LE BUDGET
11 est des maladies qui ne peuvent être guéries qu'en leur cédant. Du nombre sont le mal du pays et le mal d'amour. Il en est de même d'un peuple qui a le mal de constitution. Jeté en dehors du
principe inné qui a fait sa vie et sa force, tous les remèdes politiques et financiers seront vains.
Us peuvent un instant produire du calme et du repos, mais le mal répercuté sera tôt ou tard suivi d'une recrudescence violente; à moins qu'on ne lui tire tout son sang;; à moins qu'on ne le prive de toutes ses forces vitales. Dans ce cas, le malheureux peuple meurt pour ainsi dire guéri. C'est Je propre des révolutions d'être riches en propositions de loi. La vie d'un homme ne suffirait pas pour recueillir tous les projets de réforme financière et administrative, qui ont été faits depuis 1830. Ta* cite l'a déjà dit : Corrupttssima republicoy plurimœ leges. Tous ces initiateurs de réformes spéciales, s'occupent de guérir les membres d'un corps, dont la constitution même est gangrenée. Une révolution n'est ni un mal local ni un mal spécial. Quand un homme a le sang vicié, on ne le guérit pas en lui coupant bras et jambes.
Il faut s'attaquer au principe même en chassant le mauvais par le bon.
Le peuple n'est pas fait pour le gouvernement, mais le gouvernement pour le peuple. Pour un qu'il reçoit, il faut que l'Etat en donne dix. Pour qu une nation paie des impôts à ungouvernement^ il faut que celui-ci, par son principe même, lui en assure des avantages centuples, ce qui fait qu'un pays révolutionnaire ne saura jamais entreprendre des réformes financières. Si peu qu'on lui accorde, c'est encore trop ; car il est incapable de rien donner en échange. Ce qui fait encore que les impôts ne sont jamais onéreuxavec une autorité légitime qui, par sa présence même, garantit l'ordre et la propriété, source de toute liberté; car on a beau lui prêter beaucoup, elle en donne toujours dix fois plus en retour.
Que dans une république, le propriétaire d'une maison paie cent francs moins d impôts — qu'importe, s'il ne trouve pas de locataires , ou bien, si les locataires lui paient 1 50 fr. de moins !
Qu'importe l'abolition des impôts sur les produits de l'agriculture et de l'industrie, si Je pays ii*a pas de larges débouchés dans l'extérieur ? Tout se balance. L'impôt aboli, les denrées seront moins chères, et, avec rabaissement du prix des denrées, le salaire diminuera forcément.
Les malheurs d'un pays sorti de sa constitution naturelle sont d'ordinaire doubles. Non-seulement les impôts augmentent, mais encore les rapports diminuent. Là est le vrai mal, et ce mal ne saurait être écarté par aucune réforme administrative.
Que cette constitution soit rétablie, à l'instant les bienfaits aue^menteront dans une proportion également double. Non-seulement les impôts peuvent être dégrevés, mais encore ceux qui les paient en tireront un double bénéfice.
Les seuls moyens de dégrever les impôts sont : réconomie et le crédit. Ces moyens sont inapplicables dans un Etat révolutionnaire. L'économie ne sert à rien, quand on ne reçoit rien, et un gouvernement sans crédit, ne garantissant pas la propriété et le commerce, finira bien vite par ne plus recevoir.
Supposé que la France rétablisse la monarchie légitme et héréditaire, que la paix soit consolidée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. D'ici, à deux ans, le capital ne trouverait plus deux pour cent d'intérêts. D'un côté, il deviendrait le serviteur dévoué du travail; de l'autre, il chercherait à se placer sur l'Etat qui, pour quatre pour cent d'intérêts, trouverait cent vingt francs et plus, pour cent francs.
Que de moyens! Que de ressources! Un tel
g^ouvememeat n^a jamai$ besoin, de payer ses dettes. Les créanciers seraient bien fâchés d'être rembourses. Ce qu'il leur faut, ce sont les intérêts assurés. Un tel g;ouverDement aura un crédit infini, seul moyen de dégrever les impôts.
Ce n'est pas tout. Plus il allégera les impots, plus il gagnera. A mesure que le producteur paie moins d'impôts , son commerce s'étendra; car il lui est plus facile de faire la concurrence à l'étranger, surtout pour des produits nationaux. Cent quintaux de bronze, payant cent fois dix centiiœs, rapportent plus qu'un seul quintal payant cent centimes, u est là le secret de l'Angleterre. C'est pourquoi elle soutient les révolutions du dehors, tout en sévissant avec énergie, dans ses propres dépendances,, contre toute tentative de sédition. C'est alors qu'un gouvernement peut songer à l'économie, et se créer an trésor national pour les grandes calamités imprévues. On n'économise pas quand on n'a rien, quand on a moins que rien. Or, un Etat obéré, sans crédit ni travail, a moins que rien; car rien n'y est assuré, ni la paix, ni le pouvoir, ni surtout la propriété. Parler des réformes, d'écono«iie, d'abolition des impôts^ dans, une république, c'est rêver un paradis au miliea du désert. Le réveil n'en est que pins horrible.
Uu jour, le peuple d'Athènes résolut de bâtir un nouveau temple. Un démagogue, grand orateur, mais mauvais architecte, se présenta le premier. Après avoir adressé force flatteries au peuple, il se mît à tracer un plan de ce nouveau temple. Nonseulement, dit-il, ce temple doit effacer tous les autres par sa magnificence et sa solidité, mais encore
il faut la plus grande économie, afin d'embellir l'intérieur par un autel splendide et par de riches statues d'or.
A peine eût-il quitté la tribune, qu'un autre arcbitecte, peu orateur, mais connu par son talent réel, lui succéda, u Citoyens, dit-il, je n'ai qu'un mot à dire. Ce que celui-ci vient de tous proposer, moi seul je le ferai. »
La monarchie héréditaire succédant à la démocratie ou à l'usurpation, peut adresser les même» paroles à la nation.
Celles-ci, en flattant le peuple^ lui parlent, de^ puis un demi siècle, d'émancipation du travail, de propriété, d'économie dans Fadministration « de créait, de paix, d'alliance entre les nations, de l'essor à donner au commerce et à l'industrie, de l'a^ mélioration du sort des travailleurs, de la réducfion de l'armée, de l'augmentation de la marine marchande, du dégrèvement des impôts, de la décentralisation administrative, etc., etc.
« Citoyens^ dira la monarchie légitime et hérér di taire, ce que celles-ci viennent de vous promettre j moi seule je vous le donnerai* »
RÉCAPI11J1.A110IV.
Depuis que l'homme pense, pour apprendre à se connaître, il se demande si ses idées sont innées ou si elles lui viennent pai l'entremise des sens. Toutes les discussions philosophiques des païens roulent sur cette seule question. Les uns admettent un idéal préconçu, les autres ne tiennent compte que des idées expérimentales. Les premiers, spiritualistes, ont eu un vague pressentiment du christia-
nisme : les seconds sont des hommes matériels qui, dépouillant le fait du principe, cherchent à le subordonner à la raison individuelle et expérimentale.
Le christianisme a reconcilié Fidéal avec Fexpérience , l'âme avec le corps , Tesprit avec la jraa* tière, parla révélation du devoir, par la grâce de la raison, en un mot , par le Saint-Esprit.
Avec la religion révélée , la philosophie est tout à fait superflue. Une société suivant les préceptes de la loi religieuse, est parfaite. La religion donne à rhomme tout ce que la philosophie lui promet , et elle lui promet des biens'que la philosophie ne saurait lui donner.
Mais le christianisme lui-même est un beau idéal, une société préconçue, une société de prêtres et de saints.
Or, rhomme étant double , c'est-à-dire matière et esprit , et la matière se révoltant continuellement contre l'esprit, il lui a fallu une forme politique , apte non-seulement à donner satisfaction aux besoin» des sens^ mais encore qui soit ellemême le symbole du triomphe de l'intelligence sur la matière, qui, enfin , par le devoir, expression du Saint-Esprit, élève l'homme de la terre vers le ciel , au lieu de l'abaisser du ciel vers la terre.
Si immatérielle que soit une pensée, si éthérée qu'en soit la conception, il faut toujours qu'elle prenne une forme humaine, qu'elle devienne, pour ainsi dire, chair et os.
Dîeu lui-même, pour sauver le monde , est descendu sur la terre pour se faire homme.
Le christianisme , en se révélant à l'humanité , a donc nécessairement dû amener une nouvelle forme double pour la société politique. Dans l'an-
tiquité, la politique a créé la relig;ion ; le deepoK^ tisme a inventé Tidolâtrte.
Les demi-dieux avec leurs génies esclaves, ont créé à leur tour des républiques patriciennes avec un peuple esclave.
Avec la chute de l'Olympe , la société tomba dans une abjection inconnue jusqu'alors. Il ii^existe dans toute l'histoire humaine une époque si honteuse pour l'homme , que celle de l'empire romain. Tout y est vice, crime, lâcheté, tyrannie et esclavage. Gouvernants et gouvernés rivalisent de cruautés, de blasphêmes,de lubricités et d'abjection. Les bétes, dévorant les victimes qu'on ieur jette , sont plus respectables que ce gouvernement infâme et cet infâme peuple. Le meilleur de ses empereurs, Titus, est encore un misérable vis-àvis d'un juif chrétien (1).
Cest au milieu de ce déluge moral que le monde &t sauvé par Jésus complétant Moïse.
Avec le christianisme, Thomme s^agrandit , le peuple s'affranchit, l'esclavage s'abolit. L'ordre devient liberté ; le travail , propriété , et le droit , devoir.
Avec le christianisme enfin, disparait la démocratie, car la démocratie, c'est la masse, c'est-àdire la matière brutale, niant le Saint-Esprit, qu'elle ravale aux caprices de ses passions ; niant la charité, cette grâce de la liberté; niant enfin la propriété, cette liberté du travail affranchi.
La démocratie, c'est l'égalité du despotisme ou l'égalité du'cemmunisme , en tout cas , l'esclavage. L'égalité du christianisme , au contraire^ estcelle de k justice et de l'amour. C'est l'égalité qui élève
(1) Titus a fait dévorer par les bétes six mille juifs pou^ n'avoir pas abjuré leur religion.
rhommeTers Dieu, et non celle qui rabaisse dieu vers ridole.
Par la foi, le dernier des hommes peut égaler le premier. Par la vertu, le pauvre d'esprit et de fortune devient Tégal du millionnaire et de Phomme de génie.
Le christianisme, détruisant la forme démocratique , a détruit , en même temps, la monarchie absolue.
Par luif le roi rCest plus un maître, mais le re* présentant de la justice et de la liberté. Il n'a point de droits avant d'avoir rempli ses devoirs. Il commande aux hommes pour mieux obéir à Dieu.
Une nouvelle forme politique devait donc nécessairement sortir du christianisme révélé. Cette forme, représentant l'ordre idéal, a dû s'incarner dans le fait matériel , pour satisraire à la fois, et l'esprit et la matière,
Le premier obstacle à la forme politique chrétienne, était tout d abord Thommeavec ses passions et sa fragilité.
Il fallait élever Fidéal de l'ordre politique à la hauteur de l'idéal de l'ordre spirituel. Il fallait transformer l'homme en principe, afin de le ren-* dre immortel.
Au bout de quelcj^ues siècles, ce principe apparaît comme une révélation.
Grâce au christianisme^ l'homme, d'abord esclave, puis serf, tend continuellement vers la liberté par le travail affranchi, devenu propriété. Pour s'assurer cette conquête précieuse^ il créé l'hérédité; à l'instant surgit l'hérédité du pouvoir, comme conséquence forcée, comme égidfe divine de rhérédité de la propriété.
La société a enfin trouvé son idéal de l'ordre, d'oii doit jaillir la liberté. Etant au-dessus des pas-
--lissions et des intérêts des castes, riiérédité du pau« voir devient logiquement le pivot de Taffranchissèment du peuple, par Fhërédité de la propriété^ qui seule, garantit les fruits du travail émancipé.
Ce principe devient bientôt le médiateur exclusif entre la religion et la politique. Là où il n'est pas appliqué, le peuple, se disant chrétien, ne peut sortir du servage et n'arrive jamais à la liberté politique.
Enfin, pour rappeler continuellement au principe d'ordre sa transformation chrétienne, le peuple, devenu libre, se fait représenter auprès de lui par des mandataires, afin de lui parler de ses devoirs, afin de garantir ses propres droits.
Voilà donc la royauté héréditaire et représentative sortie du christianisme, comme Minerve du front de Jupiter.
Voilà donc l'idéal descendu sur la terre, s'incarnant dans la matière.
Voilà enfin l'homme, libre par le travatV et la propriété, prospère par le commerce et l'industrie, chrétien par la pai^c et la charité^ fils de Dieu par l'aspiration continue vers le créateur, par l'idéal du beau, par les arts et les sciences, et surtout par la foi, qui seule, soulève l'homme de dessus terre^ pour le porter vers Dieu, sur les ailes de la justice et de la vertu
Mais le démon de l'esprit négatif est trop jaloux de ce progrès. De nouveau, le doute renaît; de nouveau, l'orgueil humain déclaré pouvoir vivre tout seul, sans foi, ni loi, ni roi. Â l'instant, le devoir disparait, le droit seul règne et gouverne. Alors, plus de liberté, plus d'autorité, plus de propriété. La démocratie apparaît avec son équerre égalitaire; l'humanité, au lieu d'avancer, recule; la société, ivre d'orgueil et de doute, tombe du des*
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potisnie dans Tunarchie, deranarchie dans le des* potisme. Le crime appelle le crime, labîme appelle
rabîme
Ce n'est plus le christianisme; ce n'est même
Î)lus le paganisme. Car ceux qui croyaient à FOympe, ont su du moins se créer une demi liberté, en élevant, à côté des esclaves, quelques hommes justes et libres.
La démocratie, c'est-à-dire une république avec un pouvoir électif, n'est et ne sera jamais chrétienne. Loin d'être un progrès, elle est la négation de tout progrès, de tout ordre, de toute liberté.
Le seul et unique gouvernement chrétien est ei sera toujours la monarchie héréditaire, avec des garanties de libertés nationales.
Si jamais la France redevient chrétienne — et le christianisme est éternel comme Dieu — elle reviendra forcément à la monarchie nationale.
Si le christianisme est une religion révélée, ki monarchie héréditaire en est forcément l'incarnation politique.
Bien des fois l'orgueil humain a nié et aboli la religion chrétienne. En vain. Plus les hommes s'éloignent d'elle, plus elle est près d'eux. Il en est de même de la monarchie héréditaire. Elle est le plus près, le jour où l'on croit l'avoir à jamais renversée. L'une durera aussi longtemps que l'autre.
FiW.
7ikBZaS DS3 lAiLïZBHSa..
Pages.
A M. H. DE LOVRDOUEIX t
Introduction 6«
PBEMIERE PARTIE*
L'homme et Thumanité 23
La société du droit 34
La société du devoir 42
Le travail. — La propriété. — L'hérédité 48
L'ordre. — L'hérédité du pouvoir 69
Le désordre 72
La liberté 84
Les assemblées 88
La primogéniture. — La loi salique 9S
La constitution politique d'un peuple chrétien-. . . 9h^