‹ Genève religieuse, en mars 1819Chapitre 6 sur 10 · CE · texte numérisé non relu

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modée à leur portée. — L'école dura cinq mois; on. la Juifi6. fermer. : 4 28h: ie

Je viens de dire que M Malan étoit résat d’une: des classes du Collége ‘publie. En

cette qualité, il étoit obligé d'enseigner le Catéchisme aux jeunes-gens de sa classe. Comme Ministre et comme Chrétien, il se faisoit un devoir de leur inculquer les principes du pur ‘Evangile. Avec l'autorisation du Principal du Collége , il introduisit la Bible dans son en- seignement. Les jeunes-gens subissoient généralement dans sa classe une. métamorphose morale si grande qu ‘elle excitoit une attention générale. La Compagnie Académique , composée d’une partie des Pasteurs. et des Professeurs de Genève, témoigna à M. Malan quelque inquiétude sur cette espèce de mouvement re- Jigieux, qui étoit cependant sans aucun mé- —lange de mal; et on lui demanda de se borner à l’enseignement tel quil étoit usité depuis plusieurs années. Il répondit qu'il né pouvoit en conscience changer les instructions religieuses qu'il donnoit à ses, élèves , ni les leur retrancher. La Compagnie Académique insistant encore, il adressa au Recteur de - l'Académie une espèce de confession de foi, où il déclaroit n’enseigner aux enfants autre chose que ces vérilés connues, : d’un

(* 8% seul Dien, manifesté comme Père, Fils et St.-Esprit; de notre corruption naturelle; d'un Sauveur mort pour nous; d’un salut aécordé par pure grâce a tout croyant ; vérités qu’el -enseignoit avec la simplicité convenable à à l’âge de ses élèves; et qu'il accompagnoit toujours d'exhortations dirigées vers laccomplissement des devoirs de l'homme.—1l ajoutoit qu'il croyoit mpossible qu'on eût l'intention de lui défendre d’instruire les jeunes-gens dans ces vérités si précieuses, en même temps que si simples pour qui veut les saisir.—On:lui répondit par un ordre définitif : « de s’abstenir dans son enseignement de 4 développement différent du Catéchisme. »

M. Malan avoit déjà déclaré retient qu'il ne pouvoit en conscience se soumettre à cet ordre. 11 pouvoit bien prévoir déjà que cette négociation se termineroit par une destitution. Cependant, quoique son emploi fit l'unique subsistance de sa famille assez nombreuse , il resta fidèle à sa foi, et répéta ce qu'il avoit déjà souvent déclaré. La vénérable Compagnie Académique le destitua. I] falloit que son préavis fût sanctionné par le Conseil d'Etat : M. Malan lui présenta une requête.

Il établit dans cette pièce remarquable que l'ordre définitif qu'il avoit recu de la Vénérable

Compagnie Académique étoit illégal, en ce quil ne reposoit ni sur une loi connue, ni Sur une ordonnance ecclésiastique en. vigueur, ni sur. quelque règlement établi : — et que si on vouloit le fonder sur la volonté prononcée de ses supérieurs , il lui manquoit, à lui M.' Malan, les données nécessaires pour connoître précisément cette volonté, et ce que ses supérieurs entendoient par des développemens conformes ou non au Catéchisme. Il établit cette dernière vérité sur le fait bien connu des opinions diverses, chancelantes s et ambiguës des divers membres qui composent la Compagnie même dont il avoit à recevoir les ordres.—« N'est-ce pas, dit-il, (1 1) » de la part de la Vénérable Compagnie, une » inconséquence manifeste, de renoncer , ». comme elle le fait, à toute confession de » foi, et de condamner cependant un maître, » qui, par cette suppression , se trouve ab- » solument libre d'enseigner selon sa foi, », parce que la manière dont il entend la Sainte », Ecriture ne se trouve pas être celle de quel- » ques-uns de ses supérieurs , qui n’ont déter- » miné nulle règle à cet égard? —Que la

(x) Dans son Ecrit intitulé : Pièces noie à la destitutiort

du Ministre Malan, page 35.

, Vénérable Compagnie s’énonce enfin clai- 4 » rement; qu'elle me dise avec autorité ce !

» qu'Elle veut que jeuseigne , et quels sont # » les dogmes qu'Elle rejette ; qu'Elle m'as- é » treigne à sa confession de foi : Elle le peut; » mais qu'aussi long-temps qu'elle trouve bon » de taire sa croyance, Elle ne me condamne » » pas pour ne l'avoir pas connue. » 1

Quinze jours après la présentation de cette « requête , le Conseil d'Etat sanctionna le préavis de la Compagnie Académique.

Dèés-lors M. Malan, jouissant d’un loisir qui, : pour ses intérêts temporels , n'étoit que trop grand , pressé d’ailleurs par toutes ces circonstances pénibles de se rapprocher d’un Dieu qui suflit tout seul pour rendre heureuse sa

De

créature , rassémbla auprès de lui plus étroi-* tement qu'auparavant, ceux des membres de

np M

sa famille qui partageoient sa foi, et quel-! ques amis intimes. Quelques autres membres!

se réunirent peu à peu à cette assemblée des prières ; édifiés , ils obtinrent facilement lal permission de faire partager cette heure de.

bénédictions à leurs connoissances ; et ainsi se formèrent insensiblément ces réunions qui, ont lieu maintenant plusieurs fois la semaine! à la tombée de la nuit, au Pré-l'Evèque, à quelques pas de la Ville, et où quelques cen?

A SSP taines de personnes viennent tour-à-tour en:

tendre la prédication de l'Evangile dans un:

local qui peut en contenir environ 150.

M:' Malan , devenu libre, a aussi repris depuis le premier Dimanche de Novembre 1818 son école du Dimanche, pour de jeunes garcons, et une autre pour de jeunes filles, qu'il instruit dans la connoissance du salut.=-Le nombre de ces enfants se monte à plus de 60 pour chaque sexe; et ils viennent à cètte école avec un si grand zèle, que quelques-uns d’entr'eux font un très-long espace de chemin pour s’y rendre. La plupart montrent, par le changement de leur conduite, et par la joie et l'intelligence avec lesquelles ils recoivent la Parole de vie, qu'elle ne leur est point annoncée en vain, et qu’elle opère avec fruit dans leurs jeunes cœurs. Quelques Pasteurs ont fait les efforts ordinaires pour détruire cette œuvre du Seigneur : mais elle a pros- ‘péré jusqu’à présent.

» Voilà où en sont les choses jusqu’à ce jour. Privé en apparence de toute ressource extétrieure, mais fort en Dieu, et de la promesse ‘qu'a faite J. C. à ceux qui quitteroient tout pour lui, M: Malan continue ses assemblées (1), et est en grande bénédiction à tous ceux *- (x) Il vient dans ce moment de s’absenter pour quelques

semaines.

Pris ( 65 ) qui vont l'entendre. Il a eu le bonheur de

convertir.par sa prédication un grand nombre d'âmes à la vérité.

TITI. Confession de foi de MM. les pasteurs Cel-

lerier pére et Gaussen.

(Première opposition dans la Compagnie même des Pasteurs.)

Ces deux estimables pasteurs, dont l'un jouit depuis long-temps d'une considération toute particulière, et dont l’autre est un des plus puissants défenseurs de la cause évangélique dans l'Eglise nationale, tous deux doués de talents et de connoissances qu'ils consacrent à leur maître, viennent de réjouir tous les chrétiens de notre patrie, en faisant reparoître comme leur propre confession de foi, la belle confession des Eglises helvétiques ; en manifestant à cette occasion dans la préface qu'ils ont mise en tête de cet ouvrage, : les principes d’une saine doctrine, et en y blâmant ouvertement les mesures irrégulières et arbitraires qu'a prises depuis la naissance | des mouvemens religieux actuels, la Compa- !

gnie des Pasteurs. |

Cet ouvrage est une preuve authentique qu'il : y a dans cette Compagnie même des hommes

( 63 ) de caractère , des pasteurs évangéliques , qui - n’attendent que le moment favorable pour fairereprendre à l'Evangile de J. C. l'empire qu’on lui ravir. É Nous allons encore trouver dans ce corps d’autres amis de la bonne cause.

IV. Plusieurs autres membres de la Compagnie: des Pasteurs, tenant pour la cause de l’Evan-. gile.

(Seconde opposition dans ce corps. )

Parmi ceux de MM. les Pasteurs que je désigne ici, je ne crains pas de nommer un homme qui s’est lui-même fait connoïître depuis long-temps au public par plusieurs ouvrages remplis d’onction et de la plus saine orthodoxie (1), Depuis un grand nombre d’années M. le pasteur Moulinié, avec un de ses fidèles collègues , s’est opposé presque seul à la force qui entraînoit la Compagnie vers de fausses doctrines. Presque seul il a lutté contre une masse d’oppositions , de contrariétés et de: mépris : il a blanchi dans ce bon combat. Puisset-il voir dans la renaissance actuelle, quelque

(x) Lettres à une mère chrétienne ; — Promenades religieuses et philosophiques etc. ; — Ce dernier ouvrage se vend à Paris, chez Scherff; et à Lausanne , chez Petillet,

ASASECA RIT

( 64 ) troublée qu’elle soit par bien des circonstances pénibles, l'heureuse perspective qu'elle présente pour l'avenir.

D'autres pasteurs, — que ne pouvons-nous Je dire de tous ! — unissent à une saine doctrine, des sentiments qui reposent le cœur du chrétien au milieu des objets pénibles qui se présentent d’ailleurs à sa vue. On peut même appliquer à la plupart de ceux que nous désignons ici, cette belle, cette réjouissante parole de St. Pierre: « Ils croissent ! dans la grâce et la connoissance de Notre Seigneur et Sauveur J. C.» — Dieu veuille lui-même conduire toujours plus avant ceux qu'il appelle à en conduire d’autres !

Quelques -uns restent dans une neutralité presque absolue.

En sorte que pour embrasser d'un coup-d’oœil le tableau qu'offre actuellement le corps des pasteurs de Genève, nous y trouvons sur trente individus environ qui le composent,

Outre M. Malan, qui n’est pas membre de la Compagnie, mais qui mérite d'être considéré ici à cause de la force aveclaquelle il se montre dans cette circonstance ,

MM. les pasteurs Cellerier père et Gaussen, qui par leur confession de foi, viennent de se

déclarer publiquement pour la cause de l'Evangile :

Trois ou quatre autres membres dans les mêmes sentimens , mais qui se sOnt {lattés jusqu'ici de pouvoir ramener le reste à force de patience et de support GS , Un pareil nombre d’autres pasteurs qui; Sans se montrer aussi décidément, rejettent cependant les fausses doctrines professées par.le reste de la Compagnie :

Et enfin un certain nombre d'autres qui, par” différentes raisons , restent à peu près neutres :

Ce qui réduit à douze ou quinze le nombre réel des membres actifs de la Compagnie qui tiennent aux nouvelles doctrines, et s’oppoent au retour des anciennes (2).

(x) Cette conduite, quoique dictée par des motifs très- Jouables et par une charité qu’on ne peut méconnoître, me paroit cependant, si on la compare avec les déclarations et les ordres cités plus haut, appuyée sur les calculs de l’homme, et contraire aux règles de prudence et de conduite chrétienne qui nous sont données par l'Esprit de Dieu. Il n’est pas naturel que des chrétiens , des membres du peuple de Dieu, gardent une communion extérieure avec des hommes qui falsifient son Evangile, et qui font cause commune avec le monde. C’est une tolérance absolument fausse. Les novateurs eux-mêmes ; en exgluant tout ce qui ne pense pas comme eux, sont plus fidèles à leurs principes que les enfants de Dieu aux leurs; et tout en criant sans fin: charité , “éharité , ils ne se font pas. grand scrupule d’exclure six Ministres ou Aspirants au saint Ministère, dans l’espace de quatre ans.

(2) J'ajoute que la cause de l'Evangile a encore un grand:

Je m’abstiendrai de faire des réflexions sur ce triste tableau de division. C’est de la part de ceux qui ôtoient à l'Evangile sa force, aux! dogmes révélés leur existence, à la morale chrétienne sa beauté , et au cœur humain l’appui d’un Dieu qui le sauve et qui le régénère ,. | pour substituer insensiblement à cet orprécicux le plomb ou le clinquant d’une philosophie dé-* pourvue des vraies consolations célestes ; c’est de leur part, dis-je, que s’élève sans cesse le’ cri de paix, de repos , d'union de l'Eglise, de scandale des divisions. Oui! Nous désirons aussi la paix, le repos, l'union de l'Eglise , mais dans le bien; mais dans le sein d’une doctrine qui n’appuie plus l’homme sur l’homme, mais sur un Dieu révélé: et ce scandale des divisions: retombe tout entier, non sur ceux qui rappel- . lent parmi nous la vérité, et la foi en un Rédempteur, mais sur ceux qui vouloient faire disparoître du nombre des objets de notre foi, la régénération, le nouvel-homme , le St.-Esprit, la sainteté de la vie, la pensée consolante de Dieu manifesté en chair !

nombre d’amis parmi les Pasteurs génevois répandus dans lé tranger, en Suisse, en Hollande , en Dannemarck ; et même en France, malgré le jugement général que nous avons vu au sujet de ce dernier pays , dans le commencement de cet ouvrage. | é

Combien les chrétiens ne doivent-1ls pas prier ardemment pour que la cause de Christ ne tarde plus à se montrer victorieuse, et pour que sa lumière vienne éclairer les yeux de tant d'hommes qui s'opposent à son apparition, oui, les yeux mêmes de ses ennemis ! — Seigneur Jésus! viens bientot !— Que celui qui l'entend,

dise: Viens !

{ V. Plusieurs petites Eglises ou rassemblements religieux particuliers et sans éclat.

Cette partie de l’ensemble qui revient à la doctrine évangélique n’est pas la moins intéressante sous bien des rapports. Elle se com-. pose d'individus, qui, depuis un très-grand nombre d’années , avoient cherché, de différents côtés, comme des brebis éparses, la nourriture dont ils sentoient le besoin pour leur âme. Des vieillards, des jeunes - gens, quelques personnes tranquilles et ignorées , d’autres qui commencent actuellement à s’occuper de Religion, enfin un mélange trèsdivers de personnes sans aucun point de ralliement , si ce n’est le désir d'un meilleur. ordre de choses: voilà ceux que nous avons.

en vue dans cet article.

Suivant à peu près seuls et en secret leur

propre chemin , les uns n’avoient pris que la Bible pour conducteur ; d’autres avoient cherché une pâture à leur esprit où à leur cœur dans différents ouvrages plus ou moins mélangés de vraies et de fausses doctrines. Maintenant que l'Evangile reparoît dans sa vie et dans sa pureté , on les voit se rapprocher avec joie des points de ralliement qui viennent de 5e former , et se réjouir à ce retour de la vraie lumière,

Un grand nombre d'individus qui dans ces dernières années étoient devenus indifférents à toute religion , commencent à goûter un Evangile qu'ils n’avoient rejeté que parce qu’on le leur avoit présenté faux et dégradé. A des intervalles de temps de plus en plus rapprochés il se manifeste quelque nouvelle conve sion , et il se forme quelque réunion de famille, quelque petit cercle d'amis qui lisent en silence la Bible entr'eux, et qui n’attirent presque plus sur eux, comme cela arrivoit encore il y a deux ou trois ans, l'inquiétude d’une Compagnie trop occupée ailleurs par des objets en apparence plus importants (1).

(1) Les membres de la nouvelle Eglise et un grand nombre d’autres personnes , peuvent attester à quel point ils étoient inquiétés pour de petites réunions religieuses qu’ils tenoient le Dimanche et le Jeudi, et où sans avoir l’idée même la plus.

Des personnes capables d'influer beaucoup * par leur exemple apprennent aussi à ééchir le genou devant notre Seigneur J. C., et nous montrent ainsi l'Evangile professé dans toutes les classes. | En un mot il ne se passe presque pas de semaine qu’on n’entende parler de quelque nouvelle conversion. Des enfants en très-grand nombre deviennent une preuve que l'Evangile

éloignée de former une séparation, ils se bornoient à des conversations , des discours et des chants conformes au plus simple et au plus pur christianisme. Certes cette intolérance pra. tique, en si grand contraste avec l'éternel cri de tolérance et de liberté de conscience qu’on entend partir du même côté, ét cette circonstance surtout, que des pasteurs blämoient des membres de leur troupeau de ce qu’ils se rassembloient dans de pareïlles vues, n’ont pas été un des moindres motifs qui nous ont depuis long-temps acheminés vers une séparation où nous retrouvions dans le fait, une liberté de conscience que d’autres ne réclamoieut que pour en jouir tout seuls.

; Mr. De Fernex dans son discours déjà souvent cité, dit au sujet de la Nouvelle Eglise : .…. « chose inouïe jusqu'alors à Genève, on a vu se former ouvertement des assemblées séparées de la communauté des fidèles &e. » …. Cette circonstance qu’un schisme dans Genève avoit jusqu’à nos jours été une chose inouiïe , pourroit bien faire soupconner aux personnes même les plus ignorantes dans cette cause, que l'état de la Compagnie aussi, étoit peut-être inoui dans les annales religieuses de notre patrie, et que c'est la grandeur du mal qui aura amené la grandeur dü remède.

( 70 ) est fait pour tous les âges, et donnent des témoignages frappants de la force avec laquelle il agit sur toutes les Âmes qui le comprennent et qui le recoivent.

Je n'irai pas plus loin sans faire mention de l'apparition d’un ouvrage qui ne rentre dans aucun des chefs précédents, mais qui en édifiant les chrétiens, deviendra un solide soutien de la bonne cause. Je veux parler du Magasin évangélique qui paroît ici tous les mois, et qui présente le tableau des progrès merveilleux que fait de nos jours l'Evangile parmi toutes les nations de la terre. C’est en d’autres termes l’histoire des grandes sociétés de Bibles et de missions qui se sont formées depuis quelques années chez presque toutes les nations civilisées et chez un grand nombre de nations qui ne le sont pas encore, dans le but de faire traduire et imprimer la Bible dans toutes les langues parlées sur notre globe. Cet ouvrage se recommande par la seule nature du sujet, qui est propre à intéresser toutes les classes de lecteurs.

Il s’est encore formé ici une Société de Traités

religieux, et une petite société auxiliaire de Missions.

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