IL FAUT MOURIR
leurs, et j'ai pu me traîner jusqu'à la fenêtre de votre cachot. Chère maîtresse, je n'aurais pu survivre à ma douleur, s'il m'avait été refusé de vous parler une dernière fois, de vous faire mes adieux, de vous remercier encore une fois de la bienveillance que vous avez eue pour moi. Peut-être avez- vous quelque ordre à me donner, quelque fait important à révéler? Ne craignez point de m'ouvrir votre cœur, afin que le secret de votre innocence ne descende pas avec vous dans la tombe, et que je puisse un jour réhabiliter votre mémoire.
Saisie de terreur à l'idée de la mort, Geneviève ne put d'abord lui répondre. Quand elle se fut un peu remise, elle pria la jeune fille de lui apporter ce qu'il fallait pour écrire. Berthe alla chercher une lanterne sourde, une grande feuille de parchemin et les autres objets nécessaires. Geneviève se hâta de tracer les lignes suivantes :
« Cher époux,
» C'est sur le pavé glacé de mon cachot que je vous écris ce message. Quand vous le lirez, je ne serai plus, car je suis sur le point de comparaître devant le tribunal de Dieu. Je vais mourir comme une vile criminelle, mais Dieu sait que je meurs innocente. J'ose l'affirmer devant le Juge suprême, sur le seuil de l'éternité.
y> Ah! c'est pour vous surtout que je souffre, ô mon époux ! Il faut qu'on vous ait cruellement trompé, car vous êtes incapable d'avoir ordonné la mort de votre femme et de votre fils. Si, plus tard, vous reconnaissez votre erreur, ne vous en affligez pas trop vivement; je sais que vous m'avez toujours tendrement aimée : vous n'êtes donc pas l'auteur de ma mort. Que la sainte volonté de Dieu soit faite!
« Mais Dieu n'a pu approuver votre précipitation;