‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 18 sur 322 · Surtout dans le chapitre des Esprits forts · texte numérisé non relu

Surtout dans le chapitre des Esprits forts

2. Cette pensée est supprimée dans la petite édition de Pascal avec les notes; les éditeurs n'ont pas apparemment trouvé que cela fût d'un beau style. Nous avons entendu critiquer la prose du siècle de Louis XIV, comme manquant d'harmonie, d'élégance et de justesse dans l'expression. Nous avons entendu dire : « Si Bossuet et Pascal revenoieut, ils n'écriroient plus comme cela. » C'est nous, prétend-on, qui sommes les écrivains en prose par excellence et qui sommes bien plus habiles dans l'art d'arranger des mots. Ne seroit-ce point que nous exprimons des pensées communes en style recherché, tandis que les écrivains du siècie de Louis XIV disoient tout simplement de grandes choses?

ginales et plus profondes. Théophraste conjecture, La Rochefoucauld devine et La Bruyère montre ce qui se passe au fond des cœurs.

C'est un grand triomphe pour ia religion que de compter parmi ses philosophes un Pascal et un La Bruyère. Il faudroit peut-être, d'après ces exemples, être un peu moins prompt à avancer qu'il n'y a que de petits esprits qui puissent être chrétiens.

« Si ma religion étoit fausse, dit l'auteur des Caractères, je l'avoue, voilà le piège le mieux dressé qu'il soit possible d'imaginer : il étoit inévitable de ne pas donner tout au travers et de n'y pas être pris. Quelle majesté! quel éclat de mystères! quelle suite et quel enchaînement de toute la doctrine ! quelle raison éminente ! Quelle candeur! quelle innocence de mœurs! Quelle force invincible et accablante de témoignages rendus successivement et pendant trois siècles entiers par des millions de personnes les plus sages, les plus modérées qui fussent alors sur la terre, et que le sentiment d'une même vérité soutient dans l'exil, dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier supplice ! »

Si La Bruyère revenoit au monde , il seroit bien étonné de voir cette religion, dont les grands hommes de son siècle confessoient la beauté et l'excellence, traitée d'infâme, de ridicule, $ absurde. Il croiroit sans doute que les esprits forts sont des hommes très-supérieurs aux écrivains qui les ont précédés, et que devant eux Pascal, Bossuet, Fénelon, Racine, sont des auteurs sans génie. Il ouvriroit leurs ouvrages avec un respect mêlé de frayeur. Nous croyons le voir s'attendant à trouver à chaque ligne quelque grande découverte de l'esprit humain, quelque haute pensée , peut-être même quelque fait historique auparavant inconnu qui prouve invinciblement la fausseté du christianisme. Que diroit-il, que penseroit-il dans son second étonnement, qui ne tarderoit pas à suivre le premier?

La Bruyère nous manque ; la révolution a renouvelé le fond des caractères. L'avarice, l'ignorance, l'amour-propre, se montrent sous un jour nouveau. Ces vices, dans le siècle de Louis XIV, se composoient avec la religion et la politesse ; maintenant ils se mêlent à l'impiété et à la rudesse des formes : ils doivent

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