‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 17 sur 322 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

quelques points, et Pascal, Bossuet et La Bruyère par quelques autres. Ces derniers sont remarquables par une sorte de brusquerie de pensée et de style qui leur est particulière. Mais il faut convenir que La Bruyère , qui imite volontiers Pascal *, affoiblit quelquefois les preuves et la manière de ce grand génie. Quand l'auteur des Caractères, voulant démontrer la petitesse de l'homme, dit : « Vous êtes placé, ô Lucile! quelque part sur cet atome, etc., » il reste bien loin de ce morceau de l'auteur des Pensées : « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? qui le peut comprendre? »

La Bruyère dit encore : « Il n'y a pour l'homme que trois événements : naître, vivre et mourir; il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. » Pascal fait mieux sentir notre néant. « Le dernier acte est toujours sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. » Gomme ce dernier m@t est effrayant! On voit d'abord la comédie, et puis la terre, et puis X éternité. La négligence avec laquelle la phrase est jetée montre tout le peu de valeur de la vie. Quelle amère indifférence dans cette courte et froide histoire de l'homme 2 !

Quoi qu'il en soit, La Bruyère est un des beaux écrivains du siècle de Louis XIV. Aucun homme n'a su donner plus de variété à son style, plus de formes diverses à sa langue, plus de mouvement à sa pensée. Il descend de la haute éloquence à la familiarité, et passe de la plaisanterie au raisonnement sans jamais blesser le goût ni le lecteur. L'ironie est son arme favorite : aussi philosophe que Théophraste, son coup d'oeil embrasse un plus grand nombre d'objets, et ses remarques sont plus ori-

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