CHATIMENT
ments affreux, secouait ses chaînes avec fureur, et se frappait la tête contre la muraille.
— Insensé que j'étais, s'écriait-il souvent; malheur à celui qui ouvre son cœur aux passions, et étoufïe la voix de sa conscience ! il pourra bien goûter quelques fausses joies, mais il tombe bientôt dans un abîme de misères! Malheur, malheur à moi!
Quelquefois il demandait :
— Dites-moi, est-ce bien vrai qu'on a retrouvé la comtesse et son fils? est-ce la vérité, ou n'est-ce qu'un rêve? Non, non, je ne l'ai pas rêvé, on les a retrouvés, je le crois ; car Dieu est un vengeur redoutable ! Il l'a sauvée de ce cachot où je l'avais enfermée, et m'y a précipité moi-même. Oui, oui, c'est à cette place qu'elle était assise, disait-il en frappant violemment le pavé de sa main ensanglantée, c'est là qu'elle était ! Ah ! Dieu est juste !
Une autrefois il s'écriait :
— Allez-vous enfin m'emmener? allons, conduisez-moi au supplice; j'y vais volontiers, ajoutait-il en se levant. J'ai répandu le sang innocent!... Ah! mes mains en sont encore teintes ! Mieux vaut mourir tout de suite sous le glaive du bourreau que de souffrir encore longtemps les tourments que j'éprouve là!... ajoutait-il en se frappant la poitrine.
Parfois, dès qu'on ouvrait la porte du cachot, il regardait fixement les gens qui entraient ; et, avec un rire hideux, il leur criait :
— Ah ! ah! on vous amène pour mo tenir compagnie? vous aussi vous avez séduit l'innocence. Vos mains sontelles teintes du sang et des larmes d'une mère et d'un pauvre enfant? Vous les cachez! ah! je ne me suis pas trompé... vos mains sont souillées comme les miennes. Vous êtes criminels comme moi ! Entrez, entrez, il y a ici de la place pour vous. . .