STI VIN
Trois jours sans manger 1 vous, madame Geneviève, une duchesse !... et, pendant ce temps-là. tu te gorgeais et te gobergeais, toi misérable faux témoin que tu es !
GBRBVIÉVB.
Quand on m'eut chassée du château, je tombai sur une pierre , et j'étais décidée à attendre la ' mort; mais je me souvins que, si l'on me surprenait ainsi, on m’entraînerait au-delà des frontières • du Brabant. Je ne voulais pas mourir sur un sol j étranger; je voulais que mon dernier regard pût s'arrêter encore sur les tourelles du château... je i me levai donc, et je vins me cacher dans ce bois; f pour qu’on ne cherchât pas à suivre mes traces, je voulus faire croire à ma mort, j’arrachai la robe [ et le voile que je portais en quittant lechâteau, et | je les déposai au bord du grand précipice. J’au- j rais désiré trouver un déguisement qui me rendit méconnaissable ; mais la pluie qui trempait mes vétemens, les ronces qui les mirent en lambeaux, tout cela transforma bientôt la duchesse de Brabant en une pauvre mendiante, qui put alors, sans danger, implorer de la pitié do quelques paysans un peu de pain noir qju'on lui refusait souvent...
Il y a trois jours, repoussée brutalement, insultée même, je ne roo sentis plus le courage de mendier pour prolonger une existence à laquelle l'espoir ne me rattachait plus. J'avais trouvé dans celle grotte an abri contre l'orage , je résolus de n'en plus sortir. Je ne sais si je dois remercier le ciel de vous avoir envoyé à mon aide, car la mort allait venir, et, pour moi, la mort était au moins le repos.
stever.
Si, madame, remerciez le ciel , remcrciez-le , car un homme qui a fait votre malbcur le réparera , un homme qui de duchesse vous a faite mendiante, do mendiante vous refera duchesse...
cet bomme, c’est moi... Stcvcn .
Vous?
STEVE N. . I
Oui, moi... Je ne suis qu’un pauvre paysan, maçon il y a quinze jours, et soldat aujourd’hui ! mais si le diable m’adonné assez de pouvoir pour vous nuire. Dieu a daigné me choisir, moi chétif, pour vous réhabiliter; c*cst moi, madame Geneviève, mot qui prouverai que vous êtes innocente.
GBREYltVE
Seul, que pourras-tul
ST IV Bit.
Seul, je ne pourrais rien du tout... mais n'avezvou» pas dit vous-méme qu’il y avait deux hommes qui pouvaient tout dans votre destinée? L’un de ces hommes c’est moi; l’autre...
C’est le comte de Hain&ult ; mais celui-là est mort.
STEVER.
J’ai même été chargé de l'enterrer... Mais si lo bourreau s’était trompé, si, au lieu d'un cadavre, il ne m’avait remis qu’un mourant?...
Ciel !
STEVER.
Fallait-il l’enterrer vivant encoret...
GEREVliVB.
Oh ! non , il fallait le sauver, dans l’espoir que le remords lui arracherait l’aveu qu'il avait refuse à la torture.
STEVER.
Eh bicu! madame, voilà ce que j’ai fait.
GIRBVtÈVB.
Toi?
STEVER.
Oui, moi, ou plutôt saint Bonaventure ; car c'est mon digue patron qui m'a soufflé cette bonne pensée... Pendant que le soldat chargé avec moi del'inhumaliondu comte creusait la fosse, jesemis battre le cœur de votre ennemi... aussitôt je renvoyai mon camarade, qui tombait de fatigue eide sommeil, je remplis de pierres la fosse qu’il avait ouverte, puis je portai le comte, toujours évanoui, jusqu'à la cabane de ma grand’mèrc, dame Matburinc, brave femme , très-discrète et parfaitement sourde .- elle m'aida à panser les plaies du comte, il revint à lui; mais il était d'une faiblesse qui me faisait peur. Mon service au cbàteau ne m’a pas permis de le voir depuis huit jours ; à ma dernière visite, il était déjà beaucoup mieux, et me demanda de lui apporter co qu’il fallait pour écriro. J'allais à la cabane de la mère Mathurine, quand uue pauvre biche effrayée me découvrit votre rotrailc... Espérez, madame, car ce n'est pas sans intention que la Providenco a pria soin de la victime et du bourreau; ce u’est pas sans intention , qu’elle a donné des idées à celui qui n'en avait guère , et du courage à celui qui n'en avait pas.
Quel est ton projet?
STEVER.
De vous faire autant de bien que je vous ai fait de mal.
CKREYIÊVE.
Dis-moi maintenant ce que fait le duc mon époux... le bruit de ma mort est-il arrivé jusqu'à lui?
STEVER.
Non, madame, on n’a pas encore trouvé votre robe et votre voiiu ; on serait venu les apporter à M. le duc, et je crois que monseigneur en serait mort de chagrin.
GEREVIÎVB.
Que dis-tu?
ST EVIN.
Oh t il est bien triste; et maître Yandcr et
M 11 * Marguerite... oh! comme ils seront heureux quand ils sauront...!
Je te défends de leur parler do moi... Geneviève est morte, entends-tu bien? morte pour tous, jusqu’à ce que son innocence soit reconnue par tous. STEVEN.
Mais en attendant , vous ne pouvez pas rester dans cette grotte.
J’y resterai, car cette retraite est sûre; tu viendras, si tu veux, m'y apporter des provisions. STEVE N.
D’abord , je vais vous laisser celles-ci , je no garde que ce parchemin, cette plume et ce cornet.
Il porte le panier dans la grotte. Bruit de cor. GENEVIÈVE.
Qu’est-ce que c’est que cela?
STEVEN
Sans doute la chasse de monseigneur.
Comment, le duc... Henri...!
STEYEN .
Parcourt ccttc forêt.
Stcvcn , ne vois-tu pas quelqu'un decccélé?...
STEVEN
Oui , c'est un homme qui vient à nous.
Geneviève, reculant avec effroi.
Ah t...
STEVEN
Qu’est-ce qu’il y a, madame?
C’est lui! c’est mon bourreau... c’est le comte Arthur.
STEVEN
Ce n’estpas possible, jel’ai laissé tout écloppé encore, il y a huit jours.
Regarde , regarde!
STEVEN
C'est lui... c’est bien lui... sauvez-vous madame... là... ( montrant la grotte) vous serez en »éreté... Ohl... ne craignez rien t saint Bouavenlure est un grand faiseur de miracles. Jo vous ai dit déjà qu'il m’avait donné du courage.
Il entraîne Geneviève jusqu'à la grotte. Elle disparaît.