‹ Genève et Charles Emmanuel Ier, 1589-1591Chapitre 2 sur 16 · PRISE DES CHATEAUX DE MONTHOUX ET DE BONNE. TRAITÉ AVEC SANCY · texte numérisé non relu

PRISE DES CHATEAUX DE MONTHOUX ET DE BONNE. TRAITÉ AVEC SANCY

oNTiNLELLEMENT incnacée par les ambitieux desseins du duc de Savoie, la République de Genève se résignait peu à peu à l'idée d une guerre déclarée, mais les hommes prudents et avisés qui la dirigeaient ne se seraient pas engagés de si tôt dans une lutte inégale, sans l'intervention de la France. L'un des conseillers de Henri III, Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, passa à Genève dans les premiers mois de 1589 et il se montra si adroit, si persuasif, qu'il réussit à entraîner

les magistrats. Le 2 avril 1589 le Conseil des Deux-Cents décida par un vote enthousiaste d'ouvrir les hostilités. La petite armée de la République devait se proposer deux objectifs, emporter d'assaut d'une part le château de Bonne qui couvrait le Faucigny, d'autre part le l'ort de la Cluse, qui était la clef du pays de Gex.

Donc, le mercredi 2 avril, dans la soirée, trois cornettes de cavalerie et six compagnies de gens de pied, soit environ 1200 combattants, sortent de la ville, après avoir fait en |)ublic la prière. Cette troupe était commandée par un genti Ibomme français, Chaumont-Guitry et par son lieutenant, le seigneur de Beaujeu ; elle prit la route du Faucigny, mais il lui arriva peu après le départ une regrettable aventure que les esprits superstitieux auraient pu considérer comme de mau-

' .Ican (le Clianiiioiil-Guitry on Quilry élail issu (l'une famille ancienne el dislingni'e du Vexin ; il lil ses prenii(M-cs armes dans les guerres de religion et mérita la confiance du roi de Navarre c]ui l'envoya en I.')87 en Angleterre el en Allemagne pour solliciter les secours des princes réformés. Giiilry joua un r(')le important dans les annales genevoises, car il fui appelé à dirigei' les ()|)éral ions mililaii'cs au déhnl el à la (in de la guerre, en l,")8'.l el en I51U.

vais augure. Une compagnie, «elle du capitaine Mollard, avant reçu tardivement sa solde, se mit en route longtemps après les autres ; elle fit diligence [)Our rejoindre le gros de la troupe, mais, au milieu de la nuit prolbiule, il y eut un instant de trouble et de conlusion; les soldais de la colonne pi-incipale, se croyant attaf|ués par des ennemis, l'ondirentsur les retardataires à coups de mousquet et d'ar quebuse ; la méprise lïil prompteinent reconnue, mais dans la mêlée plusieurs soldats tombèrent morts ou blessés.

Ce fâcheux incident n'arrêta (|u'un instant la marche de la petite armée; à l'aide d'un |)étard elh; s'empara du château de Monthoux, admirablement situé sur un coteau cpii domine le cours de l Arve; puis elle s'achemina vers Bonne, où elle arriva à l'heure de la diane. Le fort n'était occupé que par une quinzaine d'arquebusiers, qui firent un simulacre de résistance, tirèrentquelquescoups, puis détalèrent ; ainsi les Genevois s'emparèrent presque sans coup l'crir du château de Bonne, ou ils laissèrent une petite garnison sous les ordres du capitaine Bois. Il parait que la place de Bonne était dans un assez piteux état, car le général

français Guitry l'ayant visitée, déclara qu'il ne savait de quel côté commencer à la fortifier et que, si l'ennemi cherchait à la reprendre, le capitaine Bois aurait beaucoup de peine à s'y maintenir.

Les Genevois, ne rencontrant aucune résistance sérieuse, poursuivirent leur chemin en remontant le cours de l'Arve ; ils rompirent les ponts et s'emparèrent du château de Marcossey, dont on pouvait encore, il y a quelques années, reconnaître l'emplacement, non loin de Peillonnex ; ils ne s'arrêtèrent qu'à St-Joire, dont ils prirent également le château, propriété du baron d'Hermance ; on trouva dans le château quantité d'armes, de munitions de guerre et ce qui valait mieux, les lettres échangées entre le baron d'Hermance et le duc de Savoie, lettres qui attestaient les projets du duc sur (jenèvc et le pays de Vaud. On laissa de petites garnisons dans les diverses places dont on s'était emparé, et le G avril la petite armée était de retour à Genève, fort satisfaite de cette première sortie (|ui avait pleinement réussi.

Les Genevois entendaient rayonner dans toutes les directions cl, tandis (]ue («uitry marchait vers

le Faiicigny. un simple détachement s'était emparé le 2 avril du pont d'Arve qui était sur Savoie et il avait été décidé de construire un fortin à l extrémilé du pont : les dizaines furent aussitôt requises pour procéder à cette (euvre par corvées et on commença par démolir les maisons qui s'élevaient au delà de 1 Arve. dans le voisinage du pont: il importait on elïet de dégager complètement les abords du fortin en construction : l'o-uvre fut rapidement conduite, car. au bout de quelques jours, on put installer dans le fort trois petites pièces d arlillerie que les Genevois appelaient familièrement les dimanches et le Conseil désigna Rémi Tronchin pour prendre le commandement de la place, qui allait jouer un rôle important dans nos guerres de la fin du X\"l^ siècle.

Du côté du pays de Gex. les Genevois avaient essuyé un échec : ils avaient essayé d'emporter à coups de pétard le fort de La Cluse, mais l'entreprise avait échoué. En revanche, dès le 7 avril, la ville et le château de Gex s'étaient rendus et Fr. de la Maisonneuve ramenait à (Genève le gouverneur de Gex. Claude Pobel. baron de Pierre, avec une centaine de soldats piémontais prisonniers.

Ainsi en huit jours les Genevois avaient réussi à occuper presque tout le Faucigny et une partie du pays de Oex ; c était assurément un résultat des plus encourageants pour des milices bourgeoises qui en étaient à leur coup d'essai. Le Conseil, tout à fait enhardi, ordonna de nouvelles sorties dans des directions difTérentes. Le vieux manoir de Ternier dressait sa tour altière à quelque distance de St-Julien ; il était en assez bon état pour pouvoir être défendu ; aussi le Conseil donna-t-il Tordre de s'en emparer le plus promptement possible. Eu même temps Jean Barba lut chargé de l'aire une croisière sur le lac pour saisir toutes les bar(|ues ou bateaux qu'il pouri'ait rencontrer jus(|u'à Ilermance.

Genève avait pris l'initiative courageuse d'ouvrir les hostilités, comptant f|ue la puissante République de Berne ne tai'derait pas à suivi-e, mais les Bei'nois étaient lenis à se décider et Sancy prit le parti de leiu' eiivoycM- De Fresnes, agent du roi de Navarre, pour essaver de les entraîner. L'agent français trouva les es|)i'its très refroidis; après tout les B<>rnois raisoiinaienl assez juste ; ils connaissaient la situation précaire et dillicile

dans laquelle se trouvait Henri III et eux-mêmes ne se croyaient pas en état de courir en ce moment les chances d'une guerre : d'autre part ils estimaient que les Genevois s'engageaient à la légère, sans avoir fait de préparatifs sutiisants ; lorsque De Fresnes déclara qu'il y avait 1000 à 1200 arquebusiers en marche, M. de Mùlinen se montra des plus sceptiques et s écria d un ton narquois : « Il faut donc que ces arquebusiers soient dans les caves. « De Fresnes répondit sans hésiter qu'il tenait le renseignement d'un membre du Conseil et que Genève se sentait assez forte pour ouvrir les hostilités. Peu après Sancy ayant rejoint De Fresnes, Messieurs de Berne montrèrent un peu plus d'entrain'; D Erlach annonça qu il tèrait avancer deux compagnies bernoises, que des compagnies de Bàle marcheraient le mardi suivant et que lui-même seiait à Morges en quelques jours. En outre il laissait espérer que 600 bons arquebusiers viendraient de Bourgogne ;

' Ajoutons qu il y ;ivait sans aucun doute à Berne un certain nombre de magistrats et d hommes influents qui tenaient pour le duc de Savoie. Le 5 avril devant le Conseil secret de Genève il y eut à ce sujet une vive altercation entre M. de Bonstetten, bailli de Morges. et De Fresnes.

des compagnies de Soleure et de Neuchâtel devaient suivre en bref délai ; enfin d'Erlach se faisait fort d'avoir sans délai 200 reîtres du côté de Bâle et 200 lances dans huit jours. D'Erlach était un des patriciens bernois qui, au début, restèrent fidèles aux Genevois. Ainsi tout laissait supposer cpi'un solide renfort allait arriver de Berne, de Bâle, de Soleure et de Neuchâtel, mais à Genève on ne s'endormait pas sur les premiers succès et dès le 4 avril un conseil de guerre avait été constitué ' : au surplus la situation se dessinait; l'ennemi, qui avait été pris au dépourvu, se préparait à reprendre l'offensive ; dès le 7 avril on annonce (|ue 500 chevaux sont arrivés à Cruseilles et (pi il y a près de Ternier un détachement de 140 cavaliers qui se dispose à investir lejîhâteau. D'autre pari on ra|)port(' que l'ennemi a réuni huit compagnies de cavalerie et 3000 hommes (le pied, (|ui vont assiéger la forteresse de Bonne;

' Il lut composa du syndic Varro, de (;ii;il)i-("V, seigneui- lieutenaiil. cl des conseillers Rose! cl Maillicl. l-'n même temps deux cliapelains furent di'sifrnés pour accompaj^ner les troupes; Simon Goulard, le célèbre écrivain et tliéolof^jien, se rendit bravement à Gex cl à La Cluse, le ministre d'Orival fut envoyé à Bonne.

ce dernier avis était le plus inquiétant, car Guitr}^ avait déclaré c|ue la place était si faible qu'elle était à peine défendable; niais le Conseil n'entendait pas lâcher prise, et dès le 8 avril, il décida d'envoyer à Bonne l'ingénieur de la Seigneurie, Nicolas Bogueret ^ avec quelques sujets de St- Yictor pour travailler aux fortifications; en même temps on écrit au gouverneur Aubert d'imposer des corvées aux paysans des environs.

Les Genevois avaient été presque aussi heureux du côté du bailliage de Gex que du côté du Faucigny ; sans doute ils n'avaient pu s'emparer du fort de La Cluse, qui exigeait un siège en règle, mais ils avaient pris Gex et, ce ((ui valait mieux, le château de Gex, qui dominait la ville; ils ne conservèrent pas longtemps leur conquête. Sancy avait traité avec les Bernois et les avait décidés à entrer en campagne en leur promettant Gex et le Chablais. 11 fallut donc- se résigner et remettre aux Bernois ce qui venait d'être conquis ^.

' Ce Nicolas Bogueret fui pendant une quinzaine d'années un des serviteurs les plus utiles et les plus dévoués de la République ; il mourut dans la nuit du 12 déccmbi'O 1602.

Dans un précédent ouvrasse nous avons raconté en détail

On n'insistera janiais assez sur l'habileté merveilleuse que déploya Sanc)^ comme négociateur ; cet homme était doué de qualités exceptionnelles pour séduire, mais aussi pour tromper. Il avait obtenu à Berne son premier succès diplomatique; non seulement il avait réussi à entraîner la république de Berne dans la guerre contre le duc de Savoie, mais il avait fait mieux ; il avait obtenu de Messieurs de Berne un prêt de 100,000 écus au denier vingt (5 ^/o), remboursable « dans certain tem[)s. » C'était un vrai prodige d'habileté, car le trésor de Berne n'était pas des mieux garnis et le gouvernement ne déliait pas facilement les cordons de la bourse. ()uant aux Genevois, ils étaient tout gagnés aux projets de Sancy, et ce dernier acheva de les subjuguer |)ar ses belles promesses. Le 10 avril, il demanda à être entendu en séance du Conseil et lit l'cxjjosé suivant : « Il a plu h Dieu que je sois l'un de ceux dont le roi s'est servi pour conclure en l.")7'J le traité pour la conservation de voire ville (le traité de

ce qui roiiccrnc la iriicnc du pays de Gcx ; voir /.a guerre (lu pays de (iex et lUrciiptilion geiie^'oise, |). cl suiv.. Genève, 1897.

Soleure). Le roi désire (|iie ce fini a été ébauché en 1579 soit confirmé |)ar bons ellets et S. M. regrette de ne pouvoir, aussi promptenient qu'elle le voudrait, porter remède à vos maux; les troubles qui ont éclaté clans le rovaume l'en ont empêchée. S. M. n'en cherchera pas moins à vous aider; elle m'a ordonné de vous en assurer. .Je suis porteur de lettres de créance pour Messieurs des Ligues en général et vous êtes compris dans ces lettres. J'ai déjà négocié avec quelques personnages des Ligues et en particulier avec Messieurs de Berne; j'ai traité avec eux de cette guerre, (|ui est la plus juste et la plus légitime qu'il y <>it jamais eu, puisqu'elle est dirigée contre un ennemi qui a usurpé sur la couronne de France. Messieurs de Berne m'ont prêté cent mille écus sous la promesse que le capital sera remboursé dans un certain délai ; en attendant, l'intérêt courra au denier vingt ; pour le moment, en ce qui vous concerne, il vous reste à rechercher quels moyens vous devez employer pour déjouer les mauvais desseins du duc de Savoie. N ous ne devez vous proposer qu'un but, c'est de diminuer son territoire et d'étendre le vôtre, de manière à obtenir

de si bonnes frontières que vous n'ayez rien à craindre, ni à perdre. Ce ne sera pas un mince avantage, si vous réussissez à vous délivrer de votre ennemi, mais le roi. qui traite librement et splendidement, veut vous fournir Toccasion de vous louer de lui et d'en rendre grâce à Dieu ; il veut donc vous attribuer le territoire qui sera conquis; vous supporterez une partie des frais, mais ce ne sera qu'une avance, dont vous serez remboursés. Et maintenant, Messieurs, j'entends traiter ouvertement avec vous et vous trouverez en moi une sincère affection et le désir de vous servir, comme lequel (|ue ce soit de vos citoyens. Je vous prie donc de déléguer f|uelques-uns d'entre vous pour traiter à fon-l ces questions. »

En écoutant ces paroles mielleuses, les membres du Conseil durent tressaillir d'aise ; sans doute, emportés pai' leur rêve, ils se voyaient déjà maîtres du territoire environnant, dictant les conditions de la paix ;t leur puissant et orgueilleux voisin. Ils croyaient aux promesses de Sancy, parce qn ils étaient de bonne foi eux-mènies et qu'ils ne suspectaient pas les intentions des autres. Ils ne pouvaient prévoii'h^s amères déce|)-

tions qui les attendaient dans un avenir rapproché. Le Conseil s'empressa donc de déférer au désir de l'agent français et il désigna séance tenante trois de ses membres les plus expérimentés et les plus distingués pour discuter avec Sancy les conditions du traité : la délégation du Conseil fut composée du syndic Varro, de Chabrey, seigneur lieutenant, et de Michel Roset. Avec des hommes de cette valeur on pouvait compter que le traité serait rédigé dans les meilleurs termes, mais nous verrons dans la suite comment il fut exécuté,

L entente s'établit rapidement entre Sancy et les délégués du Conseil et cela se conçoit aisément; Sancy était de facile composition, puisqu'il ne s'agissait pour le moment que de promettre et, en fait de promesses, il était passé maître. Bref, les propositions de Sancv avaient été formulées le 10 août et le 18 du même mois le Conseil approuvait la minute de la convention.

Quelles étaient les dispositions essentielles de ce traité qui eut l'insigne honneur d'être ratifié par deux rois de France et qui n en valut pas mieux pour cela, car il resta lettre morte ?

Il était stipulé en premier lieu que la guerre contre le duc de Savoie serait jioursuivie au nom et sous l'autorité du Roi qui eu paierait les frais. D'autre part, [)Our indemniser la République des dépenses extraordinaires qu elle s'imposait, Sancv s'engageait à mettre les Genevois en possession du mandement de Gaillard, du bailliage de Ternier et de toutes les terres adjacentes a Ternier, savoir les mandements du N'uache, Cruseille et Chaumont, à partir du Rhône jusqu'au torrent des Usses ; en outre Sancv promettait aux Genevois de leur assurer la souverainelé sur les terres de St-Yictor el (Chapitre. Il ne s'agissait pas, comme on pourrait le croire, d'une promesse en l'air; la convention portait en termes exprès : « Pour la conservation desquelles terres S. ^I. sera tenue assister et secourir lesdils Seigneurs de Genève, tout ainsi que pour ladite ville et autres terres ausdits Seigneurs de Genève appartenants. »

Ce n'était pas tout : Sancv reconnaissait (|ue, pour aidei" à la présente guerre, les Seigneurs de Genève avaient secoiiiti S. M. de sommes notables, de deniers, vivres, artillei'ie et munitions de guerre et C|ue, suivant un état détaille, ces avances

s'élevaient à la somme de 55.200 éciis d'or soleil. Ces avances devaient être remboursées par le Roi de France ' et comme garantie Sancy engageait, oblisreait tous les biens et domaines de S. M., présents et à venir. D'autre |)art. comme supplément de garantie, Sancy accordait à la République la souveraineté du pavs de Faucignv, pour le posséder et l'administrer jusqu'à l'entier paiement de la susdite somme de 55.200 écus d'or. Il était entendu qu une fois les avances remboursées, Genève restituerait à S. M. le pays de Faucigny. sauf la terre et mandement de Thiez. qui continuerait à appartenir à la République, ainsi que les mandements de MonthouK et de Bonne. Enfin il était formellement stipulé que (ienève serait comprise dans le traité de paix perpétuelle de la Couronne de F'rance avec les Ligues suisses et que ni le roi. ni Genève ne concluiaient la paix ou même un accord avec le duc de Savoie, sans un consentement muluel.

Certes c'était la pour Genève une belle et satisfaisante convention et on pouvait à juste titre féli-

' I. 'intérêt de cette somme était fixé par Ii- traité au denier 12. soit environ le 8 • o.

citer les membres du Conseil qui avaient obtenu d'aussi brillants avantages; le contrat était de nature à dépasser toutes les espérances, puisqu'il assurait à la République un territoire suffisant, et comme limites le Rhône, le Vuache et le Salève. Qui se lût douté à ce moment qu'un traité négocié par un agent de Henri III, ratifié en 1592 par Henri IV, resterait lettre morte et que la République perdrait successivement tout ce que deux rois de France lui avaient garanti! Le lameux contrat de Sancy, c'est ainsi qu'on le désigne, se dissipa comme une ombre. En effet Genève perdit tout ce (|u'elle avait pu conquérir du côté du Vuache, aussi bien que du côté du F'aucigny, et elle l'ut dépouillée sans aucune opposition de la part de Henri IV qui avait ratifié le traité. Il élait stipulé, comme nous venons de le voir, que ni ie roi, ni la Répiil)li(|ue ne concluraient séparément la paix avec le duc ; cela n'empêcha pas Henri IV designer le traité de Vervins et celui de Lyon, sans s'inquiéter autrement de Genève. Enlin la Réj)ubli(|ue fut-elle du nujins remboursée des 55,200 éciis d'or (pi'elle avait avancés poui- la guerre? Cette clause ne fui pas mieux observée que les

autres: il fallut envoyer à Paris délégation sur délégation pour obtenir de chétifs acomptes et encore la créance sur la Couronne ne lut-elle remboursée que pour une faible partie 1 Voilà ce qu il en coûtait de traiter avec les puissants!

Evidemment les avantages consentis par Sancy exaltèrent les espérances des Genevois et surtout des membres du Conseil, qui entrevoyaient des perspectives nouvelles et réjouissantes. Et cependant la campagne, commencée sous d'heureux auspices, ne donnait pas des résultats aussi immédiats qu'on pouvait s'v attendre. On avait échoué devant La Cluse, qui était la clef du pays de Gex, et Sancy s était rendu au camp de Colonges pour aviser : il s'y rencontra avec le colonel Louis d Erlach, qui y était arrivé avec plusieurs enseignes de Berne. Les deux oiliciers se concertèrent et le résultat de leurs conférences fut loin d être encourageant : il fut décidé, disent les Mémoires de la Ligue ' « qu'on laisseroit pour lors le pas de La Cluse, tant pour soulager le pais que pour aller au-devant des autres forces qui venoient de So-

* Mémoires de la Ligue, t. III. p. 703.

leure, de Valais, des Grisons et de quelques gens de cheval qu'on attendoit, afin de résoudre d'un commun avis de ce qui seroit à faire. »

C'était un échec habilement dissimulé. La décision avait été prise le 13 ou le 14 avril; le mardi 15, disent encore les Mémoires de la Ligue «on fit retraite paisible et posée vers Genève, où une partie entra le mercredi IG. » Le reste de l'armée campa aux environs de la ville.

La situation restait diflicile. D'abord on manquait d'argent, le nerf de la guerre ; le 12 avril, le Conseil se décide àenvover un délégué à Berne et à Bàle pour contracter un emprunt de 20 ou 30,000 écus, mais que pouvait-on esi)érer de ce côté, Sancy ayant pris les devants. Quelques jours après le Conseil constate (|u'il n'a pas de Tonds pour payer la solde des compagnies de cavalerie ; le Syndic Varroestchargé de prodiguer aux soldats de bonnes pai'oles, de les « recourager de continuer. » Puis c est l'un des ofliciers supérieurs, Guitry, (pii est mécontent et qui veut s'en aller; on charge Th. de nè/(; de lui l'aire entendre raison. Enfin le nu'une jour il est annoncé (pie les capitaines l'ayen et Heaujoli se soiil provotpu^s en duel ; on les

appelle pour chercher à les réconcilier. Le meilleur moyen de régler le différend, c'était d'éloigner les deux antagonistes ; le Conseil le comprit et envoya le capitaine Beaujoli commander la petite garnison du château de Marcossey. Le fait le plus grave, c'était toujours la pénurie d'argent : le 20 avril on demande au colonel d'Erlach si on pourrait trouver de l'argent à Berne; le colonel répond avec une précision toute militaire : Non. Que faire? Le Conseil se décide à envoyer un S'' Taponnier vers le Landgrave de Hesse et vers le Palatin; c'était aller bien loin pour emprunter, et en attendant on prit le parti de s'adresser aux bourgeois.

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