‹ Génie de la monarchieChapitre 8 sur 10 · I.A GLOIRE. — LES CUANDS · texte numérisé non relu

I.A GLOIRE. — LES CUANDS

Ce qui rend une nation immortelle; en d^autres termes^ ce qui constitue sa nationalité, ce ne sont ni les gfrands guerriers, ni les grands orateurs, ni les grands diplomates, mais uniquement les grands penseurs, les grands écrivains, les grands représentants d^un principe moral et religieux. L'homme n^est rien par sa force, il n'existe que par Fesprit. La force est fugace, Tesprit seul reste et prencl racine. Qu'est-ce qu'un néros sans historien? une fable. Que serait Achille sans Homère? que seraient les héros d'Athènes, de Thèbes et de Rome sans Plutarque? Avec Homère, Achille n'a pas même besoin d'avoir existé. Avec Plutarque, il est parfaitement indifférent que ses grands guerriers aient, en effet, fait et dit ce qu'il raconte d'eux. S'il les avait inventés, ils auraient pour l'humanité la même valeur. La sagesse, pour être vraie, n'a pas besoin d'avoir été exercée. Le Thalmud prétend que Job n'a pas existé. Qu'importe! Celui qui a fait le livre a existé, de même que celui qui nous

> Anarchis. — Celle où tout le reste étant égal, le vice et la vertu déterminent seuls les rangs.

• Cléobule. — Celle qui craint le blâme encore plus que la loi.

» PiTTACus.— Celle qui permet aux bons, et non aux méchants de gouverner.

» Chilon. — Celle où Ton écoute beaucoup les lois et peu les orateurs.

» PÉBiAprDRE parla le dernier. Ces différentes maximes, dit-il, paraissaient toutes préférer la démocratie qui ressemble LE PLUS A LA MONAÉCHIE.

a laissé la Bible et l'Evangile. Rien de plus oiseux que les querelles des savants sur la Sainte-Ecriture. Ils se battent les flancs pour prouver qne Moïse n'est pas Fauteur de la Bible, tout en lui attribuant le livre de Job, comme si la sainteté de l'Ecriture dépendait d'un nom. Elle existe, elle est devant nous» Elle est divine, car elle est vraie, car ses lois sont admirables de sag[es8e révélée. En outre, elle a des parties bumaines. Cela suffit pour prouver

3u'elle est l'œuvre d'un homme élu de Dieu. Les éfauts humains qu'on y trouvent sont un cachet divin de plus. Dieu en communiquant avec les mortels par un homme, son missionnaire, laisse à cet homme des faiblesses et des défauts qui le rattachent à la matière humaine. Les défauts passent, la vertu reste. Ce qui est humain meurt dans un livre comme dans l'individu. Ce qui est divin, reste commme témoig^af[e de l'origine céleste, comine semence et nourriture pour les grandes âmes à venir.

Il y a toujoursdaus l'humanité qudques hommes d élite et de foi, vrais piliers de l'univers, qui portent le globe sur leurs têtes. A mesure que run d'entre eux disparait, un autre surgit pour le rem-

{)lacer, ce qui fait dire à un sage de l'antiquité, que e jour où meurt uo grand homme, un autre vient de naître.

Plutarque, ce chrétien anticipé, explique ce fait par une comparaison ausssi juste qu'ingénieuse. Quand Tin homme aime les chevaux, dit-il^ il ne passe pas son temps à élever des rosses et des hariaelles, mais il prend un ciicval de race, le dresse par la bride, le frein et l'éperon pour en faire un animal digne de lui.

C'est ce que fait Dieu avec les hommes. Toujours il choisit des intelligences d'élite qu'il fait

passer par toutes les épreuves, dont il dompte les

Î cassions par le frein de la douleur, par Téperon de a misère ; afin de pouvoir les montrer en s'écriant. Foilà des hommes dignes de moi I

C'est le mot : Ecce Homo I

Ces hommes surgissent rarement dans une démocratie. La démocratie^ basée sur r.égalité, a baisse le niveau de Thomme plutô.t que de Félever. La mesure de la démocratie est un lit de Procuste pour raccourcir les grands; c'est la la seule opération possible de Fégalité. Les démocrates sont des philanthropes élevant des rosses et des haridelles humaines pour les poser comme modèles. Tout ce qui les dépasse leur porte ombrage, N'ayant aucun point élevé qui leur montre le chemin de l'avenir, ils disparaissent bientôt dans les bas-fonds de leur société. Marchant de haut en bas au lieu de bas en haat, se trouvant sur une pente rapide, ils se ruent les uns sur les autres et s^écrasent mutuellement avant même d'être an ivés dans le fond du gouffre^ Pour que l'homme avance dans la voie du progrès^ il faut toujours qu'il ait quelque chose au-dessus de lui. C'est le seul être dont le regard embrasse à la fois la terre et le ciel, son double berceau.

Or, le pouvoir électif, n'étant pas au-dessus, mais au-dessous des hommes, est condamné tout d'abord à ne produire que des tribuns, des flatteurs du peuple, des bavards, des menteurs et des scélérats. Le penseur, le sage, l'homme de principe, de vertu, de foi, Thomme d'Etat enfin, sortant du niveau de la masse est étouffé dans son germe. Heureux s'ils ne devient pas la victime de l'envie, de la calomnie et de la force brutale. La démocratie étant un état de guerre en permanence, produit^ tout au plus, de grands généraux, destinés à en devenir les despotes. De là vient qu'un pays avec

un pouvoir électif, n*ayaat ni génie, hi science, ni gloire, ni aucune racine de nationalité, est destiné à disparaître et à perdre, tôt ou tard, jusqu'au sol de la patrie.

A bien considérer la marche du progrès humain, on verra que ce progrès est partout le fruit lent de la pensée révélée par un homme de génie. Cette manière lente, mais sûre,, n'est visible que dans des monarchies héréditaires» Le pouvoir héréditaire étant l'instrument du progrès social et de la liberté, sous ce pouvoir seul, l'esprit humain trouve le terrain nécessaire pour jeter des semences d'avenir. Le pouvoir démocratique peut produire de grands agitateurs, de grands guerriers et de grands orateurs, mais la monarchie héréditaire seule produit de grands hommes d'avenir. Jamais République n'a créé un grand écrivain ni un grand artiste. Les grands penseurs delà. Grèce ont tous vécu sous des rois ou sous Périclès, véritable monarque qui a régné tout seul durant quarante années consécutives. Homère et Hésiode ne connaissaient pas la République. Dès que Périples fléchit devant la démocratie, Ânaxagoras, son maître, est condamné à l'exil et Phidias mis en prison. Bientôt après vient le règne d'Alcibiade, ae Colon et d'Hyberbolus, puis celui des trente tyrans qui condamnèrent Socrate. C*est grâce à Philippe et à Alexandre que Platon et Aristote peuvent vaquer tranquillement à leurs travaux intellectuels. Si la Grèce entière avait eu un pouvoir héréditaire, elle ne serait jamais devenue une province romaine.

Les démocraties électives ressemblent aux vaches maigres de Pharaon. Elles se dévorent les unes les

^autressans endevenirplus grasses. Rome a conquis le inonde. Qu'a-t-elle laissé à rhumanilé ?'Quelques livres écrits sous les empereurs. Detous ses grands hommes d'action, il n'est resté que le récit de Plutarque, ami de Trajan, et qui, plu» d'une fois, se -prononce avec vigueur contre la démocratie en saveur de la monarchie. Si Plutarque avait vécd dans une République, il aurait gaspillé son temps À guerroyer contre les médiocrités, c'est-à-dire, il aurait passé sa vie à faire des choses passagères et mortelles, tandis que tel qu'il est, il a posé des îalons de sagesse qui ont servi de route à tous les grands esprits de l'humanité.

On conviendra qu'un Polonais, qu'un Hongrois peut avoir autant de génie- qu'un Français. Le gé* nid n'est ni local ni nérédi taire. D'où vient cependant que ces pays n'ont jamais produit ni un écrivain, ni un penseur, ni un artiste, et qu'ils n'ont «n rien contribué au progrès de la civilisation !

Il n'y a qu'une seule cause. Ges^ nations ont eu le malheur de gaspiller leur temps et leur génie en de misérables querelles de parti, provoquées par la nature de leur pouvoir électif; Au- lieu de s'occuper des. choses, elles se sont occupées des hommes. Au lieu d'apprendre comment l'on doit gouverner, elles ont continuellement disputé sur la question de savoir qui doit régner. Ce ne sont ni des chrétiens ni des sages^ mais des soldats ou bien des intrigants. Aussi, pendant que d'autres nations se sont civilisées par la religion, le génie, la sagesse et la paix intérieure; elles, en dépit de la religion, dont elles n'ont su appliquer les vrais principes, sont restées à l'état de demi-barbares et ont fini par perdre l'existence nationale. Ces prétendues nationalités n'avaient aucune racine, aucune an-^ cre spirituelle. Elles n'ont jamais existé qu'en vertu

de la force numérique. Or, qu'esC-ce. qu^une Ha* tion qui ne pense pai ? un corps sans Âme. Si fort qu'il soit, il succombera tôt ou tard.

Pour durer, il faut autre chose à un peuple qu'une armée et des généraux.

Rome a conquis le monde et a courbé la tète devant un simple juif, missionnaire de ia pensée divine. La vérité seule donne la force. Le vrai çé« nie seul règne et gouverne le monde, car le génie est toujours le fils de Dieu.

11 est certaines conditions matérielles indispensables à la fécondité intellectuelle. Pour avoir de bous fruits» il faut d'abord un terrain labourable, puis des semences, des laboureurs, et enfin le temps nécessaire de germinaison et de maturité.

Le pouvoir héréditaire est nne de ces a»ndition» pour la production et la culture delà pensée. Dans une démocratie, personne ne songera sérieusement à travailler pour l'avenir. Tout le monde prétend tout d'abord gouverner* Pourquoi pas? Quand le premier venu peut être président, le sculpteur, au lieu de faire des chefs-d'œuvre, fera des discours ; le peintre fondera des clubs; le poëte enfin inven* tera des constitutions dont il sera naturellement le chef. Ou bien, comme dans une démocratie, le pouvoir échoit tôt ou tard à un soldat heureux, tout le monde se fera soldat. A quoi bon apprendre, quand on n'a qu à prendre. Le dernier des étudiants, n'ayant pas su faire son examen, s'élèvera d'un seul bond vers les régions gouverne» mentales, se créera un parti et ne révéra que des tours demain pour imposer sa volonté à tout un peuple. Que la France garde le pouvoir électif

pendant six ans, et bientôt il n'y aura plus dan^ ce pays ni savants, ni écrivains, ni poètes^ ni prêtres, ni hommes d'état, il n^ aura que des prétendants-présidents et de prétendus ministres. Déjà Péducatlon publique en France, £pràcé à l'esprit révolutionnaire et aux troubles politiques, est en pleine décadence Pour un véntable écrivain, la France produit cent vaudevilistes. L*^imag^nation seule r^ne et gouverne. La raison, fruit de la science et du temps, est méprisée, comme l'expérience de la vieillesse. Personne, dans ce pays, n*est le disciple de personne. Chacun est son maître et désire être celui de tout le monde. C'est l'essence de la démocratie. Caton ayant été accueilli, à l'âge de quartre-viugts ans, par les murmures d'une jeunesse orgueilleuse, s'écria : a Comment, vous ne voulez pas écouter un vieillard que les vieillards eux-mêmes ont écouté dans sa jeunesse. » En France, on n'écouterait un Caton qu'à condition qu'il flattât la jeunesse inexpérimentée, en lui disant, à l'instar de nos grands tribuns politiques, qu'elle représente la sagesse, la force, la vertu et 1 espoir de l'humanité.

C'est une des plus grandes erreurs de croire que la démocratie nourrisse et élève de grands hommes. Tous les grands caractères de la première révolution sont des hommes élevés et mûris sons la monarchie. Mirabeau^ un des plus grands d'entre eux, est mort royaliste. Les tribuns de la Convention ne sont que des médiocrités violentes et verbeuses, s'ils ne sont pas de vils scélérats. Les révolutions, loin de produire des hommes, consument en peu de temps ceux qui existent. Ils n'en sort que des cuistres sanguinaires, véritables limaçons quittant leurs maisons après un orage.

Washington et Franklin étaient des hommes

mûrs çlevéssous le pouvoir héréditaire. Depuis^ TAmérique n'a plus produit un homme. Le dernier des rois héréditaires vaut pour le moins le premier de ses présidents électifs.

Or, un pays qui cesse d'en{;endrer de grands hommes de pensée est un pays en friche qui bienr tôt deviendra stérile, faute ae semence et de laboureurs. Pendant quelque temps le peuple vit de son passé, mais n'ayant plus de présent, il perd visiblement son avenir. Bon gré mal g^ré, ce peuple subira Tinfluence des monarchies héréditaires de Tétranger, et finira par en devenir la proie; car Thumanilé ne s'arrête pas, parce qu^une nation en recUflant, a changé son pouvoir héréditaire en pouvoir électif. Le progrés humain est permanent et cour tiou. Seulement il voyage d'un peuple à l'autre, et d'ordinaire il va d'une démocratie à une monarchie.

Si la France a toujours été considérée comme la tête de l'humanité, c'est qu'elle a toujours eu un pouvoir héréditaire. Pendant cette longue série de rois héréditaires, elle a créé de grands hommes universels qui ont porté sa langue et ses lumières jusqu'aux pôles éloignés du globle» Elle n'a cesse de jouer ce rôle divin que durant les intervalles révo^ lutionnaires. Sous la République, la France n'a exercé aucune influence en Europe; on la regardait avec stupeur et dégoût. Plus tard, la démocratie ayant produit le despotisme, l'Europe entière se coalisa contre la France. Quels sont les grands hommes qui resteront de la République et de l'Empire? Groit-on que les noms des généraux de l'Ëm- {>ire aient une valeur à côté de Corneille, de Féneon, de Molière , de Bossuet, de Cuvier et de ChA* teaubriand ? L'influence de la France intelligente ne redevient sensible qu'à partir de la Restauration.

C'est pendant les (J^uerres civiles de la République française que rAllemagne monarchique se crée une littérature nationale; littérature qui, à elle seule, a renversé Napoléon. Aujourd'hui encore elle est lé seul levier de Funité nationale de ce pays; unité perdue par l'empire électif et l'esprit révolutionnaire de la réforme luthérienne. Que la France garde son pouvoir électif et que l'Allemagne arrive à runité par son pouvoir héréditaire, avant un demi-siècle, l'Alsace et la Lorraine n'existeront plus pour la France.

De même que l'àme, pour s'épanouir et rayonfier, a besoin d'un corps défi ni , le progrès , la pensée collective de Ihumanitéa besoin d'une forme donnée et limitée. Otez cette forme qui lui sert de moule, et la pensée , se dilatant, s'évapore en mille petites parcelles. Pour que l'homme s'épure et dure par Fintelligence et la foi , il faut que, comme le sapin, il ait perdu sa résine et sa fumée par Faction de brûler, afin de devenir charbon, afin de cohserver pour la maison le feu sans fumée. Ce moule du projïrès social n'est autre que le pouvoir héréditaire. C'est dans ce moule que se forment les grands hommes, les grandes âmes, perdant la fumée par Faction de vivre , gardant pour la postérité le feu pur et sacré de l'âme; feu dont les neveux se servent pour le besoin ordinaire de la vie politique. Sous un pouvoir électif, autre moule, autre forme. Là, le feu s'en va avec la fumée. L homme ne vit pas pour le lendemain; il consume et son corps et son âme dans la lutte matérielle de tous les jours, soutenue d une part contre les assaillants d'en bas, menaçant de niveler tout,

de mettre la justice de Tégalité à la place de Tégalité delà justice; d'autre part, contre les intrigues, les coteries d*ea haut, qui surgissent toujours, là où Toutrecuidance et l'impuissance ne sont pas régulièrement exclues des hauteurs gouvernementales; là enfin où il suffit, pour devenir un homme important, d'avoir une giieulek la place du cœur, de Teffronterie à la place du courage, de la mimique à la place du caractère , du chauvinisme patriotique à la place des idées et du talent. Si absolue que soit une monarchie, quelques grands hommes surgiront toujours dans son sein , car ils ont eu le temps de se rendre libres par le pouvoir acquis sur leurs passions. Us peuvent apprendre, réfléchir^ observer et devenir, par la liberté intérieure, les véritables maîtres du pays. 11 n'en est point de même dans une démocratie ; ce n'est ni l'air, ni le sol qui manquent au génie démocratique , mais le temps. Il est ou précoce, ou indigeste, ou bien il est détourné de sa voie , avant qu'il ait la conscience de sa force*

Le mot aristocratie veut dire règne des meiUeurê^ Ce n'est, eu effet, que dans les pays aristocratiques où naissent et fleurissent les talents de premier ordre. Or, une monarchie peut être aristocratique et appeler à elle les meilleurs de son époque, une démocratie ne l'est jamais sans guerre et troubles intérieurs ; circonstance qui, à elle seule , exclut la vraie gloire de la pensée.

L'humanité revêt plusieurs formes pour parvenir à ses fins. Si elle a besoin de grands penseurs, de grands hommes d'avenir, elle établit la monarchie et le règne aristocratique. Si elle a besoin de conquérants, d'instruments vengeurs, elle les fait sortir de la démocratie. La démocratie n'a jamais été autre chose qu'un fléau dans la main de Dieu,

pour punir les crimes des rois et les injustices des peuples. Moïse la compte entre la peste et la fièvre intermittente. Il en menace son peuple en cas d'inobservance de ses lois diviiies. La démocratie n'est point un élément positif et gouverueiAental. Sa nature est exclusivement négative et destructive. Elle ne peut contribuer au bien qu^en qualité de contrepoids à la monarchie. Tel, Farsenic en petite dose contribue comme ferment à la santé, et conserve certains corps, des qu'on en augmente la dose, il devient poison.

La démocratie est à la monarchie ce qu'est la nuitau jour. Elle est nécessaire pour en faire ressorrir la clarté et pour la rafraîchir. Seule, elle n est qu'une nuit éternelle, gfouvernée par des demi-lunes et éclairée par des étoiles filantes.

Le crédit est l'avenir garanti de la propriété; rar si la propriété est le travail assuré djiier, le crédit est basé sur le travail de demain. On a dit : le cré* dii^ c'est la confiance. Oui, la confiance dans le travail de l'avenir. Un homme peut avoir de grandes propriétés, une immense fortune, s'il ne prouve pas par sa conduite et son travail, qu'il sait conserver ces propriétés — et conserver c'est augmenter, car celui qui n'avance pas recule — il finit tôt ou tard par perdre tout crédit. Il en est de même de l'Etat. Un pays a beau être grand et riche; Dès que, par Tébranlement de Tordre, le travail de demain n'est pas assuré, il n'y a plus de crédit , il n'y a plus de lendemain.

En (mtre , le crédit est fondé sur la justice et la liberté. Celui qui fait un engagement ne doit jamais pouvoir le rompre sans être passible d'une justice supérieure. Quand un Ëtat fait un emprunt , il faut que cet emprunt soit garanti par un pouvoir de justice suprême. On ne se fie pas à un gouvernement qui, sous prétexte de salut commun, peut manquer a ses eng^igements et à sa parole^ sans pouvoir être traduit devant aucun tribunal.

Le crédit financier est une création des temps modernes. Il est le fruit des libertés publiques et des relations de justice internationale. Si les anciens rois de France avaient eu Hu crédit, ils n'auraient pas eu besoin de frelater les monnaies , nî de vendre l«'S charges de judicature; ils se seraient épargnés bien des embarras avec les parlements et auraient évité au peuple plus d une révolution. Maison ne donne jamais à qui peut prendre, et on lui prête encore moins; car ce qui peut arriver de plus heureux, c'est qu il rende juste ce qu'on lui a donné.

Le crédit n'a surgi qu'avec les e^aranties de justice nationale. Dès que les rois notaient pins absolus, dès que le vote des impôts dépendait du consentement de la nation, les lortunes privées se sont Ï présentées pour prêter de l'arf,ent à l'Etat; car 'Etat n'était plus un moi représenté par le roL mais la nation entière, et dans cette nation la justice était indépendante du gouvernement.

Ceux qui croient simplifier le gouvernement par une république avec une chambre unique et souveraine, loin de favoriser le progrès, tuent d'un coup le commerce, l'industrie , les finances, enfin tout l'avenir d'un pays. Qu'est-ce qu'une administration sans crédit? Qu'est-ce qu'un pays, vivant de la main à la bouche^ incapaole d'entreprendre

des travaux de paix et de guerre? Or, une république démocratique n^aura jamais de crédit. Elle a beau faire patte de velours et offrir des garanties, on n'y croit pas, on n'y croira jamais; car le même corps législatif et exécutif qui aujourd'hui fait un engagement, peut le défaire demain.

On a beaucoup crié contre les assignats de la première république. La mesure en elle était bonne. La plus petite monarchie l'aurait exécutée sans dan{;er. Mais une république est incapable de rien. C'est un malade qui mourrait d'un morceau de pain, donnant de la force à un homme sain et bien portant. Elle avait beau garantir les assignats par les biens nationaux. La même Convention qui fixa la somme à tel chiffre, pouvait l'augmenter le lendemain. Ce qu'elle fit, en effet. Plus un pouvoir est omnipotent, plus il est faible, moins il inspire de confiance. On ne prêta pas plus à Napoléon qu'à Robespierre. Il lui a fallu vaincre l'Kurope pour trouver les frais de la guerre. Une seule défaite l'a laissé sans argent et bientôt sans armée ; pendant que l'Angleterre obérée, a toujours trouvé du crédit et de l'argent en abondance. C'est que l'Angleterre avait des constitutions de liberté et de justice nationale, garantissant les dettes de l'Etat. Le crédit est l'enfant de la monarchie héréditaire et représentative. Il n'existera jamais qu'à ces conditions.

Il est des hommes prétendant que le crédit est une calamité. A les entendre, un gouvernement ne doit dépenser que juste autant ce qu'il touche en im|)ôts et argent comptant. Ces hommes ressemblent à ces braves gens qui préfèrent la poste

aru cfaeiuin de fer, maïs qui, hélas l ne trouvent pln& de chevaux de relai.

Jamais gouvernement n'a pu égaliser son budget. Sept années grasses sont toujours suivies de sept années maigres. Dans les Etats despotiques, le manque de crédit a poussé les gouverneoients aux

{>lus grands crimes. On se trompe étrangement, si on croit que les empereurs romains ont in*venté tant d infâmes lois de délation, dans un but de respect pour leurs majestés. L'homme si pervers qu'il soit, n'est pas cruel par instinct. La cruauté^ si elle n'est pas le résultat d'une vengeance, est toujours le calcul d'un intérêt. Ces lois ont eu pour but direct la confiscation des richesses individuelles, et c'est souvent grâce à ces confiscations, que Tibère et Néron ont donné du pain au peuple romain.

Exposés à être égorgés par une populace affamée, ils ont préféré lui jeter en pâture quelques millionnaires, et, pour avoir leurs miUions, il fallait trouver un prétexte pour pouvoir les pendre.

Partout le despotisme vient faute d'argent et de crédit. Dès qu'un gouvernement, par son origine et sa forme^ n'inspire plus de confiance, il sera forcé de recourir à la confiscation par l'assassinat juridique.

Est-ce que la révolution de 93 aurait songé à s'emparer des biens du clergé et de la noblesse^ si un Rotschild quelconque lui eût avancé un milliard? Elle devait une proie au peuple révolutionnaire. Un chef de parti qui ne paie pas est bientôt culbuté. La Convention, par son orie^ine vicieuse même, n'avait qu'à choisir entre le rôle de victime et de bourreau. Elle a préféré celui du bourreau.

Le crédit est aussi nécessaire à l'Etat que l'air est indispensable à Thomnie. Sans crédit y poini de propriété. Sans le travail assuré de demain, représenté

mr le crédit, plus de garantie pour le travail d'hier, représentant la propriété.

Or, comme une démocratie n'aura jamais de crédit, elle ne peut jamais garantir la propriété. De là vient que la propriété est forcément monarchique. Elle n'existe et ne saurait exister que dans un £tat où le pouvoir exécutif est fortement constitue sur un principe stable et immaakley où la nation même garantit le budget du gouvernement.

Certes, ces inconvénients se présentent également dans un pouvoir monarchique absolu ; mais, vis-àvis d'une démocratie, la monarchie absolue est encore un bien. Si autocrate que soit un monarque liéréditaire^ forcé de garantir les intérêts et la réputation de ses héritiers, ii ne manquera pas légèrement à ses engagements. Mais que risque une commission executive démocratique, ou bien un

Ï)résident élecfif, disparaissant du gouvernement e lendemain d'une banqueroute, pour faire place à un autre gouvernement également anonyme? De quoi sont-ils responsables? Qui les jugera? L'assemblée qui les a nommés? Hélas ! les assemblées ne sont que trop disposées à provoquer ces soi-disant grandes mesures de salut public. Une responsabilité partagée par une majorité n'en est pas une. Une fois lancée dans le mal et dans l'erreur f une fois engagée dans une guerre ou dans une utopie, une assemblée ne revient jamais sur ses pas, à moins qu'elle ne soit dominée ou brisée par une force supérieure. Il suffit, du reste, qu'elle ait le pouvoir de mal faire, pour que son gouvernement^ perdant le crédit, soit forcé de recourir à toutes les mesures de spoliation et d'injustice*, elle n'y va pas du premier bond. Une république sans crédit commencera d'abord par Tinvention de nouveaux impots. En vain ! Un gouvernement qui ne peut

pas donner, finit par ne plus recevoir. Un gouvernement qui n'assure pas l'ordre par son principe, ni le crécfît par la confiance qu'il inspire, ne trouvera bientôt plus de quoi se faire payer les impôts; forcément il fera faillite. Cela n est rien encore; on ne vit pas pour ne pas payer ses dettes. Au bout d'expédients, et n'ayant ni crédit ni arguent, il faut qu'il porte atteinte à la propriété privée. A peine a-t-il dit : la bourse^ que le démon derrière lui y ajoute : ou ta vie. Gela n'empêchera pas les malheureux républicains, obligés de guillotiner leurs frères pour avoir de l'argent, d'imputer tous ces maux aux réactionnaires et aux monarchistes. Ils ressemblent en cela à un pendu donnant des coups de pied à l'air ; ce n'est pas l'air qui lui fait du mal, mais la corde. Une république est un pays qui s'est pendu ; heureux s'il trouve un point d'appui pour se décrocher. Ce point d'appui n'est autre que la monarchie héréditaire.

De sa nature, le crédit est monarchique; jusque dans ses moindres détails^ il repose sur la constitution d'un seul chef. En effet, la plupart des établissements commerciaux et industriels se fondent sur le crédit de l'entrepreneur. D'ordinaire c'est un travailleur habile et honnête, qui, ayant trouvé un bailleur de fonds ou bien une dot, se sert de ce premier jalon de confiance pour hypothéquer son travail et son ordre futurs par un crédit plus ou moins étendu. Que l'on fasse une enquête sur les établissements les plus considérables d u commerce, l'on verra que c'est toujours le travail d'hier — la propriété — qui a fait des avances au travail de demain — au crédit, — C'çst par cet échange de

garantie que s^ouvrent les grandes sources de tra^* vail, de paix et de prospérité.

Or^ Toriginede ces établissements repose toujours sur le travail et l'ordre d'un individu, Dès qu'il y a association sans chef ^ le crédit disparaît. Dans les compagnies industrielles , Je succès dépend presque toujours de la réputation méritée ou usurpée du chef. Si celui-ci est un homme d'ordre et de probité, ses coassociés offrent une garantie de plus, car ils sont pour ainsi dire les états généraux de ce chef. Aussi la grande industrie a-t-elle été créée par des quasi monarchies représentatives. Les compagnies ont souvent été des spéculations frauduleuses, mais elles n'ont inspiré un moment de la confiance, que parce qu elles ont semblé avoir adopté un monarque, dont la probité était garantie par la responsabilité des coadministrateurs. Le vice n'est possible qu'en singeant la vertu.

La forme démocratique est antipathique au crédit, soit dans les affaires. publiques, soit dans les affaires privées, Si de nos jours des institutions de crédit ont essayé d'adopter cette forme; cela prouve la profonde ignorance du caractère humain. A tous ces essayeurs de crédit démocratique, on pourrait répondre ce que Lycurgue a dit à un Spartiate démocrate. Celui-ci lui ayant reproche de n'avoir pas introduit la démocratie dans le gouvernement : Introduis-la d'abord dans ta maison, répondit le législateur.

L'économie politique de Fhistoire entière, présente l'alternative suivante :

La démocratie se passe du crédit, et le remplace, ou par des conquêtes, comme Rome dans le pre-

mier temps de la République, ou par la confiscation comme du temps de Marius, de Sylla et plus tard de Tibère, Galigula et Néron.

Il est a remarquer que les empereurs romains n'étaient pas héréditaires, mais des dictateurs à vie de la République. C'est pourquoi ils ont préféré la confiscation à la gueire. Le despotisme liéréditatre préfère d'ordinaire les conquêtes étrangères.

Mêmes proportions en France. La démocratie proclame la terreur et la confiscation; le despotisme, se croyant héréditaire, remplit son trésor avec les dépouilles opimes de l'ennemi.

La monarchie héréditaire et nationale^ reprouvant la confiscation et la guerre, crée le crédit et garantit la propriété.

Le crédit n'est pas une invention fortuite, c'est une conséquence logique du principe chrétien, de la justice universelle. La monarchie chrétienne, repoussant les expédients despotiques du paganisme et de la démocratie: ne pouvant ni ne voulant plus confisquer les biens d'autrui» rogner les monnaie» publiques, piller les juifs, subjuguer les nations chrétiennes comme elle, a eu forcément recours au crédit. Or, ne trouvant pas de préteurs sans garanties, forée lui a été de donner ces garanties par des concessions politiques, par des franchises provinciales et communales, enfin par une reconnaissance formelle d( s libertés nationales. En Angleterre, le peuple et l'aristocratie ont su de bonne heure obtenir ces franchises royales ; en France, les Etats généraux ont stipulé des garan* ties de liberté, en échange du vote des impôts, garantie du crédit. Dès que la monarchie, grâce aux violences des Huguenots, fut jetée hors de sa voie chrétienne pour redevenir païenne et absolue, le crédit s'en alla en fumée.

On connaît les embarras de Louis XIV vers latfin de son règne. Louis XV n'avait d'autre crédit que les lettres de cachet. C'est en 89, avec le réveil des libertés nationales, que Necker peut songer à faire un emprunt. Le crédit aurait sauvé la monar*chie de Louis XVI, si de nouveau la démocratie ne l'avait tuée: si la T rance, au lieu de progresser dans la voie tracée, n'avait reculé d'abord jusqu'à Marius et Sylla, puis jusqu'à César.

Avec la Restauration revient le crédit, mais le gouvernement n'a pas pu s'en servir. Il cherchait &a force dans le passé , elle était toute dans l'a^ venir. La Restauration^ en effets n'a pas su engae^er l'avenir sur son présent d'ordre et de liberté. Elle ressemblait à un avare, comptant For de son passé , sans le placer à intérêts , sans le garantir d'un voleur.

Le voleur arriva. Il emporta le trésor et avec lui le crédit.

Ce dernier revint pourtant, mais non comme un travailleur honnête enrichi par l'ordre, la probité et le travail, faisant des avances à déjeunes ouvriers, également probes et honnêtes, mais comme un usurier et un exploiteur, marchant à pas lents, ayant la parole haute et outrecuidante. Ce n'était plus le crédit, mais l'hypocrisie du crédit. Il savait qu'il avait affaire à un gouvernement, devant toute sa fortune à un coup de main. Il savait quelles conditions on pouvait dicter à un aventurier heu reuxy qui ne compte pas; attendu que tout ce qu'il a, ne lui a rien coûté. Aussi ses conditions furent-elles onéreuses et usurières.

D'autre part , la nouvelle royauté parlant de la sainteté de la propriété, tout en spoliant le propriétaire, avait tant de dépenses ^ faire, tant de Douclies k €mplir pour les faire taîre^ tant de violences à ré-

compenser, tant de trahisons à payer, que le sac se trouvait toujours à sec.

A la fin, if y avait tant d'appétits à satisfaire qu'il aurait fallu, ou recourir à des moyens violents contre la propriété, ou bien manquer aux eng^ag^ements contractés. 11 ne pouvait arriver au gouvernement de juillet, rien de plus heureux que la révolution magique du 24 février. Ce fut un prétexte honnête de liquidation. C'est en même temps une expiation.

Il faut que ce gouvernement illégitime et forcément corrupteur ait fait quelque bien ici-bas, pour en avoir été quitte de si peu.

Mais le 24 février n'est pas le crédit. Au contraire. La République soi-disant honnête, n'échappera pas à la logique de toutes les démocraties.

N'ayant point de crédit^ incapable par sa forme même d'en obtenir jamais, elle sera forcée de recourir, ou à la guerre, ou à la confiscation. On connaît les préférences affinitives des démocraties.

Il n'y a qu'un moyen pour elle de rentrer dans les conditions de justice, de crédit, de liberté et de travail. C'est de se donner un gouvernement légitime, fondé sur un principe de stabilité , de moralité et d'autorité; principe qui seul peut donner au pays toutes les garanties nécessaires de paix, de travail et d'avenir.

Hors de là, point de crédit l

Sans crédit, point de propriété !

Sans propriété , point de liberté !

EES RÉVORMES SOCIALES.

Ni la beauté, ni la nouveauté du vase, n'en coosti-

tuenl la bonté et la valeur. Un tonneau de marbre ciselé est bon, tout au plus, pour conserver de Teau. Tel autre, fait de douves toutes neuves, mais mal jointes, ne vaut pas un vieux tonneau muni de bons cerceaux.

Une forme ^gouvernementale est le moule politique d'une nation. Pour savoir ce que vaut la démocratie vis'à-vis de la monarchie , il faut les voir à l'essai. Or, les efforts des républicains, ont toujours été impuissants pour faire fonctionner régulièrement un pouvoir électif et démocratique. Si fort que soit un démocrate, quelques honnêtes que soient ses intentions, en promettant au f>euple, prospérité et liberté , il représentera toujqurs Ixion poursuivant Junon et embrassant un nuage. Qu'il ait du pouvoir plus qu'un roi, qu'il simplifie à sa volonté les rouages de son administration, qu'il soit brillant d'éloquence, foudroyant d'énergie, s'il n a pas de crédit, il n'a rien. C'est le tonneau de marbre fait pour con tenir de l'eau. Il ne saura jamais donner une impulsion soutenue, au travail, à l'industrie; à la propriété.

Il ressemblera toujours à l'avare de la fable, veillant jour et nuit sur son trésor stérile. Autant vaut mettre à la place une pierre.

On a dit que la meilleure fortune était celle qu*on porte avec soi par l'intelligence et l'éducation. C'est en effet, la fortune la plus légère à porter et la plus facile à conserver. 11 en est de même du principe gouvernemental. Le meilleur, est celui qui n'a qu'à paraître pour être l'ordre et le crédit. Il est impossible à un gouvernement (!e créer le crédit, s'il ne le porte pas dans ses flancs ; et un gouvernement sans crédit sera tôt ou tard impuissant à conserver Tordre. Si le cultivateur n'était pas sûr du soleil de juillet et d'août, il ne sèmerait pas pendant le mois

de mars* Si un gouverneinent ne peut pas, |)ar son existence même, garantir le travail de l'avenir, personne ne travaillera dans le présent, et l'ordre sera forcément compromis.

Ce n'est pas tout, Il ne suffit pas de garantir le travail par l'ordre et le crédit; il faut encore pouvoir remplir les lacunes . Quel est donc l'Etat àl abrî de grands malheurs et de grandes catastrophes ?

L'origine de FEtat est due au besoin de la justice* Les hommes vivant ensemble et se développant , chacun selon sa force et son intelligence, ont senti le besoin d'un tribunal juste et indépendant; afin de protéger le faible contre le fort et de garantir à chaque sociétaire le fçuit de son activité. Un gouvernement démocratique suffit à ce besoin; car, dans un tel état, l'autorité est tout à fait neutre. Elle ne se mêle de rien, elle n'entreprend rien, elle veill« seulement à ce que justice sott faite des crimes et des délits à lut dénoncés. Mais bientôt la population ayant augmenté , et l'Etat s'étant étendu , son rôle, de passif qu'il était, est devenu actif. Du juge, il a fallu s'élever jusqu'aux fonctions de tuteur et de représentant politique de la Providence. Il ne suffit plus à un gouvernement de faire justice des crimes, il faut qu'il puisse prévenir les grandes calamité»; il faut, pour ainsi dire, qu'il se charge de tous les soucis de la nation , afin de lui conserver ses trésors^ son honneur et son activité; afin de lui garder un morceau de pain pour les temps malheureux»

De plus, une nation ne vit pas de pain seul. 11. lui faut encore des jouissances intellectuelles.

En étendant l'activité matérielle du peuple , le gouvernement doit songer en même temps à élargir son âme et à l'élever vers Timmortalité par de grandes actions nationales , par de grandes vertus collectives.

Dès-lors, le gouvernement est devenu un éta* blissement de progrès intellectuel et de providence matérielle. Dès-lors, il avait besoin, non-seulement d'ordre et de crédit , mais encore d^autoritë et d'unité; en un mot, il avait besoin d'un chef. Ce cheF était d'abord institué à vie, mais comme sa mort^ ou d'autres accidents humains, compromettaient souvent Tordre, partant le travail,, le crédit, et jusqu'à l'intelligence , le pouvoir fut éri^é en principe par l'hérédité. L'expérience a prouvé qu'une monarchie héréditaire peut résister à toutes les calamités du ciel et de la terre. Dans notre vie, il faut toujours s'attendre au mal , qui vient tout seul ; le bien a besoin d'être préparé de longue main.

Non-seulemeut la démocratie n'est pas de nature à résister au mal, qu'elle aggrave par ses passions et par son impatience, mais encore elle est incapable du véritable bien. Elle ne sème jamais, elle ne .«onge qu'à récolter. Gomme Alexandre , elle ne dénoue pas un nœud; elle le coupe en morceaux, ly ordinaire elle vit aux dépens d^autrui , soit en s'.«bandonnant à des conquêtes étrangères , soit en spoliant ceux qui, pendant des intervalles de repos, ont amassé quelque fortune. Sa devise est : jPrendre et ne jamais rendre,

Pour qu'un gouvernement résiste au mal , il faut qu'il soit un principe ayant de fortes racines dans le pays. C'est par ce même principe qu'il produit le bien. La même force flexible qui fait résister l'arbre à l'ouragan, produit en lui des fleurs et des fruits.

Cette force, cette vigoureuse flexibilité, inhé-

rentes h. la monarchie héréditaire, la rendent seule propre à tous les progrès , à toutes les réformes sociales. Elleseule peut ma '•cher, car seule elle est debout. Toute réforme est un grain d'avenir qui a besoind'uncertaintempspourgermerfleuriret mûrir.

Toute réforme aboutit à une question de Bnance et de crédit. Sans ces deux conditions : le temps et le crédit^ les réformes dégénèrent forcément en révolutions , qui avec un seul bien problématique, apportent une douzaine de maux réels.

La démocratie est riche en projets de réforme sociale. Les uns sont insensés et basés ostensiblement, surla démence, la sp<»liation , le vice et le meurtre; les autres, plus sensés, ne sont exécutables que dans une monarchie. La démocratie la plus sa^jeest à la monarchie, ce qu'est le travail au capital. Isolée, elle est incapable du moindre bien ; réunie à la monarchie, elle peut produire le bien et contribuer au progrès national.

Ladémocratie propose, mais la monarchie dispose.

lia démocratie peut bien être en avant et servir de moteur aux idées d'avenir et de progrès, mais, étant sans frein et sans rails, elle déraille forcément et s'embourbe dans les bas-fonds de l'utopie, si elle n'est pas guidée et refrénée par la monarchie^

Jusqu'à présent , la démocratie avec ses grandes réformes radicales et sociales, ressemble à la fille rêvant des millions par ses œufs, juste au moment de les casser , avec cette différence, qu'une fois les œufs cassés; la paysanne a assez de bons sens pour soigner la poule, tandis que la démocratie en fureur, loin d'imputer la casse des œufs à sa maladresse , en accuse la poule et se venge sur elle. Puisque les œuis se cassent, dit-ehe, réformons les poules, et , pour commencer, elle leur tord le cou et les mange. Cela fait d'assez bons potages

pendant quelques jours, mais , après , il n'y a plus ni poules, ni œufs, ni potages. Tout s'en va, excepté l'orgueil qui reste. Cet orgueil, étant naturellement pauvre et sot, change la pauvreté et la sottise en vertu , et fait une guerre à mort à la propriété et à l'esprit.

Ce sont les seules réformes delà démocratie. Elle n'a jamais soulagé la misère d'un seul ,sans rendre misérables une centaine d'autres citoyens.

Il n'est point de société parfaite. L'homme, comme l'humanité, peut toujours s'améliorer par le devoir et la justice. Sans sortir des limites restreintes de la vie humaine , sans changer la nature de l'homme, la société a toujours progressé, malgré les révolutions et les secousses sociales De l'anthropophagie elle a passé a lesclavage ; de l'esclavage au servage; du servage à la propriété du salaire. Elle ne s'en tiendra pas là. A mesure que la propriété augmente par le commerce, l'industrie et l'agriculture, le travail s'émancipera, par l'association volontaire et pacifique avec le capital, qui,

jar l'abondance seule, deviendra l'égal et même

e subordonné du travail.

Ce n'est pas tout. L'état, grâce à son principe

'ordre, à son crédit et à la consolidation de la paix universelle, s'occupera forcément de l'avenir d'honnêtes travailleurs, comme dé.à il s,\ si occupé de celui des invalides militaires. Bien des grandes réformes sont possibles avec des moyens très-simples. Userait facile à l'état de tenir un bilan général du nombre des travailleurs et delà quantité du travail. Rien déplus simplequede faire d esser tous les jours une statistique générale de tous ceux

qui demandent, les uns du travail, les autres des travailleurs; non-seulement dans une ville, mais dans toute l'étendue du pays. Grâce aux chemins de fer, cette réforme se fera tôt ou tard ^ mais à cette seule condition : que le gouvernement ait le pouvoir et le droit de forcer chacun de travailler, F^il n'a pas d'autres moyens d'existence, afin de l'envoyer là où il a du travail san<( travailleur. Ce

Î>ouvoir n'est pas fondé sur le droit au^ mais sur e devoir du travail. Sans ce pouvoir, il n'y aura jamais, ni ordre , ni paix, ni liberté , ni réforme sociale.

11 y a deux sortes de misères. Une qui est sacrée, une autre qui est méritée. La misère sacrée est celle de la veuve, de l'orphelin, de l'enfance, de la vieillesse, du travailleur malade, enfin de l'impuissance naturelle. Il est des créatures humaines incapables de travailler. C'est cette misère dont l'Ecriture dit, que ses cris vont droit au ciel, et que ses larmes brûlantes seront des charbons ardents lancés sur les têtes des avares, des usuriers et des hommes sans cœur, sans entrailles et sans charité; c'est enfin cette misère avec laquelle la charité privée doit rompre le pain, et que la société doit couvrir de son manteau de Lazare.

Par contre, il est une misère qui, loin d'être sacrée, n'est qu'un châtiment mérité, ou bien la suite naturelle d un vice capital. Quand Dieu a donné à un homme, vie, force et santé, et que cet homme est dans la misère, on peut être sûr que, loin d'être de la faute de la société, cette misère n'est que la fille souillée d'un vice, souvent de plusieurs vices à la fois.

Cet homme, dit-on, ne demande qu'à travailler; que la société lui donne le droit au travail et il sera sauvé. Mensonge! Si la société voulait forcer cet

homme à travailler, il trouverait mille prétextes pour ne pas faire son devoir, au nom de son prétendu droit. Bien plus, la société lui donnerait capital et travail à la fois, il gaspillerait tout, il sacrifierait tout à son orgueil et à ses passions. Il est à remarquer que tous les révolutionnaires violents sont des médiocrités impuissantes, incapables de gérer la moindre affaire sans la compromettre. Il est des hommes créés par la nature pour le travail secondaire, des monogynes, comme les appelle Fourier, capables seulement d'exécuter toujours le même travail machinal. D'autres ne travailleront jamais nulle part, à moins d'être forcés par la justice. Malheur au gouvernement qui manque à ce devoir, qui cède à la pression de ce désorare sous prétexte de misère. C'est cette misère qu'il faut pouvoir forcer de faire son devoir, afin de lui garantir ses droits. On ne gouverne pas les hommes avec de la philanthropie et des tirades sentimentales, mais avec la justice stricte et sévère. Sans sévérité point de justice.

Charité, justice, réforme, voilà trois mots parfaitement inconnus à la démocratie. Elle soulève, jainais elle n'élève la misère; elle est sévère, jamais elle n'est juste ; elle renverse, jamais elle ne réforme.

Sous la monarchie la plus infâme, le peuple est encore plus riche que dans une démocratie révolutionnaire. Sous Louis XV, le peuple français était plus heureux que sous Robespierre, malgré les oiens nationaux. Ces biens n'ont acquis une certaine valeur que sous l'empire. La démocratie, comme révolution même, nest capable d'abolir quelques abus, qu'a condition qu'elle soit passagère ; semblable à un ouragan, suivi de pluie et de soleil.

Février à rendu un tel service à la France. Il a démoli une usurpation, forcée par sa nature, de corrompre le pays. Comme un incendie, le mouvement de février a brûlé de près, pour éclairer de loin. Mais le bien qu^il peut produire ne dépend pas de lui. La violence sera toujours négative. Un mal a été détruit par un mal. Voilà tout. Le véritable bien ne sera possible que par le rétablissement de la monarchie héréditaire et légitime; seule monarchie capable d'entreprendre des réformes sociales et de sauver la démocratie même d'une perte certaine. La démocratie est Tombre de la monarchie. Cotnme telle, elle est nécessaire. La monarchie disparue, la démocratie ressemble à un de ces pays polaires où il y a un crépuscule éternel, et où les hommes s'appellent des Lapons.

ES COMniERCE ET LINDVftTRIE.

Ce qui manque absolument dans notre enseignement, c'est rhistoire intellectuelle de la paix. Nos professeurs aiment à broder sur toutes les actions héroïques des républiques grecque et romaine ^ ils s'arrêteront un instant aux faits et gestes des Etats chrétiens, mais aucun d'eux ne quittera la routine païenne pour approfondir Phistoire intime et pacifique du christianisme, seule et unique histoire de 1 homme et du peuple.

Que nous importe, à nous autres chrétiens, les exploits de quelques grands hommes des républiques de l'antiquité, dans lesquelles le peuple élait esclave, où il n'y avait ni travail, ni salaire, ni commerce, ni industrie?

A quoi bon peindre avec des couleurs brillante» des principes gouvernemenlaux qui n'ont pu exister qu'avec la dictature et l'esclavage, et qui, ressuscites, produiraient les mêmes effets ?

Ne vaudrait-il pas mieux rechercher l'origine de la liberté du travail, lés résultats politiques du commerce social, plutôt que d'épeler les discours de Demosthène, et d'étudier un champ de bataille de César?

Ne vaudrait-il pas mieux enseigner à la jeunesse la philosophie delà civilisation chrétienne, plutôt que de rechercher les racines d'une phrase antique écrite par un matérialiste païen?

Ne vaudrait-il pas mieux scruter l'histoire de la monarchie chrétienne et de la transformation de la société attachée à cette même monarchie, plutôt que d'expliquer les dieux des Ilotes et des Néron? ÉnBn, ne vaudrait-il pas mieux enseigner à tout chrétien l'histoire intellectuelle de sa religion, les effets politiques qui en ont été les résultats immédiats, plutôi que d'approfondir les mystères d'une fête bacchanale des empereurs romains?

On diraqu'on enseigne tout cela. Alors pourquoi donc la jeunesse studieuse est-elle républicaine et athée? Gomment se fait-il qu'il y ait des hommes graves, croyant que la démocratie est un progrès ? XJn aperçu général sur l'histoire chrétienne suffirait pour prouver que le progrès pacifique, que le développement de la liberté commerciale et industrielle sont exclusivement dus à la monarchie chrétienne, et qu'introduire un gouvernement démocratique, c'est reculer forcément jusqu'aux temps de l'esclavage et du polythéisme.

Le progrès n'est pas la cause, mais l'effet d'une certaine forme sociale; forme qui, à son tour, est l'incarnation d'un principe gouvernemental. Ce

principe est le christianisme. C'est le christianisme qui a créé le pouvoir héréditaire; c'est au pouvoir nëréditaiire que le peuple doit son affranchisse" ment : que le travail doit son émancipation ; c'est h cet affranchissement enfin, que la société est re* devabJe de ses richesses commerciales et industrielles , richesses qui ont contribué au progrès général plus que tous les livres des philosophes anciens et modernes.

Qu'on ôte la cause, et peu à peu disparaîtront tous les résultats obtenus par les efforts de ving^t siècles.

L'histoire du commerce et de Pindustrie est, pour ainsi dire, identique avec l'histoire de la propriété. Là où la propriété est garantie , le commerce fleurit, l'agriculture pr4DSpère et l'industrie commence à naître. Dès que les garanties de la propriété sont compromises, commerce, industrie et agriculture disparaissent comme par un sortilège.

Dans l'antiquité, le commerce n'a surgi que dans des états gouvernés par un prince juste ou par de» mœurs sévères, tenant lieu de pouvoir. Sous Salo^ mon fleurit Tindustrie. Sous quelques Pharaon, en Egypte, on trouve des traces d'industrie On connaît le sort de Carthage. C'est le sort de tout com-* merce démocratique.

Rome n'a connu ni commerce, ni industrie, du moins ce que nous entendons sous ces mots. Ses* richesses ont été les fruits des victoires et des rapines. Le travail y était forcé et non rétribué". Cette circonstance a empêché l'antiquité de faire des progrès dans l'industrie. Les hommes n'inventent pas quand leurs inventions ne profitent qu'^à

d'autres. La pensée elle-même, révélation directe de Dieu, se cache, si elle n'est pas sa propre propriété. Sous les empereurs, il n'y avait ni commerce, ni industrie. Tout se réduisit au commerce du blé et de quelques articles de luxe. A quoi bon hasarder des entreprises, si à tout moment, par une simple corde, un empereur peut s'approprier les fruits d'un demi siècle de travaux?

Même phénomène pendant la féodalité. Le serf laboura, travailla pour son seigneur, qui aurait dérobé, s*ii avait songé à augmenter sa propriété, autrement que par les armes et l'héritage. Toutefois, le serf a déjà une propriété. Il a, de plus, une famille. Il laisse son fief à son fils. C'est le commencement du commerce agricole et de l'industrie nationale; commencement pénible etlcnt^ mais qui, dès-lors, va toujours croissant.

Peu à peu, grâce à la royauté héréditaire, le travail s'affrancliit ; le serf devient bourgeois , les municipes se transforment en villes libres. L'esclavage disparait. La devise du peuple est : Dùiu et le roï. A l'instant naît le commerce industriel , à l'instant l'homme double, triple son travail et même son intelligence.

On se trompe étrangement, si l'on croit que les villes libres du moyen âge étaient démocratiques. Elles devaient toutes leurs franchises aux rois et aux empereurs. Elles étaient toutes aristocratiques. Seulement, à l'aristocratie delà noblesse, elles opposaient l'aristocratie du travail et de l'intelligence. Dès que l'esprit démocratique s'empara d'elles, elles furent perdues.

On connaît les guerres des villes industrielles du moyen âge contre la féodalité nobiliaire. C'est à elles que la société chrétienne doit les libertés politiques, en échange desquelles les rois obtinrent

crédil et subsides. A mesure que Tinduslrie grandit, que le commerce s*éLend, les guerres deviennent moins fréquentes, la royauté devient représentative, les peuples se rapprochent et rivalisent ensemble d'esprit, de travail et de génie.

C'est avec ce travail intérieur de la société que coïncide la découverte de la boussole et de PAuiérique»

Jusqu'à présent, l'émancipation du travail par l'industrie et le commerce était exclusivement royale. A partir de cette époque elle devient nationale; là où la royauté s'épanouit et donne tous ses fruits de liberté nationale, l'industrie s'élève avec elle à des hauteurs inconnues jusqu'alors. Là, au contraire, où l'esprit révolutionnaire delà démocratie schismatique pousse les rois à l'absolutisme et la religion au fanatisme, l'industrie languit et le commerce se restreint. Il y a cependant une grande différence entre l'absolutisme païen et l'absolu^ tisme chrétien. Les rois chrétiens, à quelques rares exceptions près, ne portèrent pas atteinte à la propriété. Jacques Cœur est le premier et le dernier industriel spolié par ordre du roi. Encore trouva-til des juges et plus tard des défenseurs. En outre, malgré les guerres continentales, le principe chrétien força les rois à conclure de longues trêves qui, en peu de temps réparèrent les pertes éprouvées. Pourvu que l'homme ait la liberté delà propriété, il est capable de refaire quatre ou cinq fois sa fortune. Sans cette liberté, il n'y penserait même pas. Cinq années de règne démocratique font plus de mal au commerce que trente années de guerre monarchique. Le soldat du roi pille et vole au nom de la guerre, mais il reconnaît au fond le droit de propriété^ le démocrate, au contraire, spolie son frère au nom de la fraternité, et le force sous me-

nace de mort, de glorifier la spoliation avec des Te Deum communistes. L'un en veut seulement au propriétaire, Tautre détruit le principe de propriété.

L'Espagne qui , longtemps avant l'Angfleterre, jouissait des libertés provinciales, et qui, lancée dans la voie du progi es, était arrivée à la conquête de l'Amérique et de la moitié de l'Europe continentale, perdit tous ces avantages par un despotisme brutal et anti-chrétien.

Il en est de même du Portugal. Les Pays-Bas^ au contraire, ont ruiné leur commerce et leurs libertés par les excès de la démocratie. Si les Pays- Bas avaient su de bonne heure établir une monarchie héréditaire, ils auraient dominé l'Europe et maintenu la liberté de la mer.

L'Allemagne, après avoir fondé une industrie nationale dans ses villes libres, se débat dans la défaillance de son pouvi'ir électif.

La Pologne, la Hongrie, grâce à ce même pouvoir électif, s'épuisent dans le servage et dans les guerres stériles.

La Russie ne fait que commencer. Restent Li France et l'Angleterre. La première, grâce à la démocratie protestante, cingle à pleines voiles vers le despotisme ; l'autre, tout en maintenant son pouvoir héréditaire, élargit toujours ses libertés nationales. Quelques années de révolution contribuent encore à la solidité de la. monarchie restaurée. Il est vrai qu'elle change de dynastie, mais ce n'est qu'après avoir changé de religion, et bit^ntôt le dernier des Stuart s'éteint dans l'exil. C'est le commerce qui a sauvé la monarchie anglaise, en lui

donnant force et crédit. Là est la cause de la supériorité de l'Angleterre sur la France ; si les rois anglais avaient été absolus, ou bien qu'ils eussent trouvé en France des Etats Généraux, ils auraient été vaincus comme les anciens rois d'Angleterre, pour lesquels chaque victoire en France se transforma en défaite. Sous Louis XVI, où l'esprit national se réveilla, l'Angleterre risqua un instant de baisser pavillon devant le drapeau français. Quoi de plus admirable, en eîkt, que de voir toute une nation debout , formulant paciBquemant tous ses griefs, demandant toutes les réformes sociales au nom de son roi et de sa religion. Mais le démon de la démocratie ayant détourné ce mouvement du chemin du devoir, la France chancela et s'abima dans le gouffre de l'anarchie. La force de l'Empire était factice. Ce fut un colosee de bronze sur un socle de plâtre.

De nouveau l'Anglais est vainqueur. A lui le commerce, la mer, l'mdustrie, et la garantie de la propriété par la garantie de l'ordre et du crédit.

Il aurait fallu à la Restauration une longue paix et de grands hommes d'Etat pour rendre à la nation tout l'élan dont elle est susceptible. La révolution de juillet fut un croc en jambe donné a la France par le mauvais génie de la démocratie. La révolution de février a encore élargi la blessure, mais cet élargissement ressemble à une opération médicale plutôt qu'à une aggravation de maladie. Souvent,

f)0ur n'être pas étouffé par la fumée, il faut activer a flamme et l'étendre. Le mouvement de février est une opération d'ordre. Par lui, la France peut revenir au principe monarchique qui est le cœur du corps national, et recouvrer 1er libertés nationales qui en sont les veines , pour porter la vie jusque dans les extrémités des membres.

Les républicains Français^ imbus des idées ro« maines, ont toujours cru et croient encore que la France est un soldat continenlal, espèce de Don Quichotte démocratique, pour abattre les moulins à veot de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersbourg^. Le f;ouvernement démocratique^ n^ayant pas de crédit, est forcénient militaire et conquérant. 11 ne fonctionne pas, il campe. Napoléon était rincarnation de ce principe, et c'est pour cela qu'il sera toujours admiré par les démocrates, malgré la haine qu'ils lui ont vouée. Pourtant, la France^ excepté sous Louis XIV et Napoléon, n'a jamais entrepris une guerre injuste. Ces deux époques , du reste, doivent lui avoir appris que toute guerre qui n'est pas de légitime défense, tourne à la <in contre celui qui l'a suscitée.

Tôt ou tard la France s'apercevra qu'elle est baignée de deux mers, qu'elle a une colonie presqu'aussi vaste que la mère-patrie^ que toute sa gloire est dans sa justice et dans son génie pacifique.

Tôt ou tard il faut qu'elle revienne à son naturel, c'est-à-dire à son principe gouvernemental, auquel elle doit tout, propriété, liberté, crédit, commerce, industrie , marine, tout enfin , et jusqu'à son génie.

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