‹ GenevièveChapitre 12 sur 44 · LXX · texte numérisé non relu

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Mais j'avais beau lui répéter que L'enfant était bien, qu'il était marqué, qu'il avait un bracelet de ses propres cheveux, à elle, et des cheveux de son père; elle n'en tendait plus raison, elle se jetait sur son oreiller, elle l'embrassait comme si c'eût été son fils, elle l'approchait de son sein comme pour lui donner à Icter! Elle riait, elle pleurait, elle était folle, quoi ! c'était Uni, ce coup lui avail tourné son lait, qui n'était pas encore tari, la lièvre la prit. le délire augmenta; avant le jour, elle était morte!... Oui, morte, monsieur, là, dans mes bras, seule, froide, morte! bien morte.

Quand le médecin vint, il tâta le bras en regardant <lc l'autre coté. Il dit que c'était une lièvre pourprée, avec un transport à la lèle, cl puis il s'en alla. « Ce sont des maladies, dit-il à la famille rassemblée dans la boutique, qui ne laissent pas le temps à l'ail: quand le médecin arrive, le malade n'\ esl plus ! a

Moi, monsieur, je ne disais rien. J'étais là comme une mère quia perdu si fille unique, mais je me contenais, pour sauver au moins son honneur, u'ayanl pu sauver sa vie; je ne voulus pas que personne autre que moi veillât

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le jour el la miii. à la lueur du cierge, auprès du lit; je l'ensevelis de mes propres mains el j<- la couchai, après rai avoii baisé le iront , dans >a bière, que lui lii un de ses cousins. Je me disais, en l'enveloppant dans son linceul comme un enfant dans son mailkH : « Voilà donc pour- « quoi j'ai renoncé à nie marier avec Gyprien ! C'était pour « me marier avec la mort! »

J étais reconsolée pourtant, autant que je pouvais l'être, par l'intérél que les parents, le> voisins el les voisines, me montraient daus mon affliction. C'était un cri dans tout Voiron ; on venait en foule à la porte de la boutique; on disait : Quel malheur] quel dommage! une si belle enfant, une fille h laborieuse et si sage! Jamais la rue n'en reverra de pareille! C'était la rose du pays! Le bon Dieu l'a cueillie! Pauvre Geneviève!

Quand le matin du second jour fut venu, les cloches sonnèrent comme pour une vraie dame; les jeunes lille^ de la ville, riches ou pauvres, vinrent, velues de blanc, épingler des bouquets blancs aussi sur le drap de sa bière el accompagner le cercueil à l'église et au cimetière; on y planta une belle croix de 1er. toute couverte de rubans blancs, de couronnes d'immortelles, blanches aussi, symbole et honneur des jeunes filles moi tes dans leur innecence baptismale. La croix ressemblait à un cep de vigne tout chargé de grappes, ou à un pommier nain, couvert de fleurs sur toutes les branches. C'est la mode du pays, monsieur; et quand une jeune lille n'a pas cela sur son tombeau au cimetière, ça n'est pas bon signe pour sa mémoire ri puiir sa tiniiille.

J'y allai aussi le soir moi-même, quand la nuit tut qu isi i<» 'bée, et j'y m- ces fleurs et ces rubans; »;h me lit en-

core davantage pleui'er que s'il n'y avait lies eu! Je me disais : Ça trompe les lioiiinn's! mais ça ne trompe pas les anges. Pauvre enfant! il faut que la tombe garde ton secret I il faut que la croix mente pour conserver la pureté de la Camille (huis Voiron!

Ah! que je pleurai! que je pleurai, huile seule sur celle terre fraîche, toute seule dans mou lit, toute seule dans la boutique, pendant ces trois jours!

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