‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 107 sur 322 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

grande fraîcheur et où l'heure de la mort est représentée comme l'accomplissement de l'espérance; tantôt c'étoi-ent des images tendres et poétiques empruntées de l'Écriture : Elle a passé comme l'herbe des champs; ce malin, elle fleurissoit dans toute sa grâce, te soir nous l'avons vue séchée. N'est-ce pas là ja fleur qui languit touchée par le tranchant de la charrue; le pavot qui penche sa tête abattue par une pluie d'orage?

PlIVIA CUM FORTE GRAVANTUR.

Et quelle oraison funèbre le pasteur prononçoit-il sur l'enfant decé lé dont une mère en pleurs lui présentoit le petit cercueil? Il en'onnoit l'hymne que les trois enfants hébreux chantoient dans la fournaise et que l'Église répète le dimanche au lever du jour : Que tout bénisse les œuvres du Seigneur! La religion bénit Dieu d'avoir couronné l'enfant par la mort, d'avoir délivré ce jeune ange des chagrins de la vie. Elle invite la nature à se réjouir autour du tombeau de l'innocence : ce ne sont point des cris de douleur, ce sont des cris d'allégresse qu'elle fait entendre. C'est dans le même esprit qu'elle chante encore le Laudale, pueri, Dominum, qui finit par cette strophe : Qui habitare facit sterilem in domo matrem filiorum lœtantem. « Le Seigneur, qui rend féconde une maison stérile et qui fait que la mère se réjouit dans ses fils. » Quel cantique pour des parents affligés! L'Église leur montre l'enfant qu'ils viennent de perdre vivant au bienheureux séjour, et leur promet d'autres enfants sur la terre!

Enfin, non satisfaite d'avoir donné cette attention à chaque cercueil, la religion a couronné les choses de i'autre vie par une cérémonie générale, où elle réunit la mémoire des innombrables habitants du sépuhcre f; vaste communauté de morts, où le grand est couché auprès du petit; république de parfaite égalité, où l'on n'entre point sans ôter son casque ou sa couronne pour passer par la porte abaissée du tombeau. Dans ce jour solennel où l'on célèbre les funérailles de la famille entière d'Adam, l'âme mêle ses tribulations pour les anciens morts aux peines qu'elle ressent pour ses amis nouvellement perdus. Le chagrin prend par cette union quelque chose de souverainement

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