‹ Geneviève de BrabChapitre 23 sur 24 · CHATIMENT · texte numérisé non relu

CHATIMENT

A ces discours horribles, les enfants effrayés jetaient des cris perçants, et cachaient leur visage dans le sein de leur mère. Les hommes et les femmes disaient :

— Plutôt vivre de racines dans le désert, et être vertueux comme Geneviève, que de vivre dans l'abondance, avec une conscience souillée!

— Vous avez raison, répondait le geôlier en refermant la porte de fer. Et quand même une vie criaiinelle n'amènerait pas toujours une si affreuse fin, elle aurait certainement dans l'autre vie une issue bien plus terrible.

Golo vécut encore plusieurs années, déchiré par les remords, et plongé dans le plus affreux désespoir. On dit qu'il n'eut point de repos jusqu'à ce qu'il eût obtenu l'exécution de sa sentence.

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-OUS les enfants du village témoignaient aussi le désir de voir la biche fidèle. Le comte lui avait fait construire une très jolie cabane {f^ dans le parc du château. Elle se promenait librement dans la cour et même dans l'intérieur du château. Plusieurs fois le jour, elle montait à l'appartement de Geneviève, et ne se retirait qu'après avoir reçu quelques caresses. Elle était si familière qu'elle venait manger dans la main ce qu'on lui présentait. Les chiens de chasse, qui la connaissaient, ne lui faisaient aucun mal. Les enfants lui donnaient du pain et prenaient plaisir à la caresser ; les mères disaient :

— Sans cette fidèle biche, notre chère comtesse et son fils auraient péri de faim dans le désert.

— Voilà pourquoi il ne faut jamais tourmenter les animaux, répondait le domestique chargé de soigner la biche ; si nous n'avions pas les bœufs pour traîner notre charrue, ni les vaches pour nous donner du lait, nous mènerions une vie presque aussi triste que celle de notre maîtresse dans le désert. Sans les animaux, la terre serait un véritable désert. On y verrait peu de champs cultivés, et les plus belles prairies ne nous serviraient de rien.

On ne sait pas positivement jusqu'à quel âge vécut Geneviève ; ce qui est certain, c'est que tant qu'elle vécut elle fut heureuse ; sa fin fut douce et paisible. Le dernier

122 l'ermitage.

de ses jours ressembla à une belle soirée de printemps après un terrible orage, et l'on peut comparer sa mort au coucher du soleil, qui nous envoie sa lumière jusqu'à ce que son dernier rayon se dérobe à nos yeux, pour se lever plus resplendissant dans un autre hémisphère.

Une foule innombrable assista à ses funérailles. Sigefroi et Bénoni arrosèrent sa tombe de leurs larmes. La biche ne quitta plus le tombeau de sa maîtresse, refusa la nourriture qu'on lui apportait, et, un matin, on la trouva morte sur la pierre.

A la prière de Geneviève, le comte avait fait bâtir un ermitage dans le désert, près de la grotte où elle avait vécu si longtemps. A la droite de la caverne s'élevait la chapelle. L'évêque Hidulphe en fit l'inauguration, et le peuple la nommait la chapelle de la comtesse. Sur les murs, des peintres habiles avaient retracé les principaux événements de la vie de Geneviève. La petite croix de bois, à laquelle se rattachaient tant de souvenirs, fut, mais seulement après la mort de Bénoni, enrichie d'or et placée sur l'autel. A gauche de la caverne s'élevait l'ermitage, dont le petit jardin était arrosé par la source voisine. Beaucoup de personnes allaient visiter ce lieu devenu célèbre. L'ermite leur montrait la petite croix de bois, les tableaux, la caverne, la pierre sur laquelle Geneviève s'était si souvent agenouillée, la source où elle étanchait sa soif. Il racontait son histoire, et exhortait les visiteurs à imiter ses vertus.

Geneviève fut regardée parle peuple comme une sainte. Près d'un siècle après sa mort, quelques vieillards disaient encore avec orgueil :

— Quand j'étais enfant, j'ai connu Geneviève.

Et ils racontaient à leurs petits-enfants ce qu'elle leur avait dit.

Le château de Sifroibourg, vulgairement nommé

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