CLÉRAMBOURG, ADRIEN
clérambourg, d'un air joyeux.
Ah! te voilà, mon cher Adrien!... Viens donc vile!., j'ai grand besoin d'ami et de conseil.
ADRIEN
Vous! Monsieur?
clérambourg, de même.
Moi-même!.... je suis bien malheureux et bien embarrassé.
ADRIEN
Vous n'en avez pas l'air...
CLÉRAMBOURG
C'est pourtant la vérité... Trois partis qui se présentent pour ma fille... trois à-la-fois! adrien, à part.
Ociel!...
CLÉRAMBOURG
Le colonel de Sacy, que recommande ma sœur... le fils de notre préfet, que recommande son père... et enfin un neveu du ministre, un jeune pair de
France, qui se recommande de lui-même Les
trois demandes viennent de m' arriver ce matin, et presque en même temps.
ADRIEN
C'est là ce qui vous tourmente et vous embarrasse?..*
CLÉRAMBOURG
D'autant plus que ma fille s'en rapporte entièrement à moi et me laisse le droit de prononcer... Ce qui est fort difficile... fort délicat... Je finirai, tu le verras, par ne pas marier cette enfant-là! Adrien, vivement.
Vous croyez?
CLÉRAMBOURG
Que veux-tu ? ces trois partis étant également convenables, je ne vois aucune raison pour préférer l'un et me faire ainsi des ennemis des deux autres... Si encore ma fille m'aidait un peu... si elle avait quelque goût... quelque inclination pour un des prétendants... je serais trop heureux... cela me
guiderait! Moi, je voudrais qu'elle eût fait un
choix, qu'elle préférât quelqu'un... mais non..... elle me laisse toute la responsabilité... elle n'aime personne...
ADRIEN
Je crois, Monsieur, que vous vous trompez.
clérambourg, vivement.
Que veux-tu dire?...
ADRIEN
Ce serait mal à moi de vous cacher ce que je sais., ou du moins ce que j'ai cru voir... Oui, Monsieur... vous me rappeliez encore ce matin que votre fille était ma première bienfaitrice... que je ne serais rien sans elle... et son bonheur avant tout.
clérambourg, brusquement.
Achève donc!...
adrien, cherchant à cacher son trouble.
En bien! Monsieur... réjouissez-vous, votre tâche sera moins difficile que vous ne le pensiez.... mademoiselle Geneviève aime quelqu'un.
clérambourg, aveccolère.
Eh! qui donc? ce jeune pair de France?
ADRIEN
Non, Monsieur.
CLÉRAMBOURG
Le fils de notre préfet?... je m'en suis toujours douté!
ADRIEN
Eh! non!..
CLÉRAMBOURG
Le colonel !! J'en étais sûr !.. mais qui te l'as dit ? qui te le fait croire?
ADRIEN
Tout-à-1'heure quand je lui ai appris que
M. de Sacy était venu pour vous demander sa main... si vous aviez vu son trouble... son émotion... sa crainte qu'il ne fût refusé par vous...
CLÉRAMBOURG
Et elle ne m'en a rien dit!...
adiuen, avec chaleur.
Ni à moi non plus!., mais c'était si facile à de»
■viner... sa main tremblait, elle pâlissait... elle était prête à se trouver mal...
CLÉRAMBOURG
Et je ne me suis douté de rien !
adrien, avec explosion.
Vous ! mais moi !.. (Se reprenant.) Moi qui vous suis dévoué...
clérambourg, M prenant les mains.
Merci, mon ami... merci... Mais ce colonel d'où le connaît-elle ? où l'a-t-elle vu ?
ADRIEN
Hier... à ce bal.
CLÉRAMBOURG
Quoi, parce qu'il est brillant, élégant... parce qu'il valse bien !.. parce qu'elle a valsé deux fois avec lui, la valse à deux temps.
ADRIEN
C'est indigne !
CLÉRAMBOURG
C'est affreux.
Je n'en puis revenir.
CLÉRAMBOURG
Ni moi non plus! conduisez-donc les jeunes filles au bal !.. Voilà! (Il remonte.)
adrien, descendant à droite.
Voilà!.. (Se retournant.) Qu'importe après tout... vous désiriez un gendre... un gendre qu'elle aimât.
CLÉRAMBOURG (1)
Je ne dis pas non.
ADRIEN
Et vous voilà furieux!
CLÉRAMBOURG
Furieux... du mystère qu'elle m'en a fait... furieux du secret qu'elle a gardé avec moi, son père... sans compter, vois-tu bien , que si elle a craint de m' avouer une pareille préférence... ces' qu'il y a des raisons... c'est qu'elle sait, comme nous, que ce beau colonel est un brillant séduc teur... qui fait ainsi chaque jour de nouvelle? conquêtes.
ADRIEN
En vérité!
CLÉRAMBOURG
Parbleu ! toutes les femmes en raffolent et Geneviève est déjà comme elles... et ma fille sera malheureuse... elle adorera un indigne mari... et son pauvre père... et nous ses amis... elle nous oubliera ! Ecoute, Adrien, il faut que tu la voies, que tu lui parles... puisqu'elle a déjà eu confiance en loi...
Mais elle ne m'a rien dit.
CLÉRAMBOURG
C'est égal... de ta part ce ne sera pas suspect et ce le serait de la mienne... elle croirait que c'est par haine pour le colonel... dis-lui adroitement... tout le mal que tu sais de lui...
(I) Adrien, Clérambourg.
ADRIEN
Je n'en sais pas, Monsieur.
clérambourg, avec impatience.
Allons donc !.. il est évident qu'un militaire... parbleu c'est connu!., et si quelqu'un peut lui faire entendre raison... c'sst toi avec qui elle a été élevée... toi qu'elle regarde et qu'elle aime comme un frère va la trouver... je t'en prie...
ADRIEN
Ça m'est impossible... Monsieur... car je venais ici en ce moment... vous dire... que des nouvelles inattendues et cruelles pour moi...
clérambourg, le regardant.
En effet... je n'avais pas remarqué le changement de tes traits.
ADRIEN
Ce n'est rien, Monsieur, mais ces nouvelles m'obligent... à partir pour Paris...
clérambourg.
Alors, reviens au plus vite... car tu vois bien que je ne peux pas me passer de toi.
ADRIEN
Aussi c'est bien malgré moi que je viens vous rendre les clés de votre caisse... mais il le faut... mon bienfaiteur et mon père , adieu pour toujours.
clérambourg, le retenant par la main.
Qu'est-ce que j'entends-là!.. toi sur qui j'avais compté... toi que je regardais comme ma seule consolation... tu m'abandonnes au moment où v tout le monde me délaisse ou me trahit.
Air: de Lantara.
Toi, me quitter! c'est impossible !
Et me quitter sans motifs, sans raison
ADRIEN
Si vraiment ! un motif terrible M'oblige a fuir cette maison.
CLÉRAMBOURG
S'il est ainsi, dis le moi, parle donc ! Loin d'un ami, quel caprice t'entraîne.
Que te faut-il? Est-ce de l'or?
{Lui présentant la clé de sa caisse.) Prends, partageons !
( Le regardant. )
Àuruis-tii quelque peine?
{Lui Ouvrant U bras.) alors, viens donc, et partageons encor ! Oui, si ton cœur renferme quelque peine Viens sur le mien et partageons encor.
adrien, s élançant vers Clérambourg.
Ah ! Monsieur... {S'arrétant.) Non... non, c'est impossible... adieu... clérambourg, regardant Adrien qui s' éloigne. Tu as raison!., va-t-en !.. va-t-en!.. car toi aussi tu n'es qu'un ingrat!
adrien, revenant sur ses pas.
Moi, un ingrat,., vous vous trompez Monsieuï1^