‹ Geneviève: Histoire d'une servanteChapitre 14 sur 16 · CI. VII · texte numérisé non relu

CI. VII

Kh bien ! monsieur, vous ne croiriez pas que cfr qui me faisait le plus de peine d'avoir cette méchante voisine si près de nous, qui aimions la paix, ce n'était pas tant de voir le poirier récolté et les autres arbres du verger visités tonr à tour la nuit, que d'entendre tout le jour crier les malheureux petits nourrissons qu'elle élevait sur son grenier sans comparaison comme des cabris dans une étable. Leurs gémissements et leurs plaintes me faisaient trembler le cœur dans les flancs. Je ne pouvais travailler ou coudre en joie pendant que je sentais souffrir autour de moi ces innocentes créatures.

Vous me direz : Qu'est-ce que la mère Maraude et ses nourrissons font à votre racontance? — Vous allez comprendre pourquoi je vous dis ce détail, et je ne le dis pas par médisance^ D'ailleurs, la méchante femme est morte, et Dieu veuille lui pardonner les cris de ses enfants, comme Jean et moi nous lui pardonnons les poires.

Je vous ai dit, mam'selle Geneviève, que j'étais accouchée d'un beau garçon, mais un peu délicat de peau, pourtant, comme moi, et que, la sage-femme étant partie de chez nous pour son village, j'allaitais toute seule mon fruit de trois mois dans notre maison, en attendant mon mari

et en me faisant une image de son plaisir. L*enfant profi* tait, que c'était une bénédiction; on aurait dit que j'avais assez de lait pour en abreuver deux. Je le promenais la moitié du jour dans le verger, en le faisant sauter dans mes bras tendus et en lé recevant stfrle sein comme uneescar. polette.

Souvent, dans ces promenades à travers le verger, je m'approchais jusque vers le poirier, et j'entendais pleurer de soif ou crier des mouches un joli nouveau petit noufrisson de six mois que la mère Maraude avait rapporté, il n'y avait pas longtemps, de la ville, soi-disant pour lui donner le sein. La méchante, la menteuse, elle ne lui donnait que le pis de sa chèvre, et encore quand les cabris en avaient de reste !

De plus, elle s'en allait des journées entières en commerce ou en moisson, avec sa serpe ou son âne, sortant le matin, ne rentrant qu'au soleil couché, et laissant pendant toutes ces heures le pauvre enfant lié dans son berceau, sur le^ palier de sa porte, gardé par le chien et par le cochon. La chèvre avait plus de pitié que la femme. En rentrant des bruyères, elle venait d'elle-même se placer en travers, sur le berceau, pour faire teter le petit humain ; mais, tout le reste du temps, il n'y avait ni femme ni chèvre autour de lui ; il dormait ou il criait du fond de la cour comme une complainte qu'on chante seul dans des murs vides. H n'y avait rien de si triste, monsieur, que ce gémissement continu et désespéré d'une voix qui pleure dans la nuit d'une maison, sans être entendue de personne !

2^»<* GKNRVlftVF.

Mais moi, monsieur. je»rentendais, je Tentendais tant et toujours, ce petit enfant, qu'à la iln je n'y pus pas tenir. Je pensai : Mon Dieu ! si c'était le mien, pourtant, je serais bien aise qu'une voisine, attendrie par sa misère, vtnt lui prêter un peu de ce lait qui lui manque; et quand ce* ne serait que lui sourire pour réjouir un peu ses pauvres yeux.

Donc, un jour après midi que la mère Maraude ne devait pas revenir et que le nourrisson pleurait encore plus misérablement que de coutume, je pris mon petit endormi dans mes bras, je m'avançai toute tremblante vers le poirier, je montai sur le rocher d'où Ton voit la cour, et je descendis sur le palier, les pieds nus, pour consoler le malheureux nourrisson.

Ah ! le bel enfant que je vis ! Mais tenez, vous pouvez bien le voir lui-môme : c'est Bastien que voilà ; il a bien grandi, mais c'est toujours la même jolie figure de jeune fille et les mêmes cheveux, un peu brunis par la fumée de la oo lophane et du magnien seulement !

11 avait dégagé ses bras pour chasser les mouches qui lui suçaient le peu de sang qui lui restait. Il me les tendit comme pour me demander de le prendre. Il sourit à mon petit, il balbutia je ne sais quoi ; on eût dit qu'il cherchait à parler. Cela me fendit l'âme en deux, monsieur. Je déposai le mien sur le pied du berceau, j'ôtai les bretelles du maillot ; je pris l'enfant dans mes bras, je l'approchai à a source , je jouai avec lui, et puis, n'y pouvant plus ré-

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sister, à la peine et au plaisir que su)n gracieux vifvage me faisait, je pris ma hardiesse à deux mains, j*ouyris mon fichu et je lui donnai le sein tant qu'il voulut bien. Si v^us l'aviez vu, Geneviève, quel transport î quelle joie! quelle ivresse de ce petit affamé ! quels trépignements de mains, quels piétinements de ses jolis petits pieds nus sur ma poitrine! Je croyais qu'il allait me boire tout entière. Mais, en vraie vérité de Dieu, j'étais si aise de le voir rassasié une fois dans sa vie. que je ne pensais pas: à en garder pour le mien. Mais le bon Dieu est le bon Dieu, comme dit Jean ; là où il y en a pour un, il y en a pour deux.

Quand il eut tête sa suffisance, je le remis dans son berceau, je le portai sous le poirier à l'ombre avec mon petit, et je restai là jusqu'au soleil couchant à les faire tantôt dormir, tantôt jouer, tantôt teter ensemble. Après cela, je remis tout sur le palier de la mère Maraude comme je l'a» vais trouvé, et je me sauvai à petit bruit dès que j'entendis le grelot de son âne dans le bas du sentier au fond de la ravine.

Ah ! quelle bonne journée j'avais passée et comme ça me lit m'endormir plus contente! Ce n'était pas mal, n'est-ce pas? bien que je n'eusse pas le droit d'aller dans la cour et dans l'escalier de la voisine sans sa permission.

— Oh ! non, dit Geneviève, je ne crois pas que -ce fût mai.

— Eh bien! ça continua ainsi tous les jours, et deux ou trois fois par jour pendant deux mois. U fallait voir comme

Tenfant profitait! on eût dit qu*il tétait les fées pendant son sommeil.

Quant à moi, ma pauvre Geneviève, il me semblait que j'avais deux enfants au lieu d'un et que mon cœur se partageait entre celui-là et le mien ! On m'avait bien toujours dit que l'enfant se greffait par la mamelle à la femme étrangère, comme le fruit d'un autre arbre se greffe aux branches de nos sauvageons dans notre verger; mais je ne l'a vais jamais cru. Ah ! je le crois bien à présent, allez ! Quand je sentais à mon sein la jolie petite bouche rose de ce petit abandonné, qui ne voulait pas plus s'en décoller qxie Tagneau du sein de sa brebis, quoiqu'on le tire par la patte, et quand je sentais que la douce chaleur de mon corps et du sien se confondaient sur mon propre cœur comme pour chauffer un berceau vivant à ce petit malheureux tombé sans nid sur la terre, et quand mon lait faisait un petit ruisseau sur ses lèvres, et que je me disais : Cette vie qui va couler en lui ei grandir avec ses membr&s d'enfant, c'est pourtant ma vie ! Ah ! il s'en fallait de bien peu que je ne regardasse ce nourrisson aussi amicalement que s'il était sorti de mes flancs! Le lait, c'est une parenté, soyezen sûre, Geneviève, et quand on a nourri un enfant six semaines ou deux mois, on se sent presque autant sa mère que si on l'avait porté neuf mois !

J'éprouvais tout cela pour celui-là, et quand je me réveillais la nuit et que la bise soufflait dans les branches, ou que l'eau pleurait ou grelottait dans le fond de la ravine sous la maison, il me semblait toujours que je l'entendais crier et m'appeler. Je comptais les heures jusqu'à celle où la mère Maraude partait avec son âne pour la plaine, afin d'alter revoir, caresser, bercer ei nourrir son petit.

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ûéVdé ! ç est ce qui me perdit. J'avais trop d'attache, ment pour ce pauvre être; le bon Dieu m en punit. Je vais vous dire ce que je n'ai jamais dit, excepté à la mère Maraude. Elle est morte. Ainsi je le cacherais encore si je voulais; mais j'aime mieux tout vous dire pour me soulager une fois la conscience.

Donc, un jour de printemps, ah ! un jour bien malheureux, croyez-moi, Geneviève 1 j'étais allée dès le matin jouer avec mes deux petits sur le rocher garni de mousse, de primevères et de genêts fleuris, qui domine, comme je vous l'ai dit, la cour et le palier de Tescalier de la maison de la mère Maraude. J'avais les jambes pendantes du côté du précipice, mais je n'y faisais pas attention, parce que nous autres qui sommes nés au bord de ces abîmes, comme les fougères qui croissent sur les pentes et qui s'y balancent par les racines, nous n'y prenons pas garde tant seulement. J'avais rais les deux enfants ensemble sur mes genoux pour jouer au soleil dans le creux de mon tablier. Ça m'amusait de les regarder faire. Ils s'embrassaient, ils s^enlaçaient, ils se repoussaient, ils s'attiraient, ils se regardaient, ils se riaient l'un à l'autre comme deux chevreaux blancs entre les jambes repliées de la mère, et moi je les agaçais du front et de la bouche et des doigts pour les encourager à jouer.

m (iEi>EVIÈVl-

Voilà qu'aa moment où je ne pensais à rien, celle des chèvres de la mère Maraude qui nourrissait aussi le petit saute tout à coup de la muraille de la cour sur le rocher, comme si elle eût été jalouse qu'on lui prit son nourrisson, et s'élance contre moi les cornes contre mon sein. Je fais un geste pour me garantir le visage avec mes deux mains, mes genoux s'ouvrent sans que j'aie le temps d'y songer, et les deux petits roulent sur mes pieds du rocher, d*abord lentement, lentement comme deux gerbes de foin léger que le vent et la pente entratnent, puis en lin vite* vite, de touffe d'herbe en touffe d'herbe, de fougère en fougère, jusqu'au fond de la ravine, où il y avait une large flaque d'eau ! Je me lève, je jette un cri, je lève les bras au ciel, je penche la tôle sur le précipice pourvoir au fond Je supplie tous les anges du paradis de faire pousser miraculeusement une épine, une racine, une pierre, pour retenir mes pauvres petits sur la pente avant le bord de l'eau où ils peuvent se noyer! Je me suspends moi-même par les orteils de mes pieds nus et par les ongles de mes doigts aux herbes et aux sables, pour glisser au fond avant eux et les retenir avant leur chute ! llélas ! c'était trop tard, ma pauvre demoiselle! J'en entends un dont le corps fait le bruit d'une pierre lourde éclaboussant l'eau ; les feuilles m'empêchent de voir lequel. Est-ce le mien? est-ce l'autre? Est-ce le faux? Je m'évanouis dans ce doute affreux, je roule au fond, le froid de l'eau me réveille dans le lit creux du ruisseau, à côté de mon pauvre petit! du mien!

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eiiiendez-vous! il ne respirait plus! il avait été noyé en une minute !

Et l'autre ! Vautre que voilà, celui de la mère Maraude, il était devant moi qui me tendait les bras, qui regardait et qui riait, sans jugement, le pauvre innocent, accroché par les jambes à un fil de lierre, comme un oiseau pris à un regepiace par la patte.

Âb ! tenez, mam'selle Geneviève, dit Luce eu cet endroit de son récit) en relevant son tablier de ses deux mains et en s'enveloppantle visage, dispensez^moi de vous en dire davantage là-dessus? Mes cris> mes pleurs auraient fendu le rocher pendant tout ce'jour-lù, si les pierres avaient un cœur. Qu'il vous suffise de savoir que Tenfant de Jean et de moi était mort,' et que Fenfant étranger était vivant. Pau^ vre petit Moïse, retenu par les joncs comme celui de la Bible de Jean !

Il fallait bien le nourrir» puis(|u'il vivait et qu'il criait» et qu'il me demandait sa mamelle! Je la lui donnai. Et je Taimai encore, malgré le Tiialbeur dont il avait été cause; mais était-ce sa faute ou la mienne, aussi ?

Je fis emporter mon pauvre enfant noyé, par deux enfants des voisins, à la paroisse ; personne que moi n'a jamais su de quoi il était mort; un enfant de quatre moi' on n'y fait pas plus d'attention dans les villages de r

nous qu'à une mouche qui tombe de Ja vitre à la gelée. On l'enterre au cimetière sans savoir seulement son nom.

Je restai seule, seule, seule, avec le lit vide de Jean et le berceau vide de mon enfant à la maison. Ah! que les jours me paraissaient longs et les nuits sans fin!

El puis je me disais : Ce pauvre Jean ! qui croit qu'à son retour il va trouver son enfant tant désiré pour lui sourire enfin dans me« bras! Que va-t-il dire? 11 croira que c'est ma faute! il ne m'aimera peut-être plus du tout quand ilnie reverra les mains vides! Et puis, ce pauvre petit de la mère Maraude, si je cesse de le nourrir, je n'aurai plus de lait ! il se desséchera de nouveau comme une herbe sans source. Je Taimais tant après le mien! comment ferai-je .pour me consoler de deux, moi qui ne puis pas me consoler d'un ? Et je continuais, malgré mon chagrin, à aller tout le jour, en cachette, allaiter et caresser tristement ce pauvre petit.

Le moment du retour ordinaire de Jean approcha; il me vint une idée que je ne pouvais plus chasser, comme un mauvais rêve. Ce rêvé finit par s'emparer tellement de moi, que je devins folle pour ainsi dire et que je ne pensais plus à autre chose. Enfin cette folie me donna un courage et une hardiesse que je n'avais jamais eus de ma vie pour

aucune chose au monde, et que je ne me suis jamais reirouvés depuis. Je résolus de me contenter, coûte que coûte. Voilà comment :

J'allai un soir chez la mère Maraude, et je lui dis : m Vendez-moi le petit, le mien est mort! J'ai du lait, j'en « prendrai soin; je ne dirai rien à Jean, il croira que « c'est le sien; vous, mettez votre doigt sur vos lèvres; je « recommanderai bien aux enfants qui ont porté le mien « en terre de ne rien dire à Jean. La paroisse est loin, le « curé est mort. Personne ne viendra lui parler de son « enfant mort, et si jamais on lui en parle un jour, ce sera « trop tard, il sera apprivoisé au petit, il ne voudra pas « plus que moi s'en désapprivoiser.

« — Tout ça se peut, dit la voisine, — l'argent faij « tout. Que me donnerez-vous pour mon enfant? et que « me donnerez-vous pour mon silence? m

Nous nous assîmes sur le hât de son âne dans sa cour , pendant qu'elle donnait une poignée de foin volé à ses bêtes, et le marché fut fait ainsi :

Je lui laissai les six francs par mois de l'hospice avec la layette, comme si elle avait véritablement nourri et vêtu l'enfant trouvé chez elle, et il fut convenu que je lui prêterais l'enfant pour le montrer aux sœurs de l'hospice toutes les fois qu'on demanderait à s'assurer de son exis* tence;

Et que, pour payer son silence, je lui donnerais tous les ans pour rien tous les fruits du poirier qui croissait au bout de notre verger, près de sa maison, 'et lui faisait tant d*envie et tant commettre de mauvaises actions pour s'en approprier les poires; et que cela durerait tout le temps

qu'elle ue dirait rien à Jean ni aux autres de notre arrangement.

Le marché fait, je lui donnai des arrhes, et j'etnporbi Tenfant tout nu, en lui laissant le berceau et la layette. Je sentais bien que je faisais mal, et pourtant j'étais plus contente en m'en allant que si j'avais déterré un trésor. Je n^àurais jamais cru que le bien fît tant de plaisir. C'est aussi que je pensais à la douleur que cela allait épargner à mon cher Jean I

CLXYI

Tout se passa comme j'avais pensé. Jean, à son retour, me voyant ce bel enfant au sein, ne se douta seulement de rien, et il aima ce petit comme il aurait aimé le sien. La tête a des yeux, voyez-vous, Geneviève, mais le cœur n'en a pas. R aime ce qui se laisse aimer, sans demander le nom ni l'extrait de baptême. Gela a duré comme cela neuf ans. Le bpn Dieu ne m'a pas donné d'autre enfant. Mon mari a appris son état à Bastien, et il a commencé, depuis un an, à le conduire avec lui pour allumer sa forge entre deux pierres et pour mener le soufflet.

Maintenant, que vouliez-vous que je fisse, quand j'ai vx que le pauvre Jean s'y trompait jusqu'à l'article de la mort, et qull allait déshériter ses vrais parents en don* nant sa maison et sa broussaille à un étranger? Il fallait bien avouer ou aller un jour devant Dieu comme une voleuse du bien d'autrui ! Oh ! ça, non ! Tromper le cœur d'un homme pour son bien, oui; mais voler à tout jamais

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ravoir d'une pauvre famille, non. Qu'auriez-vous fait à ma place, mam'selle Geneviève?

— Oh ! moi, dit Geneviève en regardant Tenfant, j'aurais fait comme vous ! Je le sens, j'aurais volé Tenfant, mais j'aurais rendu l'héritage !

Mais il ne s'agit pas de cela, continua Geneviève en parlant bas à Luce et en l'emmenant à l'écart dans la cnambre; si on vous disait à qui est véritablement le petit, le rendriez-vous comme vous avez rendu le bien à la famille de Jean?

— Ah ! dame, dit Luce en levant les bras au ciel, je le voudrais bien, mais je ne serais pas maîtresse. On rend l'enfant à qui il appartient, mais on ne peut pas rendre son cœur.

Geneviève, toujours tourmentée de l'idée d'approfondir le uiyslère de l'origine du petit et de retrouver dans Bastien le Ris de Josette, emmena Luce à l'écart dans la cour, s'assit avec elle sur la dernière marche de Vescalier, demanda à l'enfant les cheveux et les signes de reconnaissance qu'il portait attachés à son cou dans l'étui de ferblanc, les plaça sur les genoux de Luce, et, la priant de bien l'écouter, elle lui raconta pendant plus de deux heures son histoire et celle de sa sœur, s'efforçant, autant qu'il m'était permis de le comprendre par les gestes des deux femmes, de convaincre Luce des droits qu'elle avait par la parenté à la possession de l'enfant. Luûfi ne répondait rien» elle paraissait à la fois convaincue et atterrée par les raisons de Geneviève. Enfin les deux femmes se relevèrent pouj' remonter, avec cette attitude de réflexions indécises et ce pas qui avance et recule, témoignage certain d'un entretien qui a tout agité dans deux âmes et rien conclu

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J'avais suivi de Foeil, moitié par désœuvrement, moitié par intérêt de cœur, l'entretien des deux femmes dans la coui*. Assis dans ma chambre auprès de la fenêtre, je lisais et je regardais tour à tour ce qui se passait en bas. Ce drame se nouait plus fortement d'heure en heure. Luce jetait des regards à la dérobée sur Tenfant comme our un bien qu*on ne possède déjà plus avec sécurité.

De nouveaux arrivants allaient compliquer ce petit drame entre ces deux bons cœurs de femmes.

Je vis entrer chez moi le médecin, mon ami. Il avait la physionomie rayonnante d'un homme qui pressent quelque événement imprévu, et qui jouit d'avance du plaisir qu'il vient annoncer.

— Ton malade est sauvé, me dit-il en souriant; mais je crains bien que sa pauvre jeune femme n'ait à mêler quelques larmes ^de tristesse aux larmes de joie que lui fera répandre la miraculeuse conservation de son mari, et j'ai bien peur aussi pour les yeux de Geneviève.

— Comment donc ! lui dis-je étonné.

— Écoute, répondit-il en s'asseyant, il y a du nouveau à l'hospice où je vais faire ma visite tous les matins.

La supérieure, femme de la plus tendre vertu et du plus affectueux dévouement pour les malheureux, m'a fait monter après la visite dans le parloir pour m'entretenir d'une exposition mystérieuse d'enfant qui eut lieu il*y a environ neuf ans, dont l'administration, barbare et païenne

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en pareille matière, voulut faire perdre les traces, afin de dépayser la tendresse de la mère illégitime, et que la fa* mille du père cherche aujourd'hui vainement à retrouver. Une sœur de Geneviève, charmante enfant, célèbre ici par sa beauté et par sa mort précoce, est mêlée, dit-elle, à tout ceci. Une dame pieuse, âgée, étrangère à ce pays, est logée à rhospicè depuis cinq semaines dans un appartement particulier, occupée à faire des recherches sur Texposition de ce pauvre enfant perdu, à découvrir s'il existe encore et à le revendiquer pour elle au nom du père, jeune militaire tué à sa première affaire, et qui était son neveu chéri. La supérieure de Thospice, dont cette dame est Tamie, Taide dans son enquête charitable et ne néglige aucun soin pour recueillir les témoignages et pour remonter sur toutes les traces de Tenfant. Elle a connu Geneviève pendant Tépidémie qui a désolé nos contrées. Elle a appris par moi que cette charitable servante du curé de Valneige était ici, passant ses jours et ses nuits au chevet d'un montagnard moribond ; elle a voulu recueillir les souvenirs et les renseignements secrets qui peuvent aider la dame étrangère à constater l'existence et Tidentité du fils de sa sœur. Ces deux femmes vont venir à l'instant ici; avertissez Geneviève de leur visite et de leurs recherches. C'est un sujet bien délicat pour elle, puisquUl s'agit à la fois de l'honneur de sa sœur Josette, et de rendre un nom, une famille et une fortune à un enfant auquel cette bonne fille doit s'intéresser.

— Oui, dis-je à mon ami, cet enfant l'intéresse trop en effet, car elle croit l'avoir retrouvé toute seuledans l'enfant de Luce que vous voyez là, jouant dans la cour avec mon chien de chasse, et dont vous avez admiré la figure et la

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sensibilité, tous les jours, auprès du lit du pauvre wagnru. Je vais préparer Tieneviève à cett« visite.

Et je sortis.

En entrant dans la chambre du malade, je trouvai la supérieure, l'étrangère, Geneviève et Luce dans un entretien déjà fiévreux, qui révélait par Témotion des visages et par Taccent des paroles les sentiments divers dont chacune d*elles était agitée. J'écoutais sans me mêler à la conversation, si ce n'est quand j*étais interpellé par un regard suppliant de Geneviève.

— Mais enfin, madame, disait Geneviève à la dame étrangère, femme âgée, infirme et dont le costume annonçait un rang distingué, comment avez-vous pu avoir connaissance des rapports de votre neveu avec ma sœur, et de la naissance d*un enfant, fruit de leur amour et d'un mariage clandestin?

— De deux manières, mademoiselle, répondit Tétran* gère avec une grande assurance et une douce dignité : premièrement, par le prêtre léger et coupable qui, ayant prêté témérairement son sacré ministère à une union illégale et cachée, s'en est repenti, en a fait l'aveu en mourant à son évoque, et fa prié de faire instruire notre

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famille de ce fait et de Texistence probable de quelque fruit deshérité de ce mariage ; secondement, par mon pauvre neveu lui-même: avant la fatale affaire où il succomba, il avait eu le pressentiment de ses dangers, et il avait écrit un testament que j'ai là dans mon portefeuille. 11 Tavait confié, en cas de mort, à un soldat de son peloton, fils d'un de nos métayers, et dont la famille habite le même village que nous. Ce soldat, qui ne sait ni lire ni écrire, a attendu son retour dans sa famille pour nous remettre ce papier, dont il ne soupçonnait pas t^ute Tim* portance. Cette pièce nous révélait tout. Elle donnait à Josette et à son enfant toute la part d'héritage dont mon neveu pourrait se trouver possesseur à l'heure de son décès. Cette part n'est pas considérable, bien que ses frères et ses sœurs soient morts depuis, car ils ont laissé des enfants; mais enfin, bien que cette part d'héritage ne s*élève qu'à un millier de louis, j'aurais été bien coupable devant ma conscience et devant Dieu si je n'avais pas cherché tous les moyens de la restituer à la mère et à l'enfant auxquels cette petite fortune ét^t destinée. Et puis j'ai une certaine fortune moi-même; j'adorais mon neveu : il me serait si doux de le retrouver dans un autre être, me Rappelant ses traits et me rendant une partie de son cœur ! Je ne devais rien négliger et je ne négligerai rien, en effet, pour sauver cet orphelin, s'il existe, de la misère et de l'abandon.

Geneviève, à ces mots, regardant d'un œil significatif la supérieure, comme pour lui dire : • Ob^rvez ce qui va se passer, » se leva de sa chaise, alla sur le palier, prit l'enfant par la main, et, le menant devant les genoux de l'étrangère, ne lui dit rien, mais appela, comme par ha-

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sard, son attention sur ce joli visage, en étudiant la physionomie de la vieille dame.

L'interrogation muette ne fut pas longtemps sans réponse.

— Quel est cet enfant? mon Dieu! s*écria la bonne dame, quel est cet enfant, mademoiselle? Je crois revoir rimage de mon neveu quand il avait Tâge de cet innocent!

— C'est le mien, madame, dit Luce en hésitant, en ron» gissant el en pâlissant tour à tour comme si elle avait dit un mensonge.

— Oh ! oui, c'est le nôtre, dit le malade, comme si, par ce mot, le premier qu'il disait depuis son agonie et depuis l'aveu de Luce, il eût voulu toute fa fois indiquer indirectement à sa femme qu'il lui pardonnait et qu'il adoptait aussi l'enfant.

— Non, non, ne mentez pas, Jean; ne balbutiez pas, ma pauvre Luce, dit Geneviève ; c'est votre enfant par l'amour, oui, mais ce n'est pas votre enfant par la parenté.

Luce se voila le visage de son tablier et ne répondit rien.

— Oui, je suis le tien, dit tout bas l'enfant en prenant le tablier de Luce par un pan, et en le rabattant de son front sur ses genoux. Pourquoi donc que tu rougis de moi devant le monde? Est-ce que j'ai fait quelque mal aujourd'hui?

Luce l'embrassa sans répondre.

Alors, la supérieure, ayant fait monter le jeune médociu, le notaire, le curé de Voiron et le juge de paix, qui étaient prévenus par elle pour assister à l'éclaircissemenl qu'elle croyait avoir à demander et à donner seulement devant Geneviève et avec elle, fit asseoir tout le monde sur les lits qui garnissaient la chambre de Jean, et s'asseyant,elle-même à côté de la dame étrangère, elle parla ainsi en ^'adressant à Geneviève :

— Ma pauvre Geneviève, il n*y a plus de honte dans le ciel. Votre charmante petite sœur y est avec les anges, auxquels elle ressemblait tant, je n'en doute pas; ainsi rheure est venue de dire librement et consciencieusement la vérité sur une faute dont là mort Ta trop punie, et dont vous avez pris Thumiliation dans le pays pour en déchar* ger sa mémoire.

Votre sœul* a été unie, il y a neuf ans et quelques mois, par un màfiage clandestin, au jeune sous-officier neveu de la dame que voilà.

— Je ne ptiis plus le nier, dit Geneviève.

— Un enfant est venu de cette union, et dans rembarras où vous étiez d avouer et de légitimer sa naissance, Vous Tavez fait déposel^pour être allaité, à l'hospice, avec rintention de le retirer secrètement aussitôt que vous le pourriez sans perdre votre sœur de Féputation.

ôtlG GENEVIÈVE

Geneviève ne dit rien, et baissa la tête en signe de consentement.

La sage-femme qui le portait fut suivie parle commissaire de police et emprisonnée. On enleva au petit les signes de reconnaissance et la boucle de cheveux de sa mère, attachée à son cou. L'administration, plus sévère et plus cruelle que la religion, nous avait ordonné, quand nous recevrions des enfants au tour, de détruire ces signes pour intimider les mères coupables en leur ôtant tout espoir de retrouver jamais leur fruit, et en confondant tous ces pauvres orphelins dans le même troupeau, comme des enfants trouvés où personne ne pût reconnaître le sien. C'est triste à dire, et c'est pourtant vrai, messieurs, dit-elle en regardant ces magistrats et le médecin.

Mais la charité des femmes a toujours transgressé, tant qu'elle a pu, la loi. Quand la loi des hommes est contraire à la loi de la nature et de Dieu, on est coupable de lui obéir. J*ai pris sur ma conscience de ne jamais -obéir à celle-là.

— Oh! quel bonheur! s'écria à demi-voix Geneviève en joignant les mains.

— Le commissaire me remit en secret les cheveux et les autres signes de reconnaissance qu'il avait enlevés à la sage-femme. Je les glissai, par un pieux subterfuge, entre deux doubles de toile, dans la layette du pauvre abandonné, et quand sa première nourrice vint le prendre, je lui indiquai de l'œil et du doigt la place où j'avais cousu cet extrait de naissance, invisible aux administrateurs, afin qu'elle le décousît plus lard et qu'elle en fît à tout hasard le témoin inséparable de son nourrisson.

A ces mots, Geneviève s'élança d'un bond sur le groupe

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où Luce et le petit se tenaient tout tremblants auprès du lit du malade, et ouvrant de ses mains promntes comme la pensée le gilet et la chemise de Tenfaut, qui pleurait et qui se défendait de cette violente tendresse, elle en arracha la botte de fer-blanc, le papier et la boucle blonde des cheveux de Josette :

— Est-ce cela, madame? oh! de grâce! dites, dites^ est-ce cela?s'écria-t-elle, en étalant la tresse sur les genoux et sous les yeux de la supérieure.

— C'est cela, ma lille, dit solennellement la religieuse. Que Dieu soit loué, chère amie! dit-elle aussitôt en reprenant la boucle de cheveux des mains de Geneviève et en la donnant à la dame étrangère; tenez, voilà qui désormais est à vous; c'est votre titre de propriété de cet orphelin.

Geneviève resta les bras pendants et les mains vides, consternée d avoir ainsi, à son insu, travaillé pour une autre, et de perdre la possession de Tenfant, qu'elle se croyait enfin acquise à jamais.

Luce était pâle et immobile comme le marbre d'une . Niché sauvage.

Jean se cachait la tète sous sa couverture.

— Vous allez donc nous reprendre notre enfant! dit enfin la malheureuse Luce, en recouvrant la parole et en serrant Bastien sur ses genoux. L'enfant se pendait à son ^ cou, et jelait de cet asile un regard de colère et d'effroi

M GEiSEVlÈVi:

à la supérieure, à Geneviève, à Tétrangère et aux assistants.

— Vous le voyez, il n'est pas à vous, dit sévèremeul le juge de paix.

— 11 n'est pas à moi! s'écria Luce en se le> anl couiuic par un ressort mécanique et en élevant le petit dans ses bras, comme pour prendre Dieu à témoin de la violence que ce rapt allait faire aux droits qu'elle se sentait dans 1c cœur; il n'est pas à moi! Qu'il me rende donc le mien, que j'ai perdu pour l'amour de celui-là! le lait dont je l'ai nourri, les pleurs de mes yeux dont je l'ai arrosé dans ses maladies, le sang de mon cœur, qui a passé dans le sien! et essayez donc voir de lui ôter aussi son cœur à lui de sa poitrine, pour qu'il me le reprenne, s'il peuti et qu'il le rende à jcelie-là, et à celle-là, ajouta-t-elle avec un air et un accent de mépris, en jetant un coup d'œil devenu presque farouche sur Geneviève et sur la dame étrangère.

— Oui, dit'Bastien en montrant les poings et répétant les mots de sa mère : essayez voir de prendre mon cœur, qui est à Luce et à Jean, pour le donner à celle-là! Non^ non^ non; pas même à toi, Geneviève^ quoique tu sois si bonne^ et que tu aies guéri mon père.

Geneviève se sentit atteinte au cœur^ La vieille dame parut surprise et déconcertée, la supérieure embarrassée. Les hommes et la religieuse échangèrent entre eux des regards d'étonnementj pour se dire : c Nous avions compté sans la nature. «

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— Mais, mes braves gens, dit enfin la vieille daQie„ et toi, mon enfant, vous ne pouvez pas vous obstiner ainsi à refuser à la famille et a la tante du père naturel de cet orphelin ce qui leur appartient par la société et par la loi.

^ Et par la nature aussi, dit Geneviève en pensant à elle^mème^

— ^ Non, reprit la supérieure, vous ne le pouvez pas, ma pauvre femme. Je suis obligée en conscience d'être témoin rentre vous. L'enfant est bien le fils du sous- officier qui Fa reconnu par testament et de la sœur de Geneviève, qui a les mêmes droits sur sa possession, puisque c'est son sang etqu il lui a coûté tant d'années de honte imméritée et de peines!

Geneviève regarda la supérieure avec un regard de renonnaissance plein d*espoir.

— Il est aux parents du père, dit le juge de paix. Vous n'avez qu'à parler, madame; vous n'avez qu'à produire à Grenoble le testament de votre neveu et le témoignage de madame la Supérieure, et l'enfant vous sera remis sans contestation par la justice.

— Et vous appelez cela de la justice! dit Luce en s'élançnni vers la porte comme pour emporter et pour aller ca^ cher son nourrisson.

On l$i retint.

— Je ne suis pas venue de si loin pour réparer un mal par un autre, dit tristement la vieille dame. Je n'emploie-

• rai certainement pas la main de la justice pour arracher

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le fruit greffe de Tarbre auquel il s'est identifié depuis huit ans. Je ne déchirerai pas trois ou quatre cœurs pour consoler et guérir le mien.

— Que faire? dit la supérieure.

— Que faire? dit Geneviève.

— Que faire? dit la vieille dame.

— Laissez faire la loi ! dit le juge de paix.

— Laissez faire la nature! m*écriai-je tout ému et tout attendri.

Luoe se jeta à mes genoux et me jeta Tenfiint dans les bras, comme si j'avais été une main offerte du bord à une mère tendant un fils à sauver du fond d'un torrent débordé.

Je le déposai à terre devant Geneviève, qui se baissa pour l'embrasser, et je dis à la vieille dame :

— La loi vous le donne, madame; la nature le donne à Geneviève; mais la tendresse le donne à Luce... Mais luimême, à qui se donne-t-il?

— A ma mère, à ma mère, à ma mère Luce! s'écria le pauvre enfant en cherchant à s'échapper de mes mains et en tendant ses petits bras à la villageoise.

Geneviève releva le coin de son tablier pour essuyer ses yeux, et dit tout bas en sanglotant à Luce :

— Je vous ai, avec l'aide de Dieu, sauvé votre mari; je ne veux pas vous prendre votre enfant, je vous le donne.

— Et moi, dit gravement la vieille dame, je ne veux pas, pour la consolation de mes vieux jours, enlever à cet enfant une excellente mère. Je vous le donne aussi. Ce que Dieu a placé lui-même est bien placé. Je ne dérangerai pas la Providence.

— bonté divine! s'écria Luce en se jetant aux ge-

noux de la supérieure et de son amie avec le petit; si vous me l'aviez repris, je serais mortel... Et Jean, ajouta-^elle en regardant son mari, que serait-il devenu sans son apprenti?

— Et moi donc! dit Geneviève, il aurait donc fallu que vous me prissiez avec lui, car je ne pourrais pas plus m'en séparer à présent que je ne puis me séparer de la pensée de ma pauvre sœur.

Puis elle dit à Luce :

— Vous me prendrez au GrosSoyer avec vous, n'est-ce pas? Je suis d'un petit appétit, je ne coûte pas cher à ndUrrir; je gagnerai bien mon pain avec vous^- allez, et je ne vous demanderai jamais d'autres gages que de voir Fenfant, de lui apprendre à lire et à prier pour sa première mère, pour la seconde, et pour vous, madame, ajouta-t-elle en prenant tendrement la main de l'étrangère et en la portant à ses lèvres.

— Non, vous n'aurez pas besoin de gages chez la paysanne, ma pauvre fille, dit la vieille dame à la servante, c'est moi qui les payerai.

A ces mots, elle se tourna vers le notaire et vers le juge de paix, et leur dit :

— Voici un portefeuille qui contient les vingt quatre mille francs que mon neveu a laissés pour son fils, dans le cas où je parviendrais jamais à constater son existence. J'en donne la jouissance à Luce et à son mari, à la charge de loger, de nourrir et de soigner Geneviève chez eux jusqu'à sa mort, et la propriété à cet enfant après eux. Vous aurez soin d'employer cette somme à l'acquisition de quelque petit domaine attenant à l'habitation de ces pauvi^ gens au Gros-Soyer» Jean était mngnien, il de-

viendra laboureur. C'est un état plus st^dentaire et plus respecté.

— Oh! Dieu! quel bonheur! dit Luce en se frappant les mains Tune contre Fautre. Jean, mon ami, tu ne me cpiitteraa donc plus pour courir ainsi les chemins! Ah! que les hivers me paraissaient longs, seule dans notre maison sur la montagne! Nous serons quatre à présent, et nous achèterons la chaumière, le pré et les châtaigniers de la mère Maraude.

— Et le poirier! dit Geneviève en badinant.

— Oh! c'est vrai, répondit Luce, je n'y pensais pas; je l'avais vendu pour cet enfant, et voilà que cet enfantine le rend avec la cour, la maison et le champ qui étaient sous ses branches.

— C'est aiAsi que fait le bon Dieu, reprit Geneviève : il vous prend une poire, et il vous en rend un panier. Ah! vous me ferez -voir Tarbre, n'est-ce pas, Luce? et j'irai m'asseoîr au pied pendant l'été en filant ma quenouille et en gardant vos bètes; ça me fera penser à Josette.

Tout fut fait comme il avait été dit dans cette rencontre. Jean guérit, Geneviève quitta l'hospice provisoire de Valneige, où l'on envoya une sœur hospitalière à sa place. La pauvre servante suivit Luce, s^n mari et l'enfant à la montagne, où elle file encore au pied du poirier, où je la revois tous les ans quand la chasse me ramène aux montajrnps.

FrN.

Fonial in-iHy imprimé avec caraetères neufs, sur l»eaa papier satiné*

ÉditioH cvntenattt 500,000 lettres au moins, valeor de deoi vol. in-8%

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