I.-A. VERCHÈRE SS
A chaque pas, on rencontre des groupes qui marchent d'un air allègre, bras dessus bras dessous, un marin au milieu, trois ou quatre femmes formant les ailes ; c'est la fiancée, les sœurs, la vieille mère, qui sont venues voir la fête, toutes contentes d'être pilotées par un marin de leur village. La jupe noire, le châle sombre, quelquefois vert, la béguine blanche, tel est l'uniforme de ces Bretonnes, dont les jeunes ont des figures douces et fraîches, où Tâge amènera plus tard des rides et des traits amaigris.
Des détachements d'élèves de marine costumés en toile blanche sonnent bruyamment leurs clairons, et cheminent d'un pas rapide pour se rendre à leur poste. Des soldats de marine, des artilleurs, des fantassins sillonnent la foule, et par la diversité de leurs uniformes ajoutent à la bigarrure du spectacle.
Place ! place ! garons-nous ! Voici une noce folâtre, époux, épouse, amis, parents, tous en ligne,, chantant, riant, dansant et accaparant toute la rue. Ils s'en sont donné de la promenade dans Brest; car on les a maintes fois rencontrés, toujours en bande joyeuse.
Vers le milieu de la matinée, nous entrons dans l'église de Saint-Louis pendant la messe. La vaste nef ornée de bannières religieuses, de banderolles roses et bleues, de guirlandes de feuillage, est remplie d'une foule féminine qu'on prendrait au premier aspect pour une assemblée
de nonnes, grâce aux béguines qui encadrent toutes les têtes. Le prêtre est à l'autel, accomplissant les rites sacrés dont l'assistance recueillie suit dévotement la succession.
Au sortir de Téglise, à deux pas, le marché de la halle présente au contraire un mouvement animé ; vendeurs et chalands sont en affaires autour des étalages de victuailles, de légumes et de fruits, parmi lesquels de splendides fraises attirent d'emblée le regard.
Ainsi la matinée s'écoule dans une flânerie, qui nous promène de spectacle en spectacle jusqu'au moment de rentrera l'hôtel pour le déjeuner.
Afin de voir les régates de l'après-midi, d'innombrables curieux se sont rendus sur le cours d'Ajot, grande promenade plantée d'arbres, qui domine de très haut le port marchand, et d'où la vue embrasse dans un vaste panorama toute la rade de Brest qu'Alfred de Vigny a célébrée en ces mots :
Brest vante son beau port et cette rade insigne
Où peuvent manœuvrer cinq cents vaisseaux de ligne.
Entourée de rivages boisés, elle semble un lac qu'une étroite ouverture, le Goulet, fait vers l'ouest communiquer avec la mer. Sa surface paraît peu agitée, malgré un vent très sensible qui, sur un ciel gris et menaçant, charrie d'épais nuages entr'ouverts par instants pour donner place à une éclaircie.