‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 182 sur 322 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

« Tout cela n'empêchoit point le serviteur de Dieu de parler d'une voix forte, tantôt aux Kurons qui ne le voyoient plus, mais qui pouvoient encore l'entendre, tantôt à ses bourreaux, qu'il exhortoit à craindre la colère du ciel s'ils continuoient à persécuter les adorateurs du vrai Dieu. Cette liberté étonna les barbares; ils voulurent lui imposer silence, et, n'en pouvant venir à bout, ils lui coupèrent la lèvre inférieure et l'extrémité du nez, lui appliquèrent par tout le corps des torches allumées, lui brûlèrent les gencives, etc.1 »

On tourmentoit auprès du pèreBrébeuf un autre missionnaire, nommé le père Lallemant, et qui ne faisoit que d'entrer dans la carrière évangélique. La douleur lui arrachoit quelquefois des cris involontaires; il demandoit de la force au vieil apôtre, qui, ne pouvant plus parler, lui faisoit de douces inclinations de tête et sourioit avec ses lèvres mutilées pour encourager le jeune martyr; les fumées des bûchers montoient ensemble vers le ciel, et affligeoient et réjouissoient les anges. On fit un collier de haches ardentes au père Brébeuf ; on lui coupa des lambeaux de chair, que l'on dévora à ses yeux, en lui disant que la chair des François étoit excellente2; puis, continuant ces railleries : « Tu nous assurois tout à l'heure, crioient les barbares, que plus on souffre sur la terre, plus on est heureux dans le ciel : c'est par amitié pour toi que nous nous étudions à augmenter tes souffrances3. »

Lorsqu'on portoit dans Paris des cœurs de prêtres au bout des piques, on chantoit : Ah! il 71' est point de fête quand le cœur n'en est pas.

Enfin, après avoir souffert plusieurs autres tourments que nous n'oserions transcrire, le père Brébeuf rendit l'esprit, et son âme s'envola au séjour de celui qui guérit toutes les plaies de ses serviteurs.

C'étoit en 4 649 que ces choses se passoient en Canada, c'est-à-dire au moment de la plus grande prospérité de la France et pendant les fêtes de Louis XIV : tout triomphoit alors, le missionnaire et le soldat.

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