‹ Genève religieuse, en mars 1819Chapitre 7 sur 10 · VI. Fréres de l’Unité, autrement dits: Frères Moraves · texte numérisé non relu

VI. Fréres de l’Unité, autrement dits: Frères Moraves

Ces chrétiens, mal vus depuis assez longtemps par les personnes mal-instruites, avoient (ils l'avouent eux - mêmes) cessé de briller comme des flambeaux au milieu d’une génération corrompue. Nous venons d’ailleurs de passer par des temps où ce qui restoit encore de vraie piété chez un individu n’étoit qu'une raison de plus pour le faire mal juger.

‘Quoiqu'il en soit, la petite réunion qu'ils forment ici se ranime sensiblement par la grâce du Seigneur, et prend de temps à autre

de nouveaux accroissements. Elle subsiste comme un précieux souvenir des travaux du

bienheureux comte de Zinzendorf, qui dans son passage par notre ville en 1740, y avoit rassemblé une Eglise de 6 à 700 personnes, parmi lesquelles se trouvoient plusieurs magistrats. Nous espérons que l'esprit de ce fidèle serviteur et adorateur de Jésus renaîtra parmi tous ceux qu'il a rassemblés ; que cette Eglise des Frères, qui a ‘été fidèle à garder la parole de la patience de Notre Sauveur pendant les dangereuses années d’impiété qui viennent de s’écouler, fera ses premières œuyres ; et que la

petite division qui s’en trouve dans Genève travaillera pareillement de son côté à ramener parmi nous l’heureuse doctrine du salut.

Ce-rassemblement obscur a été pendant ces dernières années un des asiles où le véritable Evangile étoit venu se réfugier.

Je ne désignerai pas ici par son nom une société qui, se proposant d'amener les hommes à la vérité, juge à propos de ne retirer que successivement le voile dont cette vérité est couverte pour l’homme naturel. Je ne suis d’ailleurs ici qu'historien ; et je ne me crois pas plus permis de la défendre que de l'attaquer. Mais ce que je puis dire, c’est que cette société aussi a été comme la précédente, (quoique sans soutenir avec elle, même le moindre rapport) un des dépôts où Dieu sauvoit son véritable Evangile.

On m'accusera peut-être de mysticisme... 3 e n'en plaide aucunement la cause; je le déclare; ‘ceux qui me connoissent savent que je ne m'y ‘entends pas; et je me méfie de tout ce qui va au-delà de ce qui est écrit. Mais ce que je sais cependant, ce que je crois certain, c’est que le mysticisme est bien plus pardonnable aux yeux

de Dieu que l’orgueil , la sécheresse et les prétentions du Néologue ou du Socinien: c’est que les chrétiens chez qui j'ai trouvé les ôuvrages (pour moi incompréhensibles ) d’un Boœhme et d’un St. Martin, ou d’un Pythagore et d’un Platon, m'ont toujours paru infiniment plus pieux et plus près de l'esprit de Christ, que les savants qui recoivent dans leur bibliothèque des Voltaire, des Rousseau, des Molière, ou en fait d'anciens, des Horace, des Anacréon ou des Catulle : et je crois un pasteur plus chrétien quand je l’entends citer Stilling(r), que quand je le vois faire l'éloge d’un Schult-

hess (2).

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