TRIÈRE DE LA SERVANTE
(( Mon Dieu, faites-moi la grâce de trouver la servitude « douce et de l'accepter sans murmure, comme la condi- « lion que vous nous avez imposée à tous en nous envoyant « dans ce monde. Si nous ne nous servons pas les uns les « autres, nous ne servons pas Dieu, car la vie humaine « n'est qu'un service réciproque. Les plus heureux sont « ceux qui servent leur prochain sans gages, pour l'amour « de vous. Mais nous autres, pauvres servantes, il faut bien <( gagner le pain que vous ne nous avez pas donné en nais- « sant. Nous sommes peut-être plus agréables encore à vos u yeux pour cela, si nous savons comprendre notre état; « car, outre la peine, nous avons l'humiliation du salaire a que nous sommes forcées de recevoir pour servir souvent « ceux que nous aimons.
« Nous sommes de toutes les maisons, et toutes les mai « sons peuvent nous fermer leurs portes; nous sommes de « toutes les familles, et toutes les familles peuvent nous reje- « ter; nous élevons les enfants comme s'ils étaient à nous, « et, quand nous les avons élevés, ils ne nous reconnaissent « plus pour leurs mères ; nous épargnons le bien des « maîtres, et le bien que nous leur avons épargné s'en va « à d'autres qu'à nous! Nous nous attachons au foyer, à « l'arbre, au puits, au chien de la cour, et le foyer, l'arec bre, le puits, le chien, nous sont enlevés quand il plaît « à nos maîtres; le maître meurt, et nous n'avons pas le « droit d'être en deuil ! Parentes sans parenté, familières « sans famille, filles sans mères, mères sans enfants, cœurs
qui se donnent sans être reçus : voilà le sort des ser* intflfl devant vous»! Accordez-moi de connaître les doit voirs, les peines et les consolations de mon état, çt, après « avoir été ici-bas une bonne serrante des hommes, d'être a là-lniii une heureuse servante du maître parfait! »