SCENE X
MARGUERITE, puis GENEVIEVE.
MARGUERITE, très-agiUe.
Edgar, mon pauvre Edgar, que va-t-il devenir? comment le sauver ? Il me reste une heure A peine. Ah! il n’y a plus A hésiter, j’avouerai tout A M m « Geneviève, et clic aura pitié de moi. (Fanfare* au dehors.) O mon Dieu! serait-ce déjà le duc? ( Elle court au fond.) Non ; ce sont les hommes d'armes qui montent A cheval pour aller A sa rencontre, sans doute.
Geneviève, paraissant
Pourquoi ce bruit, Marguerite?
Madame, monseigneur leduc arrive; dansquelques instans il sera près de vous.
Dis- lu vrai?
marguerite, allant au fond.
Regardez, madame, la garnison tout entière est sous les armes; un écuyer, couvert de sueur et de poussière, a déclaré ue précéder son maître que d’une heure au plus.
Geneviève, appelant.
Sara t Sara ! Olivier I ( Une dame et un page paraissent.) Sara, préparez mon voile, ma mante; toi, Olivier, fais seller mon palefroi; nous irons au-devant de monseigncurle duc ; il revient, Sara, entends-tu, il revient: hâtez-vous. (La dame rentre au château; Olivier sort par le fond.) Tu m’accompagneras aussi, toi, Marguerite!
4 MARGUERITE
Moi?
Qu’as- tu donc? et pourquoi ce trouble, celle pâleur?
marcuerite, se jetant à ses genoux.
Pitié, pitié pour moi, ma noble maîtresse!
Que fais-tu, Marguerite? A mes genoux ! Rclèvctoi, je le veux.
MARGUERITE
Madame, toul-A-l’heure je vous ai dit que j’étais aussi bien malheureuse, et maintenant si vous ne venez à mon aide, je n’ai plus qu’à mourir!
G1NBVIÈVE.
Mourir! toi!
MARGUERITE
Oh! oui, madame, car je ne survivrai pas à Edgar!
Edgar !
MARGUERITE
Tout mon secret est dans ce no».
omifiivi.
Tn l’aimes ?
MARGUERITE
Oui, madame.
GBMEYIÈYI.
Et lui?
Lui, madame, pour me voir une dernière fois,
1 a tout braré : il est ici I
Ici? le malheureux I
MARGUERITE
J'cspèrais, a la faveur delà nuit prochaine, lui faire quitter la retraite que ce matin j’avais crue impénétrable.
Où est-il T
MARGUERITE
Là, dans cette tourelle.
Elle est abandonnée, et peut-être...
MARGUERITE
Tout-à-l’heure mon père a donné l’ordre de placer un posto & l’entrée de cette tourelle, de doubler les sentinelles sur les remparts , afin que monseigneur ne les accusât pas de manquer de surveillance.
L’imprudent est perdu.
marguerite.
Oui, madame, perdu, si vous n’avez pitié de lui et de moi.
Que puis- je î demander sa grâce? Oh I je le ferai.
MARGUERITE
Vous uc l’obtiendrez pas ; le duc lui-méme ne peut s’opposer à l’exécution de la sentence que l'assemblée de Bruges a prononcée. Cette nuit, je l’espère , Edgar pourra sortir du château ; mais d’ici là il lui faut un asile sacré, inviolable.
Et cet asile?
MARGUERITE
Votre oratoire.
Que dis-tu?
MARGUERITE
Cette retraite seule est impénétrable , et là seulement le malheureux serait à l’abri de toutes les poursuites.
Laisser pénétrer un bommo chez moi t
MARGUERITE
11 n’y restera que quelques heures : votre oratoire est d’ailleurs séparé de votre appartement. O ma bonne maltresse , vous ne me refuserez pas la grâce que je vous demande. Songez qu'Edgar est perdu s'il est découvert j songez que c’est à la mort qu’il a été condamné ; songez que je l’aime, madame, que le même coup nous frappera loua les deux; songea enfla que vous épar-
gnerez à votre époux l’affreux devoir d’envoyer son frère à l'échafaud.
En effet, ce serait horrible.
olivier, rentrant.
Tout est prêt, madame.
MARGUERITE, bas.
Que décidez-vous?
GENEVIÈVE, bat.
Edgar ne peut mourir par l’ordre de ion frère 1 sauve-lc doncl
MARGUERITE
Ab I madame I
Pour ne pas éveiller de soupçons, accompagnemoi jusque dans la cour d’honneur.
MARGUERITE
Oui, madame.
Olivier, porte cette bourse à maître Vandcr, et dis-lui de la remettre de ma part au religieux qui m’a été présenté. Recommande à maître Vander de faire sortir ce religieux du château avant l’arrivée du duc. Viens, Margucrito, ne pleure plus, enfant, ton Edgar sera sauvé.
Elle tort, Marguerite et le page la suivent.