QUATRIEME PARTIE
cette ( qoque un homme s'élèveroit parmi eux, et soumettroit
l'univers l.
Le Nouveau Testament offre aussi des traces de cette espérance répandue dans Israël : la foule qui court au désert demande à saint Jean-Baptiste s'il est le grand Messie, le Christ de Dieu, depuis longtemps attendu : les disciples d'Emmaiis sont saisis de tristesse lorsqu'ils reconnoissent que Jésus n'est pas l'homme qui doit racheter Israël. Les soixante-dix semaines de Daniel, ou les quatre cent quatre-vingt-dix ans depuis la reconstruction du Temple, étoient accomplis. Enfin Origène, après avoir rapporté ces traditions des Juifs, ajoute « qu'un grand nombre d'entre eux avouèrent Jésus-Christ pour le libérateur promis par les prophètes 2. »
Cependant le ciel prépare les voies du Fils de l'Homme. Les nations, longtemps désunies de mœurs, de gouvernement, de langage, entretenoient des inimitiés héréditaires ; tout à coup le bruit des armes cesse, et les peuples, réconciliés ou vaincus, viennent se perdre dans le peuple romain.
D'un côté, la religion et les mœurs sont parvenues à ce degré de corruption qui produit de force un changement dans les affaires humaines; de l'autre, les dogmes de l'unité d'un Dieu et de l'immortalité de l'âme commencent à se répandre 3 : ainsi les chemins s'ouvrent à la doctrine évangélique, qu'une langue universelle va servir à propager.
Cet empire romain se compose de nations, les unes sauvages, les autres policées, la plupart infiniment malheureuses : la simplicité du Christ pour les premières, ses vertus morales pour les secondes ; pour toutes, sa miséricorde et sa charité, sont des moyens de salut que le ciel ménage. Et ces moyens sont si efficaces, que, deux siècles après le Messie, Tertullien disoit aux juges de Rome : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos cités, vos îles, vos forteresses, vos colonies, vos tribus, vos décuries, vos conseils, le palais, le sénat,