L'HÉRÉDITÉ
Il est un Dieu, et c'est un bonheur pour Thu-
manilé, car les philosophes révolutionnaires ne raaraient pas inventé.
Or, Dieu, dans sa sagesse, a mis dans la création une loi d'harmonie universelle basée sur l'attraction des contrastes, sur l'union des inégalités. Cette loi se trouve partout^ depuis le fétu jusqu'à Ja planète.
Tout dans la nature s'attire, s'accorde et s'unit par les dissemblances ; tout se conserve et se pro* page par la même loi.
L'homme, dans toutes ses parties, n'est qu'un accouplement des contrastes inégaux. Il n'existe tout d'iibord que par la réunion de l'âme et de la matière; deux contrastes flagrants qui semblent s'exclure — car l'une est mortelle, et 1 autre ne l'est pas — mais qui, précisément à cause de cette inégalitéy forment ensemble un être parfaitement harmonique. L'amour suit la même loi. C'est une réunion de deux contrastes de sexes; de même le soleil et la lune, produisant l'harmonie du jour et de la nuit, sont dissemblables, bien qu'ils concordent par une parfaite harmonie. La société repose sur cette même base fondamentale. Elle n'existe que grâce aux inégalités contrastantes que Dieu a mises dans la nature de l'homme; inégalités qui, en se réunissant , produisent un ensemble harmonieux, pour peu que chacun, comme partie, fasse son devoir, c ebt-à-dire fonctionne dans sa spécialité à lui assignée par l.i nature.
Si Dieu avait voulu rendre les hommes insociables, il les aurait tous créés égaux en force y beauté et talent. De cette manière l'homme n'aurait jamais consenti de vivre avec son voisin. Chacun aurait fait la même chose et l'aurait faite tout seul.
Qu'on se figure un jardinier excluant de son jardin toutes les fleurs, à l'exception des roses. Ou
biea, quW s'imagine une société compoâëe exclusivement soit de poètes, soit de soldats, soit de ma* noéuvres, ayant chacun le même esprit, la même taille, les mêmes passions. C'eût été un enfer d'ennui , car personne n'aurait travaillé. Quand cent hom'mes vivant ensemble doivent faire la même chose l'un pour l'autre^ aucun ne travaille, chacun s'en rapportant à son voisin.
Dans sa miséricorde, Dieu, faisant du travail la mission principale de l'homme, a créé l'inégalité dans toutes les parties , dans toutes les aptitudes, dans toutes les formes humaines ; inégalité, qui seule contribue au perfectionnement de l'homme, qui seule établit des degrés d'ascension vers Dieu. Par l'inégalité, l'homme d'en bas s'élève et progresse ; par l'égalité, l'homme d'en haut descend et recule. L'égalité dans la nature humaine ne serait possible qu'autant que le génie serait mis au niveau du crétinisme.
Gomme tout dans la vie humaine, le travail est double. Etant créé à l'image de Dieu, l'homme, comme son créateur, a l'amour de la créai ion ; amour qui se manifeste par le travail. Mais, étant à la fois matière et esprit, le travail de l'homme tient de ces deux genres. L'un, celui de l'esprit» l'acte de création qui rappelle l'origine divine, est attrayant et procure une jouissance céleste ; l'autre, purement matériel, dérive de la chute de Thomme et ne peut exister qu'en qualité de devoir. Cette dualité du travail est si intime, que la conception la plus pure et la plus immatérielle de l'homme ne prend terme qu'en passant par le moule du travail matériel. Quoi que fasse rhomme, qu'il s'élève
ver$ l'empyrëe, ou qu'il s'abaisse vers Tabiine, une voix lui crie toujours : Poussière tu es, et poussière tu seras!
Dans cette mission collective du travail, les parts sont complèlement inégales. Un homme auquel Dieu a donné une âme d'élite et déjà éprouvée n'est pas destiné à s'occuper exclusivement du travail matériel, bien qu'il lui paie un tribut assez larg[e; d'autres hommes, au contraire, naissent avec des qualités si inférieures qu'ils sont forcément destinés au travail matériel , sauf une part spirituelle remplie par la religion et la foi.
Or, le travail matériel, requérant dans la société des milliers d'hommes contre un seul travailleur intellectuel. Dieu, dans sa sagesse, a créé des miU liers de médiocrités, contre un seul créateur, c'està-dire contre un seul homme de çénie.
Cette loi est rigoureuse et ne subira jamais aucun changement. On peut, par des moyens sanitaires, prolonger la vie des hommes; on peut, moyennant des lois et de l'organisation, procurer aux travail* leurs un plus grand salaire, de plus grandes jouissances matérielles; on peut emoellir l'espèce humaine par le changement du climat, par l'accouplement de certaines races ; on peut encore, grâce aux machines, alléger le travail et le rendre moins pénible, mais, malgré toutes ces améliorations^ et en dépit de tout le développement de l'instruction, il sera à tout jamais impossible de créer un seul homme de génie de plus, l/éducation sociale, peut mettre le génie naturel dans un plus beau jour, pour en tirer de meilleurs fruits, mais quoi que fasse la société, qu'elle soit riche ou pauvre, instruite ou ignorante, il y aura toujours dix millions de médiocrités comme un millier d'hommes de ta» lent, contre un seul homme de génie.
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Le génie n'a pas besoin de régfner pour gouver- ..^T. Sa mansarae est un palais, sa pensée une révélation, sa plume un sceptre. Lui-même paie les voluptés de la création divine par des douleurs d'un autre genre ; car riiouime, hélas ! quelle que soit sa grandeur, n'a pas été créé pour le bonheur. Il n'est pas de bonhcijr passager sur cette terre, qui ne se paie par une souffrance. La vie terrestre ne sera jamais qu'une préface à la vie éternelle. Si faible que soit l'homme, il supporte avec moins de danger la souffrance que la jouissance.
On peut dire que le malheur est l'engrais de Tâme, produisant des fleurs célestes.
Sept huitièmes des hommes sont créés pour exercer des travaux manuels. Leur bonheur, leur condition vitale dépend de ce travail. La différence entre eux n'existe que pour le plus ou le moins dans les diverses spécialités; seul progrès que la société peut accomplir envers eux. Quant au travail en général, il sera toujours impossible de le rendre attrayant autrement que par le salaire qu'il rapporte ; salaire attrayant seulement par la création de la propriété qu'il représente. Celui qui a inventé le soulier était un homme de génie, mais le cordonnier qui le fait aujourd'hui, même quand il fait de mauvais vers dans ses moments perdus, n'est qu'un homme ordinaire , destiné par la nature à devenir tailleur ou cordonnier et à s'élever par la propriété attachée à ce travail.
A moins qu'il n'ait donné la mesure de son génie — et le génie la donne toujours — il sera impossible d'en faire un grand homme, quoi qu'en disent les utopistes, qui s'appellent Josse, sans vou- * loir exercer leur état d'orfèvre.
On objectera qu'il y a des enfants riches qui, bien que dénués de grandes qualités naturelles, ne
traVaiUent pas et font exception à la loi générale. Ceci rentre d'abord dans la loi primordiale de Théredite, sans laquelle il n'y a ni travail , ni propriété ; loi basée sur la nature. L'enfant, en effet, hérite et du travail, et de la vertu , et de la santé des parents. Toutefois, aucune fortune de famille ne se soutient sans travail. Si riche que soit un père, s'il n'a pas donné des vertus à ses enfants, ou que Dieu ne leur ait pas accordé des talents, ils seront tôt ou tard forcés de descendre l'échelle. Très* souvent, dans la société, les enfants des pauvres s'enrichissent, s'enoblissent par la pensée et le tra* vail, tandis que les enfants des riches s'appauvris* sent, s'abaissent par l'incapacité, le vice et la paresse, parfois par la destinée, c*est à-dire par la loi mystérieuse de l'hérédité. Une fortune mal acquise se soutient rarement, même avec le travail et l'ordre.
Quant à l'exploitation du travail par l'argent, c'est-à-dire du travail d'avenir par le travail du passé, nous verrons bientôt que, s'il y a des abus, ils portent en eux leur propre remède. Dans une société d'ordre et de travail, la propriété s'accumule bientôt à un point où^ loin d'exploiter le travail, elle sera forcée de lui faire la plus belle part.
Le travail donc^ n*est pas un droit mais un devoir, S'> la société veut exister, il faut qu'elle puisse forcer riiomme de travailler, sauf à lui assigner la place que la nature a marquée d'avance. Et si la ruche est trop petite pour donner du travail à tous, il faut que cette société puisse forcer les jeunes essaims à se chercher d'autres colonies, à s'adonner à d'autres travaux, à se créer dautres propriétés. Autrement, il n'y a pas de société possible. La plupart des hommes, se croyant du talent, cherchant à s'émanciper du travail manuel pour vivre du tra-
vail intellectuel, quitteront la bêche « la vrille et le rabot pour la plume , le compas , le pinceau , et surtout pour la parole. Puis , ne pouvant gagner leur vie, ne créant rien, et ne voulant plus descendre dans leur sphère naturelle , au lieu de s'en Î)rendre à leur médiocrité intellectuelle, souvent k eurs vices et à leur paresse, ils s'en prendront à la société et la renverseront pour s'en servir de marche-pied. Cela ne leur suffit pas encore. Se heurtant contre la nature et Dieu, ils violenteront la première, et mettront leur chétive raison à la crfaee du second Jusqu'à ce qu'ils s'écroulent dansl'abime du néant, non sans avoir laissé derrière eux des ruines et des traces ineffaçables du sang humarn.
C'est sur cette loi générale du travail que repose la propriété, création divine, puisque, accessible à tous par le devoir, elle spiritualise le travail matériel et l'élève jusqu'à la hauteur de la vertu.
En effet, parmi les qualités inégales de la nature, il en est que l'homme ne peut pas atteindre. 11 est impossible à l'homme né difforme et médiocre de devenir beau et ingénieux. Seule, la vertu, beauté et force morale, est accessible à tous dans certaines limites; car la vertu touche à Dieu, et Dieu se manifeste dans toute l'humanité, depuis le dernier échelon jusqu'au premier.
Or, le rang que tient la vertu dans le monde moral, la propriété le tient dans le monde matériel. Seule, elle est accessible à toutes les inégalités, du moins dans certaines mesures; et comme la vertu, elle dépend uniquement du devoir. Seulement, de même que des âmes d'élite sont susceptibles de plus de vertu, certaines organisations arrivent plus vite à la propriété.
Oa peut dire que la propriété est la seule création de rhommeàPimagede Dieu. Toutes les qualités matérielles de rhomuie se trouvent chez Tanimaly souvent dans un degré supérieur. La propriété seule met Fhomme matériel au-dessus de ranimai, Elle représente la supériorité delà matière humaine, comme la vertu représente la supériorité de Tintelligence de Thomme sur Tintelligence de la bête. Par la propriété , le travail humain se spiritualise, se divinise et devient intelligence et bonheur. L'animal travaille aussi, mais sans direction et au jour le jour. Quand il est repu, il digère et se repose. L'homme, au contraire, grâce à la propriété, insuffle une âme à son travail et le rend infini comme l'esprit.
Aussi, tout dans la société pivote sur cette création. Qu*on ôtela propriété à l'homme, et du coup on paralyse toutes ses forces, toutes ses qualités. Il n'en reste qu'un squelette de brute.
La propriété est donc divine, aussi divine que la pensée qui Ta créée; aussi pure que la vertu, cette propriété de l'âme.
En créant la propriété, les hommes, toujours en suivant Dieu, l'ont déclarée héréditaire ^ car l'héré-^ dite n'est pas une institution, c'est une loi générale de la nature.
maux par la raison et la propriété, étend son héritage sur les deux domaines. Non-seulement les parents lui transmettent leurs qualités physiques, mais encore la bénédiction ou la malédiction de leur vertus ou de leurs vices.
II n'est point de peuple qui ait nié cette transmission morale.
Seul^ le g[énie n'est et ne «aurait être hédîtaire, car le génie est télu de Dieu.
Toutefois, les enfants, tout en héritant des biens physiques et moraux de leurs pères^ ne peuvent ni ne doivent être déliés des devoirs du travail et de la vertu. L'hérédité ne favorise pas les uns aux dépens des autres. Elle sert d'exemple, mais le chemin du bien est infini comme Dieu. Si g^rand que soit l'homme, il peut toujours ag;randir son esprit et son âme; si bon qu'il soit, il peut toujours devenir meilleur. Les plus belles qualités héritées se vicient et se perdent bien vite sans la pratique du devoir. La plus belle fortune disparait sans travail et sans ordre. En outre, pour être grand et illustre, le sage n'accapare pas la sag^esse pour empêcher les étourdis de devenir sages comme lui. Il en e^t de même de la propriété. Si riche que soit l'homme, il ne doit jamais empêcher le pauvre de devenir riche comme lui, Au contraire; il n'a acquis de la fortune que pour tracer la voie aux autres.
C'est une des plus grandes erreurs de croire et de faire accroire, que les riches empêchent les pauvres d'acquérir de la propriété. La propriété s'acquiert par le travail et l'ordre, comme la sagesse s'acquiert par l'étude et l'observation. L'une est aussi infinie que l'autre; il n'y aura jamais ni trop de propriété, ni trop de sagesse^ ni trop de vertu. On a beaucoup parlé de l'exploitation de l'homme par l'homme, de l'organisation du tra« vail^ et de tant d'autres choses que personne ne veut réduire à la simple vérité. Certes, la propriété peut avoir des abus. Tout bien ici-bas qui transgresse ses limites tourne en mal.
Les abus de la propriété sont l'usure et l'avarice.
Mais ces abus ne viennent nullement de Tabondance de la propriété; au contraire. Le travail n'est tributaire de la propriété que parce qu'il n'y a pas assez de propriétés; que parce que l'existence en est à tout instant compromise par les (ju erres et les révolutions, par le despotisme et l'anarchie.
La propriété n'étant que du travail accumulé, toute guerre entre le travail et la propriété est une guerre civile, où les victoires mêmes sont des défaites. Ce sont des poussins qui font la guerre aux coqs et aux poules. Quoi quils Fassent, ils tendet t eux-mêmes à devenir poules et coqs, et, s'ils font 4isparaitre les vieux ^ ils n'en seront que plus vite mangés.
Dès que Je travail impose ses lois à la propriété, celle-ci disparait, et sans propriété, point de travail. Le travail n'a qu'une prétention divine et juste : celle de devenir propriété. Or, pour y parvenir, il n'y a qu'un moyen : c'est de faire qu'il y ait tant de propriété, que le travail puisse lui imposer ses conditions. £n effet, plus un pays est riche, moins l'argent rapporte, plus vite il sera forcé de se soumettre au travail et de lui faire la belle part; car l'homme ne s'arrêtera jamais dans son travail; c'est sa destinée. Il a été créé pour créer. Le travail s'organisera tout seul, comme il s'est affranchi tout seul. Son émancipation date de la propriété. G est encore par la propriété qu'il sera organisé.
On a dit de la philosophie, q^ue peu fait douter de Dieu , et que beaucoup en approche. Il en est de même de la propriété vis-à-vis du travail.
C'est le peu de propriété et de richesse sociale qui fait douter du travail. Quand il y en aura beaucoup , le travail sera complètement émancipé et rétribué comme il 'e mérite.
— SS- II n'y a point d'autre moyen d'organiser le travail. Le remède, comme en tout, est dans le mal même. Plus on fera la guerre à la propriété, plus le travail sera malheureux. Plus on attaquera l'hérédité , c'est-à-dire le travail du passé ; moins il y aura du travail du présent et encore moins du travail d'avenir représenté par le crédit. Ceux qui font la guerre à la propriété, sont ou des imbéciles ou des scélérats qui , ne faisant pas leurs devoirs , désirent jouir sans travailler. Vain mirage. Cette jouissance même ne serait que momentanée. Au* jourd'hui ivres , demain affamés. On leur donnerait du reste toute la fortune d'un Grésus, ils kt gaspilleraient en plusieurs mois. C'est le propre des ennemis de la propriété de n'avoir aucun esprit d'ordre. Ils gaspillent jusqu'à leur talent. Ce sont des frelons , ennemis naturels des abeilles.
La propriété donc est divine et indestructible , mais elle n'est rien sans hérédité. La propriété spiritualise le travail , l'hérédité , qui en assure le fruit, le rend pour ainsi dire immortel.
C'est elle qui constitue la famille et la patrie. Elle est enfin une émanation de la divinité qui s'en sert dans ses voies de justice, de rémunération et d'expiation. La même parole de Dieu qui crie h l'homme : « A la sueur de ton front tu mangeras ton pain , )» lui dit : m Si tu suis mes lois, si tu fais ton devoir, si tu es juste, situ aimes Dieu et ton voisin, tu auras tout en abondance, tes terres seront toujours fertiles, tes vignes fleuriront, et la bénédiction du ciel s'étendra jusqu'à tes enfants. » Le Christ y a ajouté : t Tu auras le royau^ me du ciel , » ce qui est encore une propriété.
Sans la propriété héréditaire, il n'y, a point d'enfants , il n^y a que des petits.
Sans elle, il n'y a point aépoux. Il n'y a qu'un niâle et une femelle.
Sans la propriété , il n'y a point de patrie , il n'y a qu'un gite.
^ians elle, il n'y a ni travail ^ ni dévouement, ni passé, ni avenir, ni homme , ni Dieu.
La propriété n'est pas une institution , mais une révélation^ Dieu , en disant : « Créons Phomme à notre image » a créé en même temps l'homme et sa propriété. Tous ceux qui ont nié la propriété ont été forcés de nier Dieu. Mais il ne suffit pas qu'on le nie pour qu'il ne soit pas , et aussi longtemps que Dieu sera, la propriété existera !
■."•RDRE. — LnBDÉRÉDriÉ DIT POVTOIR.
Marchant dans cette voie naturelle et tracée de l'hérédité de la propriété, basée sur les inégalités et le progrès continu, Ips hommes, poussés par la logique, qui est le Verbe divin, ont institué l'hérédité du pouvoir, comme pivot D'I^£G1LIT£ de riiérédité de la propriété.
Et comme par la propriété , l'hérédité du pouvoir garantit le travail , elle seule représente l'orr dre , père delà liberté.
Cette institution , loin d'être fortuite, a été nécessaire, forcée, indispensable. Elle le sera aussi longtemps que la société existante reconnaîtra une loi morale et sociale. Sans l'hérédité du pouvoir, i'hérédité de la propriété et du travail accumulé ne sera qu'un édifice sans faite ni abri. Il peut durer quelque temps en résistant aux attaques du
— fiO —
dehors, niaisàia lon(;ue, il cédera forcément eC enterrera sous ses ruines tous ceux qui ont cru pouvoir ledëfendre du haut de ses créneaux démautelës.
Les sophistes du dernier siècle ont Fait passer rhcrédité du pouvoir pour une institution égoïst", surannée , usée, faisant obstacle k la liberté. Cette erreur capitale leur a coûté fortune et vie.
Loin a'empécher le progrès et la liberté, Thé* redite du pouvoir est l'unique institution capable de sauvegarder tous les intérêts moraux et physiques. Seule, elle peut servir de symbole d'airain pour attirer à elle toutes les capacités de la nation, et leur tracer la route ascendante qui conduit aux devoirs, aux grandeurs, aux honneurs. Seule en* fin , elle donne au peuple toutes les institutions de libertés nationales, en lui assurant paix et prospérité par Tordre, le travail et le crédit.
£n effet, dès que le pouvoir n'est pas stable et inviolable par l'hérédité; dès qu'électif, il tombe en communauté, les hommes , au lieu de s'élever jusqu'à lui , le rabaissent à l'instant jusau'à eux. L'émulation des devoits fait place à la lutte des droits. N'importe sous quelle forme cette lutte ait lieu , c'est toujours la guerre civile, d'abord dans les esprits, puis dans les fonctions, bientôt après dans les rues. Dès-lors, la vie naturelle de la nation s'arrête. Au lieu de travailler et de faire son devoir, elle épuise son temps et son activité en querelles de partis et de personnes. Au lieu de dis* cuter comment le pouvoir doit gouverner, elle gaspillera son temps et son esprit pour savoir qui doit régner ; au lieu de réformer les abus par des mesures sages et fermes, elle procédera par bonds et par sauts, c'est-à-dire, par des révolutions continuelles proclamant et sanctifiant le droit du plus fort.
Vainqueur, le pouvoir, poussé par la nécessité»
confisque la liberté et usurpe les droits politiques du peuple. Vaincu, il entraine dans sa chute toute la société, en cessant de contenir l'anarchie, le ▼ol,. le meurtre, le pillage et l'assassinat. Tout devient alors une affaire politique. Propriété, famille, religion, vertu, ra»son, dévouement , tout s'en va en bloc; tout disparait sous l'éhoulement général. Un pouvoir non reconnu inviolable par rhérédité et par la légitimité dégénère forcément ou en despotisme on en anarchie.
îja logique du mal est terrible et se précipite de conséquence en conséquence. Le proverbe a dit juste : Le mal vient au galop et s'en retourne au pas. Qu'est-ce, en réalite , que le pouvoir électif? La communauté du pouvoir, soit entre certaines classes privilégiées , soit pour la nation tout entière. Ur, comme dans une société, quel qu'en soit le degré de civilisation , deux tiers d'hommes , représentant la vie matérielle , sont subordonnés à l'autre tiers, représentant l'intelligence; comme ces deux tiers sont nécessaires au travail manuel , il ne reste que l'alternative suivante: Ou la communauté du pouvoir conduira forcément à la communauté de la propriété, ou bien certaines classes , certains partis , sous prétexte de défendre la propriété, s'empareront, de gré ou de force, du pouvoir et maiutiendront le peuple dans un servage continuel. Cest ce qui est arrivé dans tous les pays de pouvoir électif, et c'est ce qui arrivera toujours; car la logique ne change pas selon les passions des hommes. «
Nos démocrates , nos grands journalistes, disent que non. Ils prétendent, que là précisément est le progrès de l'humanité, que l'avenir ne ressemblera en rien au passé, que tout est changé, que la dé<^ mocratie ne retomoera plus dans les errements de
l'histoire, que les hommes d'aujourd'hui sont plus civilisés y plus instruits, plus avancés que les hommes d hier. Tous ces docteurs ès-politique ressemblent au médecin malgré lui proclamant, que le cœur. a changé de place.
Qu'on le sache donc, une vérité ne change jamais, pas plus que Dieu dont elle émane ,pas plus que la place du cœur.
Que demain on décrète l'instruction gratuite , qu'on donne à chaque Français des rentes et un professeur, la proportion humaine restera la même* il y aura toujours un homme de talent contre des milliers de nullités, un homme de génie contre des millions de médiocrités. i.a nature ne changé pas. Le progrès ne consiste pas dans l'étendue des droits , mais dans l'observance du devoir. Tout ce que vous pouvez donner à l'homme ^ instruction, contentement , force , talent , fortune , génie même — et vous ne le pouvez pas — la religion le lui a donné longtemps avant vous.
La religion est la dot que Dieu a donnée à l'àme, quand il l'a mariée à l'homme^
L'éducation ne rend Fhomme ordinaire ni plus grand , ni plus heureux. S'il est né médiocre , il a beau apprendre tout , il faut qu'il travaille pour être utile à la société : il faut qu'il fasse son devoir pour jouir de ses droits. Or, dans un pouvoir électif, tout le monde voudra jouir de ses droits , personne ne fera son devoir. Cela a toujours été et cela sera toujours ; attendu que les hommes , tout en prpgressant, resteront toujours dans les mêmes proportions physiques et intellectuelles; attendu qu'il y aura toujours une majorité de médiocrités , représentant les membres et le corps de l'humanité, vis-à-vis d'une minorité d'intelligences supérieures , qui en représentent la tête et la pensée.
Dans les anciennes républiques, le pouvoir électif n'a pu être maintenu en faveur de quelques fa» milles de patriciens, qu'aux dépens de la liberté du peuple esclave. Les républiques d'Athènes et de Rome étaient des cités. Les habitants des provinces ne jouiiïsaient d'aucun droit politique. Dans la ville même , les travaux étaient faits par une majorité d'esclaves. Rome ne se serait pas maintenue vingt ans, si les esclaves avaient eu Je droit de suffrage. Ils auraient nommé les Gracques et Spartacus chefs du gouvernement.
Il y a plus. Malgré l'esclavage du peuple romain, en dépit du servage des provinces , Rome patricienne a eu ses Gracques , qui ont produit d'abord Sylla et Marius , puis, plus tard , Tibère, Callgula et Néron. La république de Rome n*a jamais connu la liberté. Elleuottait toujours entre le despotisme et l'anarchie.
Il en fut de même h Athènes. Durant le règne de Périclès , règne usurpé, puisqu^il ne s'est pas soumis à l'élection, la cite grecque a joui de ses libertés et a produit des hommes marquants.
Périclès tombant , entraine avec lui non-seulement la paix et la prospérité, mais la République elle-même , qui devient la proie d'Alcibiade et de Colon pour disparaître bientôt sous le joug du despotisme.
Plus tard , l'Etat , malgré le christianisme , ne put se maintenir qu'avec la féodalité et le servage. Les grands feudataires, ayant été les électeurs, c'est-à-dire les communistes privilégiés du pouvoir, il a fallu des serfs pour le travail forcé, au-
trement la société se serait dissoute. L'émancipation du travail et de la propriété ne date que de rbérédité reconnue de la royauté. Du moment seulement que le roi est mis au-dessus des électeurs, que le pouvoir, garanti par un principe, institue 1 ordre en dehors des atteintes des hommes, la li* berié vient lentement mais d*un pas ferme ; le travail s'affranchît par la propriété héréditaire^ le servage disparait, et la France devient une nation. Partout où la propriété a surgi par Témancipation du travail , elle est redevable à l'hérédité du pouvoir. Nulle autre institution n'a pu lui donner une existence propre. Le christianisme avait beau proclamer l'émancipation des esclaves et des serfs, aucun peuple chrétien qui a gardé le pouvoir électif n'a pu y parvenir. Témoin la Pologne. Bien que catholique, elle a conservé le servage avec son pouvoir électif. Témoin la Hongrie qui n'a songé à émanciper ses serfs qu'avec le pouvoir héréditaire. Témoin encore l'Amérique qui garde ses esclaves pour ne pas compromettre son pouvoir électif. Les paysans polonais et hongrois n'ont acquis de la propriété que du moment où ils ont été soumis à um pouvoir héréditaire. Jamais la noblesse féodale de la Pologne n'auiait affranchi ses serfs , h moins qu'elle n'eût adopté et proclamé le communisme, comme cela est arrivé dans les derniers temps. L'empereur de Russie , poursuivant l'affranchissement des serfs , ne parviendra à son but que lorsqu'il n'aura plus rien à CEain^ dre de la noblesse féoaale russe et polonaise^
Or, un pays qui , grâce au pouvoir héréditaire du passé ^n^a plus ni esclaves ^ ni serfs y ne saurait en
aucutie manière se donner un pouvoir électif , à moins de compromettre la propriété et de ladéclu' rer élective à l^ image de son pouvoir.
Car le pouvoir électif par le suffrag^e universel ^ étant une part du pouvoir donnée à. chaque votant,, la masse,, instruite ou non, ne travaillant que forcée par le devoir, préférera toujours s'emparer du travail et de la propriété d'autrui, au nom de son prétend u d roit. Pourquoi ne le ferai t-el le pas? Pourquoi, dès qfi'elle est appelée à délég;uer tous les trois ans sa part de pouvoir, ne déléguerait -elle pas sa part de propriété collective ? Et si le pouvoir n'est pas: lui-même inviolable, en dehors des prétentions du premier venu, pourquoi la propriété léserait-elle? Où est soti droit?
Oiiestle pivot d'inégalité et de devoir qui force chacun à devenir propriétaire par le travail et le devoir?- On aura beau prêcher la nécessité, la sainteté de la propriété, tôt ou tard cette masse souveraine fera un pacte avec un de ses flatteurs, homme de droit et ne remplissant aucun de ses devoirs, qui lui criera: u Plus d'esclavage! plus de travail manuel ! plus de salaires ! plus de privilèges ! plus de propriété ! Vous êtes tous des rois, vous êtes tous des dieux égaux. C'est vous qui êtes les mait«*es; c'est vous q^'i êtes l'intelligence, la force, la beauté, l'élite du pays. Personne n'a le droit de posséder quoi que ce soit, à moins que vous ne le possédiez également. Qu'est-ce que l'esprit, la beauté, l'intelligence, la vertu, sinon ua signe de plus pour être vos très-humbles serviteurs. Tout est égal, tout est à tous. Plus de supérieurs ! plus de maîtres ! plus d'aristocrates ! Tout est en commun,
par vous. Si vous ne le reconnaissez pas, il' n'eét paSi Vous le nommerez par élection, comme le pouvoir, comme la fortune, comme tout, » Voilii le véritable portrait de la société démocratique du droit. Cest Féquerre ég^alitaîre du dernier des idiots, qui nivelle à sa hauteur, talent, esprit, Kénie, beauté, fortune, et jusqu^à ]a vertu. C'est Tàme rendue esclave du corps^ Tintelligence déclarée déchue parla matière, et comme un homme représente toujours une certaine supériorité, on sera foroé de mettre une béte à sa place , qu'on déifira par une élection solennelle. C'est là l'histoire de toutes les bétes sacrées, de tous les veaux d'or faits par une tourbe révolutionnaire et démocratique. La révolution a, du reste, bien prouvé qu'avec le pouvoir élu par tous, Dieu lui-même, soumis à lélection, peut être remplacé par une brute bipède et immonde. Ce n'est pas la. République de Robespierre qui, à la longfue, aurait sauvé la propriété, à moins de proclamer le despotisme et de le maintenir avec la guillotine en permanence. Encore, malgré la force et la menace , et tout en exterminant la moitié des communistes, il suffit qu'on laisse au peuple Pélection du pouvoir par le suffrage uni^ ersel, pour qu'un seul tribun en fasse sortir la communauté des biens et des femmes. 11 lui sera facile de prouver à la majorité des ouvriers et des paysans, que, s'ils ne sont ni riches, ni heureux, ce n'est pas leur faute; ce n'est pas parce qu'ils manquent détalent, d'ordre, de mœurs et de persévérance; ce n'est pas parce qu'ils sont ou vicieux, ou débauchés, ou incapables d'économie; ce n'est enfin pas parce quMs ne connaissent ni ne pratiquent leurs devoirs, mais parce qu'il y a des exploiteurs, des riches, des privilégiés qui, n'ayant ni plus d'ordre, ni plus d'esprit, ni plus de talent ^
ni plus de vertu qu'eux, usurpent un droit d'hérédité qui ne leur appartient pas. En effet, ils ont hérité leur fortune, au même titre que le roi détrôné a hérité la couronne. Cet héritage est un affront au peuple, qui seul donne et le pouvoir et la propriété; qui, unique propriétaire de tout^ pourvoit à tout. Pourquoi le dernier des travailleurs a-t^il le droit d'être nommé roi électif, sans avoir celui d'être promu propriétaire ? Pourquoi necfaoisira-t-il pas lui-même tousses fonctionnaires, supérieurs et inférieurs, par la même voie élective ? Où est la ligne de démarcation qui arrête le droit d'élection pour lui dire : Jusque là , et pas plus loin ? Comment ! on a aboli l'hérédité du pouvoir suprême, et l'on veut maintenir l'hérédité de cette misérable propriété ! Dès que les droits ne sont plus réglés sur les devoirs, il y a, il doit y avoir égalité complète. Or^ le pouvoir électif n étant pas basé sur le devoir^ mais sur le droit égalitaire des suffrages^ il ne petU rappeler aucun devoir au peu^ ple^ car le premier devoir du peuple serait de PaboHr et de le remplacer par un pouvoir héréditaire^ afin de sauvegarder son travail, sa propriété et sa liberté. C'est pour la même raison, que la République ne saurait jamais donner la liberté, car le premier usage que la liberté en ferait , serait d'abolir la République*
Dans une démocratie où la propriété sera toujours attaquée par le principe négatif du gouvernement, il arrive forcément de deux choses l'une : ou les communistes seront vaincus par la force brutale des résistants, ou ils sont vainqueurs et dis|)araisseut par leur propre dissolution* Dans le
premier cas, la victoire ôtera au peuple tous les droits politiques compatibles avec le pouvoir bé^ rédlitaire^ car ces droits maintenus avec un pou'-voir électif, ce serait toujours à recommencer. Ceux qui prétendent maintenir Tordre régulier avec le pouvoir électif, sont ou des niais ou des intriguants politiques, qui désirent se jrendre nécessaires par des calamités publiques ; vrais corbeaux qui sV)pposeraient à l'abolition de la guerre et de la mort,
Çarce qu'ils se nourrissent de chair de cadavres, 'els hommes politiques, paraissent grands dans un état électif, menacé à tout instant de la guerre civile, <]ui ne seraient rien dans un état héréditaire, où l'ordre établi exige des intelligences d'initiative et de haute raison.
Dans le second cas, le communisme triomphant par le suffrage universel se dissout par l'anarchie et le néant. Il n'est point de société qui lui résis* terait seulement pendant trois mois. C'est le déluge qui démolit en quarante jours ce que quarante siècles ont élevé avec peine et douleur.
Dans tous les cas, le pouvoir électif est un principe de mal, de négation, d'esclavage et de mort.
Ah! dira-t-on, l'élection du pouvoir a été institué , non pour consacrer le principe d'égalité, mais pour le donner au plus digne et au plus méritant, pour faire arriver le génie, ce roi divin, au faite de la société.
Mensonge !
C*est méconnaître la nature de l'élection.
L'homme crée toujours à son image. Dans le vote universel, le génie votera pour le génie, Tborame de talent pour l'homme de talent, et la médiocrité
I>our la médiocrité. Jamais majorité n'a voté pour e génie. Celui-ci ne peut arriver au pouvoir que par riiérédité, ou bien par le droit de conquête, c'est-à-dire par l'usurpation.
Qu'on cnerclie dans l'histoire des hommes de (^énie élus librement par le peuple, à moins qu'on ne compte les grands généraux. Encore ont-ils été chassés ou tués après la victoire; le peuple subit le génie, mais ne le choisit pas.
Ombrageuse, ayant plus de passion que de vertu, plus d'appétit que de goût, plus de matière que d'àroe, parlant toujours de ses droits, jamais de ses 4.1evoirs, la masse élira toujours des tribuns, des flatteurs, véritables oiseleurs qui imitent ses cris pour la prendre plus facilement, qui la trom|>ent par des promesses merveilleuses, qui lui insufflent de la haine pour tout ce qui dépasse leur propre taille. Bientôt ces tribuns deviennent des dictateurs,
f^our être sacriHés à d'autres tribuns encore plus âches et plus effrontés quVux. Quant aux hommes d« génie, le peuple les a toujours sacrifiés, il ne les élève un instant sur le pavois que pour les jeter .dans les gémonies..
Mais admettons même que le génie puisse arriver au pouvoir par Icleclion. Où donc le chercher? Que faire,, si le pays manque de grandes sommités politiques et administratives? Allons plus loin encore. Voilà le aénïe trouvé et installe. La société entière dépend donc de la santé, de la vie d'un individu, d'un être faible et misérable qui peut être tué par un moucheron.
Misère ! La société dans toutes ses bases repose sur des institutions et des principes, jamais sur des individus. Les principes sont divins et immortels. Dieu les a donnés h l'homme pour pouvoir vaincre la matière,^ le hasard etlamort. L'hérédité du pou-
DUiie, I imiDonaiiie ae lorare. Avec i nereditey ce n'est pas Thomme qui gfouyerne, mais le roi, et le roi ne meurt pas.
Ce principe une fois acquis, il s'agit de l'exploiter et d'en tirer le meilleur parti. Il s'agit de choisir des hommes sachant le féconder pour en faire jaillir tous les fruits d'ordre et de liberté. Mais en tout cas, il faut que le principe reste au-dessus des atteintes humaines; car un principe, mis au niveau des hommes, n'en est plus un. Le soleil, qui est un principe, puisqu'il est en permanence, tout en fécondant les terres bien cultivées, change en déserts des terres mouvantes et incultes ; faut-il pour cela l'abolir? Faudrait-il en Afrique , le soumettre à l'élection des myriades d'étoiles qui n'existent que par lui? Or, l'ordre par l'hérédité est comme le soleil. Il donne des fruits à ceux qui savent l'utiliser, et laisse en friche les pays qui ne savent pas en profiter. Mais il ne faut pas pour cela mettre le principe d'ordre lui-même en doute, au risque de renverser la société. Dès que l'ordre est compromis par l'élection, la société se suicide et se coupe un membre après l'autre. Cela est arrivé partout où le pouvoir électif n'a pas fait place à un pouvoir héréditaire.
Même comme pouvoir absolu avec ses abus^, lliérédité est préférable à l'élection. Ce n'est pas l'ordre qui doit dépendre des hommes, mais la liberté. Elle seule est proportionnée à la grandeur, k la vertu des gouvernants. On a dit que l'ordre était dans la liberté et la liberté 4ans l'ordre.
Erreur ! La liberté est dans Porclre , car eiie en est le fruit, mais Tordre n'est pas dans la liberté. L'arbre n'est pas dans l'abondance du fruit. Sans cette abondance, l'arbre existerait tout de même. L'ordre peut exister sans liberté. Certes , c'est un ordre stérile, mais il peut exister et être fertilisé; tandis que la liberté comme existence, est impossible sans ordre. La liberté sans ordre, c'est 1 anarchie et le chaos.
L'ordre est le principe, la liberté en est l'application par l'homme.
L'ordre est la cause, la liberté en est l'effet. Et cette cause peut rester sans effet
La société, en progressant, est arrivée à la liberté de Tordre, mais de Tordre seul. Or, l'ordre politique n'est autre que l'hérédité du pouvoir.
Ce principe peut être faussé, négligé. Un terrain, si fertile qu'il soit, quand il n'est pas sillonné^ labouré et ensemencé, dépérit et ne produit à la fin que des chardons. C'est ce qui est souvent arrivé au principe d'hérédité. Est-ce une raison pour le faire sauter par des mines? Non. Négligé par les uns, il suffit qu'il reste intact pour être parfaite* ment bien cultivé par d'autres, plus forts, plus laborieux, et surtout plus consciencieux.
Aussi, quand après de coupables révolutions, le principe d'ordre a été d'abord entamé, puis dé^ vastéy on a beau inventer des systèmes, on a beau le remplacer par la loi du plus fort, par la nécessité, par le génie même, forcément on revient à sa première pureté ; forcément on le rétablit dans sa simplicité primitive pour y creuser des sillons de paix et de liberté.
L'abus de ce principe n'étant que dans la mauvaise application des hommes , on cherchera et Ton trouvera les moyens de les éviter. Dieu lui-
même sert h des abus. Cest en son nom que des fanatiques sansraison ont commis d^affreux crimes. Aussi i'a-t-on aboli. U n'en est pas moins revenu sain et sauf. Il en sera de même du principe d'hérédité , qu'on a aboli pour les abus commis en son nom, par des ignorants, des impuissants et des intrigants. Mais^ étant le centre de gravité de toute la société civilisée, étant le principe de liberté et de progrès, des millions de géants ne l'empêcheront pas de revenir plus fort que jamais^ et les révolutionnaires ne sont pas des géants l