‹ Génie de la monarchieChapitre 1 sur 10 · VALAIS NATIONAL, | PASSAGE DU GRAND- CERF · texte numérisé non relu

VALAIS NATIONAL, | PASSAGE DU GRAND- CERF

Et cbdz tons les Libraires de France et de rfitranier.

Q\wr S'a "S.V^

Ce livre a été vivement attaqué par des journaux et des revues conservateurs. Ils me reprochent d'avoir maltraité le dernier règne et son chef. N'ayant pas le courage d'aborder de front IfS questions fondamentales remuées dans ce livre, de peur d'être forcés de se prononcer pour un principe , ils s'abattent sur quelques lignes vives adressées aux impuissants de l'ordre, adressées surtout aux athées politiques qui, ne croyant pas à la justice de Dieu, se composant une conscience politique à part, et sortant à peine de Tadoration du fait accompli d'hier, se préparent un nouveau masque, pour Tadoration du fait accompli de demain; le tout sous prétexte d ordre et de bien public.

Voici ma réponse.

Et, d'abord j'ai voulu écrire le Génie de la

Monarchie, et nullement le Génie de f Usurpa* tion. J'ai exposé Torigine du travail et de la propriété , et non celle de la spoliation. Or , qu'est-ce qu'une usurpation, sinon de la spoliation !

J'ai défié et combattu Tesprit révolutionnaire, esprit de doute, de négation, d'outrecuidance et d^impuissance, précisément parce que de lanat chie il aboutit partout et toujours au despotisme.

J'ai voulu démontrer que la liberté, loin d'élre la cause, n'est que 1 effet de Tordre et qu'il n'y a point d'autre ordre stable et fécond, que le principelégitime du pouvoir héréditaire.

J'ai voulu prouver que l'hérédité du pouvoir est une conséquence forcée du principe chrétien, seul principe d'affranchissement, de liberté, de salut, sans lequel aucun peuple n'est parvenu à se dégager de l'esclavage féodal et démocratique.

Enfin, j'ai cherché à établir une vérité historique, à savoir : que le pouvoir électif, amenant partout la dissolution de la patrie, conduit nécessairement à la communauté et à Tesclavage du peuple.

Ai-je réussi dans mes arguments? Là est la question !

Dans la lutte néfaste qui^ depuis soixante ans divise et énerve notre pays, deux principes prédominants se combattent à outrance. . Ce sont : le pouvoir héréditaire , et le pouvoir électif.

L'un est le principe du bien, l'autre le prin-

cipetlu mal. Mais Tun, comme la vérité, est entier et n'admet aucun partage ; tandis que Tautre, comme le mensonge, est omnicolore et se prête à toutes les interprétations.

L'hérédité révolutionnaire est une de ces interprétations.

Loin de tenir le milieu entre le bon et le mauvais principe , l'hérédité .usurpée vaut moins même que la démocratie la plus effrénée. Une maladie aigûe a plus de chances de guérison qu'une phtysie»

Or, le malheur de notre époque consiste principalement dans l'existence qe ce grand parti du milieu^ qui croit combattre Terreur par une demi-vérité. C'est comme si Dieu avait voulu combattre la nuit par un crépuscule éteirnel.Il n*y aurait que des Lapons.

Un instant après la Révolution de Février, on a pu croire que ces hommes ont été éclairés, d abord par la foudre du ciel, puis par les lampions révolutionnaires Hélas ! il n'en est rien. Nos hommes d'Etat, au lieu d'être des hommes de foi et de courage, jouent le rôle de coquettes politiques. Ils n'ont pointd'yeux pour voir, mais pour être vus. Le lendemain de cette révolution, de ce châtiment divin, de cette leçon logique du principe, ils ont de nouveau arboré le drapeau du fait accompli, c'est-à-dire du droit du plus fort; ils ont de nouveau renié Dieu et le Peuple.

Le principe d'ordre préconçu, l'hérédité légitimC' du pouvoir, n'est pas. un parti, mais le centre de gravité de tous les partis. Il n'a point

d^ennemis et ne saurait en avoir. Sa haine confire les égarés révolutionnaires est toute platonique. Son cœur doit être assez grand pour sentir toutes les pulsations du pays, son esprit assez dégagé de préjugés pour accueillir tous les Français sans distinction d'opinion. Aussi, ce principe n'a-t-il nullement besoin de lutte et de polémique. Sa parole doit se ressentir de lamour de son cœur.

Mais à côté de cet ordre à Tétat du principe, est la France actuelle avec ses déchirements et ses malheurs. Et celui qui aime son pays, glissant peut-être demain d'un pas de plus, sur la pente de l'injustice et du désordre, doit employer tous les moyens de persuasion et de conversion. C'est le mot de Jehova adressé a Jérémie. Je t'ai donné la parole pour démolir et pour édifier; démolir Terreur, édifier la vérité.

Nous ressemblons aux enfants d'Israël rebâtissant le temple sacré en face de lennemi. La truelle ne suffit pas. Il faut le glaive à côté.

Or^ je le demande, à quoi a servi la truelle depuis deux ans? Quel est le principe d'ordre reconnu solennellement, publiquement, par le parti qu'on appelle le parti de Vordre ? Quand un homme sert un principe, on peut lui prouver son erreur^ mais quand il ne sert que son intérêt et son orgueil, tous les moyens sont vains. Il aimera toujours mieux être le premier dans le mal que le second dans le bien.

Toutes les tentatives de conciliation entre les hommes du principe et ceux du fait accompli sont restées stériles. Ces derniers, ne croyant

qu'à leur propre individualité, niant Tintervention divine dans les actes humains, niant les principeséternels de justice et de rémunération^ n^ont, pour ainsi dire, pas d'anse pour les saisir. On ne sait où les prendre. Ce ne sont pas des hommes, mais des ombres qui s'allongent, se raccourcissent, s'élargissent et s'amoindrissent selon la position momentanée du soleil levant ou couchant du pouvoir.

On dirait qu'ils sont de la catégorie d'êtres humains dont Isaïe^ dans un accès de sainte indignation, dit : « Dieu ne veut pas leur con * version. Il les engraisse pour boucher leurs yeux. Il les étourdit de leurs propres louanges, pour les rendre sourds à la vérité. Car Dieu a résolu leur extermination. Il n'en restera pas une trace. Il n'en restera pas un tesson pour y recueillir une bouchée d'eau. » Paroles terribles mais vraies !

Je n'ai aucune haine. dans mon cœur. Je trouve que la haine est plus lourde à porter que l'amour. Je n'en veux pas aux hommes^ mais aux mauvais principes. On dit que j'ai trop sévèrement attaqué Louis-Philippe qui a rendu des services à la France. Voyons quels sont ces ser< vices.

Vous dites qu'il a sauvé Tordre en 1830 en empêchant la République. Mais cette République^ n'est-elle pas venue en 1848, non pas malgré lui, mais à cause de lui? Mieux aurait valu fiiire son devoir en 1830. La République de 1848 est la fille légitime de 1830. 1830 est la conséquence naturelle de 1816. 1815 est la

fin logique du l8 brumaire, le 18 brumaire est le fils puîné de 03, et 93 le résultat forcé do < 4 juillet 4789.

Tout, dans nos malheurs révolutionnaires, est logique. RiennV est extraordinaire. Tout y est prévu. Pour arrêter ces malheurs , pour sauver la France, il faut absolument remonter aux cahiers de 89, mettre ïkérédité à la place de Yusurpation et la réforme à la place de la révolution.

Vous dites que le chef de la maison d'Or»

léans est malheureux. Et la France^ es^elle heu<> reuse?

Nous sommes tous de faibles créatures de chair et de passions. Nous faisons presque tous le mal. Ce qui fait l'homme de bien, c^est qu'il a le courage de reconnaître ses torts et de les réparer franchement.

Il se peut que je me sois servi d'etpressions trop dures. Je les retire.

Que le parti orléaniste en fasse de même; qu'il avoue à la face de l'Europe quHl s'est trompé, qu'il revienne franchement de ses er^ reurs révolutionnaires ; qu'il ose enfin avoir du courage, et une opinion bien arrêtée.

Ce n'est pas attaquer un parti moralement mort que de vouloir lui insuffler un principe de vie. Si la majorité croit pouvoir rétablir Tordre par sa force numérique , elle se trompe étrangement, et elle paiera cette erreur de sa vie. Hélas , c'est la France entière qui sera sa victime. Dans l'état actuel , cette majorité res* semble à un fort élevé avec une grandfe quantité

de briques , posées Tune sur Tautre sans lien ni ciment. De loin celaparafc quelque chose, mais un seul boulet, une pierre suffit pour le faire crouler.

Une majorité sans principe gouTememental entier, avoué, proclamé à tout instant du haut de la tribune est un fort sans ciment. Elle n'a ni force ni durée.

Quand on fait la guerre au désordre, il faut

1>1anter son drapeau sur Textréme principe de 'ordre, pour avoir le dos libre et pour attirer à soi tous les partis mitoyens. L^homme ne sa* crifie intérêt, fortune et vie qu'à un principe. Sai^s ce lien sacré qui, en langue vulgaire, s^appelle religion^ Thumanité n'est qu'un tourbillon d'atomes; sans religion politique en dehors et au-dessus de toutes les combinaisons humaines, un homme d'£tat n'est qu'un mannequin.

Si vous croyez que vous attirerez a vous tous les partis par votre attitude dans le milieu entre le bon et le mauvais principe, vous êtes dans une profonde erreur. Un principe, si mauvais qu'il soit, vaut encore mieux que l'absence de tout principe. Un homme avec du mauvais sang se])orte encore mieux que celui qui n'en a pas du tout. Et puis un principe peut égarer l'homme, mais il ne Favilit pas. Il se peut que quelques groupes peureux et médiocres viennent des deux côtés, grossir vos rangs, mais tenez vous le pour dit, jamais les hommes du droit national et du principe héréditaire ne seront derrière vous. Amis ou ennemis, vous les trouve-

rez toujours e/i /ace. Amis, en proclamant leur

{principe, ils vous embrasseront. Ennemis^ en ^escamotant, ils vous étoufferont.

Il n'y a plus pour vous qu'un moyen de faire le bien et de vivre glorieusement comme Français — c'est de mourir comn^e parti.

Le temps des mots et des escamotages est passé. On n'appellera plus le crime politique, fait accompli, ni l'usurpation, de Thérédité.

République ou Monarchie^ Pouvoir électif ou Pouvoir héréditaire, telle est la devise de la France d'avenir.

Pouvoir héréditaire et légitime, reconnu lér gaiement par le peuple comme devoir national pour garantir ses droits; ou bien, le pouvoir électif avec toutes ses conséquences.

Entre les deux il n'y a que des crimes.

Crimes d'usurpation, crimeç d'insurrectipri \

Et après le crime, le châtiment.

Choisissez !

A M. DE LOURDOUEIX

J'entreprends une tâche ingrate et pénible; ingrate, parce que je suis venu dans une époque où les hommes aiment mieux être les premiers dans Terreur, que les seconds dans la vérité; pénible, parce qu6 je trace des sillons dans un terrain mouvant et poussiéreux. Je ne me fais point d'illusion. Ce livre aura peu d'influence sur la génération présente altérée d'erreurs. Il en est des sophistes comme des hydropiques.

Plus ils ont a eau dans le corps, plus ils ont soif. La majeure partie de nos jeunes gens, élevés dans les collèges universitaires, ne portent la tète si haute, que parce qu'il n'y a rien dedans.

Cependant jamais je n!ai travaillé à un ouvrage avec tant d'ardeur.

C'est que, me trouvant au milieu d'un déluge social, j'ai eu hâte de construire une arche, d'y jeter quelques idées de salut, afin que,

si, par hasard, elle snrnage et s'arrête quelque part, un gouvernement chrétien puisse fonder une société humaine sur les bases éternelles du devoir.

Là où il aborde, ce livre fera peut-être un homme d'Ëtat.

Tout livre qui conduit à Dieu aboutit.

Aussi, tout en désespérant du présent, j'ai la conviction de n'avoir pas travaillé en vain. Je jette quelques grains qui germeront, pousseront et fleuriront.

Plaise à Dieu que ce soit dans notre pays.

J'entends souvent dire que la France a toujours été et restera toujours à la tête de l'humanité. C'est une grande erreur et un grand orgueil. La France a été à la tête de Thumanité quand, par le principe initiateur de son gouvernement, elle a pu être en avant des autres nations. Grâce à Thérédité du pouvoir, cette âme nationale, la France a toujours produit de grands écrivains, de grands guerriers, de grands hommes d^Etat et de grands magistrats. La France de Gharlemagne, de saint Louis, de Charles V, de Louis XII, de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV est à la tête de l'humanité, car elle produit des Eginhard, des Suger, des Duguesclin, des Sully, des Corneille, des Fénelon , des Bossuet et des Molière. De nos jours, la France monarchique a encore créé un Chateaubriand; mais la France démocratique, loin de conduire TEurope, sera traînée à sa remoi^que. Les démocrates à la tête du mouvement font l'effet des singes qui , voyant de

loin des hommes armés sur un cheval, se jettent les uns sur les autres , en tirant un bâton de cocotier en guise de flamberge.

Ce sont des enfants terribles qui, enfonçant la tête et les pieds dans le chapeau et les souliers de leurs grands-pères, essaient de jouer avec leurs armes, qu'ils peuvent à peine soulever. Depuis que ce pays a renversé Thérédité 4e son pouvoir légitime , il s'est suicidé moralement. C'est un homme qui a éteint son âme.

Il faut que d autres pensent et agissent pour lui. Puis, au bout de quelque temps, les vers sont venus ronger ce beau cadavre. Cela grouille, cela fourmille, cela pétille; on dirait une nouvelle vie. Hélas! c'est la vie de la mort.

La France est morte par la démocratie. Elle ne ressuscitera que parla monarchie.

Cette résurrection aura lieu tôt ou tard. Dieu a bien promis à Abraham de sauver la ville de Sodome^ à condition qu il y trouverait cinq hommes forts et justes. La France n'a qu\i chercher pour les trouver.

Notre pays est en révolution, c'est-à-dire en dissolution, depuis le 1 4 juillet 1789. Tout ce

3ue la révolution a eu de bon se trouve meilleur ans hs cahiers admirables de cette époque.

La France ne doit rien à ces soixante années de troubles. Ivre de révolution, elle tombe continuellement de lanarchie dans le despotisme, et du despotisme dans l'anarchie. Cette dissolution s'est arrêtée le 26 février 18&8. Le mouvement de février est la dernière station de la révolution. A partir de ce moment,

le$ flots, couvrant les crêtes des pins hautes montagnes, s'arrêtent et vont diminuant.

Pour qu'un gouvernement soit encore submergé, il faut, ou qu'il soit lui-même au-dessous du niveau du déluge , ou bien qu'il s'y jette de gatté de cœur.

Partout où le démon révolutionnaire avancera un moment , il suffit qu'un seul homme de vertu et de courage se pose devant lui, en lui criant : arrière. Les révolutionnaires ont beau faire venir des Balaam pour maudire le Dieu d'Israël ; pour les arrêter, les ânes mêmes trouveront des paroles.

Oui, Tordre renaîtra. Mais quel ordre? Il se peut bien que la liberté, compromise par Fathéisme anarchique, soit sacrifiée une seconde fois au despotisme païen, fruit d'une intrigue ou d'une usurpation. Il n'y a qu'un seul ordre capable de donner à la France liberté et prospérité. C'est l'ordre chrétien, élevé h la hauteur d'un principe immortel. C'est l'ordre dont l'âme est l'hérédité légitime du pouvoir; centre de gravité où aboutissent tous les devoirs, d'où jaillissent tous les droits du peuple.

C'est dans ce but que j'ai écrit ce livre, dans lequel vous trouverez le reflet de beaucoup de vos idées, ainsi que de celles de notre immortel ami, prêtre par le devoir, homme parla pensée, ange par la douceur, français par-dessus tout.

Si forte que soit une conviction, elle gagne par la sympathie d'une autre qui s'y joint. Pour grandir, la plante marine a Jjesoin de pluie, bien qu'elle se trouve dans l'eau.

En achevant ce livre, je me sens déchargé d'un fardeau ; le cœur joyeux, je rends grâce à Dieu de m'avoir permis de faire mon devoir.

Tout, dans cette vie, est vain et passager.

Toutes les jouissances matérielles meurent presque en naissant. 11 n'y a qu'une seule jouissance durable et féconde. C'est celle du devoir accompli. J'ai toujours plaint certains hommes que d'autres ont enviés. Ils sont riches et brillants; ils ont du pouvoir et des flatteurs; ils donnent des faveurs et des places. Les malheureux 1 ils sont riches pour les autres et pauvres pour eux-mêmes. Ils ne font pas leur devoir.

Si ce livre crée un seul homme d'Etat , il aura atteint son but, La France, couchée splen- .didement dans son cercueil révolutionnaire, est toute prête à se lever à la grande voix du devoir. Un seul homme de foi et de courage au pouvoir peut opérer ce miracle. La France attend un messie politique. Il viendra!

Alexandre WEILL.

Paris, le i^ octobre 1849.

aSt^BDlDKfi^IDSr^

LES imPIJlSSAlVTS DE I^ORDRE.

Ce qui fait rhomme d'ordre, le grand citoyen, ce n'est ni le talent, ni Téloquence, ni rhabileté, mais une foi inébranlable dans le principe du juste, du vrai, du bien, et le courage de proclamer ce principe avec la ferme volonté de se sacrifier, de mourir pour lui.

Tout ce qui s'est produit de vraiment utile et durable, a été fait au nom d*un principe sacré.

Tout ce qui s'est fait par Fhomme, par l'individu , au nom d'un intérêt ou d'un parti, a péri au bout de quelques années.

Le principe seul est un ciment divin et éternel. Comme le feu, il épure ce qu'il réunit.

Tous les hommes qui, soit par leur génie , soit par leur vertu, ont gravé leurs noms immortels dans les cœurs de leurs contemporains et de la postérité , ont été la personmficalion d'un principe.

Tous ceux, au contraire, qui, avec du talent

et du génie, ont fini niis<'rablcmeut, soit dans le crime, soit dans Toubli, n'ont été que des personnalités.

Les grands caractères , les vrais fils de Dieu, les véritables hommes de bien, ne sont pasceu^ qui, défendant la société parla force matérielle, servent d'instri^ment a tous les partis vainqueurs, à tous les mensonges de Tordre, à toutes les usurpations heureuses, mais qui, loin de.^se soumettre au fait accompli de la force brutale, glorifient la divinité, par le sacrifice de leur yie , par le triomphe de Tâme sur le corps, p^r la victoire du principe, venant d'en haut , remportée sur l'intérêt , venant d^en bas.

L'homme politique ne défend ses droits que par l'accomplissement strict et rigoureux de ses devoirs. Il n'y a point de politique autre que celle de la morale, de la religion et du devoir. Il n'y a point de politique sérieuse et féconde, autre que celle du principe, ce lien indissoluble qui attache l'homme à Dieu; ce fil électrique qui, par une seule vibration, met eu mouvement toutes les âmes généreuses et bien nées.

Dieu, principe des principes, s*e.st fait homme pour sauver l'humanité.

Il faut que l'homme, pour faire le bien , se transforme en principe^ afin de s'approcher de Dieu.

Or, il en est des nations comn>edes hommes.

Elles existent et font de grandes, de belles choses, quand elles se personnifient dans un

principe qui est leur soufflé, qui fait leur gloire et leur vertu.

Elles périssent dès que, se détachant de leur principe, elles croient, dans leur orgueil, pouvoir vivre toutes seules. C'est comme si le corps se révoltait contre Tâme qui le domine; c'est comme si la terre s^nsurgeait contre le soleil qui brûle, mais aussi qui seul lui donne chaleur et vie.

Une nation dont la politique , subordonnée aux faits accomplis de la force brutale , est complètement détachée du principe moral de la justice, de la religion et du devoir, n'est plus qu'une bête féroce qui, atfamée, défend sa proie, mais qui, assouvie, se laisse prendre par le premier venu.

C'est la situation de la France révolutionnaire.

Dans la religion comme dans la politique, le fait domine le principe , la matière se détache de l'idée, et tend à la subjuguer.

Dans la religion comme dans la politique, la France, reniant son origine céleste , ne parle que de ses droits, et ne fait jamais son devoir. » Elle ne sème pas, elle ne songe qu'à récolter.

Elle ne travaille pas, elle veut jouir.

Elle ne prie pas, elle juro.

Elle s'insurge à tout instant contre l'ordre, et demande à tous les passants de lui dire où est la liberté. L'ombre qui veut être le soleil.

Dans la religion comme dans la politique, l'orgueil satanique du mal propose tous les jours d'escalader le ciel par une tour, élevée

au nom de Tégalité et de la fraternité. La tour est à peine comioencëe, vt run n'entend déjs^ plus Tautre. Autant d'hommes , autant de langages, autant de politiques, autant de religions. Chacun a son système, c'est-à-dire sa passion.

La France n est plus une nation, c'est une arène où fourmillent trente -oinq millions d'hommes sans lien ni ciment. Us ne sont attachés les uns aux autres que par des chaînes d'intérêts et d'appétits; chaînes qu'ils briseront demain pour s'entretuer avec les débris.

Toutefois Fexistence du mal ne constitue pas le danger. Un mal accusé et connu, n'étant que la négation du bien, peut et doit être forcément vaincu par la loi de la réaction. La vie est une lutte permanente entre le principe divin, qui est le bien, et la négation de ce principe, qui est le mal. Vivre, c'est agir; c'est lutter; c'est arriver à la victoire de l'intelligence sur la matière, du droit sur le fait, non pour l'anéantir, mais pour le dominer, pour le diriger. Il n'est point de mal absolu. La matière est aussi nécessaire à l'esprit, que la nuit au jour, que l'hiver à Tété. 11 s'agit seulement d'arriver à l'équilibre, de maintenir le jour, afin de n'être pas plongé dans d'éternelles ténèbres, afin de pouvoir faire usage de ses yeux.

M«iis il est absurde de repousser la lumière du jour, de la déclarer inutile par la raison qu'on jouit d'une vue excellente.

C'est pourtant ce que font en France les snidisant hommes d'ordre. Parce qu'ils ont du

calent — c'est-rà-dire des. yeux — ils croient pouvoir gouverner sans principe — c*est-à-dire sans jour, — moyennant quelques lampions révolutionnaires.

Là est le véritable mal; là est le danger^

Ce sont ces hommes, ces impuissants orgueilleux de Tordre, ces lapons politiques qui empêchent la France de lutter glorieusement, au nom du bien contre le mal, qui la reûennent dans le crépuscule du doute; qui Tarrê^ tent dans sa course triomphale vers ses devoirs et ses droits; qui» en un mot, veulent faire de Tordre avec le désordre ; race de demi-hommes, voulant et ne pouvant pas, pouvant et ne voulant pas; race bâtarde qu'un dicton allemand a bien caractérisée par ces paroles : Ils veulent quon lave leur pelisse sans la mouiller.

Us sont révolutionnaires, ils en sont fiers, et ils s'appellent hommes d'ordre. Us n ont jamais pu s'élever jusqu'au pouvoir, ils Tant toujours abaissé jusqu'à eux.

Puis, ils s'étonnent de voir que la révolution les ait dépassés.

Us ont fait l'office du soufflet pour attiser le feu, et ils s'étonnent de se voir les premières victimes de l'incendie.

Luttant toujours au nom des intérêts, au nom d'une position acquise, niant le principe

I primordial de l'ordre, iJs «sent dire à la révo* ution, leur créature : Jusque là et pas plus loin. Ils ne savent donc pas qu'une révolution, comme le crocodille, dont elle a aussi les larmes, grandit et grossit toujours jusqu'au mo-

ment de sa mort; qu enCn, pour avoir Fordn», il faut que la mort de tout désordre soit d'abord bien et dûment constatée.

Ils ont fait la réyolution de juillet. Au nom de quel principe? Au nom de la liberté! Misère! La liberté est le fruit de Tordre, elle en est l'effet, jamais la cause. BenTerser le prin^ GÎpe d'ordre pour avoir la liberté, c^est tuer la poule pour avoir les œufs. Ils ont aboli Thérédlté légitime du pouvoir, et ils s'étonnent de Toir attaquer l'hérédité de la propriété; semblable à un fou qui mine le fondement d'un édifice et qui est tout stupéfait d'en voir écrouler le toit, auquel il n'a pas touché.

Ils ont établi et consacré une usurpation, et ils se réorient contre la spoliation.

Ils s'imaginent pouvoir gouverner sans principe avec une majorité numérique, croyant que quatre cents médiocrités posées l'une sur l'autre, font un grand homme d^tat. Contrairement à toutes les lois de la nature, ils admettent la di-> vision d'une vérité, partageant le principe en deux parts, faisant de l'ordre révolutionnaire, de l'hérédité usurpatrice, vivant continuellement dans un crépuscule sans soleil ni lune, se croyant profonds parce qu'on ne voit pas le fond de leurs idées plates, mais troubles.

Une vérité est toujours absolue et n'admet pas de division. L'erreur seule est multiple et multicolore.

Deux et deux font quatre. Voilà une vérité.

Mais l'erreur dit : Deux et deux font trois ou cinq.

Arrive le demty qui prélend que deux et deux ne font ni quatre, ni trois, m cinq, mais trois et demi.

La terre tourne ou ne tourne pas. Voilà une vérité. C'est blanc ou rouge. Arrive le bleu, qui prétend que la terre ne tourne qu'à demi.

L'ordre, c'est rhérédité du pouvoir, il n'y a point d'autre ordre politique; car Thérédité seule tiansforme Thomme en principe et rend Tordre immortel; Thérédite seule assure la propriété, qui est l'émancipation du travail; enfin rhérédité du pouvoir seule est capable de donner au peuple, prospérité, paix et liberté.

Ils sont bien d accord sur ce point. Seulement ils commencent par deshériter cette hérédité pour la donner à un des leurs. Us n^en veulent pns à la propriété, mais au propriétaire.

Mieux vaut le communiste franc et cynique.

On guérit vite d'une fièvre chaude, mais on revient rarement d'une fièvre putride; et même guéri, on a perdu toutes ses forces, toute sa vigueur.

Il en est de même des soi-disant républicains honnêtes et modérés, qui croient pouvoir établir la société et arrêter le mal avec la force de leurs personnalités, Ils ressemblent à ce paysan qui, voyant le filet d'eau formant la source du Danube, l'arrêta avec son pied, en s'écriant : « Vont -ils être étonnés à Vienne en voyant le Danube arrêté subitement dans son cours? » Ils croient pouvoir se mettre en guise de digues à travers les flots qui mon-

-latent; oubliant que les véritables digues dun fleuve, sont les bords.

Sans ces bords, TOcéan lui-même ne serait rien. Sans rhérédité du pouvoir, ce bord naturel de la démocratie, celle-ci disparaîtra tôt ou tard dans son propre aplatissement.

Ils comptent sur le suffrage universel, sur le bon sens du peuple, ignorant que le suffrage universel n'est qu'un instrument , une masse inerte à laquelle il faut insuffler une âme, par un principe net, précis et positif. Le peuple •est un despote matériel.

Pour qu'il fasse le bien , il faut lui donner une bride intellectuelle, autrement il se ruera aveuglément dans toutes sortes de cbemins inconnus, et se détruira lui-même. Qu'on pose au suffrage universel une question nette, il répondra : Oui ou non. Qu'on l'abandonne au hasard, qu'on lui demande de voter pour des individualités, ne représeniant que des intérêts et des intrigues, il passera outre et se tournera vers le mal, pour peu que le mal ait l'apparence d'un principe clair et logique.

La masse n'adopte pas de nuances. Le peuple, pour voir, a besoin d'un drapeau d'une couleur trancbée et levé bien baut. Présentezlui l'ordre dans un principe visible et palpable, il le saisira de ses deux mains, mais il n'entre pas dans vos arguties doctrinaires.

Il est pour le chaud ou pour le froid, pour le jour ou pour la nuit, pour le blanc ou pour le rouge. Il appartient a l'idée, au principe, jamais à l'individu; à moins que cet individu,

au lieu d'être une personnalité, ne soit la personnification, c'est-à-dire Tesclave, le missionnaire, et, à la rigueur, le martyr d'un principe.

a Nécessité ! Tactique I Prudenr^e ! » Voilà leurs mots d'ordre.

Une assemblée de deux cent dix-neuf députés nomment un roi sans consulter le peuple, ils lacceptent comme nécessité, G*est quelques jours de gagnés.

Une poignée d'hommes proclament la République sans consulter la nation. Ils commencent par se cacher, et finissent par lacclamer. Tactique 1

Comment voulez-vous qu'ils aient du courage^ ils ne croient pas au principe, ils n'ont pas de foi , ils ne croient pas en Dieu , ils ne croient pas en eux-mêmes. Dès qu un homme doute de Dieu , il désespère de soi-même.

L^homme est l'ombre de Dieu. Otez-lui ce soleil, il n'est plus rien.

S'agit'il de faire son devoir. « Demain , répondent-ils. A demain nos devoirs, » oubliant que celui qui ne fait pas son devoir aujourd'hui même, est sûr de perdre demain tous ses droits.

Ils n'ont pas de principes, mais des avis.

Ils n'ont pas d'opinions, mais des vues.

Ils n'ont pas de religion, mais des croyances.

Ils ne forment pas une ruche^ mais un parti.

Et ils prétendent pouvoir combattre ceux qui, ayant tous ces vices dans un degré de franchise de plus, tirent toute leur force de cette franchise même.

Et ils croient vaincre ceux qui n'ont escaladé le pouw)ir qu^après s'être appuyés sur leur dos, dont ils se sont servis en guise d'échelle!

Et ils osent se présenter au peuple, en déblatérant contre les rouges. C'est comme si un mulâtre voulait se moquer d'un nègre !

Et ils appellent les communistes spoliateurs et usurpateurs !

Mais ce sont eux qui ont assassiné la France d'ordre et de liberté!

Les communistes ne sont que les vers qui rongent ce cadavre !

Et ils osent parler de justice, eux qui ne croient pas à la justice de Dieu; eux qui sont restés sourds aux leçons de l'histoire d'hier; eux qui prennent pour un acquittement un répit que Dieu leur a accordé, afin qu'ils puissent rentrer en eux et demander pardon de leurs errements passés !

Dieu, en effet, peut être miséricordieux pour des crimes individuels ; lui seul , qui pénètre jusque dans les replis de l'âme, peut juger du repentir ou du remords du criminel. Souvent, quand les hommes frappent, Dieu a déjà pardonné. Mais sa justice atteint toujours en face du peuple les criminels politiques ; caries crimes politiques sont des crimes commis contre te salut du peuple.

Cette justice , dont l'histoire est le grand livre, est souvent lente et tardive, mais elle est sure , et aucun mortel ne lui échappe.

On dirait, en lisant l'histoire, que Dieu, par son procédé, a donné aux hommes un vrai

modèle de justice. II ne frappe pas le crime le lendemain de sa perpétration. Il commence par lancer un mandat d'arrêt contre le criminel; puis tout d'un coup, il met la main surluî, tout en lui laissant le temps d avouerson crime, afin de Texpier par le repentir et par une conduite vertueuse. Ce rëpit passé , et Thomme se croyant déjà en dehors des atteintes de la jus* tice, il le frappe soudainement et le fait exécuter par un instrument vengeur.

C'est presque partout le procédé de Injustice divine.

L'histoire de Napoléon n'est qu'un procèsmodèle de cette justice exemplaire. L'histoire de Louis-Philippe en est un exemple de plus.

Ainsi, en i83o, une révolution éclate à Paris; cette révolution, justifiée en quelque sorte, contre les ministres responsables du roi , est tournée par des mains perfides el criminelles contre la royauté, contre Tordre même. C'eut éié un beau moment pour Louis-Philippe de consommer Fexpiation de son père par un dernier acte de justice et de vertu. Le fils aurait pu réhabiliter la mémoire souillée du père. Il aurait pu, comme dit un saint Père de TEglise, le faire monter d'un degré dans les régions de réhabilitation céleste. Il ne l'a pas fait.

Il aurait pu arrêter l'esprit révolutionnaire en sauvant son droit et son roi, tout en assurant la liberté nationale. Il n'aurait eu qu'à faire son devoir pour forcer tous les hommes marquants de son époque à faire le leur.

11 ne Ta pas fait.

L'ambition a été plus forte que Tesprit de justice; Tintérêt la emporté sur la reconnaissance. Après quelques moments d'hésitation , le crime fut consommé, et le descendant de Henri IV n'é:ait plus que le fils de Philippe- Egalité.

Et toute TEurope de battre des mains, sauf toutefois quelques peuples suicidés par Tesprit révolutionnaire. Et tous les docteurs de Vathéisme et de la négation d'iiccourir et de lui offrir leurs services, sauf toutefois quelques esprits supérieurs. Et tous les gazetiers de s'écrier : Oh ! le grand homme ! Thabile homme t l'excellent homme ! Thonnéte homme ! comme tout lui réussit! Voilà le duc de Reichstadt mort. Voilà le roi des Belges qui a épousé sa fille. Voilà le duc d'Orléans qui a déjà un héritier mâle. Quelle famille et quelle grande fortune I Toute l'Europe est à ses pieds. Les puissances admirent et son esprit et sa modération !

Et quand on leur répondait : « Mais, après tout, c'est un usurpateur. C'est un homme qui, par le fait même de l'usurpation , est force de corrompre la France et l'Europe; » ils vous recevaient d'un sourire narquois, en s'écriant : « Allez! c'est un bien habile nomme l » Il fallait surtout bien se garder d« parler de Dieu. Estce que Dieu s'occupe de ces vétilles? Est-ce que Dieu s'occupe de politique? Le dieu de la politique, c'est Louis-Philippe. D'ailleurs, on vole de l'argent, une propriété, maison

ne vole pas une couronne. Elle lui a été dontiée par deux cent dix-neuf propriétaires nationaux.

Voilà qu'un beau matin éclate comme la foudre la justice de Dieu, non pas encore par un jugement définitif, mais par un mandat d^arrêt. Le malheureux duc d^Orléans se brise le crâne contre un pavé. En tendez-vous bien, contre un PAVÉ, sur le rebord d'un égoût, d'où est sortie la royauté de son père, dans le chemin de la Révolte !

« Je t'arrête, crie la justice de Dieu, en mettant la main sur Louis-Philippe. Tu es mon prisonnier. Tu as accepté une couronne sous prétexte d'éviter une régence. La voila , la régence!

<c Si tu es sincère, s'il est vrai que tu te soi» sacrifié à ton pays pour lui éviter la régence et Tanarchie, résigne ta couronne, donne-la à celui qui en est l'héritier légitime et qui est majeur. Dans ce cas, tu n*en auras été que le dépositaire légal. Je te pardonnerai , et jac' cueillerai dans mon sein ton fils innocent, la victime de ton crime. Repens-toi , frappe-toi la poitrine, reconnais-moi ^ et il y aura salut pour toi. »

En vain I Ce n'est pas la régence que Louis' Philippe a voulu éviter à la France, il a voulu être roi; il Test.

Mais déjà il est arrêté , déjà il est dans la prison de la justice divine ; encore quelque» mois, et le juge prononcera son jugement et désignera le jour de l'exécution.

Ce jour arrive. C'est le 2 h février.

£t les badauds sceptiques, et les ignorants, et les méchants mêmes de s'écrier : 11 est un Dieu I

Oui, il est un Dieu. Et celui qui a fait justice du spoliateur fera également justice du receleur.

Yoyez-Yous les gouvernements qui ont été les complices de cette iniquité. Ils sont tous en voie d'être jugés.

Ceux qui ne le sont pas encore et qui ne se repentent pas franchement de leur acquiesce* ment au crime, le seront tôt ou tard.

Justice sera toujours faite 1

Regardez bjen les principaux auxiliaires de Louis-Philippe, ceux qui ont cru pouvoir escamoter les droits sacrés de toute une nation en £aiveur d'une minorité révolutionnaire; ceux qui , au lieu de s'élever jusqu'au pouvoir par le devoir, ont préféré le renverser dans la boue

{>our s'agenouiller devant lui et glisser dans e sang.

Dieu les a avertis le 24 février. Il leur a répété depuis cet avertissement. Il leur a dit : « Repentez-vous, abjurez tout principe révolutionnaire en faveur du principe réformateur; pratiquez la justice et la vertu; faites votre devoir vis-à-vis du peuple et de moi, et je vous pardonnerai, et je vous recevrai en grâce. Mais malheur à vous et à vos descendants, si vous persévérez dans vos anciens égarements de corruption et de compression ! Anathème sur Tous^ si vous songez à une nouvelle usurpation, à un nouveau crime politique , parce que

je n'ai puni que votre chef, en acquittant ses amis et ses aides ! Malédiction sur vous et sur vos familles, si vous êtes trop lâches pour faire votre devoir et trop ambitieux, pour reconnaître les droits de chacun ! Vous avez été les premiers prôneurs du principe révolution-* naire et usurpateur, principe négatif, source de tous les maux du peuple , origine de tous les désastres, de tous les vices, de tous les blasphèmes, de tous les crimes; principe de doute, de néant et d'enfer.

Il faut que ce principe soit exterminé par vous, ou vous serez exterminés vous-mêmes. »

Justice a été faite, justice sera toujours faite.

Nous sommes arrêtés dans une situation transitoire. Devant nous Dieu a encore mis le bien et le mal , la vie et la mort , la justice et Tiniquité, le droit et l'usurpation, i ordre t-t Fanarchie, la liberté et le despotisme.

Le choix est facile à faire. Nous n^avons qu'à faire nos devoirs, et le peuple jouira de tous ses droits. Nous n'avons qu'à être hommes, et Dieu sera Dieu !

C'est avec une profonde conviction, avec le saint frisson de la vérité divine, n'étant autre que la logique de la justice, que nous nous aaressons aux hommes éminents du soidisant parti de Tordre, surtout aux hommes qui ont trempé dans l'usurpation de Louis- Philippe.

Nous leur dirons : La justice de Dieu s'est manifestée au bout de dix-sept ans sur votre roattrc. Profitez de la leçon. Gardez-vous bien

de retomber dans les mêmes errements. Abju* rez cette légèreté politique , ce scepticisme machiavélique, cette foi infernale dans le succès du fait accompli. ISe tentez rien qui ne soit d'accord avec la stricte justice morale. Ne croyez pas pouvoir usurper les droits qui ne vous appartiennent pas. N'espérez pas comprimer la vérité, parce qu'elle vous est désagréable. Ne comptez pas sur un pouvoir quand il n*a d'autre base que la force matérielle. Ne craignez pas de sacrifier fortune et vie, quand il s agit d'un devoir à accomplir. Ne promettez pas de sauver la propriété en commettant des vols politiques. Ne songez pas à garantir la sainteté de la famille privée, si vous ne garantissez pas les droits sacrés de la grande famille nationale.

Ne croyez surtout pas qu^il suffise de ne plus faire le mal pour expier le mal que vous avez fait. Il faut que vous vous réhabilitiez auprès de Dieu et des hommes par le bien réel et actif. Ne vous imaginez pas que le moment n'est point venu encore de faire amende honorable. Chaque jour est un répit de salut qui passe; chaque minute vous rapproche du jour de la condamnation. Ayez le courage de convenir que vous avez eu tort, et vous SLurez. la force d'avoir raison. Condamnez hautement votre pass^, et vous aurez devant vous un avenir grand, brillant et fécond.

Je ne suis que le dernier venu parmi vous; je n'ai ni votre talent, ni votre pouvoir; mais î ai la simplicité de la foi, j'ai la conviction du

bien, jai été élevé avec la parole de Dieu, j'ai le sentiment inébranlable et de ma faiblesse et de la justice divine.

Je vous le répète, et après moi les faits le répéteront avec leur voix formidable et inexorable.

Justice a toujours été faite. Justice sera faile toujours!

^ag^ssassàas:^ ^j^m^^i&^

E'HOilIIIE ET LnumANITÉ.

De tous les êtres or^^anisés, Thomme, considéré sous le rapport physique, est le plus faible, le plus nu et le plus exposé aux atteintes de la mort. Il n'est supérieur aux autres créatures que par l'intelligence, ou plutôt par l'âme, cette lampe céleste éclairant et réchauffant à la fois les sens physiques, les guidant par la bride de la raison, leur procurant des jouissances inconnues aux êtres à instinct. Loin de s'éteindre par la décomposition des dépouilles mortelles, cette âme grandit, s'épanouit, s'élargit; semblable à une flamme qui, s'échappant de sa prison, par cette liberté même, scintille et rayonne d'une nouvelle splendeur inconnue jusqu'alors.

I /homme, en effet, est un véritable amphibie du ciel et de la terre. Les deux domaines sont siens et lui sont d'une absolue nécessité. La terre lui donne la matière, le ciel lui donne l'âme.* A la séparation seule, chaque partie retourne d'où elle est venue.

Grâce à ce privilège, Thomme est un être social,

c'est-à-dire fait pour vivre avec son semblable. Grâce au feu électrique de l'âme qui g;uide la matière, les hommes, communiquant ensemble, deviennent un corps collectif et immortel, qu'on appelle humanité ou société.

Cotte raison divine seule remplace chez l'homme l'instinct de certains animaux sociaux ^ auxquels manquent la conscience et Tàme — c'est-à-dire l'immortalité.

Et si^ par malheur, l'homme ne sait pas faire usa(je de cet instrument divin; si, dans son orgueil- il méconnaît les conditions de devoir attachées à ce privilège, il déchoit à l'instant de sa qualité céleste. Alors , tombant au-dessous de la brute, ne trouvant plus son unique point d'appui^ il meurt et se décompose dans un état cent fois plus misérable que celui du dernier des animaux.

La vie de l'homme est double. C'est une action et une réaction perpétuelle entre la matière et l'intelligence. La matière étant privée d'instinct^ tend continuellement à s'abîmer par son propre poids; elle ne vit que par l'intelligence qui lui im-

Eose des limites et la retient dans les bornes du ien. La matière, c'est la passion, la jouissance sans bornes. La raison, c'est la lumière qui lui montre labime à côté du chemin. Aussi l'homme ne prolong&-t-il sa vie et ses jouissances que par la raison divine. Sans elle, il ne vivrait pas vingt ans, et se consumerait misérablement dans l'action précipitée de ses passions, comme une lumière qui s'éteint dans un incendie.

Les fous et les idiots ne vivent que parce que id'autres emploient leur raison pour eux. Abandonnés à eux seuls, ils périraient en très-peu de temps par leurs propres écarts.

Cette raison, cette sagesse consistant principale-

ment dan» la victoire, que la partie intetli^jente de Fhomme remporte sur la partie matérielle, dans la suprématie de l'âme sur les sens, se traduit presque toujours par un devoir à accomplir.

Il est des animaux qui vivent pour ainsi dire en société. Tels sont les castors, les abeilles el les fourmis. Ces êtres remplacent la raison absente par un instinct admirable de devoir ; chacun travaille sans relâche selon toutes ses forces. Ils ne connaissent cependant pas l'égalité. La reine des abeilles se laisse adorer; le bourdon fait ramr)ur. Ils ont tous un instinct de spécialité qui leur tient lieu de raison, et produit une certaine harmoniedes aptitudes. Le frelon seul, ce communiste de la ruche, consomme sans produire; toute l'ardeur de son travail égalitaire se borne à empêcher les autres de produire en leur dérobant les sucs des plantes, ou bien à les priver du fruit de leur labeur consommé.

L'abeille ou le castor ne discuie pas son droit de jouir avant d'avoir fait son devoir de travailleur. Son instinct et son devoir sont identiques.

£t si, par l'augmentation de la famille, les jeunes étourdies se révoltent pour usurper la ruche et le pouvoir de l'ancien essaim, elles sont à l'instant expulsées el forcées de fonder une nouvelle colonie.

Jamais émeute n'a réussi dans une ruche: c'est l'ordre par instinct. Or, s'il est humiliant pour l'homme de reconnaître que sa raison ne remplace pas toujours l'instinct, par contre, il s'élève jusqu'à Dieu, en vertu du libre arbitre de cette même raison. C'est ce qui a fait dire à un des plus grands penseurs de l'humanité, que l'homme n'est pas divin par la raison même, mais par la grâce révélée de cette raison. S'il ne risquait pas d'être vaincu^ il ne serait pas un héros. S'il n'était pas

exposé à tomber si bas, il ne s^élèverait pas si haut. S'il ne pouvait pas être un démon, il ne serait pas un ang^e.

Cette lutte, cette victoire, ce triomphe, cette ascension perpétuelle de bas en baut^ de la terre vers le ciel , cette absorption de la matière par Fâme, tout cela se résume en un mot, qui s'appelle : DE- VOIR. Ce mot» à lui seul, indique à fhomme, n'importe la situation, ce qa'tï e/otVyà/re pour remplir sa mission divine.

Ce n'est qu'en accomplissant ce devoir par la raison, que l'homme social parvient à jouir de ses droits, c'est-à-dire adonner une satisfaction convenable à ses passions et à ses désirs. Il n'y aurait qu'un seul homme sur la terre, cet homme ne pourrait jouir de ses droits, en d'autres termes, se développer et vivre selon sa constitution, sans remplir d'abord ses devoirs. Entraîné parla fougue de la matière sans guide ni bride, même sans être gêné par les droits du voisin , il se consumerait rapidement dans son action perpétuelle qui, privée d'instinct, le ferait mourir de mille morts, avant d'avoir pu lui donner un avant-goùt des jouissances innombrables d'une vie à la fois humaine et divine.

La matière sans intelligence représente chez l'homme le chaos avant la création de la lumière. La raison n'est autre que la limite imposée à la matière; abandonnée a elle-même, celle-ci disparaîtrait bien vite d'épuisement, n'était la raison qui, l'arrêtant, le ramène à son équilibre, pour lui faire reprendre de nouvelles forces.

C'est l'action du devoir sur le droit. Sans cette action, le droit périrait par ses propres excès. Le devoir est au droit ce qu'est la raison à la matière: un guide qui, non-seulement lui montre le chemin,

mais encore qui lui indique le point où il faut s'arrêter, sous peine de disparaître.

Ce n'est pas l'océan qui a fait ses bords, ce sont au contraire les bords qui, par leur hauteur, ont créé l'océan, en le contenant

La vie de Thomme repose donc de prime abord sur le devoir. Or, si l'individu ne peut vivre sans le devoir, à plus forte raison la société ne saurait exister un instant sans cette base primordiale, sans cette pierre fondamentale. En effet, de même que l'individu, la société se dissout par ses prétendus droits absolus et ne se conserve que par l'accomplissement de ses devoirs.

Deux hommes dénués de raison et non retenus par le lien religieux du devoir, ne vivraient pas ensemble deux jours. Ils auraient beau être d'accord sur leurs passions et leurs goûts; ils vivraient dans un paradis terrestre, c'est-à-dire dans l'abondance de tout , un moment arrive forcément où l'un sera obligé décéder à l'autre, soit sur un droit quelconque, soit sur une opinion; car c'est le propre de l'homme d'opposer erreur contre erreur, extrême contre extrême, de se détruire parla déraison, s'il ne sait se conserver par la raison.

L'homme ne cède à l'homme qu'en faisant usage de la raison. Dès-lors, ou il se soumet à une supériorité, ou bien, refrénant ses passions, dominant ses appétits, il laisse spontanément un champ libre à son f rère, lequel, profitant de Texemple, se hâtera de faire son devoir à son tour. Car, si l'erreur est contagieuse comme l'épidémie, la raison et le devoir se communiquent avec la rapidité de l'électricité dont Dieu a déposé les fils conducteurs dan^ chaque cœur humain.

Cest ainsi, en effet, que s'est formée la société. Deux hommes, cédant h leurs passions, à leurs prétendus droits absolus, entrent en guerre ; arrive un troisième, doué de raison, faisant son devoir, pour leur ensei(j;ner la justice, pour leur apprendre à vaincre, à guider la matière par Fintelligence et l'âme venant d'en haut. Mais, comme l'exemple seul ne suffît pas toujours, comme il y aura toujours des hommes faibles et orgueilleux, retombant dans les griffes de la passion, sous le nom doré du droit, force a été de dicter des lois de coercition pour obliger les récalcitrants de faire leur devoir, afin de leur garantir leurs véritables droits. Ces lois de devoir sont divines, car elles ont été révélées aux hommes injustes par des hommes justes, missionnaires de Dieu, dans un but d'amour et de conservation. Sans la loi du devoir, nul ne pourrait et ne saurait jouir de ses droits. Ceux qui, oubliant le devoir, réclameraîent les droits avec violence, en seraient les premières victimes, et entraîneraient avec eux toute la société dans une mer de dissolution.

Des tyrans, c'est-à-dire des hommes parlant toujours de leurs droits sans jamais songer à leurs devoirs, ont souvent transgressé ces lois de raison et de justice. Des peuples, tyrans collectifs, les ont foulées aitx pieds et ont disparu comme des ouragans. Mais lés lois du devoir ont toujours fini par reparaître plus fortes que jamais; car si l'homme isolé peut dégénérer et déchoir de sa destinée, la société, représentant l'humanité, ne déchoit jamais entièrement. Elle ne penche d'un côté vers Fabîme, que pour toucher au ciel du côté opposé.

Quand, sous les Pharaons, elle sabimait dans le mensonge et le despotisme, elle montait vers Vc <îiel avec Moïse.

Quand, par les excès de la démocratie et du droit

absolu, elle allait sWigloulir dans le gouffre decorruption et de tyrannie, par le devoir, elle s'as* sit avee Jésus à côté de Dieu.

Cest pourquoi il suffit, dans la société, que quelq.ues-uns en vue fassent leurs devoirs, pour que tôt ou tard tout le monde jouisse de ses droit»,

D^où il vient, que là où le gouvernement, sommet de la société, fait son devoir, les gouvernés font le leur et se garantissent mutuellement leurs droits.

Comme Tindividu, la société a des droits inhérents à sa cons'titution matérielle. Mais ces droits sont tous Subordonnes et non coordonnés aux de^ voirs, représentés par la partie intellectuelle, qui seule, constitue la supériorité de Thomme sur toute la nature organisée.

Le premier mouvement de ITiomme est le droit, parce qu^il vient des sens et du sentiment, mais ce n'est que conduit parla raison, représentée par le devoir, qu'il aboutit au bien. Abandonné à lui-même, il verse sur la pente rapide de la passion et sVngouffre dans le néant.

La chute de Fhomme date du droit absolu.

Sa rédemption, au contraire, date du devoir accompli.

C'est là le mystère de l'arbre de la science et de la vie.

Dieu a donné la raison à l'homme pour diriger sa vie par le discernement entre le mal et le bien. Si rhomme était sûr de vivre toujours, s'il n'était pas exposé à périr par l'orgueil , par le droit poussé à l'extrême, le devoir serait superflu, la seietice ou la raison ne serait qu'une superfétation. Il serait Dieu, comme dit la Bible, et n'aurait pas J»esoia d'être vertueux pour devenir immortel.

L'homme social ne peut donc^ en aucune mar-

nière, réclamer ses droits, à moins de se soumettre aux devoirs qui les règlent dans les limites du bien. Autrement l'humanité serait bientôt à la veille d'un nouveau déluge. Chacun n'aurait qu^à pousser ses droits jusqu'à l'extrême; le monde serait à refaire, et il ne serait refait que par le devoir.

L'homme divin ne se disting^ue pas de ses semblables par l'extension de ses droits, mais par Paccomplissement plus rigoureux de ses devoirs, par le dévouement qui est l'abnégation des droits au profit des devoirs. S'élever au-dessus de ses sem- Alables, ce n'est pas s'éloigner d'eux, mais s'approcher de Dieu. La balance humaine suit partout et toujours le mouvement des droits et des devoirs.

Celui qui néglige ses devoirs, venant d'en haut, au profit de ses droits, venant d'en bas, penche vers la terre, c'est-à-dire vers tout ce qui est vain, passager et fugaee. Celui, au contraire, qui sacrifie sea droits à ses devoirs, fait de la vie une ascension perpétuelle vers le ciel et laisse sur la terre même des traces immortelles.

C'est là tout le mystère, toute la doctrine du christianisme, basée sur la prédominance des devoirs sur les droits.

La société, la politique, le progrès humain^ la religion, tout enfin repose sur cette seule et unique base, posée par la main de Dieu sur le roc immuable de la vérité.

Maintenant que le champ de bataille s'ouvre vaste devant nous, j'appelle au combat non-seulement les médiocrités révolutiona ires, ces sophistes (|ui, petits de raison^ et ne pouvant s'élever par

îe devoir, cherchent à se hisser sur un socle, n^importe que ce soit un fumier ou un monceau de cadavres, mais encore les penseurs, les matadors du droit absolu et révolutionnaire, l6S(][énies du doute, les anges déchus du devoir ; bref, tous les écrivains politiques du dix-huitième et du dix-neuvième siècle.

LA SOCIÉTÉ DU DROIT (i).

Une des plus fatales erreurs de l'homme est celle decroire qu'il soit permis de manquer à son devoir, parce que le voisin ne fait pas le sien. Parce que la monarchie de Louis XV a manque à tous ses devoirs, lesécrivains du dix-huitième siècle n'ont parlé au peuple que de ses droits. A quoi ont-ils abouti 7 Â Robespierre. Du despotisme ils sont tombés dans l'anarchie; delà fièvre en chaud maL Renverser la Bastille pour y placer une guillotine, voilà le fruit du droit sans devoir.

Jamais peuple, souverain ou non, n'a pu parvenir à jouir de ses droits, sans accomplir ses devoirs. C'est le mot de Sieyès, révolutionnaire repenti, qui, voyant l'assemblée nationale ne plus £aire son devoir envers la monarchie, »'écria : Les malheureux! lU ne savent pas être justes et ils veulent être libres \

Depuis plus d'un siècle, les faux philosophes du peuple proclament, que 1 homme a des droits absolus, inne's, imprescriptibles et primordiaux.

Sophisme! Mensonge!

L'homme social n'a aucun droit et n'en saurait avoir, avant de reconnaître ses devoirs. L'homme,

(1) Sous le mot Droit, j'entends le droit absolu, le droit révolutionnaire^ qui partout est le droit sans devoir.

exerçant ses droits sans devoirs est au-dessous àe la brute, puisqu'il n'a pas Tinstinct qui em[>ôche celleci de déchirer le sem de son semblable. On n*a jamais vu des loups se rang;er en bataille serrée et s*entredévorer. Mais les hommes sans raison, représentant le devoir, s'entretuent au nom de leurs droits; chacun prétendant avoir droit de vie et de mort sur son frère ; chacun réclamant le droit de commander, là oii personne ne remplit le devoir d'obéir. *

L'homme, a -t-on dit «ncore, l'homme devient libre par Tacte de la naissance même.

Erreur! L*homme est né misérable, faible, esclave de ses besoins et de ses passions. Tout d'abord, il ne vit que g;râce aux devoirs exercés par ses parents envers Dieu et la société. Plus tard^ il ne devient libre que par la suprême raison, représentant le devoir tracé de bonne heure par la religion. La liberté lui vient d'en haut et non d'en bas. Elle lui vient de son devo'r et non de son droit. L'homme ne s'affranchit de la matière, que par le courage de savoir mourir, et l'homme n'a le courage de braver la mort, que parce qu'il se sent libre et immortel par l'âme, lui venant de Dieu.

La libellé est fille du devoir.

Il n'y a point d'autre liberté!

On a cru et l'on croit encore que la liberté peut être acquise par le droit d'insurrection, c'est-à-dire par le droit du plus fort.

Folie! Démence! Dès qu'un peuple emploie la violence comme droit, il ne prouve qu'une chose. A savoir : qu'il est composé de misérables esclaves indignes de la liberté. On ne combat l'injustice que par la justice.

Oui, il est du devoir de l'homme de défendre la liberté et de savoir mourir pour elle, mais ce dévoir

ne se tradcrit, ne saurait se traduire que par le dévouement et le sacriBce. Nul n'a le droit -d'acheter 3a liberté avec la vie et la fortune de son voisin^ nul n*a le droit de transformer l'homme en sicaire.» sous prétexte de lui conquérir sa liberté; nul enfin ne peut être affranchi, s'il ne l'est d'abord de son orgueil, de ses passions et de ses prétendus droits.

Socrate était libre. 11 a vaincu le despotisme en buvant la ciguë.

Jésus était libre. Il a su mourir et sauver la liberté de l'humanité.

Mais un peuple, requérant par lu- force brutale ses droits matériels, n'est jamais, ne sera jamais li*bre; ear ce peuple manque à ses devoirs.

Des hommes politiques du droit révolutionnaire ont cherché à résumer toute la littérature sceptique du dix-huitième siècle dans une Déclaration des droits de thomme. C'est une œuvre négative et stérile; dans certaines parties, mensongère et criminelle.

C'est cependant sur cette Déclaration des droits de thomme que reposent toutes les constitutions, plus ou moins démocratiques, qui, tour «î tour, ont surgi et disparu depuis cinquante ans.

« Les représentants du peuple français : Consi- « dérant que l'ignorance, l'oubli et le mépris des « droits dii l'homme sont les seules causes des mala heurs publics et de la corruption des gouverne- « ments, ont résolu d'exposer, dans une déclara- « tion solennelle, les droits naturels , inaliénables et u sacrés de l'homme, afin que cette déclaration, « constamment présentée tous les membres du gop|)s

» social, leur rappelle sans cesse leurs droits ei a leurs devoirs. »

C'est tout d'abord faux. Ni les malheurs publics, ni les gouvernements corrompus n'ont été dus à l'oubli et au mépris des droits^ mais uniquement à l'oubli et au mépris des devoirs de lliomme. Les auteurs de la déclaration ont pris l'effet pour la cause. C'est parce que les uns n'ont pas fait leur devoir, que les autres n'ont pas joui de leurs droits. On dira que cela revient au même. Nullement! Les gouvernements ont beau reconnaître et se rappeler les droits des gouvernés, si ceux-ci ne font pas leur devoir, ils périront immanquablement.

Louis XVI a reconnu et consacré tous les droits du peuple. Il n'était ni corrupteur, ni corrompu. Le peuple en était-il plus heureux et plus libre? Il jouissait pourtant de tous ses droits et au-delà. Aussi, ces prétendus droits inaliénables et sacrés, ^proclamés par l'Assemblée nationale^ furent'-ils * bien vite foulés aux pieds par Robespierre. Celui-ci, ne faisant pas son devoir, disparutlui-meme devant d'autres hommes de droit, qui, à leur tour, devinrent les esclaves de Bonaparte. Napoléon ne tint aucun compte delà Déclaration des droits de Phomme^ mais, dès ''qu'il manqua à son devoir, il perdit ses droits, tomoa, et «ntraina avec lui le pays prévaricateur.

Pour peu qu'on pénètre dans l'histoire de ce ca« taclysme de gouvernemenrts renversés les uns sur les autres, on verra que toutes ces chutes, si miraculeuses à l'apparence, ont été simples, naturelles et logiques. Aucun de ces gouvernements n'a fait son devoir, Aucun ne reposait sur cette base morale, qui seule résiste à toutes les atteintes du dehors ; qui seule triomphe de tous les obstacles du dedans. Un enfant, doué du sentiment du devoir.

— su —

aurait pu leur prédire la chute» à quelques années près.

La déclaration des droits de Chomnie^ malgré son exposition des droits inaliénables et sacrés, n'a donc empêché ni malheur public, ni corruption. Elle n'a épargné aucune calamité ni au peuple, ni aux rois. Ce n'est pas par l'exemple des droits que l'homme apprend à connaître ses devoirs, comme le prétend la déclaration. Ce serait le monde renversé. On ar* riverait au devoir juste au moment où il serait trop tard. C'est ainsi, en effet^ que les révolutionnaires de 95 et tous les pouvoirs tombés après eux, sont arrivés à connaître leurs devoirs.

Sur Héchafaudy en prison ou dans l'exil.

Ce n'est que deux jours avant leur mort que Danton et Camille Desmoulins ont songé à la doctrine « nécessaire » de l'immortalité de l'âme. Ce n'est qu'après avoir commis des crimes sans nombre , que Hobespierre a songé à l'existence de Dieu, première pensée de son devoir. C'est à Sainte-Hélène, où Bonaparte, oubliant un instant ses prétendus droits, examina ce qu'il aurait dû faire pour accomplir ses devoirs. 11 en est de même de tous les hommes, dont les actes publics ott privés sont basés sur le droit, au lieu d'être le résultat forcé du devoir.

La fausse déclaration poursuit en ces termes :

u Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »

Autant de mots, autant d'erreurs.

Les hommes ne naissent, ni ne Jemez/r^n^ surtout libres, et encore moins égaux en droits.

En naissant, ils n'ont aucun droit. Ils n'existent que par les devoirs des parents, devoirs tracés par la nature. Les droits ne leur viennent que plus tard, par l'accomplissement du devoir.

En naissant, les hommes son comp ètement inégaux, L^un, hérite de ses parents une santé parfaite, l'autre une maladie mortelle. L'un, est beau et bien fait, ce qui lui procure bien des faveurs, l'autre est laid et difforme. L'un, ayant le cerveau bien organisé, apprend avec facilité^ l'autre, obtus, est incapable d'apprendre. L'un reçoit de Dieu une àme d'élite, à laquelle la terre sert de marche-pied pour monter plus haut, l'autre n'obtient qu'une âme à peine ébauchée ; enfin cette égalité n'existe même pas après la mort. Car les uns, ayant fait leurs devoirs y s'approchent du centre lumineux du créateur ; tandis que d'autres, ne songeant qu'à la satisfaction de leurs droits physiques, guère supérieurs aux bêtes, ne sont après tout que des ânes immortels.

Qu'est-ce donc que l'égalité? Un devoir; le devoir de se soumettre à la loi commune, malgré la supériorité de l'âme ; c'est la modestie de la vertu, la pudeur de l'intelligence. C'est Dieu se faisant homme, c'est Jésus-Christ sur la terre. Jamais l'égalité ne sera un droit, excepté pour les laids eaviant la beauté, pour les sots criant contre l'esprit, pour les fainéants s'emparant du fruit ("es travailleurs, pour les méchants tyra>nisantles bons. C'est le despotisme qu'ils réclament sous le nom d'égalité. Quand on ne sait pas obéira la loi commune par le devoir, il ne reste qu'un prétexte. C'est de réclamer le droit de commander.

Poursuivons :

c Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Gesdroits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à Coppression, n

Admettons la première partie, le but de la liberté, de la propriété et de la sûreté. Mais c'çst le

comble de Tignorance de croire que ces droits soient sauvegardés par la résistance, c'est-à-dire par le droit d'insurrection. Ces droits ne peuvent être sauvés que par l'accomplissement des devoirs. Si les uns font leurs devoirs, les autres jouissent de leurs droits. Il faut répéter mille fois cette vérité, car il n'y a point d'autre moyen pour arriver à ce but. La résistance comme devoir est basée exclu*»' sivement sur la justice et le dévouement. Il est du devoir de l'homme de résister à l'injustice par la justice; au vice, par la vertu; à l'erreur, par la vérité. Il est de son devoir de mourir pour sa foi et sa liberté, mais la résistance matérielle est toujours un attentat et un crime. Dieu n'a pas voulu que la société reposât un instant sur le droit du plus fort, la haine et la vengeance, mais sur la justice, l'amour et la raison. Si Jésus avait résisté cïans le sens de la déclaration^ jamais le christianisme n'aurait conquis le monde. Luther a résisté, et ses amis ont été massacrés par les Anabaptistes, ses disciples. Mirabeau a résisté, et ses collègues ont été assassinés par les Girondins, ceux-ci par les Jacobins, ceux-ci par les Thermidoriens. Ces derniers ont-ils sauvegardé les droits?

La résistance ne devient sacrée qoe lorsqu'elle est l'expression de la justice nationale; lorsque tout xin peuple, uni de foi, de sentiment et de raison, défend ses droits en défendant ses devoirs. Encore faut-il que sa cause soit Juste, qu'elle représente le progrès, la religion pacinque et la vérité, mais non un parti violent qui, sous prétexte de patriotisme et de défense nationale, cherche à usurper le pouvoir par l'exercice d'un despotisme brutal. Quand une nation, manquant à ses devoirs, a usé du droit du plus fort envers une autre nation, dans le but de lui imposer sa volonté, elle a beau faire appel à

teus les çrands sentimefUs de Vkme idi du c«eur, elle aura toujours sou Waterloo !

ff La tiberté, poursuivent les disciples de Voltaire et de Rousseau, consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Misère !

La libarté consiste à pouvoir faire son devoir partout et toujours. Ce n'est que par cette liberté, que tout le monde reste Hbre.

Esl-ce que le suicide nuit à autrui P L*homme estil libre de s'abandonner à «u vice, parce que ce vice ne fait du mal qu'à lui-même ? L'homme serait donc libre de ne pas travailler, de s'enivrer, de se débaucher, parce que du premier coup cela ne nuit pas à autrui ! La société le laisserait faire jusqu'au moment où il vole et assassine. Belle société. C'est cependant la nètre, telle que nous l'ont faite les hommes du droit absolu. On voit bien que les auteurs de la déclaration l'ont rédigée en l'absence de Dieu, qui n'était pas avec eux.

Voyons où ils arrivent :

« Vexercke des droits naturels de chaque homme na de bornes que celles qui asnurent aux autres mem" bres de la société la jouissance de ces mêmes droits» »

Ainsi, d'après cette conséquence, logique du reste, la propriété ne serait un droit sacre, qu'au^ tant que tout le monde serait propriétaire. Puisque ma part de propriété peut empêcher mon voisin d'en avoir autant ; puisqu'avec chaque afiaire, je fais concurrence à un autre membre de la société ; puisqn'enfin il est toujours des droits résultant des devoirs, inaccessibles à certains hommes, précisé** ment parce qu'ils n'ont pas la qualité de remplii* ces devoirs!

Mettez un homme d'ordre et de travail à côté d'un homme médiocre et paresseux. L'un',' faisant

son devoir, devient riche et finit par acheter le patrimoine du voisin qui, n'ayant pas travaillé — ce qui n'est pas défendu par la loi du droit ^ a laissé venir la misère.

Ce paresseux aurait-il le droit de réclamer son héritage vendu, parce crue la propriété de Fhomme de travail aurait nui à la sienne»

Ah ! dira-t*on , la société peut et doit forcer chacun de faire son devoir. Tel n'est pas l'avis des philosophes de la déclarcUioiu II n'y est pas question un instant du devoir. « Tout ce qui n'est pas défendu parla loi, dit-elle, ne peut être empécné, et nul ne peut être contraint à faire ce qu^etle rCoT'^ donne pas, »

Ainsi donc , la loi ne peut forcer personne de faire son devoir ; ainsi donc, la loi n'est que néga^ tive* Elle dit ce que l'homme ne doii pas., jamais ce qu'il doit faire.

Bref, la loi n'est plus une table de Moïse, mai» une borne de police. Horreur !

Une telle société» c'est la guerre civile en permanence ; car personne n'étant forcé de faire son devoir, personne, non plus, ne jouira jamais paisiblement de ses droits.

Voilà un homme qui n'honore ni père, ni mère, — cela ne nuit pas au voisin; — qui ne croit pas en Dieu, — cela ne nuit pas à autrui ; — qui ne travaille pas, — cela ne nuit pas au voisin ; — qui mange son blé en herbe, qui s enivre, s'adonne au vice et à la débauche, -« cela ne nuit pas à autrui. Où croyez-vous qu'il arrive? Jouira-t-il de ses droits que vous lui avez assurés sur votre patite d'enfer? Où bien^ ceux qui font leurs devoirs, qui travaillent, qui respectent Dieu et la loi, seront-iU forcés de le vêtir, de le nourrir et de lui ériger des ateliers nationaut?

Les ateliers nationaux, c'est bien là la conséquence forcée du système prôné depuis un siècle par les philosophes du droit absolu. C'est le communisme , dernier mot de la Déclaration des droits de t homme 'y c'est la glorification de tous les vices, de tous les crimes, de toutes les folies de Satan.

Toutes ces conséquences viennent d'une erreur capitale, première cause efficiente. Parce que les rois et les prêtres n'ont pas toujours fait leurs devoirs, les écrivains athées du xviii^ siècle, oubliant les leurs, ont cru pouvoir prêcher le droit de révo* lution. Gomme si la mort était un remède contre la maladie, parce qu'elle la fait disparaître. Or, si le despotisme est une maladie, Tanarchie est la mort, et l'appel aux droits absolus conduit partout et toujours h l'anarchie.

Il est vrai qu'ils ont voulu aller seulement jusqu'à un certain point. Mais Terreur est prolifique et d'une logique meurtrière. Jamais elle ne pardonne» C'est un enfant qui tue toujours sa mère en couche. Que le diable te prenne par un cheveu, a dit un grand poète moral, et tôt ou tard tu seras à lui corps et âme.

L'individu peut revenir de ses erreurs, mais il ne fait pas revenir les disciples que cette erreur a engendrés, et les disciples du mal pullulent comme des insectes. L'histoire, charte divine, est là pour le prouver. Tout doctrinaire du droit est gros d'un révolutionnaire, tout révolutionnaire d'un démocrate, tout démocrate d'un jacobin, tout jacobin d'un communiste, et tout communiste d'un million de despotes.

Les doctrinaires du droit, même les plus mo-

dérés, qui , après avoir professé des principes révolutionnaires^ se raidissent contre les conséquences^ sont, non -seulement des despotes malgré eux, forcés de mettre la violence à la place de la justice, mais encore ils ressemblent à des médecins qui, ayant ordonné par erreur une dose de poison, tuent leur malheureux client par deux doses de contre-poison. Même si le malade en revient, il a perdu ses forces, sa vigueur et sa sa nié.

Dans une telle société^ l'homme est plus malheureux que l'animal, car celui-ci a un instinct de travail et d^ordre qui manque à Fhomme sans raison et sans devoir.

Dans une telle société, tout roule sur une pente de haut en bas. Le ciel est précipité sur la terre, rintelligence est sacriRée à la matière, Tâme au corps, la morale éternelle au succès du moment, la vertu à Thabilelé.

L'homme, au lieu de s'élever par le génie , le dévouement et le devoir vers tout ce qui est beau, grand et immortel, ravale tout à son niveau matériel. Pour peu que ce niveau représente encore une certaine hauteur, il sera forcément abaissé jusqu'à celui du dernier des crétins, et finalement jusqu'à la brute.

Dans une telle société enfin, le pouvoir, si haut qu'il soit placé, au lieu d'attirer à lui les intelligences ascendantes, est tôt ou tard entamé par la tourbe des médiocrités remuantes qui, ne pouvant s'élever jusqu'à lui, préfèrent le renverser pour n'avoir plus qu'à se courber. A peine agenouillées pour le ramasser dans la boue, aautres marchent dessus, jusqu'à ce que tout soit nivelé , jusqu'à ce que tous soient couchés à plat ventre^ rampant, se vautrant à leur aise tans la vase et dans le sang révolutionnaires.

« Ce n'est pas la mort qui est douloureuse, a dit Montaigne, mais le mourir, n

Cest rétat d'une nation gouvernée par les principes du droit révolutionnaire» Elle est dans un mourir perpétuel.

ËJk fiOClÉTÉ DV DKVIMA»

Autant la société du droit absolu repose sur la matière et la force brutale, autant la société du devoir est basée sur l'intelligence et la justice.

Toutes les négations du droit se transforment en affirmations dans la société du devoir. Du despotisme elle fait Tautorité, symbole de justice, modèle de travail. La passion des sens, purifiée par Fàme, devient amour et vertu; Fincendie est réduit à la lumière; le glaive se change en soc de charrue; l'ordre s'identifie avec la liberté ; la mort même, néant dans une société sans foi et sans devoir^ se transfigure en éternité et immortalité.

C'est la société divine révélée par Moke» complétée par le Christ; c'est la société chrétienne dans toute sa pureté, dans toute sa poésie, seule susceptible des progrès de la raison et de la liberté.

Cette société laisse et garantit à la matière tous ses droits, précisément parce qu'elle les subordonne aux devoirs de l'âme; véritable emblème du corps humain, animé et guidé par la lumière réchauffante et resplendissante de l'intelligence. Sans cette lumière, sans cette intelligence, le corps n'arriverait pas à la moitié de son développement naturel, absolument comme la société matérielle du droit se consume et se suicide avant d'arriver à la virilité.

La société du devoir tend à la liberté universelle

par la liberté individuelle de chacun. Si chaque membre d'un état parvient à faire partout et toujours son devoir» à subordonner les passions de la matière à la raison de l'intelligence, Tordre et la liberté sont à jamais assurés. C'est là, en effet, le but, le rêve et l'avenir de la société chrétienne. Cest là où tend l'esprit humain.

Toutefois, p^ur être possible , même comme rêve» il faudrait que l'homme soumît sa raison individuelle à la raison suprême du législateur divin. Il n'y a point d'égalité autie que celle du devoir et de la loi. N'importe dans quel temps, Dieuy pour se manifester au peuple, crée toujours des hommes d'élite, qu'il envoie sur cette terre en qualité de missionnaires. Pe même que le corps humain , l'humanité , corps collectif, est double, (^est à ce contraste qu'est due l'harmonie univ^i^ selle , produite par des groupes l'hommes, dont les uns représentent l'intellieence et les autres la matière collective. Certains hommes sont les véritables âmes de T humanité. D'autres, et c'est la majorité, n'en sont que les membres corporels. Ceux-là pensent, ceux-ci travaillent. Ceux-là , d'immatériels qu'ils étaient, descendent sur la terre

Ï>our s'assimiler aux passions humaines, afin de es embellir et de les diviniser; ceux-ci, d'inorganisés qu'ils étaient, s'animent au souffle divin de l'intelligence, s'élèvent et s'immortalisent par ce contact. Ce qui fait que les grands hommes de l'humanité, véritables âmes collectives, se sacrifient pour les hommes ordinaires, qui seuls gagnent à cet accouplement.

Les premiers réprésentent le sacrifice, les seconds, la rédemption.

De temps à autre, la matière dans le corps et la masse dans la société, cherchent à se révolter contre cette suprématie de Tintelligence. Parce t[a^on leur a insufflé une partie divine, ils s'érigent eux-mêmes en dieuz^ se fabriquent des ailes pour s'élever jusque dans les hauteurs du génie et de la raison révélée. Mais, véritables Phaeton, ils tombent misérablement avant d'avoir pu quitter la terre.

Les ailes de la société et du corps humain, sont : Tâme et l'intelligence, la vertu et la loi. Ce sont les seules puissances motrices pour s'élever vers les régions divines du ciel. Tous les moyens matériels pour çrandir l'homme sont vains et puérils. Cent mtlle nommes de doute et de droit brutal posés l'un sur l'autre, n'atteignent pas à la hauteur d'un seul homme de foi et de devoir, pas plus que cent pygmées, grimpant l'un sur l'autre, ne font un géant !

Les législateurs divins ont donc commencé par tracer à l'homme ses devoirs, en lui prescrivant ce qu'il doit faire, pour jouir de tousses droits, de toutes ses libertés. Avant de mettre l'humanité en route, ils lui ont montré le but a atteindre, et ce but est assez élevé pour être vu par le plus petit des humains.

Mais, comme il y aura toujours des hommes exclusivement matériels, dans lesquels l'intelli* gence n'est pas assez développée, ni même susceptible de développement, force a été de sauvegarder les droits de tous, en donnant à la société le pou» voir d'obliger les récalcitrants de faire leur devoir, pour leur bien et pour celui d'autrui ; car il suffit (|ue plusieurs membres de la société puissent man-

3uer à leurs devoirs, pour compromettre les roits de la société entière.

Il suffit que le plus petitdes nerfs ne fonctionne

Eas, pour entra ver le mouvement ré(julier du corps umain. Si le membre rebelle ou corrompu est jugé nuisible à Torganisation entière, l'intelligence, en le coupant, remplit un devoir. De même la justice a le droit, ou plutôt le devoir, de condamner les membres delà société, compromettant la marche progressive et pacifique de ses mouve* ments. CVest sur ce devoir que repose la justice sociale, représentant Tautorité.

Il est du devoir de Pautorité, revêtue du sacer* doce delà justice, de servir d'exemple au corps so» cial. Le glaive qu^elle tient en main pour punir les prévaricateurs, doit en même temps servir de guide flamboyant dans le chemin du progrès. Mais parce que l'autorité manque à ses devoirs — ce

3ui arrive souvent dans la marche pénible et lente e r humanité, — il n'est pas permis aux autres membres de la société de manquer aux leurs. La seule voie de salut contre un pouvoir tyra unique et injuste, est de le confondre par la vertu et la justice. On ne détruit le mensenge que par la vérité. On ne foudroie Tabus de la force brutale, que par l'éclat de la force morale. On combat le froid par la chaleur, et les ténèbres par la lumière. Dieu ne veut pas qu'une injustice soit anéantie par une autre, que la violence puisse être détruite par la violence, que la matière soit tributaire de la matière, que le mal puisse disparaître par le mal, que le despotisme soit écarté par l'anarchie. Si cela était possible, la justice n'apparaîtrait jamais ici-bas ; l'âme serait la servante de la matière ; le ciel, le laquais de la terre ; Dieu enfin ne serait pas Dieu.

C'est lui qui s'est réservé la justice suprême. Il $e peut qu'un tyran disparaisse par nne révolution

sanglante. Le vaincu a été jug^é, mais le soi-disant vainqueur , peuple ou îndivid u , n*ayant été que Finstrument divin, ne jouira jamais de sa victoire. Outil de destruction , it n'arrivera jamais à la réédification. U a renversé, il faut qu'il soit renversé. Il a tué, il faut qu'il soit tué, il a usé de violence, il

{>érira par la violence. Au lieu de glorifier Dieu et es hommes par la vertu, le dévouement et le devoir, il a, au nom du droit matériel , lâché les digues retenant les passions brutales , il en sera le premier submergé.

Qu'il oppose, au contraire, la justice à un gouvernement injuste ; qu'il ait du dévoument et de l'abnégation, en face d'un pouvoir usurpateur et corrompu ; qu'il fasse resplendir l'éclat de l'âme au milieu des ténèbres morales qui. l'environnent ; qu'il glorifie la liberté et l'immortalité par le mépris de l'adversité, de la mort même, vis-à-vis des hommes de chair, de doute et de despotisme, esclaves de leur matière, adorateurs de leur poussière; — et, par cette protestation divine, nonseulement il sauvera la justice et la liberté, mais son ombre seule suffira, durant des siècles, pour terrifier les ennemis de Dieu et du peuple, jusque dans leurs dernières générations.

On ne domine les hommes que par le devoir.

On ne triomphe de la tyrannie que par la vertu.

On n'acquiert la liberté que par l'affranchissement de soi-même.

Enfin, on ne vit en homme qu'en sachant mourir comme un Dieu !

Qu'on n'aille pas dire que cette société modèle est un rêve politique. Non. Elle est devant nous, créée par Dieu et révélée aux ho m mes. Elle est nonseulemeut possible, mais nécessaire, indispensable.

Certes, tous les hommes ne feront pas leufr de«

voir, mais qu'un seul, entre des millions, fasse le sien, il n'en faut pas davantage, pour vaincre l'injustice, renverser l'usurpation et confondre la corruption. Une seule âme vertueuse, transparente et rayonnante, suffit pour montrer aux hommes la noirceur, la laideur, le néant de tous les corps vicieux et opaques, absolument comme une seule étoile éclaire la nuit.

Or — et nous voilà arrivé à la définttion politique de ces deux sociétés — si la société du droit absolu, ayant la matière pour base, et l'égalité pour clé de voûte, conduit forcément à la démocratie égalitaire. c'est-à-dire au communisme et au despotisme brutal , la société du devoir, fondée, non sur le droit AU, mais sur le devoir DU travail, partant, sur la propriété tt l'hérédité, conduit logiquement à l'hérédité du pouvoir, qui, représentant Tordre, garantit la liberté, favorise le progrès, fortifie la justice et crée la prosp^i^rité sodale par la paix et le crédit.

En d'autres termes, l'hérédité a été instituée par les devoirs pour garantir les droits du peuple et de la société.

La société du droit, c'est le démon de la démocratie.

La société du devoir, c'est le génie de la monarchie, d'abord héréditaire, puis représentative.

L'hérédité du pouvoir est tellement liée à l'essence de la société du devoir, que, sans l'hérédité, la société a partout été frappée de stérilité.

Le pouvoir électif n'a jamais produit que le servage, le despotisme ou l'anarchie.

Tous les droits politiques du peuple^ toutes ses

libertés, toute sa prospérité , son existence même, sont dues à Finstitutiôn de l'hérédité du pouvoir : institution contenue dans Tœuf du devoir.

L'hérédité du pouvoir a partout été le centre de gravité, où aboutissent tous les devoirs, d où jaillissent tous les droits du peuple. Là où les hommes n'ont pas obéi à cette impulsion log[ique, le peuple, malgfré la révélation chrétienne, est resté serf ; ou bien , se heurtant contre le principe du devoir méra€, il l'a anéanti pour tomber dans l'abtme de la société du droit révolutionnaire.

L'hérédité du pouvoir est essentiellement chrétienne. Elle est une partieintégrante,indi$pensable de cette loi de liberté^ de progrès et d'émancipation. Elle est tellement liée à son principe, qu'elle ne peut être renversée sans entraîner avec elle d'un côté, le principe de l'ordre même , de l'autre, les fruits de son existence : la liberté et le progrès.

L'hérédité, tenant le milieu entre l'ordre et la liberté^ leur sert de clé de voûte. C'est elle qui constitue la trinité politique du christianisme.

L'ordre, fondé sur les devoirs du travail, en est la base. L'hérédité, retenant ce corps de bâtiment, s'élance, et produit la liberté qui en est le couron* nement.

La liberté est à l'hérédité, ce qu'est la beauté à la vérité : sa fleur et sa splendeur.

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