‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 157 sur 322 · Lettres édifiantes, t. I, p · texte numérisé non relu

Lettres édifiantes, t. I, p

rieur s'y dispose pendant quelques jours de retraite, et prend congé de ses frères comme s'il devoit bientôt mourir. Quelquefois il y consomme son sacrifice, et quelquefois il échappe au danger '. »

Le père Jacques Cachod écrit au père Tarillon :

« Maintenant je me suis mis au-dessus de toutes les craintes que donnent les maladies contagieuses; et, s'il plaît à Dieu, je ne mourrai pas de ce mal, après les hasards que je viens de courir Je sors du bagne, où j'ai donné les derniers sacrements à quatre-vingt-six personnes... Durant le jour, je n'étois, ce me semble, étonné de rien ; il n'y avoit que la nuit, pendant le peu de sommeil qu'on me laissoit prendra, que je me sentois l'esprit tout rempli d'idées effrayantes. Le plus grand péril que j'aie couru, et que je courrai peut-être de ma vie, a été à fond de cale d'une sultane de quatre-vingt-deux canons. Les esclaves, de concert avec les gardiens, m'y a voient fait entrer sur le soir pour les confesser toute la nuit et leur dire la messe de grand matin. Nous fûmes enfermés à double cadenas comme c'est la coutume. De cinquante-deux esclaves que je confessai douze étoient malades et trois moururent avant que je fusse sorti. Jugez quel air je pouvois respirer dans ce lieu renfermé et sans la moindre ouverture! Dieu, qui par sa bonté m'a sauvé de ce pas-là, me sauvera de bien d'autres 2. »

Un homme qui s'enferme volontairement dans un bagne en temps de peste, qui avoue ingénument ses terreurs et qui pourtant les surmonte par charité, qui s'introduit ensuite à prix d'argent, comme pour goûter des plaisirs illicites, à fond de cale d'un vaisseau de guerre, afin d'assister des esclaves pestiférés, avouons-le, un tel homme ne suit pas une impulsion naturelle : il y a quelque chose ici de plus que Y humanité; les missionnaires en conviennent, et ils ne prennent point sur eux le mérite de ces œuvres sublimes : « C'est Dieu qui nous donne cette force, répètent-ils souvent, nous n'y avons aucune part. »

Un jeune missionnaire, non encore aguerri contre les dangers comme ces vieux chefs tout chargés de fatigues et de

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