‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 177 sur 322 · MISSIONS DE LA NOUVE L LE- FR ANCE · texte numérisé non relu

MISSIONS DE LA NOUVE L LE- FR ANCE

Nous ne nous arrêterons point aux missions de la Californie, parce qu'elles n'offrent aucun caractère particulier, ni à celles de la Louisiane, qui se confondent avec ces terribles missions du Canada où l'intrépidité des apôtres de Jésus-Christ a paru dans toute sa gloire.

Lorsque les François, sous la conduite de Champlain, remontèrent le fleuve Saint-Laurent, ils trouvèrent les forêts du Canada habitées par des sauvages bien différents de ceux qu'on avoit découverts jusque alors au Nouveau-Monde. C'étoient des hommes robustes, courageux, fiers de leur indépendance, capables de raisonnement et de calcul, n'étant étonnés ni des mœurs des Européens ni de leurs armes1 , et qui, loin de nous admirer

1. Dans le premier combat de Champlain contre les Iroquois, ceux-ci soutinrent le feu des François sans donner d'abord le moindre signe de frayeur ou d'étonnement.

comme1 les innocents Caraïbes, D'avoièn! pour nos uaages que du dégoût el du mépris.

Trois nations se paitageoient Fempire «lu déserl : L'Algon* quine, la plus ancienne et la première de toutes, mais qui, g'étanl attiré la haine par sa puissance, étoit prête à succomber BOUS les armes des deux autres; la Huronne, qui fut notre alliée, et l'Iroquoise, notre ennemie.

Ces peuples n'étoient pas vagabonds; ils avoient des établissements fixes, des gouvernements réguliers. Nous avons eu nous-mème occasion d'observer chez les Indiens du Nouveau- Monde toutes les formes de constitutions des peuples civilisés : ainsi les Natchez, à la Louisiane, offroient le despotisme dans l'état de nature, les Creecks de la Floride la monarchie, et les Iroquois, au Canada, le gouvernement républicain.

Ces derniers et les Ilurons représentoient encore les Spartiates et les Athéniens dans la condition sauvage : les Ilurons, spirituels, gais, légers, dissimulés toutefois, braves, éloquents, gouvernés par des femmes, abusant de la fortune et soutenant mal les revers, ayant plus d'honneur que d'amour de la patrie; les Iroquois, séparés en cantons que dirigeoient des vieillards, ambitieux, politiques, taciturnes, sévères, dévorés du désir de dominer, capables des plus grands vices et des plus grandes vertus, sacrifiant tout à la patrie; les plus féroces et les plus intrépides des hommes.

Aussitôt que les François et les Anglois parurent sur ces rivages, par un instinct naturel les Hurons s'attachèrent aux premiers ; les Iroquois se donnèrent aux seconds, mais sans les aimer: ils ne s'en servoient que pour se procurer des armes. Quand leurs nouveaux alliés devenoient trop puissants, ils les abandonnoient ; ils s'unissoient à eux de nouveau quand les François obtenoient la victoire. On vit ainsi un petit troupeau de sauvages se ménager entre deux grandes nations civilisées, chercher à détruire l'une par l'autre, toucher souvent au moment d'accomplir ce dessein et d'être à la fois le maître et le libérateur de cette partie du Nouveau-Monde.

Tels furent les peuples que nos missionnaires entreprirent de nous concilier parla religion. Si la France vit son empire s'étendre en Amérique par delà les rives du Meschacebé, si elle con-

serva si longtemps le Canada contre les Iroquois et les Anglois unis , elle dut presque tous ses succès aux Jésuites. Ce furent eux qui sauvèrent la colonie au berceau, en plaçant pour boulevard devant elle un village de Hurons et d'Iroquois chrétiens, en prévenant des coalitions générales d'Indiens, en négociant des traités de paix, en allant seuls s'exposer à la fureur des Iroquois pour traverser les desseins des Anglois. Les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre ne cessent dans leurs dépêches de peindre nos missionnaires comme leurs plus dangereux ennemis : «Ils déconcertent, disent-ils, les projets de la puissance britannique; ils découvrent ses secrets, et lui enlèvent le cœur et les armes des sauvages. »

La mauvaise administration du Canada, les fausses démarches des commandants, une politique étroite ou oppressive, mettoient souvent plus d'entraves aux bonnes intentions des Jésuites que l'opposition de l'ennemi. Présentoient-ils les plans les mieux concertés pour la prospérité de la colonie, on les louoit de leur zèle, et l'on suivoit d'autres avis. Mais aussitôt que les affaires devenoient difficiles, on recouroit à ces mêmes hommes qu'on avoit si dédaigneusement repoussés. On ne balançoit point à les employer dans des négociations dangereuses, sans être arrêté par la considération du péril auquel on les exposoit: l'histoire de la Nouvelle-France en offre un exemple remarquable.

La guerre étoit allumée entre les François et les Iroquois : ceux-ci avoient l'avantage; ils s'étoient avancés jusque sous les murs de Québec, massacrant et dévorant les habitants des campagnes. Le père Lamberville étoit en ce moment même missionnaire chez les Iroquois. Quoique sans cesse exposé à être brûlé \ if par les vainqueurs, il n'avoit pas voulu se retirer, dans l'espoir de les ramener à des mesures pacifiques et de sauver les restes de la colonie : les vieillards l'aimoient et l'avoient protégé contre les guerriers.

Sur ces entrefaites il reçoit une lettre du gouverneur du Canada, qui le supplie d'engager les sauvages à envoyer des ambassadeurs au fort Catarocouy pour traiter de la paix. Le missionnaire court chez les anciens, et fait tant par ses remontrances et ses prières, qu'il les décide à accepter la trsve et à députer leurs principaux chefs. Ces chefs, en arrivant au ren-

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