour qu'elle sente complètement la tête, elle éprouve la sensation de boules qui se forment dans sa tête, et qui éclatent en amenant du soulagement. Au réveil, elle a « comme un tourbillon dans la tête », et a des vertiges quand elle se baisse. Enfin, réveillée de son vigilambulisme et rétrogradée comme personnalité à douze ans en arrière, je lui ordonne un jour de sentir davantage sa tête, qui lui paraît changée, et de grosse être devenue plus petite. Voici alors les sensations qu'elle y éprouve. « Ça travaille », puis « ça coule comme des gouttes » qui tombent depuis le sommet du crâne le long de la colonne vertébrale. Ensuite c'est une sensation de chaleur dans toute la tête. A partir de ce moment les souvenirs commencent à lui revenir progressivement, et elle passe en revue tous les événements de sa vie dans l'ordre où ils se sont écoulés, depuis la date à laquelle elle s'est trouvée une fois réveillée de son vigilambulisme, c'est-à-dire douze ans en arrière. Elle continue à avoir des secousses de tête, et après chacune d'elles de nouveaux souvenirs se déroulent. Au fur et à mesure qu'elle approche de l'époque actuelle la progression est plus lente et en même temps les souvenirs sont plus serrés, plus suivis. Une fois réveillée elle me dit, peu après : « C'est drôle, je sais bien que je suis ici, mais il me semble que j'en suis partie et que j'y suis revenue. »

Mme G. (VI, 51) a des réactions identiques dès la première fois que je lui fais ressentir la tête. Hémianesthésique elle aussi, elle a des sensations anormales et réactionnelles principalement du côté gauche. La tête lui parait en effet toujours gonflée comme un ballon, plus

grosse à gauche, côté de l'anesthésie, et en même temps lourde et vide. Grosse, lourde et vide, sont trois qualificatifs que la plupart de ces malades emploient simultanément à une certaine phase de l'anesthésie cérébrale.

Cette malade a les mômes secousses de tête, la même sensation de rétrécissement de la tête. Puis le ballon qu'elle forme se modifie, et ça fait des bosses; puis ça fourmille, ça tire comme si on lui arrachait les cheveux, la peau du crâne. Ensuite elle y ressent des craquements, en même temps qu'une sorte de trémulation de la tête a remplacé les secousses. Après quoi survient une sensation d'écoulement, qu'elle ne manque pas d'attribuer à l'écoulement de sa cervelle. Et après quelques réactions de plus en plus légères, elle sent qu'elle va s'éveiller et s'éveille en voyant tout plus clair autour d'elle, et avec sa sensibilité normale. A plusieurs reprises j'eus l'occasion de constater la même succession de phénomènes chez cette malade qui analysait de mieux en mieux ses sensations, ou plutôt m'en faisait plus nettement part, tantôt pour certaines réactions, tantôt pour d'autres.

D'ailleurs les réactions motrices et les sensations qui les accompagnent étant toujours les mêmes, on obtient chez l'une ou l'autre malade des renseignements plus détaillés sur tel ou tel ordre de phénomènes plus développés chez celle-ci que chez celle-là. C'est ainsi que chez Louise B. (VII, 64) les sensations d'éclatement, d'explosion, dont j'avais constaté l'existence chez Mme L. (V), se montrent nettement. Ayant déjà recouvré la sensibilité de la tête en partie, elle la recouvre complètement dans une séance ultérieure. Voici ce qu'elle dit elle-même éprouver au fur et à mesure que j'insiste pour qu'elle la sente complètement : « Cela tire dedans... Ça va éclater, on m'arrache le cerveau, on m'arrache les yeux. » Elle éprouve tout à coup un choc brusque dans l'oreille droite, puis dans la gauche, comme une explosion.

Hermine (VIII, 76, 77), dans une séance de réveil général, sur Tordre de se sentir de partout, a la sensation qu'elle a des bosses dans la tête, surtout à gauche et en arrière, que sa tête est plus grosse à gauche et qu'elle est pointue au lieu d'être aplatie. Ce qui lui est le plus pénible, ce sont des vertiges, avec sensation de déplacement dans la tête. Dans les séances ultérieures de réveil général elle sent sa tête diminuer de volume, moins boursouflée, et elle y sent moins de barres ; puis elle se dégage à droite, tandis qu'elle devient plus petite et resserrée à gauche, avec moins de barres intérieures encore. Puis toute sa tête devient resserrée et elle y éprouve de petites oscillations à l'intérieur. Spontanément une nuit elle sent

tout à coup quelque chose sortir de sa tête, après quoi celle-ci s'est trouvée dégagée en partie et elle y a vu bien plus clair. Enfin, quand je lui tais ressentir à part la tête, elle y éprouve des crampes depuis le cou; la tête lui paraît grosse et de travers, plus large à droite et bossuée à gauche. Elle a des contractions dans tout le corps et me dit : « Ça me tord dans tout le corps et dans la tête. » Puis elle a des secousses de tête, qui sont accompagnées de craquements. Il lui semble que sa tête va éclater, qu'elle renferme quelque chose qui force, qui veut sortir. Puis c'est une sensation d'engourdissement et de fourmillement dans la tête, avec nausée. Elle a ensuite des brûlures, puis des picotements, en même temps que son corps et sa tête semblent se gonfler. Après des moments d'accalmie, tout recommence en passant par les mêmes phases, comme si le cerveau recouvrait sa sensibilité partie par partie. Tantôt en effet elle éprouve à droite, tantôt à gauche, des douleurs qui ensuite se généralisent. A huit ou dix reprises, dans une séance, les choses recommencent de la même façon et ce qu'elle éprouve dans la tête correspond dans tout le corps, puis dans des séances ultérieures elle repasse par toutes les phases de son existence. Après les secousses de tête, il lui semble qu'il s'y casse des petits morceaux de verre et elle me demande si je les entends. Puis elle sent comme un liquide froid qui coule très doucement dans sa tête.

Sous l'influence d'un léger réveil, Yvonne (IX, 102) sent sa tête de travers, comme si la peau du crâne et de la face était tirée en arrière et à gauche. Elle se figure par suite que ses chapeaux sont toujours de travers sur sa tête et elle est obligée de s'assurer de leur position devant une glace. Mme G. éprouvait exactement la même impression que ses chapeaux étaient de travers et que la différence de volume entre les deux côtés de sa tête devait se voir. La première fois que je fais ressentir séparément sa tête à Yvonne, voici ce qui se passe. Elle a aussitôt des contractions de tous les muscles du front, de la face, des yeux, avec des oscillations latérales de la tête, et des mouvements de rotation du cou. Elle se tire les cheveux, se frappe la tête avec le poing. Il lui semble qu'on lui tire le cuir chevelu dans tous les sens. Puis elle éprouve des fourmillements, et la sensation « que la peau se recolle sur le crâne ». Puis sa tête lui paraît grosse et lourde, et elle y ressent des coups de marteau. Il lui semble qu'on la serre, puis qu'on la desserre, en même temps qu'elle y ressent des battements. Les oscillations cessent, mais la sensation de battements dure plus longtemps et, après, sa tête se rapetisse et devient plus légère, et moins douloureuse. Ensuite il lui semble qu'on lui tire intérieurement tout ce qu'il y a dedans. A

partir de ce moment, elle a une grande confusion mentale. Elle ne sait plus ce qu'elle éprouve dans la tête. Elle a envie de dormir, ditelle. Dans les séances des jours suivants elle rétrograde comme personnalité, puis repasse par toute son existence depuis l'âge de sept ans et, quand je continue à perfectionner sa sensibilité de la tête, elle est reprise de secousses; il lui semble que sa tête va éclater, puis elle se calme, et des fourmillements se font sentir qui l'engourdissent. « Ma tête devient lourde, dit-elle ; il me semble que tout ce que j'y ai est renfermé dans autre chose. » Ensuite la tête se dégage; « on lui retire ce qu'il y a dedans ; on lui évente le front et elle sent de la fraîcheur à l'intérieur ». « Il me semble que ça s'éclaircit, que je vois du soleil ; c'est une drôle de sensation; c'est comme un rayon de lumière qui descendrait et qui donne de la fraîcheur. » Après quoi elle a un énervement général, « parce qu'il lui semble que sa tête ne peut pas contenir tout ce qu'il y a dedans ». Elle a dans d'autres séances la sensation terminale que « ça s'en va par derrière, comme si on lui avait délayé la tête », ou que ça bouillonne.

Je n'en finirais plus si je voulais indiquer en détail tous les cas où j'ai pratiqué la resensibilisation de la tête. Mais ce qui est frappant, c'est non seulement la succession très déterminée et toujours la même des réactions motrices et des sensations éprouvées, mais encore l'identité des expressions des malades qui témoigne de l'identité des phénomènes, et qui prouve bien qu'on se trouve en présence de réactions d'un ordre très spécial, de sensations qui n'ont rien d'analogue nulle autre part dans l'économie, et qui ne sauraient être provoquées par suggestion. Jamais, je le répète et j'y insiste en ce moment plus particulièrement encore, je n'ai fait la moindre suggestion, ni de mouvements, ni de sensations, à mes malades. Je me suis toujours borné à cette simple injonction banale : « Sentez votre tête. » Or chez toutes, les mouvements de la tête ont été les mêmes; chez toutes, certaines sensations ont commencé et se sont arrêtées avec certains mouvements ; chez toutes, l'ordre des sensations a été le même; chez toutes enfin, ces sensations ont été tellement identiques que, pour les décrire au fur et à mesure qu'elles les ressentaient et non pas après coup, elles se sont servies d'expressions identiques.

Or, cela ne s'est pas seulement produit dans le sommeil hypnotique, mais encore en dehors de cet état, comme c'est le cas de Jeanne D... (X, 139), une hyperesthésique, contracturée, anorexique, etc., dont je restaurai la sensibilité par simple fixation de l'attention. Je ne m'attendais pas chez elle à pouvoir rien obtenir par le même

procédé pour la tète, qui était elle aussi hyperesthésié. Je tentai cependant l'expérience, qui ne pouvait en tous cas entraîner d'autre inconvénient qu'un échec sans conséquence pour la malade. Ce qui m'y engagea en outre, c'est que spontanément, à la fin des séances où je lui avais fait recouvrer la sensibilité des membres et du corps, elle avait ressenti des tiraillements dans la tête et s'était mise à la secouer d'un côté à l'autre, comme les sujets auxquels je rendais dans l'hypnose leur sensibilité céphalique. Il lui semblait en même temps que quelque chose tournait et se nouait dans sa tête. Elle éprouvait des douleurs à la nuque, des tiraillements dans le cou, qu'elle rejetait brusquement en arrière. Je lui ordonne donc un jour de sentir sa tête. Le résultat ne se fait pas aitendre. Elle éprouve d'abord des crampes dans les jambes, des secousses ; des détentes brusques se produisent, puis tout se relâche. La douleur qu'elle avait dans le dos disparaît, et alors app;^ ssent des secousses de tête. En même temps surviennent des seo.^usses, des spasmes de l'estomac, de l'œsophage, du hoquet, des spasmes du pharynx. Puis les phénomènes gagnent de bas en haut. Ce sont alors des secousses dans la nuque, dans la tête. Les membres lui semblent se tordre intérieurement, elle éprouve la sensation de quelque chose qui se déplace dans sa tête, une espèce de vertige.

Un autre jour, elle éprouve dans la tête des sensations de serrement, des tiraillements, comme s'il y avait des fils qui aillent de sa tête à son dos. La fois suivante, il lui semble qu'on lui arrache la peau du crâne . Elle a des vertiges et a la sensation de « poids qui remuent dans sa tête ». Enfin à ces sensations s'ajoutent celles que « sa cervelle coule en bouillie dans son dos », que sa tête se vide, puis s'allège; il lui semble « qu'elle ne pourra contenir tout ce qu'il y a dedans ».

Un autre jour, elle éprouve des tiraillements à la nuque, des douleurs superficielles, comme si on lui arrachait la peau du crâne ; puis sa tête lui paraît enilée ; elle est lourde et vide en même temps. Le lendemain il lui semble qu'on « lui retire des tas de choses de la tête ». Elle lui semble ensuite grossir, se remplir, et elle y éprouve des frémissements « très agréables », qui vont delà nuque dans le dos et dans tout le corps. Après quoi, sa sensibilité ayant reparu dans tout le corps, elle se réveille tout à fait bien.

Le fait que, sous la seule influence du réveil de la sensibilité de la tête, toute la sensibilité s'est mise à reparaître dans les membres et même dans les viscères, alors que je n'y attirais en aucune façon l'attention, de la malade, montre assez que c'est bien dans les centres cérébraux eux-mêmes que siège le trouble fondamental de l'hystérie.

Mais on peut remarquer l'identité des impressions et des réactions chez ce sujet non endormi et chez les autres.

La lecture de mes observations montrera que dans tous les cas c'est toujours aux mêmes phénomènes qu'on a affaire; mais ici la variété des sensations est telle, leurs caractères sont tellement spéciaux, et les conséquences de la restauration de la sensibilité du cerveau sont si importantes au point de vue de la psychologie de l'hystérie et au point de vue de la physiologie cérébrale, qu'il est nécessaire d'y insister. Un premier point est à établir, c'est qu'il s'agit bien de retour de la sensibilité du cerveau et non des autres organes contenus dans la tête, ou des muscles superficiels, ou de la peau du crâne. Nous venons de voir précédemment ces réactions spéciales qui accompagnent le relour de la sensibilité des divers organes des sens, de la face, du ctfer chevelu.

Dans les premiers temps, j'ordonnais au sujet de sentir sa tête, en bloc. Puis je procédai séparément à la resensibilisation du cou, de la face, des différents sens, de la peau du crâne. Gela fait je disais au sujet de sentir sa tête « intérieurement », quelquefois même je lui ordonnais de « sentir son cerveau ». Au début j'aurais été bien en peine de prévoir ce qui allait se passer et plus encore ce que le sujet allait éprouver. Ce n'est qu'à force de voir la répétition identique des phénomènes que je fus convaincu que c'était bien au retour de la sensibilité du cerveau lui-même que tout était dû. En effet, il ne restait plus alors que cet organe sur lequel je n'eusse pas porté l'attention et les efforts du sujet. Par exclusion donc, il était évident que les réactions observées tenaient à lui. Mais ce n'était là qu'une raison négative. Il y en avait une plus puissante, c'est que dans certains cas, où je rendais la sensibilité de la tête, je voyais reparaître d'abord la sensibilité dans le reste du corps. Gela établissait nettement que c'était le cerveau qui était mis en fonction, carde lui seul pouvait provenir l'excitation qui mettait les membres et les viscères en mouvement. Si l'injonction de « sentir la tête » n'avait amené le retour de la sensibilité que dans les parties périphériques de la tête ou dans les organes des sens, on ne s'expliquerait pas que cela pût mettre enjeu la motricité et la sensibilité des membres ou des viscères.

Enfin, et c'est là le caractère le plus capital, sous cette seule influence se produisaient des modifications psychiques, des transformations de la personnalité, un réveil des souvenirs, tous phénomènes dont le point de départ, dont le siège, ne peut être que dans le cerveau lui-même. L'existence de douleurs internes, ne correspondant en aucune façon à des parties extérieures de la tête, est encore une

preuve, quoique moins démonstrative, de la production de ces phénomènes dans le cerveau lui-même.

Mais alors une conclusion s'impose d'emblée, c'est que le cerveau est doué d'une sensibilité propre, organique, comme tous les autres viscères, auto -sensibilité pour mieux dire, puisqu'il est à la fois l'organe émetteur et récepteur. C'est la première fois, je crois, que cette sensibilité spéciale du cerveau se trouve, ainsi mise en évidence et c'est là un fait gros de conséquences. If en résulte en effet que le cerveau peut percevoir ce qui se passe eçi lui-même, comme ce qui se passe en dehors de lui, et, ce qui est beaucoup plus important, qu'il peut agir sur lui-même. Nous reviendrons plus loin sur ces données. :^t i

Quant à l'hystérie, nous ne sommes pas L?^ vis de voir que son siège est essentiellement cérébral, et que tous les troubles psychiques qu'elle présente sont dus à l'anesthésie du cerveau, celle des organes et des membres n'étant que la conséquence de celle des centres cérébraux qui leur commandent.

Cerveau. — Passons en revue maintenant les diverses réactions du cerveau depuis l'anesthésie jusqu'à la sensibilité normale. Elles sont de trois ordres : motrices, sensitives et psychiques.

Les réactions motrices sont constantes, et dans leur production et dans leur forme. Elles consistent essentiellement en des oscillations de la tête de droite à gauche et de gauche à droite, assez rapides d'abord, puis plus lentes, interrompues de temps à autre par de violentes secousses, dans lesquelles la tête est brusquement projetée en arrière, comme si elle était tirée par les cheveux. Ces réactions motrices, d'abord non conscientes, le deviennent au bout d'un certain temps seulement.

Les réactions sensitives qui accompagnent ces réactions sont des sensations de secousses intérieures, de coups de marteau, de nœuds, de craquements, de déchirements, toutes sensations qu'on peut se représenter assez facilement et qui se rencontrent d'ailleurs dans le retour de la sensibilité d'autres organes. Il est cependant une impression particulière qui se manifeste dès ces premières réactions, c'est celle de clarté que le sujet accuse dans ses idées, ou de clarté réelle qu'il lui semble apercevoir dans sa tête, ou d'un voile qui se déchire. « Il me semble que ça s'éclaircit, que je vois du soleil, dit Yvonne (IX, 120); c'est comme un rayon de lumière qui descendrait et qui donne de la fraîcheur ». Marguerite (XIII, 197) sent « comme si ça se déchirait dans sa tête », « comme si ça s'ouvrait ».

l'hystérie. — i. 9

Quand on n'a pas pris le soin de faire recouvrer la sensibilité du crâne, du cuir chevelu, avant de passer à celle du cerveau lui-même, les malades éprouvent la sensation qu'on leur arrache les cheveux, qu'on leur décolle le cuir chevelu du crâne.

La sensation la plus fréquente est celle de fils, de barres, tendus d'avant en arrière dans le cerveau. Ces fils s'emmêlent les uns avec les autres, forment des nœuds, diminuent de nombre en même temps qu'ils grossissent, cassent et se reforment, pour casser encore. Berthe (XI, 157) a des fils qui diminuent de grosseur à mesure que les oscillations de tête se produisent, et plus ils deviennent petits moins les démangeaisons du cuir chevelu qu'elle a en même temps sont fortes : elle s'étire et a la sensation qu'il existe un gros fil antéro- postérieur 1S as sa tête. En sentant davantage, sur mon insistance, il diminue et les autres fils semblent se nouer ensemble et se nouer avec lui ensuite. Enfin il y a un éclatement de tous ces noeuds, sauf pour le dernier fil du milieu qui est le plus dur à se casser. Enfin il se rompt en éclatant comme les autres et elle se réveille brusquement en même temps. « Ça tire, c'est comme des fils, dit Eugénie (XVI, 232), jusque dans le cou, depuis le haut de la -tête. » Paul (XX), Camille (XIX), Pauline (XVIII), Jeanne Des. (XVII), Jeanne A. (XIV), Jeanne (X), Yvonne (IX), Hermine (VIII), ont des sensations analogues de fils dans la tête, qui se cassent, qui tirent dans le cou, dans le dos, ou de câbles, ou d'élastiques (Mme G. VI). C'est toujours la même impression traduite dans des termes identiques ou très analogues. Au lieu de fils qui se rompent, ce peut être des sensations d'éclatement, de bris de verre (XIII, 90) qui s'accompagnent de craquements tellement nets que le malade vous demande si vous les entendez. Mme L. (V, 35, 41) a la sensation de bulles de savon ou de petites boules qui s'enflent et éclatent en faisant du bien. Il est remarquable en effet de voir que ces sensations de rupture de fils, de nœuds, d'éclatement, de boules qui crèvent, ou de petites bombes, comme me disait une malade, sont toujours suivis d'une sensation de mieux-être, d'une sensation de clarté dans la tête, dans les idées. Berthe (XI, 159) a la sensation de « feux d'artifice ». Marguerite (XIII, 201) a, comme Mme L., des boules qui éclatent dans la tête.

A la suite, outre la sensation de bien-être, d'éclaircissement des idées, les malades éprouvent encore une sensation très spéciale, celle que « tout se remet en place» (XVIII, 280; XI, 159), ou bien un sentiment de détente (XIII, 201, 256; XI, 152).

Une des sensations les plus constantes encore et les plus caractéristiques est celle d'écoulement du cerveau et de fraîcheur. « Ça coule, ma tête rétrécit, rétrécit! » s'écrie Marguerite (I, 11). « Ça fait floc,

floc, ça ballotte, ça clapote, c'est peut-être de l'eau qu'on a là dedans ; » « ça coule goutte à goutte, » « ça ne coule plus dans la tête, ça fait doux, ça coulait tiède, ça coule frais maintenant, c'est bon, c'est frais dedans, » dit M"lC G. (VI, 56). « C'est comme si ma cervelle se liquéfiait, dit Berthe (XI, 151), comme de la glace qui se fond, c'est froid. » « Je sens des fils qui cassent partout, dit Marguerite (XIII, 201), ça coule froid maintenant.» Un autre jour elle dit: « C'est comme de la glace qui coule dans ma tête ; ça craque encore par moments et puis ça se remet à couler ; ça coule partout dans le corps. » Pauline (XVIII, 280) éprouve la même sensation que « sa cervelle coule par derrière ». En même temps que cette sensation d'écoulement froid se produit les idées s'éclaircissent, la tête se débrouille.

Une sensation assez singulière et tout à fait spéciale est celle de boîtes renfermées les unes dans les autres dans la tête. Marie (XII, 174), sur le point de s'éveiller et ne pouvant y parvenir, dit avoir la tête comme une boîte fermée qui ne peut s'ouvrir, et qui en renfermerait d'autres emboîtées les unes dans les autres, de plus en plus petites. « Ça me fait drôle dans la tête, dit Marguerite (XIII, 186); c'est comme une boîte qui se ferme et qui s'ouvre avec des tiroirs. » D'autres malades encore m'ont traduit la même impression que leur tête est comme une boite qui ne peut s'ouvrir.

La plupart ont, au début de la resensibilisation, la sensation que leur tête gonfle, se ballonne. C'est le côté le plus anesthésique qui est le plus gros. « Elle est toujours plus grosse à gauche, dit Mme L. (VI, 51) ; ça doit être drôle, ça doit même se voir. » Quelquefois, elle semble gonflée uniformément, lisse ; c'est un « ballon du Louvre », me disait Mme G. Puis il s'y produit des boursouflures, comme chez M'ne G., chez Hermine, chez' d'autres encore. A la suite du gonflement, c'est, en général, une sensation de diminution, de resserrement qui se manifeste, et qui donne aux malades l'impression que leur tête est trop petite pour contenir tout ce qu'il y a dedans. Car, en même temps que ces deux sensations surviennent, les souvenirs reparaissent en foule, ce qui contraste avec le sentiment de petitesse de la tête. C'est alors que se produit l'écoulement froid et que la tète se met à grossir de nouveau, mais, cette fois, pour arriver à l'impression de la normale.

Il y a un moment, alors, où presque toutes décrivent de la même façon leur impression, en disant que leur tête est « grosse, lourde et vide ». Ces trois adjectifs sont toujours accolés et correspondent évidemment à un état bien déterminé du cerveau. Du reste, cette sensation est transitoire, et quand le sujet approche du réveil complet, la tête devient plus légère et « se remplit ».

Le gonflement inégal de la tête, qui est plus accentué du côté oii l'anesthesie existe ou est la plus forte, entraîne quelquefois l'idée que la tête est dédoublée. Paul (XX, 320) a l'impression que sa tête est partagée en deux. Mmc G. (V, 38) se voyait « toujours deux ».

A la fin des séances, avant de se réveiller, c'est-à-dire d'avoir recouvré complètement la sensibilité du cerveau, il se produit encore des picotements, des fourmillements, des frémissements. A d'autres moments, ce sont des sensations de bouillonnement. — « Ça bout dans ma tête», disait Marguerite (XIII), — ou de brûlure. Quelquefois aussi, il y a des démangeaisons, mais qui tiennent plutôt au retour de la sensibilité superficielle du crâne qu'à celle du cerveau lui-même.

A un moment donné, le sujet éprouve une grande confusion dans la tête ; il lui semble qu'il va devenir fou ; il se demande ce qui se passe en lui. Cette confusion dans les idées se produit au moment où il va rétrograder comme personnalité, quand il se trouve sur la limite entre sa personnalité actuelle et l'ancienne, où le ramène le réveil de son étatcénesthésique. Souvent aussi, quand on réveille la malade à ce moment, ou avant qu'elle ne soit arrivée au réveil complet, elle a des vertiges, surtout quand elle se baisse ou tourne la tête. Celle-ci paraît lourde, et les idées sont confuses. Tout est « embrouillé » , intérieurement. MincL. (V), Jeanne D. (X) et bien d'autres, quand elles ne sont pas arrivées au réveil complet, gardent dans la tête une sensation de quelque chose qui se déplace et qui leur donne du vertige, et quelquefois même un peu de titubation. Nous avons vu dans le premier chapitre, à propos du réveil du vigilambulisme, que Mme G. (VI) avait éprouvé des phénomènes semblables, à la suite des séances de suggestion hypnotique, grâce auxquelles elle était tombée dans un état d'hystérie grave. C'est un phénomène- qui trouve ici son explication et qui prouve que mon interprétation est exacte, à savoir que, lorsqu'on observe un pareil trouble vertigineux à la suite de séances d'hypnotisme, cela indique que le sujet est mal réveillé.

Aux sensations de fils qui cassent, aux tiraillements, s'ajoutent souvent des sensations de brûlure intérieure, précédant cet écoulement frais dont je parlais tout à l'heure. Marguerite (I), Hermine (VIII), Mme L. (V), Marguerite (XIII), Eugénie (XVI) éprouvaient cette sensation de brûlure qui, quelquefois, se généralisait au reste du corps.

Les tiraillements persistent presque jusqu'au bout en disparaissant de temps en temps. Ils ont pour siège ultime les yeux et l'occiput. Ce sont, en effet, les réactions qui accompagnent le retour de la sensibilité des centres visuels, lesquels sont les derniers à se réveiller définitivement, et à recouvrer complètement leur sensibilité.

On comprend que le réveil complet ne puisse être obtenu que lorsque la lète et le cerveau ont recouvré toute leur sensibilité. Après avoir rétrogradé, la personnalité se reforme, toute la vie se déroule dans l'esprit du malade jusqu'au jour actuel. Mais à ce moment, il n'est pas encore réveillé. Il l'est suffisamment pour avoir conscience de toute sa personne, pour avoir tous ses souvenirs, mais il est encore trop engourdi pour ouvrir les yeux et percevoir tout avec une parfaite netteté comme dans l'état normal. Il est, en quelque sorte, dans l'état d'un homme plongé dans l'état hypnagogique, avec cette différence qu'au lieu de s'endormir il se réveille. C'est l'aurore au lieu du crépuscule, mais l'état d'obscurcissement des sens et de la conscience est le même. Avant de se réveiller complètement, alors que le sujet n'éprouve plus qu'un peu de pesanteur sur les yeux, il lui arrive quelquefois de repasser dans une vue d'ensemble toute sa vie en bloc, d'une façon très nette. Ce phénomène rappelle absolument cette remémoration si particulière qu'on décrit, dans quelques cas de mort imminente, de noyade principalement. Berthe (XI) était, à cet égard, très caractéristique. Après avoir recouvré année par année, jour par jour, sa personnalité et sa sensibilité; après avoir repassé successivement tous les événements et les faits de son existence depuis l'âge de trois ans jusqu'à celui de dix-neuf qu'elle avait, elle revoyait toute son existence d'un seul coup, dans une vue panoramique. Les autres se contentent de dire que leurs idées deviennent nettes, s'éclaircissent, que leur tête se débrouille, qu'un voile se déchire. Et de fait, au réveil, si léger qu'il soit, si incomplet qu'il soit, il est une chose que toutes remarquent aussitôt, c'est que « tout est clair » . Les meubles leur paraissent d'un ton plus vif, les tentures leur montrent des dessins qu'elles n'avaient jamais remarqués, le papier de leur chambre est changé, le jour est plus clair. Ce sentiment de plus grande clarté est absolument constant au réveil. Il tient à ce que toutes les sensations sont plus nettes, sont mieux perçues, et que le champ visuel s'est agrandi, ou est tout à fait normal.

Mais il est d'autres sensations qui accompagnent le réveil, le précédent, ou, pour mieux dire, surviennent avec lui. C'est ordinairement un énervement général. La sensibilité paraît revenue partout normalement. Les yeux se sont rouverts spontanément et on a pu constater que la dyschromatopsie et le rétrécissement du champ visuel ont disparu. Cependant, ainsi que je l'ai montré plus haut, les yeux ne peuvent encore se maintenir fermés volontairement sans que, au bout de quelques secondes, le malade n'éprouve un sursaut qui les lui rouvre. Si on les lui referme et qu'on les maintienne en

lui ordonnant de nouveau de se réveiller complètement, le sujet se met alors à se tortiller de tout le corps, et dit éprouver un énervement général avec un sentiment de malaise, de nausée légère quelquefois. Puis tout passe rapidement et le réveil survient. Mais à cet énervement succède un rire de satisfaction. Le visage s'épanouit, puis la malade se met à rire sans pouvoir dire pourquoi. Elle se réveille presque toujours, sinon riant, du moins souriant et heureuse de vivre. Marie-Louise, de très mauvaise humeur avant la séance de restauration de la sensibilité, se réveille en riant à la fin et me dit : « Oh ! je sens que je vais avoir des idées gaies toute la journée! Qu'est-ce que vous me faites donc pour me changer mes idées ? » — Je ne lui fais rien d'autre que de la réveiller et de lui rendre son état cénesthésique normal. J'ai cherché à me rendre compte de la cause de ce rire et je n'ai pu lui trouver d'autre raison que l'état de bienêtre, de satisfaction de se sentir revivre normalement, de se sentir « ressuscité », comme me disaient certains malades.

Mais si l'anesthésie des membres et des viscères tient à l'anesthésie, ou, pour mieux dire, au sommeil, à l'engourdissement du cerveau, on peut se demander à quoi sert de réveiller progressivement, par fragments, la sensibilité des membres et des viscères, et s'il ne serait pas plus simple de réveiller tout de suite le cerveau lui-même?

C'est ce que je tentai de faire, dès que je reconnus que d'une part la disparition de l'anesthésie des membres et des viscères entraînait celle des points hysperesthésiques siégeant au niveau des centres cérébraux correspondants, et qu'ainsi ces centres se trouvaient réveillés, remis en fonction, et d'autre part que le réveil direct de la sensibilité de la tête ramenait la sensibilité dans le reste du corps chez certains sujets, comme Jeanne D... (X). Le réveil simple, l'injonction de se réveiller complètement qui ne pouvait agir que sur le cerveau lui-même, amenait un résultat identique quoique plus ou moins complet, en provoquant la régression de la personnalité, ou la disparition de certains accidents qui tenaient à un degré plus profond d'anesthésie. Mais le résultat trompa mon attente. La plupart des sujets étaient incapables de l'effort nécessaire pour arriver ainsi au réveil complet de toute la sensibilité. On conçoit en effet que, dans des cas très anciens, où l'anesthésie organique cérébrale, viscérale, générale et sensorielle, est extrêmement marquée il faille procéder par fragmentation. C'est ce qu'on obtient avec la resensibilisation partielle et séparée des membres, des viscères et de la tête. Peu à peu on réveille les divers centres cérébraux, et quand ils sont presque tous en grande partie réveillés, alors on procède

au réveil du cerveau lui-même. C'est-à-dire qu'en somme on complète le réveil déjà obtenu et on réveille ce qui ne l'était pas encore.. C'est alors que Ton voit se produire, par le réveil du cerveau, la régression de la personnalité, puis sa progression, le retour des souvenirs et qu'enfin le cerveau recouvrant la sensibilité complète, on constate que tout l'organisme participe à ce réveil des centres nerveux qui lui commandent. On n'a fait en somme que diviser le travail pour le rendre plus aisé, fragmenter l'effort nécessaire slk réveil complet. Aussi quand, après avoir procédé à la restauration successive et progressive de la sensibilité des membres, des viscères-, des sens et de la face, on en arrive à la fin du réveil du cerveau, lequel s'est traduit par des réactions psychiques toutes spéciales et que lui seul peut avoir, on constate que des phénomènes réactionnels généraux surviennent de nouveau. Toute la sensibilité paraissait normale dans tout le corps. Or on s'aperçoit que de nouvelles réactions sensitivo-motrices s'y produisent, à la suite desquelles elle est beaucoup plus vive encore, et que le point de départ de ces nouvelles réactions est dans le cerveau. Les choses se passent donc de la façon suivante : réveil partiel et incomplet des centres cérébraux sous l'influence du réveil partiel et séparé des membres et des viscères ; puis réveil des centres cérébraux psychiques proprement dits avec réactions spéciales ; et enfin réveil définitif avec réactions générales, devenues possibles grâce à ce que le terrain était déjà déblayé. Ce réveil général n'est plus qu'une mise au point en quelque sorte, un assemblage de toutes les parties réveillées séparément.

Quelque soit le procédé dont on se serve, il y a deux phénomènes qui accompagnent constamment le retour de la sensibilité cérébrale. Le premier, c'est la disparition des zones hyperesthésiques, douloureuses ou hystérogènes de la tête. Ces zones, ces points, pour les désigner d'un seul mot, sont de deux ordres. Nous avons vu que le retour de la sensibilité dans les membres et les viscères amenait la disparition des points siégeant à leur niveau d'une part, et, d'autre part, de certains points du crâne qui correspondent aux premiers. Mais une fois la sensibilité recouvrée dans tous les membres, dans tous les viscères et les organes des sens, il reste encore des parties douloureuses au crâne. Ces points douloureux sont dus à ce que tout le cerveau n'a pas encore recouvré sa sensibilité, et sont la conséquence de l'anesthésie cérébrale proprement dite. Le cerveau est un viscère comme tous les autres, et, de même que l'anesthésie de l'estomac ou de tel autre viscère s'accompagne d'un point douloureux, de même l'anesthésie du cerveau en présente un semblable.

Toutes les fonctions du cerveau ne sont pas comprises, en effet dans les centres moteurs, sensitifs, sensoriels ou viscéraux. Il y a les phénomènes psychiques qui s'élaborent en dehors de centres détermines et qui résultent de l'action réciproque des centres les uns sur les autres Une idée par exemple est toujours formée d'un certain nombre d éléments, d'images dont chacune est représentée dans un centre différent. La combinaison de ces différentes images se fait dans une région du cerveau qui paraît être le lobe frontal. Or celte combinaison peut ne pas se faire pour deux raisons, ou parce que es .mages des différents centres sont trop peu nettes, ou parce que les vo.es d association conduisent à des centres d'élaboration qui sont eux-mêmes engourdis et qui ne sont plus en état de percevoir les images que leur envoient les différents centres.

L'étude de la topographie des points douloureux sur le crâne est remarquablement instructive à cet égard. On voit en effet que certains de ces points sont nettement superposés aux centres moteurs des membres ou des différents organes des sens ou des viscères, et disposes le long de la région rolandique et dans tout le lobe pariétal et occipital, et qu'au niveau des régions frontales antérieures il n'en existe jamais de localisés. Mais lorsque ces points sont disparus il en reste encore un qui persiste très longtemps, qui reparaît le premier, qui se montre dès le début de l'hystérie, alors qu'on ne constate encore que des troubles du caractère, des modifications psychiques et pas encore de troubles anesthésiques ou d'accidents moteurs ou viscéraux. C'est le clou, signalé depuis longtemps par les observateurs et qui se montre en effet avec une constance etune précocité remarquables. Or où siège-t-il ? Est-ce sur la zone rolandique, est-ce sur le lobe pariétal? Non, c'est sur le sommet même de la tête, c'esta-d.re au-dessus du lobe frontal, en avant de la zone rolandique correspondant à toute cette région du cerveau à laquelle, par exclusion, on attribue les fonctions intellectuelles et dans laquelle on n'a pu encore déterminer aucun centre isolé, spécial. Si nous raisonnons par analogie avec les autres organes, nous devons admettre que ce point douloureux est dû à l'anesthésie de la région sous-jacente du cerveau, a 1 anesthésie, à l'engourdissement pour mieux dire de tout ce qui constitue le cerveau en dehors des centres bien déterminés moteurs, sensitifs ou sensoriels, absolument comme nous voyons es points iliaques dus à l'anesthésie intestinale, le point épiKastnque dû à l'anesthésie stomacale, etc. Chaque organe a ainsi un point ou la douleur se localise quand l'anesthésie survient Pour le cerveau ce point est le sommet de la tète, et il correspond à la partie de cet organe ayant une sensibilité propre, distincte, indépendante,

caractéristique de sa fonction, c'est-à-dire le lobe frontal où se fait l'élaboration des impressions perçues dans les divers autres départements du cerveau. C'est en somme le point qui résulte de l'anesthésie du cerveau antérieur, qui devient ainsi le véritable organe psychique, les autres parties n'étant que des organes récepteurs.

Il est remarquable en effet que, tandis qu'on voit tout le crâne, dans les parties latérales et postérieures, être le siège de points et quelquefois même d'une hyperesthésie généralisée, le front reste toujours indemne. C'est toujours du sommet, du derrière de la tête que se plaignent les hystériques. En avant elles n'ont qu'une sensation de voile, de brouillard, de tension, de serrement, lequel est même localisé aux régions temporales qui correspondent aux pieds des circonvolutions motrices, et au langage. Mais dans la partie du crâne correspondant aux deux premières frontales on ne constate jamais de point hyperesthésique, mais seulement de l'anesthésie cutanée. Or, cette anesthésie cutanée de la région frontale persiste tant que le sujet n'a pas reconstitué sa personnalité, recouvré ses souvenirs, bien que tous ses membres et ses viscères aient recouvré leur sensibilité et que toutes les régions céphaliques correspondant aux centres cérébraux qui commandent ces organes soient elles-mêmes redevenues sensibles. Par analogie, nous pouvons donc admettre que cette anesthésie cutanée correspond à celle du lobe frontal.

D'autre part, quand on réveille d'emblée une hystérique, c'est son front qui se dégage le premier. Ce n'est plus le derrière de la tête que le sujet prend avec sa main pour montrer où il souffre ; c'est le front sur lequel il passe la main pour indiquer qu'il s'est dégagé, que le voile s'est déchiré, que ses idées sont plus claires, qu'il y voit mieux, que tout lui paraît nouveau. Quand il recouvre ses souvenirs, c'est du sommet de la tête, de son point du vertex, que partent les tiraillements, les fils qui cassent, etc.,

Beaucoup indiquent le front comme étant le siège des phénomènes qu'elles ressentent, du travail plus ou moins douloureux qui s'opère dans leur cerveau ; c'est là qu'elles éprouvent cette sensation douloureuse et vertigineuse qui suit le réveil incomplet et qui accompagne la progression de la personnalité, douleurs que M. P. Janet dit avoir remarquées quelquefois chez des malades dont la mémoire reparaissait et dont il ne s'explique ni la cause, ni la nature. Maintenant que nous avons vu quelles sont les réactions motrices et sensitives qui accompagnent le retour de la sensibilité cérébrale, et avec elle le retour de la mémoire et le réveil de la personnalité, nous savons à quoi elles sont dues et nous ne nous étonnons pas de les voir survenir chez [des sujets qui, sous l'influence d'un traitement, récupèrent

leur mémoire, ou pour mieux dire se réveillent et retrouvent leur personnalité normale. Nos observations nous montrent à chaque instant ce travail continuant après le réveil apparent, tant qu'il n'est pas complet.

Nous reviendrons d'ailleurs sur toutes ces considérations à propos de la conception générale de l'hystérie et des déductions que l'on peut tirer de tous ces faits pour la physio-psychologie normale.

Le second phénomène qui est la conséquence immédiate du retour de la sensibilité cérébrale, c'est le sommeil naturel. J'ai montré dans le chapitre précédent que les grandes hystériques, anesthésiques totales, n'étaient que des vigilambules qu'il suffisait de réveiller pour les guérir ou pour faire disparaître leurs accidents d'abord, leurs stigmates ensuite. Mais cet état de vigilambulisme ne correspond qu'à un engourdissement profond, et surtout généralisé du cerveau. A un degré moindre nous n'avons plus qu'un nombre plus ou moins grand de centres anesthésiés, engourdis, ayant plus ou moins cessé de fonctionner. A un degré moindre encore ce n'est qu'un centre ou deux qui sont atteints, ou bien tous peuvent l'être, mais d'une façon passagère, et leur engourdissement a tendance à se dissiper spontanément. De sorte que depuis l'accident localisé, si petit qu'il soit, jusqu'à l'état hystérique généralisé complet, on observe toutes les nuances et toutes les combinaisons possibles. Mais si dans les cas extrêmes nous constatons que le sujet est en somme simplement dans un état de sommeil somnambulique ou vigilambulique, nous devons en inférer que dans les degrés inférieurs de la maladie c'est à un sommeil analogue mais moins généralisé, partiel ou transitoire, que nous avons affaire. Au lieu que tout le cerveau soit engourdi, nous n'avons qu'un certain nombre de centres engourdis. Mais le mécanisme est toujours le même. C'est toujours un engourdissement un sommeil des centres nerveux, qu'il s'agit de dissiper.

Tant que le cerveau n'est atteint que dans les centres qui commandent à la périphérie ou en reçoivent des impressions, il n'y a pas sommeil somnambulique, la personnalité n'est pas atteinte, et quand on provoque le réveil il n'y a pas de régression de la personnalité. Mais lorsque la sensibilité propre du cerveau est dominée ou perdue, alors il y a sommeil complet; l'élaboration des impressions si faibles, si incomplètes soient-elles, venues des centres périphériques, ne se fait plus, la conscience disparaît, et quand le réveil s'opère, le sujet se trouve ramené à l'époque où cet engourdissement s'est produit, où le vigilambulisme s'est constitué.

De sorte qu'en somme nous voyons que l'hystérie commence par être le sommeil d'un ou plusieurs centres cérébraux; puis peu à peu qu'il

s'étend à d'autres centres, et finit par envahir les régions mêmes où s'élaborent les opérations intellectuelles proprement dites. Or que se passe-t-il dans le sommeil normal ? Quelque chose d'analogue. Sous l'influence de la fatigue, les centres particuliers et le cerveau tout entier sont épuisés et cet épuisement produit le sommeil. Le cerveau se reposant, éliminant les produits dont la présence cause la fatigue, tend à reprendre naturellement son fonctionnement, c'est-à-dire à se réveiller. Plus la quantité de substance cérébrale à réparer sera considérable plus il y aura besoin de sommeil. Or chez l'hystérique nous voyons dès le début un nombre plus ou moins grand de centres anesthésiés, engourdis d'une façon continue, dormant réellement. Il en résulte que les parties ayant conservé leur fonctionnement normal, et ayant besoin de repos et de réparation par le sommeil normal, sont diminués de nombre.

Tout naturellement le sommeil est au prorata de cette diminution. Et cela est tellement vrai que lorsque l'hystérique arrive à être dans l'état vigilambulique complet il ne dort plus du tout du sommeil naturel. Il ne pourrait en être autrement, puisque tout le cerveau est plus engourdi à l'état habituel, dans l'état de veille apparente, qu'il ne le serait dans le sommeil normal. J'ai pu constater maintes fois le parallélisme qui existe entre la durée et la légèreté du sommeil normal chez les hystériques et leurs troubles anesthésiques. Le sommeil normal est l'indicateur le plus sensible, le plus sûr de leur état de santé. Il varie en raison inverse de l'engourdissement cérébral; plus le champ de la sensibilité cérébrale est grand, plus le sommeil est normal. Plus le champ de l'anesthésie cérébrale augmente, plus le sommeil normal diminue.

Comme disait Marguerite (XIII), quand je lui demandais pourquoi elle ne dormait pas la nuit quand elle était en plein paroxysme hystérique : « Mais on ne peut pas dormir deux fois ! » C'est en effet la meilleure raison pour expliquer cette diminution et cette absence du sommeil normal proportionnelles à l'état anesthésique. C'est là la clef de l'hystérie, qui nous apparaît dès maintenant comme un état d'engourdissement, de sommeil spécial des centres nerveux, distinct du sommeil normal, et n'ayant que peu de rapport avec les phénomènes d'épuisement. Ce sont des points que je discuterai plus complètement à la fin de cet ouvrage, mais qu'il était indispensable de poser dès maintenant comme développement de ce qui est établi dans le premier chapitre où les phénomènes sont étudiés dans leur ensemble.

Si nous considérons maintenant la succession des phénomènes réactionnels qui traduisent le réveil de la sensation cérébrale, de la

cénesthésie cérébrale, nous voyons qu'ils peuvent se ranger en deux catégories : les uns d'ordre général, communs au réveil de la sensibilité de tous les viscères; les autres, d'ordre spécial, psychiques, tenant exclusivement au réveil de l'organe de la pensée.

De l'examen des faits que nous venons d'exposer, et dontles observations détaillées contenues dans le second volume donneront une idée plus nette et plus complète, on peut donc conclure de la façon suivante :

1° L'anesthésie atteint le cerveau comme tous les autres organes de l'économie, dans l'hystérie; 2° cette anesthésie cérébrale est démontrée par le fait de la superposition de l'anesthésie cutanée du crâne, suivant une loi vérifiée pour tous les autres viscères et organes, ensuite par les réactions spéciales qui suivent l'injonction faite de « sentir la tête, le cerveau », et qui sont identiques dans leur production à celle des autres viscères et organes dont on réveille la sensibilité par le même procédé; enfin par la disparition des zones douloureuses dont les unes correspondent nettement à des centres fonctionnels d'organes anesthésiés et atteints dans leur fonctionnement, et dont les autres tiennent à l'anesthésie elle-même de l'organe cérébral, comme cela s'observe d'une façon constante pour tous les autres organes ; 3° cette anesthésie cérébrale n'est autre chose que de l'engourdissement des centres cérébraux, une sorte de sommeil analogue à celui de l'état normal ou à celui de la marmotte ; 4° l'anesthésie cérébrale est variable dans son étendue, dans son intensité, dans sa durée; elle subit des oscillations continuelles spontanément, ou sous l'influence de causes excitantes provoquant le réveil du cerveau ; 5° elle entraîne, d'une part des troubles organiques périphériques où, suivant les centres qui sont atteints plus ou moins profondément, toutes les combinaisons, toutes les variétés peuvent s'observer, et d'autre part des troubles psychiques qui ne sont que la conséquence des troubles apportés dans la réception des impressions ou dans l'émission des mouvements, par suite du sommeil des centres qui en sont le point d'arrivée ou le point de départ, et des associations forcément défectueuses qui existent entre des centres fonctionnant irrégulièrement, inégalement, ou incomplètement; 6° cette anesthésie peut être modifiée, soit par le réveil général obtenu par un des procédés quelconques employés dans le traitement ordinaire de l'hystérie, soit par mon procédé spécial de resensibilisation ; 7° le retour de la sensibilité cérébrale s'accompagne de réactions motrices consistant d'une façon constante en oscillations delà tête d'un côté à l'autre, plus ou moins rapides, et de plus en plus faibles, de secousses avec projection violente de la

RÉACTIONS LIÉES AU RÉVEIL DE LA SENSIBILITÉ lit

tête en arrière ; — de réactions sensitives consistant en sensations de secousses, coups de marteau, tiraillements, craquements, bris de verre, fils qui se cassent, éclatements de bulles, de feux d'artifice, gonflement et boursouflures de la tête, puis resserrement, puis retour à la sensation de volume normal, brûlures, fourmillements, frémissements, écoulement de liquide froid, puis tiède; sensation que la tête est grosse, lourde et vide, puis qu'elle se remplit, qu'elle est parfois comme une boîte qui ne peut s'ouvrir, ou qui renferme plusieurs boîtes les unes dans les autres, de clarté des idées, de légèreté, puis énervement qui se généralise à la fin; — de réactions psychiques consistant en confusion des idées, perte de la notion de temps, sentiment qu'on devient fou, puis régression des souvenirs et de la personnalité jusqu'au début de l'hystérie, ou pour mieux dire de l'anesthésie cérébrale, ensuite progression de la personnalité qui repasse par toutes les phases de l'existence année par année, mois par mois, semaine par semaine, et à la fin jour par jour et heure par heure, enfin clarté des idées, sentiment que tout se remet en place, que tout devient bien net et quelquefois vue panoramique de l'existence passée depuis le début de l'hystérie, avec état de bien-être et de satisfaction, de gaieté à la fin, — enfin réveil complet avec disparition de tous les stigmates et de tous les accidents tant physiques que mentaux, avec le sentiment qu'on leur a changé la tête, et l'étonnement de tout voir autour d'eux d'une autre façon que d'ordinaire et d'une façon plus claire, plus nette, caractérisé en outre ultérieurement par le retour du sommeil normal et le relèvement de la nutrition, et de plus par le changement du caractère ; 8° il existe donc une sensibilité interne spéciale du cerveau, qui nous fournit ou qui se fournit àjui-même des sensations cénesthésiques, notion capitale qui nous permettra plus loin d'expliquer une foule de phénomènes psychologiques, incompréhensibles sans cela.

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