QUATRIEME PARTIE. 1T
palmes évangéliques, est étonné d'avoir échappé au premier péril : il craint qu'il n'y ait de sa faute : il en paroît humilié. Après avoir fait à son supérieur le récit d'une peste où souvent il avoit été obligé de coller son oreille sur la bouche des malades pour entendre leurs paroles mourantes, il ajoute : « Je n'ai pas mérité, mon révérend père, que Dieu ait bien voulu recevoir le sacrifice de ma vie, que je lui avois offert. Je vous demande donc vos prières pour obtenir de Dieu qu'il oublie mes péchés et me fasse la grâce de mourir pour lui. »
C'est ainsi que le père Bouchet écrit des Indes : « Notre mission est plus florissante que jamais; nous avons eu quatre grandes persécutions cette année. »
C'est ce même père Bouchet qui a envoyé en Europe les tables des brahmes, dont M. Bailly s'est servi dans son Histoire de l'Astronomie. La Société angloise de Calcutta n'a jusqu'à présent fait paroître aucun monument des sciences indiennes que nos missionnaires n'eussent découvert ou indiqué; et cependant les savants Anglois, souverains de plusieurs grands royaumes, favorisés par tous les secours de l'art et de la puissance, devroient avoir bien d'autres moyens de succès qu'un pauvre Jésuite, seul, errant et persécuté. « Pour peu que nous parussions librement en public, écrit le père Royer, il seroit aisé de nous reconnoître à l'air et à la couleur du visage. Ainsi, pour ne point susciter de persécution plus grande à la religion, il faut se résoudre à demeurer caché le plus qu'on peut. Je passe les jours entiers ou enfermé dans un bateau, d'où je ne sors que la nuit pour visiter les villages qui sont proches des rivières, ou retiré dans quelque maison éloignée1. »
Le bateau de ce religieux étoit tout son observatoire; mais on est bien riche et bien habile quand on a la charité.