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Genève et Charles Emmanuel Ier, 1589-1591

Le présent ouvrage est le complément du livre que nous avons publié il y a douze ans sous le titre de : La guerre du pays de Gex et l'occupation genevoise. A Taide des Registres du Conseil et de nombreux documents en partie inédits, nous avons cherché à reconstituer l'histoire des négociations épineuses et des nombreux faits d'armes qui signalèrent les années 1589 à 1591 ; ce n'est plus dans le pays de Gex que nous conduisons le lecteur, c'est en Faucigny, dans le Ghablais et le Genevois. Ceux de nos concitoyens qui se plaisent à parcourir nos environs se doutent peu des souvenirs qui s'attachent à tel village ou vieux château. Au retour d'une excursion printanière.

peut-être trouveront-ils quelque intérêt à lire le récit des vendanges de Bonne, des combats de Peillonnex ou de Montlioux, etc. ; pendant quelc[ues instants ils échapperont à l'actualité prosaïque pour vivre de la vie inquiète et troublée de nos ancêtres et ils apprendront à aimer notre histoire.

On nous reprochera peut-être de ne pas savoir, au cours de notre narration, dissimuler nos impressions ou nos opinions; en eflfét, nous n'avons pas cherché à éviter ce reproche. Suivant le mot de Lamartine, l'impartialité de l'histoire n'est pas celle du miroir qui reflète seulement les objets, c'est celle du juge, de l'observateur qui voit, qui écoute et qui j)rononce. Nous croyons que l'historien a le droit d'apprécier, de juger; il peut manifester ses sympathies, à la condition de se montrer scrupuleusement exact dans l'exposé des faits. Pour la période de 1589 à I5UI nous avons pu contrôler les actes et les décisions des Conseils et la conduite des Genevois sur le chamj) de ba-

taille; dans les négociations les plus délicates et les plus pénibles les magistrats se montrèrent intelligents, loyaux et honnêtes; dans la lutte à main armée les citoyens firent preuve non seulement de bravoure et de constance, mais aussi d'humanité. Des faits caractéristiques démontrent qu'au milieu des hostilités la population de Savoie conserva une secrète sympathie pour la République et rpi elle préférait ses voisins de Genève aux mercenaires du dur de Savoie. En lisant les pages qui suivent, les Genevois d'aujourd'hui pourront se dire, avec quelque fierté, que leurs ancêtres de 1589 étaient de braves gens et qu'il est juste de rendre hommage à leur mémoire.

20 novembre 1908.

Henri Fazy.

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