I.-A. VERCHÈRE
quel entrain hommes et femmes, les vieilles surtout, passent et contrepassent, font des chaînes et les dénouent, sautent et gesticulent, en suivant la ritournelle du modeste musicien. La foule qui les enveloppe ne les préoccupe guère; ils sont tout à leur bourrée et s'en donnent à cœur joie.
D'épisode en épisode, le temps passe, et nous reprenons le grand escalier pour remonter sur la promenade, afin d'y jouir encore du panorama splendide de la rade et de la fête. On va commencer les régates à la voile; les bateaux concurrents sont en ligne, et à un signal, ils partent favorisés par un bon vent. Ils vont au loin courir une bordée et doivent revenir près du port. Bientôt des distances se marquent entre eux; l'un prend la tête de la flottille; un second le suit de près; les autres s'attardent. Quand le vainqueur arrive au but, un coup de canon salue son triomphe. C'est alors qu'un vieux loup de mer, notre voisin, qui suivait avec la plus vive sympathie toutes les péripéties de la lutte, en les assaisonnant d'apostrophes pittoresques, ne put contenir sa surprise que le bateau n'arborât pas un drapeau glorieux; il s'écria avec plus d'élan dans la voix que d'élégance dans les termes : « Allons! c f donc ton pavillon ! »
Vers le soir, nous quittons Brest pour aller coucher à Morlaix.